‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, soeurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 82 sur 97 · LETTRE DE JACQUELINE PASCAL A MADAME PERIER, SA SŒUR · texte numérisé non relu

LETTRE DE JACQUELINE PASCAL A MADAME PERIER, SA SŒUR

A Paris, ce 24 mars 1649.

Ma cbère sœur, Je reçus hier soir seulement la lettre du 22 janvier,

' Edit. V. C. : « ... de l'en résoudre et de... »

> Idem omet ce post-scriptum.

' I«r Recueil MS. du P. Guerrier, page cxliii.

mais ce ne fut pas avec une petite consolation. Je me réjouis (le tout mon cœur de riieureusc * rencontre que tu m'as mandée. Je la prends pour une grâce pour moi * d'autant plus grande, que j'en suis véritablement indigne. Si tu étais mon confesseur, je t'en dirais peut-être davantage; mais cela suffit pour t'obliger à me recommander de tout ton cœur au Fils et à la Mère, afin qu'ils obtiennent pour moi, par les mérites de sa mort, les grâces qui me sont nécessaires. Tu n'y oublieras pas toute notre maison et aussi tout l'Etat ^; c'est pourquoi je ne t'en parle point. Je te prie seulement qu'un des sujets de tes prières du premier jeudi, soit la manifestation publique ou pour le moins la manifestation particulière à certaines personnes d'une cbose de conséquence qui est occulte et dont les effets sont étonnants, disant à Dieu avec J.-C. : « Mon père s'il est possible, c'est-à-dire si c'est pour votre gloire, » et y ajoutant toujours : « Votre volonté soit faite; » afin qu'il plaise à Dieu d'envoyer sa lumière dans les cœurs plutôl que dans les esprits. C'a été le sujet d'une grande partie de mes prières depuis quelque temps, j'entends de ces prières qui ne sont qu'un désir du cœur, comme dit M. de Saint-Ciran (sic). Je t'en prie derecbcf, car j'affectionne cela infiniment et pour Dieu seul ce me semble, c'est-à-dire afin qu'il ne se fasse ou pense rien contre son ordre. Si je te voyais, je te dirais tout cela avec joie de pouvoir ouvrir mon cœur. Dieu ne veut pas que

' Edit. V. C. : < ... de cette heureuse... »

' Idem omet : pour moi.

* Idem omet : et aussi tout l'Etat.

j'aie celte consolation ; qu'il en soit béni : je lâcherai à ne le pas vouloir aussi tant qu'il ne le voudra pas. Les cliréliens ont cet avantage que s'il leur est défendu de s'abandonner aux plaisirs du monde, il leur est aussi défendu de s'attrister des malheurs qui y arrivent ; et même il leur est commandé de s'en réjouir; et comme les uns sont sans difficulté plus fréquents que les autres, leur joie est bien plus continuelle. Aussi, N.-S. J.-C. dit que personne ne la leur pourra ôler, et en effet il faut dire comme l'apôtre dit sur un autre sujet : Qui pourra affliger celui à qui les maux tiennent lieu de joies?

Quand je m'aperçois qu'il semble que je te veuille instruire, ce qu'à Dieu ne plaise que j'entreprenne ainsi sans raison ni mission, il me souvient d'avoir ouï dire un beau mot à 31. Singlin : Que lorsque nous prions Dieu, ce n'est pas pour le faire ressouvenir de nos besoins qu'il sait tous, comme dit J.-C. \ mais pour nous en souvenir nous-mêmes. Je te dis la même chose une fois pour toutes, afin que cela te demeure dans l'esprit. Prie Dieu pour moi, mais tout de bon ; rends-lui aussi grâces pour tous et pour mon frère quelques prières et quelques actions de grâces particulières. Je te mande tout ce qui me vient à la pensée. Encore un coup, prie Dieu pour moi : j'en ai besoin. Prie-le qu'il passe l'é" ponge pour ainsi dire sur tout le temps que j'ai perdu elles occasions que j'ai négligées et les conjonctures favorables que j'ai refusées : elles sont sans nombre.

« Edit. V. C. : « ... dd nos besoins, qu'il sait tout... »

Prie-le qu'il ait agréable T obéissance que je rends en me procurant à moi-même des biens dont je suis indigne.

LETTRE DE LA SŒUR J. DE SAINTE-EUPHEMIE PASCAL A M. PASCAL, SON FRERE *.

A Port-Royal du St. -Sacrement, 7 mars 1652.

Mon très-cher frère,

Je ne puis mieux vous témoigner le désir que j'ai que vous receviez avec joie el dans un esprit tranquille et fidèle à correspondre aux grâces de Dieu, la nouvelle que j'ai avons dire, que par le choix que j'ai fait de M. Hobier^ pour vous la porter. L'estime que vous faites de son mérite, de sa vertu et de l'honneur de son amitié m'ôte tout sujet de craindre que ce qu'il y aura de fâcheux pour vous, qui pourra être adouci parla considération de la satisfaction et de l'avantage qui m'en revient, ne le soit par l'entremise d'une personne qui en est si capable. Il a reçu avec tant de charité cette commission que nous lui en devons être éternellement obligés, vous parce qu'il vous aidera à étouffer les sentiments de la nature qui pourraient s'opposer au sacrifice dont Dieu vous offre une si heureuse occasion dans cette rencontre en ma personne ; et moi, parce qu'il sera l'instrument dont Dieu se servira pour exaucer enfin les

' Ile Recueil MS. du P. Guerrier, page 7. ï Edit. V. C. : « ... M. Rohier... »

prières et les larmes presque continuelles que je lui offre depuis plus de quatre ans. Car encore que je sois libre, et qu'il ait plu à Dieu qui châtie en favorisant et dont les châtiments sont des faveurs, de lever en la manière que vous savez et que je n'ose nommer ' pour ne mêler rien de triste parmi ma joie, le seul obstacle légitime qui pouvait s'opposer à l'engagement où je désire d'entrer, je ne laisse pas d'avoir besoin de votre consentement et de voire aveu que je demande de toute l'affection de mon cœur, non pas pour pouvoir accomplir la chose, puisqu'ils n'y sont point nécessaires, mais pour pouvoir l'accomplir avec joie, avec repos d'esprit, avec tranquillité, puisqu'ils y sont nécessaires absolument et que sans cela je ferai la plus grande, la plus, glorieuse et la plus heureuse action de ma vie avec une joie extrême mêlée ^ d'une extrême douleur, et dans une agitation d'esprit si indigne d'une telle grâce que je ne crois pas que vous soyiez assez insensible pour vous pouvoir résoudre à me causer un si grand mal.

C'est pourquoi je m'adresse à vous comme au maître en quelque façon de ce qui me doit arriver, pour vous dire : Ne m'ôtez point ce que vous n'êtes pas capable de me donner; car^encore que Dieu se soit servi de vous pour me procurer le progrès des premiers mouvements de sa grâce, vous savez assez que c'est de lui seul que procède tout l'amour et toute la joie que nous

' La mort de M. Pascal, leur père. ( Note du P. Guerrier. ' Edit.V' C, : « ... avec une joie entremêléQ d'une... »

avons ^ pour le bien, et qu'ainsi vous êtes bien capable de troubler la mienne, mais non pas de me la redonner si une fois je viens à la perdre par votre faute. Vous devez connaître et sentir en quelque façon ma tendresse par la vôtre, et juger que si je suis assez forte pour ne laisser pas de passer outre malgré vous, je ne la suis pas assez peut-être pour être à Tépreuve de la douleur que j'en recevrai ^. Ne me réduisez pas à l'extrémité ou de différer ce que j'ai désiré ' depuis si longtemps avec tant d'ardeur, et de me mettre ainsi au basard de perdre ma vocation ou de faire bassement, et avec une langueur qui tiendrait de l'ingratitude, une action qui doit être toute de ferveur, de joie et de cbarité, pour répondre à celle que Dieu a eue de toute éternité pour nous, en nous choisissant pour ses épouses avant que de nous avoir créées; et de me rendre par ce moyen tout à fait indigne des grâces que je dois attendre dans tout le reste de ma vie, par la lâcheté que j'aurais eue dans ces commencements ; et ne m'obligez pas à vous regarder comme l'obstacle de mon bonheur, si vous êtes capable de différer l'exécution de mon dessein, ou comme l'auteur de mon mal si vous êtes cause que je l'accomplisse avec tiédeur.

Si j'avais moins d'expérience de ce que peut la tendresse naturelle sur ceux de notre famille, j'apporte-

* Edit. V. C. dit : « . . que vous avez... »

' Idem dit : «... et juger si je suis assez furie pour être à l'épreuve de la douleur que j'en recevrai. » Eu omettant ces mois: « ... ne laisser pas de passer outre malgré vous^ je ne la suis pas assez peut-être pour...

Idem : « ... ce que je désire... »

LETTRES. *:û

rais moins de précaution à vous faire consentir à uum chose toute sainte et toute juste, f>arce que les gTàc< s naturelles et surnaturelles que Dieu vous a données ' devraient vous porter ujenie à m'encourager dans mon dessein, si j'étais assez niallieureuse pour m'y affaiblir. Je n'ose encore attendre cela de vous, quoique j'eusse droit de l'espérer dans les connaissances que vous avez; mais j'attends que vous ferez un effort sur vous-même pour ne pas vous mettre en état de mo faire perdre les grâces que j'ai reçues et de m'en répondre devant Dieu à qui je proteste que ce sera à vous seul que je m*en prendrai et que je les redcman : derai : Dieu nous garde l'un et l'autre de tomber dans ce malheur !

Je sais bien que la nature fait arme de tout en ces rencontres, et que pour éviter ce qu'elle craint toutes choses lui semblent justes^, et que pour fomenter ce qu'elle vous suggérera tout le monde ne manquera pas en cette occasion ^ d'exercer cette sorte de charité et de ferveur qui lui est ordinaire et qui ne s'oppose qu'au bien. Il n'y a pas assez longtemps que j'en suis sortie pour avoir oublié que l'estime et l'applaudissement qu'il a pour la vertu ^ est un des meilleurs moyens dont notre ennemi se sert pour l'affaiblir insensiblement dans une âme, sous prétexte de la communiquer aux autres ; et que ce qu'il voit bien qu'il ne pourra emporter par

' Edit. V. C. ; « ... que Dieu nous a données... » ' Idem omet ces mots : et qua pour éviter ce qu'elle craint , toutes choses lui semblent justes.

* Idem omet : en cette occasion.

* Idem : « ... pour sa \erlu.,. »

violence, il tache de remporter par les caresses que le monde nous fait. Il n'a pas manqué d'inspirer aux tyrans cette sorte de supplice pour ébranler la foi et la constance des martyrs S et il ne manque pas de la suggérer aux meilleurs amis dans la paix de l'Eglise pour vaincre la persévérance des fidèles. Résistez courageusement à cette tentation si elle vous arrive ; et lorsque le monde vous témoignera quelque regret de ne me plus voir, assurez-vous que c'est une illusion qui disparaîtrait incontinent, s'il n'était question de s'opposer à un Lien; puisqu'il est impossible qu'il ait une véritable amitié pour une personne qui n'est point à lui, qui n'y veut jamais être, et qui n'a point présentement de plus grand désir que de le détruire à son égard, en l'abandonnant pour jamais, par un vœu solennel et par l'engagement dans une vie toute opposée à ses maximes, et qui donnerait de bon cœur tout ce qu'elle a de plus cher pour imprimer un sentiment pareil dans toutes les âmes qu'elle connaît. Que s'il est vrai qu'il a conservé quelque impression de l'amitié qu'il me témoignait lorsque j'étais sienne, à Dieu ne plaise que cela me puisse détourner de le quitter et vous d'y consentir.

Ce doit être ma gloire et votre joie, et de tous mes amis, d'avoir ce témoignage de la force de la grâce de mon Dieu, que ce n'est point lui qui me quitte, mais moi qui l'abandonne ; et qu'encore que l'effort qu'il fait pour me retenir semble une punition toute visible

' Coci semble un souvenir du Polyructe de Corneille.

(le la complaisance que j'ai eue autrefois pour lui, il plaise à Dieu me donner la force d'y résister, et que tous ses efforts ne servent qu'à faire éclater la victoire qu'il a daigné remporter dans mon cœur sur tous les charmes et les promesses du monde, qui sont si vaines et si bornées qu'il ne faul qu'un peu de raison éclairée de la foi et soutenue par la grâce, pour faire quitter avec joie par avance ce qu'il faudra quittei* par nécessité dans quelques moments. Ne vous opposez point à celte lumière divine; n'empêchez pas ceux ([ui font bien et faites bien vous-même, ou, si vous n'avez pas la force de me suivre, au moins ne me retenez pas. Ne vous rendez pas ingrat envers Dieu de la grâce qu'il fait ^ à une personne que vous aimez : plus elle doit vous être chère, plus les faveurs qu'elle reçoit vous doivent être sensibles.

S'il nous est recommandé de ne point négliger les châtiments du Seigneur, combien moins ses grâces^ et la plus grande et la plus rare de ses grâces *. Je parle de l'extérieure par laquelle il me permet d'être admise au nombre de ces anges visibles qui ne sont au monde que pour l'adorer, et qui n'ont d'autre occupation extérieure, ni d'autre désir dans le cœur que de le servir dans toute l'étendue que peuvent des créatures mortelles ; car pour l'intérieure qui me rendrait un ange en celte manière, si elle trouvait en moi une matière disposée, je reconnais que j'en ai très-peu, quoique ce

• Edit. V. C. : « ... qu'il a faite. , »

* Idem ; « ... îes grâces... »

' Idem : m ... ces ûrîices .. >*

peu surpasse infiniment mon mérite. C'est ce qui doit augmenter notre reconnaissance et notre admiration de cette faveur infinie et incompréhensible de notre Dieu envers une créature qui s'en est rendue si indigne. Je suis tellement touchée de cette pensée à l'heure que j'écris, que si j'osais, je crois que je ferais une confession de toute ma vie pour nous faire mieux comprendre quelle est la miséricorde de Dieu envers moi ; mais elle ne sera point nécessaire si vous voulez un peu rappeler voire mémoire pour vous ressouvenir des temps où j'aimais le monde, et où la connaissance et l'amour que j'avais pour mon Dieu me rendaient d'autant plus coupable, que je partageais mon cœur entre ces deux maîtres avec une inégalité qui me couvre de confusion, surtout quand il me ressouvient que les exhortations fréquentes que vous me fesiez sur ce sujet ne pouvaient me faire concevoir que je ne pusse allier deux choses aussi contraires que sont l'esprit du monde et celui de la piélé. Voilà un solide fondement pour rendre notre reconnaissance éternelle envers Dieu de ce qu'il daigne non-seulement me retirer de ce dangereux aveuglement, mais aussi m'étahlir dans un lieu et dans une condition où je n'ai plus sujet de craindre d'y retomber.

Je finis tout court, parce que j'aurais tant de choses à dire sur le sujet des obligations que je vous ai (lesquelles je vous prie de ne pas détruire et de m'aider à les conserver, comme je ferai malgré vous-même et tout ce qui s'y pourrait opposer, afin de les augmenter en les conservant, et de ne pas détruire ce que vous

LETTRIS. 541

avez édifié) ; siu* les avantages ^ inconcevables de la profession que j'embrasse et de la maison où je suis ; sur ce que vous et moi devons à Dieu, non-seulement en général comme ses créatures^, mais aussi en particulier; et sur plusieurs autres choses que si je m'y étendais, je ferais plutôt un livre qu'une lettre ^

Je suis dans l'impatience de savoir en quelle manière vous aurez reçu cette nouvelle *, quoiqu'il me semble que ce serait vous faire tort ^ de douter que vous ne l'eussiez bien reçue, si on ne pardonnait à la nature toutes les agitations qu'elle aura pu vous ^ causer; mais il ne faut pas qu'elle soit maîtresse. Surmontez-la par mon exemple, ou plutôt par celui des apôtres qui reçoivent avec une sainte joie la séparation de Notre-Seigneur ; sur quoi il y aurait encore beaucoup de choses à dire. Fais par vertu ce qu'il faut que lu fasses par nécessité. Donne à Dieu ce qu'il te demande en le prenant : car il veut que nous lui donnions ce qu'il nous ôte comme nous faisons véritablement "^ ce qu'il fait en nous. Je suis ravie que vous ayez cette occasion de mériter, et j'espère que celte offrande nécessaire vous disposera et méritera la volontaire que je souhaite de tout mon cœur, et qui va être presque

« Edit. y. C. : « sur ces avantages...» ' Idem : « ... comme les créatures... » 3 Edit. V. C. : « ... ce serait plutôt... »

* Idem : «... Je suis dans l'impatience d'apprendre comment vous... »

^ Edit V C. :((... du tort... »

^ Idem omet: vous.

' Edit. V. C. : « ... comme si nous faisions... »

542 JACQUELIXE PASCAL.

tout mon souhait à celte heure que j'ai obtenu ce que je désirais pour mon regard.

Contentez-vous que c'est pour votre considération que je ne suis pas céans il y a plus de six mois, et que j'aurais déjà ^ l'habit sans vous; car nos mères ont reçu le noviciat de quatre années que j'ai fait dans le monde pour toute épreuve, et la volonté que j'ai de bien faire en me laissant conduire avec simplicité, pour toute perfection. Si bien que la seule peur que j'ai eue de fâcher ceux que j'aime a différé jusques ici mon bonheur. Il n'est pas raisonnable que je préfère plus longtemps les autres à moi^ et il est juste qu'ils se fassent un peu de violence pour me payer de celle que je me suis faite depuis quatre ans. J'attends ce témoignage d'amitié de toi principalement, et te prie pour mes fiançailles qui se feront. Dieu aidant, le jour de la Sainte-Trinité. Je prie Dieu qu'il nous envoie son Saint-Esprit pour nous y disposer. N'est-ce pas une chose étrange que vous vous feriez un grand scrupule et que tout le monde vous voudrait mal, si pour quelque intérêt que ce fût vous vouliez m'empêcher d'épouser un prince, encore que je dusse le suivre en un lieu fort éloigné de vous; faites vous-même l'application et mettez toutes les différences; car celte lettre est déjà trop longue pour l'amplifier encore.

J'écris à ma fidèle; je vous snpplie- de la consoler si elle en a besoin et de l'encourager. Je lui mande que

* Edit. V, C. omet : déjà.

'■ Idem : <- je vous prie... «

LETTUES. 345

si elle s'y sent disposée et qu'elle croie que je la pourrai encore davanlage fortifier, je serai ravie de la voir; mais que si elle vient pour nie comliatlre, je l'avertis qu'elle perdra son temps. Je vons en dis de môme et à tous ceux qui voudraient l'entreprendre, pour vous épargner à tous une peine inutile. Je n'ai que trop patienté. Dieu veuille que le déclict que cela m'a causé se répare par la pénitence que je désire d'en faire. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il n'impute point à ceux qui se sont opposés à moi depuis quatre ans le péché qu'ils ont commis en cela, et qu'il le leur pardonne à cause que véritablement ils ne savaient ce qu'ils faisaient.

Ce n'est que par forme que je t'ai prié de te trouver à la cérémonie; car je ne crois pas que tu aies la pensée d'y manquer. Vous êtes assuré que je vous renonce si vous le faites. Adieu, je suis de tout mon cœur.

Faites de bonne grâce ce qu'il faut que vous fassiez, c'est-à-dire en esprit de charité et ne me donnez point de déplaisir, car il me semble que je ne vous en ai point donné de sujet.

Mon très-cher frère,

Votre très-humble et très-obéissante sœur et servante.

S. J. D. Sainte-Euphémie.

EXTRAIT d'u>'E LETTRE DE MADEMOISELLE JACQUELINE PASCAL A MADAME PERIER SA SŒUR ^

A Port-Royal du Sainl-Sacrement, ce 10 mai 1652.

... Il n'y a qu'affliction partout, excepté moi qui suis dans la joie; car le jour est arrêté pour ma vêture qui sera, Dieu aidant, comme je l'espère, le jour de la Sainte-Trinité. J'aurai pour compagnes dans cette action ou plutôt pour modèles, mademoiselle de Lusancy qui est mon ancienne de deux mois, et une autre bonne sœur que vous ne connaissez pas, qui recevront aussi le saint habit. Il me semble que c'est un songe de m'en voir si proche après tant d'oppositions. J'aurai toujours peur que ce ne soit une illusion, jusqu'à ce que toute la cérémonie soit faite. Je ne perdrai point le temps à vous raconter ma joie % car vous n'en doutez. Il suffit que la persévérance dans ma résolution témoigne que je n'ai point été trompée dans mon attente et que je puis dire comme David : Sicut audivimus sic vidimus in civitale Dei nostri.

Je fis porter cette nouvelle à mon frère, le jour de l'Ascension, par M. Hobier ^. Il vint le lendemain fort outré avec un grand mal de tête que cela lui causait, et néanmoins fort adouci, car au lieu de deux ans qu'il me demandait la dernière fois, il ne voulait plus me faire attendre que jusqu'à la Toussaint ; mais me

1 Ile Recueil MS. du P. Guerrier.

- Edit. V. C. : « ... exprimer ma joie... »

■^ Idem : « ... M. Gobicr el omet ces mots : le jour de l'Ascension.

voyant ferme à ne pas altendre et assez complaisante néanmoins ponr condescendre à lui donner quelque peu de temps pour se pouvoir résoulre, il s'adoucit enlièremenl et eut pitié de la peine que cela me faisait de différer encore une chose que je souhaite depuis si longtemps. Il ne se rendit pourtant pas à l'heure; mais M. d'Andilly à ma prière eut la honlé de l'envoyer quérir samedi, et l'entreprit avec lant de chaleur et tant d'adresse qu'il le fit consentir h tout ce que nous voulions. De sorte que nous en demeurâmes là, qu'il me pria de faire mon possihle pour gagner sur moi de différer un temps considérahle et que si je ne le voulais pas, il aimait autant que ce fût le jour de la Trinité que quinze jours après. De sorte que ce sera pour ce jour-là, s'il ne survient des empêchements qui ne me regardent point, etc.

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