‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 64 sur 97 · A la fin du déjeuner, qui est environ à sept heures · texte numérisé non relu

A la fin du déjeuner, qui est environ à sept heures

et demie pour le plus lard, toutes se retirent à la chambre destinée pour le travail, où elles doivent employer leur temps avec fidélité, gardant le silence trèsexactement. S'il est besoin de parler, il faut que ce soit tout bas, afin de ne point interrompre celles qui sont en âge de s'entretenir avec Dieu.

2. On accoutume aussi les petites à ne point parler, quoiqu'on leur permette de se jouer après qu elles ont été fidèles à travailler et à se taire : mais on o])serve que dans ces petits temps où on leur permet de jouer, elles le fassent seule à seule, pour éviter le bruit ; et j'ai trouvé que cela ne leur fait point de peine, et que quand elles y sont accoutumées, elles ne laissent pas de se divertir fort gaiement.

5. On instruit les enfants à ne pas rendre leur travail inutile, mais à l'offrir à Dieu, le faisant pour son amour. On leur donne des sujets pour se tenir en la présence de Dieu, selon les temps et les fêtes ; et de temps en temps, quand la maîtresse est avec elles, elle leur dit quelque parole de Dieu pour se fortifier l'esprit, et les empêcher de penser à toutes sortes d'inutilités et de distractions. On prend garde néanmoins d'éviter Texcès, et de ne pas vouloir les rendre trop spirituelles, étant si jeunes, à moins que l'on reconnut que cela vient de Dieu, de crainte de deux inconvénients; l'un qu'elles se peinent trop, et ne se fatiguent l'esprit et l'imagination, au lieu d'unir leur cœur à Dieu; l'autre qu'elles ne se découragent en voyant qu'elles ne pourraient atteindre à la poifection qne l'on leur demanderait.

4. On tâche d'accoutumer les enfants à se mortifier, et à ne point suivre leurs inclinations en s'atlacliant plutôt à un ouvrage qu'à un autre. C'est pourquoi on leur représente que le Iravail qu'elles font plaira d'autant plus à Dieu, qu'il leur plaira moins; et qu'ainsi elles doivent faire avec plus de diligence et avec plus de gaieté celui qui leur déplaît davantage, et s'accoutumer à travailler avec un esprit de pénitence. On ne laisse pas néanmoins d'en avoir pitié, et de s'accommoder à elles le plus que l'on peut, mais sans qu'elles connaissent qu'on a cette condescendance.

5. Elles ne doivent point travailler deux ensemble, si ce n'est en cas de nécessité; et alors en choisit une qui soit fort bonne avec une plus imparfaite, afin que le fort supporte le faible.

G. On les exhorte à n'être point trop attachées à leur ouvrage, le quittant aussitôt que la cloche sonn.?, soit pour aller à l'office, ou pour le dire en son particulier, car il faut qu'elles soient toujours prêtes de rendre à Dieu leurs devoirs, ne s'attachant qu'à cela.

7. Quand la maîtresse est à la chambre, elle peut prendre ce temps pour leur faire entendre comme elles ont entendu la sainte Messe, afin de prendre ce temps de leur expliquer plus particulièrement l'exercice de la sainte Messe, et leur montrer comment elles s'en doivent servir.

8. Dans les occasions où quelqu'une ferait quelque faute, on l'en reprend devant toutes, et on prend de là occasion de leur représenter l'horreur du vice, et la beauté de la vertu. J'ai trouvé qu'il n'y a rien qui leur

serve laiU, et qu*elles retiennent bien mieux cela que de grandes instructions qu'on leur fait de suite.

9. On évite de leur en dire trop de peur de leur accabler l'esprit; et j'ai éprouvé que les instructions leur profitent bien davantage quand elles n'en sont point lasses.

C'est pourquoi je crois qu'il est bon quelquefois de passer quelques jours sans leur en donner, et les laisser comme affamées de cette nourriture : ce qui fait qu'elles reçoivent mieux ce qu'on leur dit.

10. On veille à ce qu'elles ne soient point mal soigneuses, malpropres et négligentes; qu'elles aient soin de tout serrer, de ne rien perdre, et d'être propres et diligentes à ce qu'elles font.

11. On les accoutume aussi à aimer beaucoup l'ouvrage, et à porter partout de quoi travailler, afin de ne point perdre de temps dans de certaines rencontres que l'on n'aurait point prévues. Elles travaillent aussi aux récréations, au moins celles qui sont un peu grandes, sans que néanmoins on les y oblige. On les exhorte seulement à prendre cette bonne habitude de n'être point oiseuse : quand elles l'ont une fois prise, cela ne leur est plus une charge ; au contraire, cela leur tient lieu de divertissement, comme je le vois par la grâce de Dieu parmi les noires qui ne trouvent rien si longprésentement que les récréations des fêtes. J'ai trouvé qu'il était bon, pour leur faire prendre cette coutume, de réserver quelque ouvrage auquel elles eussent affection, qu'elles ne pussent faire qu'à celle heure-là. J'ai appris aux nôtres à faire des gants d'eslame, et comme

elles n'ont ({iielc temps des récréations pour y travailler, elles y sont fort âpres.

12. A toutes les heures de la journée, une d'elles dit tout haut à genoux, une prière selon la saison et le temps auquel on est, comme en carême sur la Passion, etc. Toutes demeurent assises ; il n'y a que celle qui est en la charge qui se met à genoux aussitôt que la cloche sonne.

15. On prend garde qu'elles soient civiles à recevoir ou demander ce qu'elles auront de hesoin pour leurs ouvrages; qu'elles se tiennent droites et de honne grâce; qu'elles fassent la révérence en sortant et en entrant. C'est pourquoi, encore qu'elles portent un voile, elles ne font point la révérence en religieuses, que lorsqu'elles sont devant le très-saint Sacrement.

14. En cet espace depuis le déjeuner jusqu'à huit heures, celles des grandes qui ont quelques chamhres à halayer, ou leurs cellules à faire, le font en ce tempslà avec diligence et silence. On a soin qu'elles ne soient jamais deux ensemhle à faire ce qu'elles ont à faire, si ce n'était avec quelques-unes de la sagesse desquelles on fiit entièrement assuré.

Jo. A huit heures, toutes celles qui sont employées parmi les chamhres, comme il a été dit, doivent tout quitter, et revenir à la chamhre, pour entendre une lecture que la maîtresse y fait jusqu'à Tierce, qui se dit à huit heures et demie. Cette lecture est prise du sujet dont l'Eglise fait l'offlce en ce temps : comme durant l'Avenl, du mystère de l'Incarnation ; depuis Noël jusqu'à la Purification, de la naissance de Notrc-Seigneur

et de l'Adoralion des rois : en Carême, de la Passion, et ainsi le reste de l'année selon le temps et les fêtes. Et durant ce même temps, quand il arrive quelque saint remarquable, on prend son sujet sur la vie du saint. Cette lecture doit servir d'entretien particulier le long de la journée. On leur dit toujours quelque chose quand on leur fait une lecture, ou pour la leur appliquer à elles-mêmes, ou pour les instruire, et leur faire mieux comprendre ce qu'on leur lit.

De l'office,

i. Aussitôt que Tierce sonne, elles se mettent à genoux pour demander la bénédiction à iSolre-Seigneur, en disant : Bc7iedicat nos Dcus Deus nosUVy henedicat nos Deus, et metuant eum omncs fines terrœ : ce qu'elles font toutes les fois qu'elles sortent pour aller à l'église, alin d'obtenir de Dieu la grâce de n'y être point distraites, et de se comporter comme il faut parmi le monastère.

2. On permet d'ordinaire à celles qui ont quatorze ans, et qui sont fort saines, d'aller à tout l'office les grandes fêles; et même à Matines à celles qui le demandent avec instance, et qui méritent qu'on le leur permette. Elles vont à l'office de Tierce et à Vêpres les jours que l'on fait double et semi-double, et tous les octaves des principales fêles; les fêtes fêlées et les dimanches on leur permet aussi d'aller à Prime; et toutes généralement, grandes et petites, vont à Tierce et à Vêpres, les

fètcs fêlées el les dimanches. Elles y vonl encore les jeudis et quelques fêles des sainls docteurs et autres auxquels elles ont dévotion encore qu elles ne soient point fêlées.

5. Néanmoins, ce règlement d'aller à l'office tous ces jours, ne s'observe point comme une coutume. Il faut que toutes le demandent selon leur dévotion, et on ne le leur accorde que comme une très-grande grâce. On les exhorte de n'y point aller si elles n'en ont dévotion : car il faut toujours qu'elles soient dans le désir d'y aller plus souvent qu'on ne le leur permet, afin qu'on ait droit de ne les y point souffrir indévotes.

4. On prend garde qu'elles s'y tiennent dans une grande modestie, ne souffrant point qu'elles lèvent la vue pour regarder de côté et d'autre ; qu'elles y chantent continuellement quand elles le peuvent ; qu'elles aient toujours un livre, quand elles sauraient tout leur office par cœur; qu'elles fassent leurs inclinations profondes, et qu'elles se tiennent droites.

5. Celles à qui on fait la grâce de leur faire dire quelque chose au chœur, doivent mettre leur dévotion à s'en bien acquitter, se souvenant qu'elles font l'office des anges, et qu'on leur fait une très-grande faveur de se servir d'elles. Il faut qu'elles sachent parfaitement ce qu'elles doivent dire seules; et si elles font des faules, on leur en fait faire pénitence, et dire au réfectoire ce qu'elles ont manqué, et quelquefois même plusieurs jours de suite, si c'est par timidité qu'elles faillent, afin de les corriger de cette faiblesse.

' 6. Il demeure toujours une sœur à la chambre pour

garder celles qui ne vont point à l'office, quand il n'y en aurait que deux.

7. Toutes les fois qu'elles vont parmi le monastère, elles y vont en rang comme à la procession, encore qu'elles fussent peu, et on prend garde de ne pas mettre ensemble celles que l'on juge se pouvoir parler. Elles sont toujours accompagnées partout.

8. Elles ne vont d'ordinaire jamais seules parmi le monastère, et encore moins deux ou trois ensemble; s'il arrive néanmoins quelque nécessité de faire faire quelque voyage parmi le monastère, on prend une des plus sages et des moins curieuses, et cela même fort rarement.

De la sainte messe.

i . Ensuite de Tierce, toutes vont à la sainte messe, si ce n'est de fort petites, ou quelques-unes qui seraient encore légères et badines, et en ce cas il demeure une sœur pour les garder, et leur faire entendre la sainte messe dans le même respect qu'à l'église.

On les accoutume de jeunesse à entendre la sainte messe à genoux ; Ton a éprouvé que cette posture n'est pas si difficile quand on y est accoutumé de bonne heure.

2. On a jugé qu'il vaut beaucoup mieux, quand les enfants sont petites ou trop légères, de les retenir à la chambre, lorsqu'il n'y a pas d'obligation d'aller à l'église, que de leur laisser prendre une mauvaise habitude d'y parler ou d'y badiner.

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