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Ma sœur naquit à Clermont le 4 octobre de Tannée 162SL Gomme j'avais six ans de plus qu'elle» je me souviens que dès qu'elle commença à parler elle donna de grandes marques d'esprit. Elle était outre cela parfaitement belle, et d'une humeur douce et belle la plus agréable du monde ; de sorte qu'elle était autant aimée et caressée qu'un enfant le peut être. Mon père se relira à Paris en 1631, et nous y mena tous. Ma sœur avait alors six ans, toujours fort belle et tout à fait agréable par la gentillesse de son esprit et de son humeur. Ces qualités la faisaient souhaiter partout ; de sorte qu'elle ne demeurait presque point chez nous.
On commença à lui apprendre à lire à l'âge de sept ans; et comme mon père m'avait chargée de ce soin, je m'y trouvais fort empêchée , car elle y avait une grande aversion; et quoi que je pusse faire, je ne pouvais obtenir d'elle qu'elle vînt dire sa leçon. Enfin un jour par hasard je lisais des vers tout haut : cette cadence lui plut si fort , qu'elle me dit : « Quand vous
■ n< Recueil MS du P. Guetrier, p. i87.
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u voudrez me faire lire, faites-moi lire dans un livre « de vers ; je dirai ma leçon tant qu'il vous plaira. » Je fus surprise de cela, parce que je ne croyais pas qu'un enfant de cet âge pût discerner les vers d'avec la prose, et je fis ce qu'elle souhaitait. Depuis ce temps elle parlait toujours de vers ; elle en apprenait beaucoup par cœur, car elle avait la mémoire excellente. Elle voulut en savoir les règles ; et enfin à huit ans, avant que de savoir lire, elle commença à en faire qui n'étaient point mauvais : cela fait voir que cette inclination lui était bien naturelle.
. Elle avait en ce temps-là deux compagnes qui ne contribuaient pas peu à la lui entretenir : c'étaient les filles de madame Saintot, qui en faisaient aussi quoi*qu'elles n'eussent pas beaucoup plus d'âge qu'elle. De sorte qu'en l'année 1636, mon père étant allé faire un voyage en Auvergne où il me mena, madame de Saintot lui demanda ma sœur pendant son absence, et ces troiisi petites filles s'avisèrent de faire une comédie dont elles composèrent le suje^t et tous les vers, sans que personne leur aidât en rien. Cependant c'était une pièce suivie, de cinq actes divisés par scènes , et où tout était ob^ serve. Elles la jouèrent elles-mêmes deux fois avec d'autres acteurs qu'elles prirent , et il y eut grande compagnie. Tout le monde admira que ces enfants eus* sent eu la force de faire un ouvrage entier, et on y trouva quantité de jolies choses ; de sorte que ce fut l'entretien de tout Paris durant un long temps.
Ma sœur continua toujours à faire des vers sur tout ce qui lui venait dans l'esprit, et sur tous les événe*
ments extraordinaires. Au commencement de Tannée 1638» comme on fut assuré de la grossesse de la reine, ce lui fut une belle matière ; elle ne manqua pas d'en faire; et ceux-là furent les meilleurs qu'elle eût faits jusqu'alors. Nous étions en ce temps-là logés assez près de M. et de madame de Morangis, qui prenaient tant de plaisir aux gentillesses de celte enfant qu'il ne se passait guère de jours qu'elle ne fât chez eux. Madame de Morangis fut ravie de voir qu'elle avait fait des vers sur la grossesse de la reine, et dit qu'elle voulait la mener à Saint-Germain pour la lui présenter. Elle l'y mena en effet ; et comme elles y furent arrivées, la reine se trouvant alors occupée dans son cabinet, tout le monde se mit autour de cette petite fille pour l'interroger et voir ses vers. Mademoiselle , qui était alors fort jeune, lui dit : « Puisque vous faites si bien (c des vers, faites-en pour moi. » Elle tout froidement se retira en un coin, et fit une épigramme pour Mademoiselle, où il y avait des choses qui faisaient bien voir qu'elle ne l'avait pas apportée toute faite, car elle parlait du commandement que Mademoiselle venait de lui en faire. Mademoiselle , voyant que cela avait été sitôt fait, lui dit : Faites-en aussi pour madame de Hautefort. Elle fit à l'heure même une autre épigramme, pour madame de Hautefort, qu'on voyait bien aussi qui était faite sur-le-champ, quoiqu'elle fût fort jolie. Peu de temps après comme on eut permission d*enlrer dans le cabinet de la reine, madame de Morangis prit ma sœur et l'y mena. La reine fut toute surprise de ses vers : mais elle s'imagina d'abord qu'ils n'étaient pas
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d'elle, ou du moins qu*on lui avait beaucoup aidé. Tous ceux qui étaient là présents eurent la même pensée ; mais Mademoiselle leur ôta ce doute, en leur montrant les deux épigrammes qu'elle venait de faire en sa présence et par son commandement. Celte] circonstance augmenta Tadmiration de tout le monde; et depuis ce jour-là elle fut souvent à la cour, et toujours caressée du roi, de la reine, de Mademoiselle et de tous ceux qui la voyaient. Elle eut même Thonneur de servir la reine quand elle mangeait en particulier, Mademoiselle tenant la place de premier maitre-d^hôtel.
Elle faisait cent autres jolies choses comme des billets qu'elle écrivait à ses compagnes les plus jolis du monde. Elle avait des réparties les plus justes qu'on eût pu souhaiter. Cependant tout cela ne diminuait rien de la gaieté de son humeur, et elle se divertissait avec les autres de tout son cœur à tous les jeux des pelils enfants ; et quand elle était en particulier elle s'amusait avec ses poupées.
Au mois de mars 1638, mon père s'élant rencontré chez M. le chancelier ' avec beaucoup d'autres personnes qui avaient intérêt comme lui aux rentes de l'hôtel de ville, il se dit ce jour-là des paroles et même on fit quelques actions un peu violentes et séditieuses : ce qui
' Ici le P. Guerrier interrompt sa copie et renvoie au mémoire de Marguerite Perier. Nous suppléons à cette lacune d'environ une page au moyen du texte qui se trouve dans la première partie du MS. 5upplément français^ n^ 1,485. Il parait que cette première partie, ou addition, d'environ quarante pages, avait été copiée sur d'autres MSS que ceux du P. Guerrier, tandis que les sept cents pages dont se compose la deuxième partie du même MS ont été copiées sur les Recueils de cet oratorien.
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étant rapporté à M. le cardinal, il donna ordre démettre les principaux dans la Bastille. On s'imagina que mon père était de ce nombre; de sorte qu*on le vint chercher pour cela ; mais il se garantit et on en prit trois autres. Mon père pendant ce temps-là demeura caché chez ses amis, tantôt chez Tun, tantôt chez Tautre, sans oser venir chez lui du tout. Dans cette affliction il recevait beaucoup de consolation de toutes les gentil'^ lasses de cette enfant ; car il Taimait d*une tendresse toute extraordinaire. Mais cette douceur ne dura guère, car au mois de septembre de cette année 1638, la pe* tite vérole lui vint dont elle fut malade à l'extrémité. Mon père oublia lors toutes ses craintes, et dit que quelque danger qu'il y eût pour lui, il voulait être dans sa maison pour voir de ses yeux tout le cours de sa maladie. Et en effet il ne la quitta jamais un moment, couchant même dans sa chambre* Elle guérit de son mal, mais elle en fut toute gâtée. Elle avait alors treize ans, et elle avait l'esprit assez avancé pour aimer la beauté et être fâchée de l'avoir perdue» Cependant elle ne fut point du tout touchée de cet a€-* cident : au contraire elle le considéra comme une faveur, et fit des vers pour en remercier Dieu, où elle disait entre autres choses qu'elle regardait ses creux comme les gardiens de son innocence, et comme des marques indubitables que Dieu la lui voulait conserver ; et tout cela venait de son propre mouvement. Elle passa tout riiiver sans sortir de la maison, n'étant pas en état d'aller parmi le monde. Elle ne s'ennuya point du tout, s'occupant fort de ses poupées et de ses bijoux.