‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 72 sur 97 · On leur peut faire porter un manteau gris, aller · texte numérisé non relu

On leur peut faire porter un manteau gris, aller

sans voile ou sans scapulaire au réfectoire, et demeurer même à la porte de l'église en cet état.

4. On les doit aussi quelquefois priver d'aller à l'église pour un ou plusieurs jours, selon la grandeur de la faute, ou les faire tenir à la porte de l'église, ou en quelque endroit séparé des autres. Il faut surtout prendre garde que la privation d'aller à l'église ne leur soit pas indifférente.

5. On peut faire porter aux petites et aux moyennes des billets qui expriment leur faute, et que cela soit écrit en fort gros caractères ; pourvu qu'il y ait un mot ou deux, c'est assez; comme ; paresseuse, négligente, menteuse, etc. On peut aussi leur faire porter une langue rouge.

6. Leur faire prier leurs soeurs au réfectoire qu'elles prient pour elles, exprimant la faute dans laquelle elles sont tombées ou la vertu qui leur manque.

7. Pour les plus grandes, on les doit faire craindre pour l'amour de Dieu et par la crainte de ses jugements ; et dans les rencontres on leur peut imposer quelqu'une des pénitences que l'on fait aux moins âgées, comme de les faire aller sans voile ou demander les prières des sœurs au réfectoire ; mais il faut bien regarder si cela leur servira, et ne leur nuira point en ne faisant que les aigrir. Ce qui nous oblige à beaucoup prier Dieu qu'il nous éclaire et nous conduise en tout pour sa gloire, et le salut de ces âmes dont il nous a donné le soin.

De la confession.

1. Nous parlons le plus souvent que nous pouvons aux enfants, tant dans le général que dans le particulier, de l'extrême importance de faire de bonnes confessions qui soient sincères et sans déguisement; parce que les enfants sont fort sujettes à en faire de mauvaises, ne disant pas toutes leurs fautes ou les déguisant si fort qu'on ne comprend pas leur élat.

2. C'est pourquoi on les exhortera de demander à Dieu un esprit vraiment contrit et humilié qui leur fasse avouer leurs fautes humblement, étant bien aises de recevoir de la confusion et d'être traitées comme elles le méritent.

5. Leur dire souvent qu'elles doivent dire les fautes qui les humilient le plus et les circonstances qui les rendent plus grandes, sans avoir égard à leur répugnance. C'est pourquoi il est bon de leur représenter souvent l'horrible élat où se trouve une âme à l'heure de la mort, lorsqu'elle se voit séparée de Dieu, et dans une confusion éternelle, pour en avoir voulu éviter une petite et passagère qui ne dm e qu'un moment ; que la confusion qu'elles recevront alors sera vue de tout le monde, et que celle qu'elles croient recevoir dans la confession n'est qu'à l'égard d'une personne, et dans le secret, et pour un peu de temps.

4. Quand on les verra un peu plus fortes et plus courageuses, on les exhortera de ne rien épargner pour recouvrer l'amitié de Dieu, si elles l'avaient perdue ; on les portera doucement à la pénitence intérieure et extérieure, mais particulièrement à l'intérieure. Il est bon de leur dire qu'une marque d'une bonne confession , c'est quand on voit du changement dans les mœurs, et que c'est un très-grand mal d'aller toujours à confesse et de retomber tous les jours dans les mêmes défauts ; que c'est une marque qu'elles ne se confessent pas comme il faut et qu'elles n'ont pas un véritable regret d'avoir offensé Dieu.

5. Quand on voit des enfants qui se laissent emporter à faire des fautes dans toutes les rencontres qui se présentent, nous leur dirons qu'au jugement de Dieu elles sont plus coupables qu'elles ne pensent, et qu'il leur imputera tous les desseins qu'elles ont formés dans leur cœur et qu'elles ont communiqués aux autres, quoiqu'ils n'aient pas été exécutés. On leur dira qu'elles se doivent confesser de toutes ces choses, et développer tous les retours de leur conscience, afin de ne rien celer à celui qui tient la place de Jésus- Christ. On leur peut dire qu'elles peuvent bien tromper les hommes, mais qu'on ne peut point tromper Dieu, et que le sang de Jésus-Christ ne s'applique qu'à ceux qui s'accusent véritablement et sincèrement de leurs péchés. Et ainsi on leur fait comprendre que c'est elles seules qu'elles trompent.

G. 11 est bon qu'elles ne fassent point tant de discernement des grands péchés d'avec les plus pclits pour en

avoir moins d'horreur, et par ce moyen s'y laisser aller plus facilement. C'est pourquoi on leur doit dire, qu'à une âme qui aime Dieu il n'y a rien de petite consé> quence; que tout y est grand et que nous devons éviter sans aucune réserve tout ce que nous croyons lui déplaire, à lui qui n'a pas épargné le sang de son Fils pour nous laver de nos péchés.

7. On ne fera point aller si tôt ni si souvent les plus jeunes à confesse. On altenara pour les moins âgées à les y faire aller, qu'elles soient raisonnables et qu'elles témoignent vouloir se corriger de leurs petits défauts, n'y ayant rien tant à craindre que d'y faire aller les enfants si jeunes sans y voir quelque changement; et on doit au moins attendre qu'elles aient persévéré quelque temps à mieux faire.

8. Il faut petit à petit, quand elles sont fort jeunes, les accoutumer à nous dire toutes leurs fautes, aûn de les instruire à se bien accuser, ne contant point des histoires et n'accusant point leurs sœurs. Nous les faisons ressouvenir de toutes les principales fautes dont elles ne se souviendraient pas, et nous leur disons h manière dont elles se doivent accuser.

9. Nous prenons bien garde si les enfants font profil de la confession ; avant que de leur permettre d'y retourner, et quand elles ont fait quelques fautes considérables, nous les exhortons d'y satisfaire auparavant, et si elles ont la confiance de nous les dire, ce qui est le plus utile, nous leur proposons de faire quelques satisfactions selon la grandeur de leur faute, mais particulièrement des choses qui les mortifient et qui soient

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opposées à leur faute. Connue, par exemple, si elles avaient blessé la charité qu'elles doivent à leurs sœurs, on fera qu'elles les servent et leur rendent tous les devoirs de charité avec plus d'onction et de douceur, et si cela avait paru, on leur fait demander pardon, et à celle qui aurait été offensée el à celles qui l'ont vue ; on leur fait aussi faire quelques prières pour celle qu'elles ont offensée. On fera en sorte qu'elles ne retournent point à confesse que leur cœur ne soit véritablement humilié, et qu'elles n'aient regret d'avoir offensé Dieu ; on fera ainsi sur tous les défauts principaux que les enfants commettent, afin qu'elles ne fassent pas leurs confessions par routine, ce qui est fort à craindre pour toutes sortes de personnes, mais particulièrement pour les enfants.

10. Nous leur disons que ce n'est pas assez de dire cinq ou six fautes au plus, mais qu'il faut qu'elles disent leur état et disposition depuis leur dernière confession, et que des fautes dites seules et séparées de leur état ne donnent presque aucune connaissance d'elles ; comme par exemple, si elles sont sujettes à l'orgueil, à la paresse, etc., on leur dira qu'elles ont besoin, pour se faire bien connaître, de dire si elles croient y être plus portées depuis leur dernière confession, et combien de jours ou d'heures elles ont été dans le sentiment de ces fautes, en particularisant celles qu'elles ont faites.

11. 11 est bon de ne les rendre pas si délicates à ne vouloir pas nommer celles avec qui elles ont failli, puisqu'elles sont toutes confessées par un même confesseur quidoitavoiruneentièreconnaissancedetouslesenfants.

Cela lui fait mieux connaître leurs dispositions et la i^randeur de leurs fautes; et cette connaissance lui est entièrement nécessaire pour les servir comme il faut ^ 12. Nous présupposons ici ce qui doit être absolument, qui est que la maîtresse instruise parfaitement le confesseur de tout l'état des enfants, toutes les fois qu'elles vont à confesse, afin qu'il voie si elles s'accusent comme il faut^.

Il faut qu'il y ait une grande conformité entre le confesseur et la maîtresse, pour réussir en leur conduite, et que la maîtresse ne permette rien de considérable, comme la sainte communion, des pénitences et des prières, sans avoir pris l'avis du confesseur ; et aussi que le confesseur avertisse la maîtresse de ce qu'il croit être utile pour le bien des enfants, afin qu'elle ne dise ni ne fasse rien, que ce que le confesseur trouvera bon. Il faut que les enfants ne trouvent aucune différence dans la conduite que le confesseur et la maîtresse tiendront sur elles.

15. S'il y en avait quelqu'une qui eut quelque peine de se confesser à celui qui lui a été présenté, on ne souffrira pas qu'elle en parle à ses compagnons, mais on lui permettra de représenter sa répugnance à sa maîtresse qui y donnera ordre avec la permission de la supérieure, en cas qu'elle crût que la peine fut raisonnable et que ce ne fût pas une badinerie.

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