On les exhorte de ne pas parler toutes ensemble
llKGLEiMENT POUR LKS ENFANTS. 249
pour éviter le grand hriiit, mais de s'écouter parler; et quand une aura commencé quelque chose, de ne l'interrompre pas; ce qu'on leur fait voir être une assez grande incivilité.
17. On leur ordonne sur toutes choses de ne rien dire contre la charité, et d'éviter les plus petites paroles qu'elles croiraient que leurs sœurs ne trouveraient pas hon que l'on dît d'elles, quand ce qu'elles diraient ne serait pas mauvais en soi, parce qu'il leur doit suflire pour se taire qu'elles sachent que quelquesunes d'elles aimeraient mieux que l'on parlât d'autre chose.
18. On leur inspire aussi de se prévenir d'honneur l'une l'autre par une sainte civilité qui ne soit produite que par la charité.
19. Elles évitent toutes sortes de familiarités les unes envers les autres, comme de se caresser, haiser ou toucher, sous quelque prétexte que ce puisse être ; les grandes même n'usent point de cette familiarité envers les petites. Si l'on défend toutes ces choses à la récréation, à plus forte raison elles ne doivent jamais être faites ni dites en un autre temps, où jamais elles ne se doivent parler qu'en présence de leurs maîtresses, et par quelque hesoin.
20. La récréation Unit par une oraison à la sainte Vierge, pour demander à Jésus-Christ, par l'intercession de sa sainte Mère, qu'il leur fasse la grâce de passer saintement le reste de la journée.
De l'instruction.
^. A la fin de la récréation, s'élant rangées en deux rangs au milieu de leur chambre, pour se disposer à recevoir l'inslrucLion, elles se mettent à genoux en disant le Veni, Sancte Spiritus, toutes ensemble ; et leur maîtresse, qui les doit instruire, dit l'oraison et le petit verset.
2. Ensuite de la prière, toutes se mettent sur leurs sièges, et celle qui a dévotion de dire quelqu'une de ses fautes tout haut le peut faire, mais on n'y force personne ; au contraire, on leur fait voir que cela est permis par grâce, mais non pas commandé. Elles ont néanmoins accoutumé de le faire de bon cœur.
5. Elles doivent écouter avec grand respect les avertissements qu'on leur donne, qui doivent toujours être fort charitables. Car il faut qu'elles soient convaincues qu'on ne les reprend que pour leur bien, et que l'on n'épargne point les unes plus que les autres.
4. Il faut qu'elles reconnaissent que l'on n'y agit par aucun mouvement déréglé, soit de passion ou de propre intérêt ; ce qui n'empêche pas qu'on ne les reprenne avec force, afin qu'elles soient véritablement humiliées et confuses ; car si elles faisaient cela par accoutumance, ou afin que l'on crut qu'elles sont bien fidèles à dire leurs fautes, cela se tournerait enjeu etenhyprocrisie, ce qu'il faut éviter sur toutes choses. C'est pourquoi on leur donne pénitence de toutes les fautes considérables
dont elles s'accusent ; ce que je n'ai pas reconnu leur avoir ôté la liberté de les dire.
5. Elles ne disent jamais leurs fautes de celte sorte, c'est-à-dire devant leurs sœurs, les fêtes etles dimanches.
6. Aussitôt que toutes les fautes sont dites, ce qui dure toujours plus d'un quart d'heure, on emploie le reste de l'heure à les instruire et à répéter ce qu'on leur a dit la veille. Cette répétition consiste à faire dire à trois ou quatre enfants ce qu'on leur a dit le jour précédent. On s'adresse tantôt à l'une et tantôt à l'autre, et on ne le fait pas à toutes, parce que cela tiendrait trop de temps. Que si les fautes avaient employé toute la demi-heure, on demeure encore trois quarts d'heure, ayant besoin d'un quart d'heure pour les répétitions.
7. Les jours où il y a Evangile propre, comme le Carême, les Quatre-Temps etles samedis pour les dimanches, toutes se lèvent debout et, ayant les mains jointes, elles écoutent l'Épître et l'Evangile avec respect.
8. Après la lecture de l'Evangile, on le leur explique le plus simplement que l'on peut ; ]es autres jours où il n'y a point d'Evangile propre, on les instruit sur l'explication du catéchisme ou sur les vertus chrétiennes. On leur apprend aussi la manière de se confesser, communier, faire son examen et bien prier Dieu. On ne passe pas si légèrement d'un sujet à un autre, afin de leur donner du temps pour bien comprendre ce qu'on leur dit.
9. Quand on leur explique le catéchisme, cela doit durer longtemps ; car on commence par le signe de la S'" croix, et ensuite les articles de notre foi, et les com-
inandeiiieiils de Dieu et de l'Eglise ; les principaux mystères sont réservés pour l'approche des jours auxquels ils sont solennisés en l'Eglise.
10. Je vous dirai comme je me suis comportée depuis quatre ans. La première année, je leur ai parlé sur le symbole, sur le signe de la croix, l'eau bénite, les commandements de Dieu ; la seconde année, j'ai tâché de leur faire bien entendre l'explication de la sainte messe, qui est dans le chœur nouveau ; car encore que cela soit tout expliqué, elles n'y entendaient rien, parce qu'elles le lisaient par routine, sans y faire assez de réflexion, au moins la plus grande partie, et particulièrement les dernières venues.
1 1 . J'ai fait la même chose pour les prières du soir et du matin, l'examen et les autres devoirs d'une bonne chrétienne. Depuis, je leur ai parlé des vertus, me servant pour cela de saint Jean Climaque ^
12. Pour cette dernière année où nous sommes, je l'ai toute employée à la pénitence, en me servant de la Tradition de l'Eglise. J'ai maintenant dessein, moyennant la grâce de Dieu, de leur expliquer fort particulièrement le Catéchisme de M. de Saint-Cyran, afin de les instruire sur ce qu'elles doivent à Dieu et au prochain, et sur les mœurs.
43. On finit leur instruction par la prière Confirma hoc Deus^ etc. Cet exercice est fini environ à deux heures et demie. Elles iravaillenl pendant cette instruction,
' C'est l'ouvrage qui a pour tilre : L'Echelle sainte, ou les degrés pour monter au ciel. Aniaukl d'Aiidilly en avait donné une traduction du grec en français. La deuxième édition est de 1661.
pourvu qu'elles n'aient rien à demander à personne ; car si quelqu'une a besoin de quelque chose, elle ne fait rien , plutôt que de se distraire ou de distraire les autres.