‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 19 sur 105 · VIE DE JACQUELINE · texte numérisé non relu

VIE DE JACQUELINE

pas d'en être fort touché. Il se retira donc fort triste dans sa chambre, sans voir ma sœur qui était alors dans un petit cabinet où elle avait accoutumé de faire sa prière. Elle n*en sortit qu'après que mon frère fut hors de la chambre, parce qu'elle craignait que sa vue ne lui donnât au cœur. Je lui dis de sa part les paroles de tendresse qu'il m'avait dites, après quoi nous nous allâmes tous coucher. Mais quoique je consentisse de tout mon cœur à ce qu'elle faisait» à cause que je croyais que c'était le plus grand bien qui lui pût arriver, néanmoins la grandeur de cette résolution m'étontiait de telle sorte et m'occupait si fort l'esprit, que je n*en dormis point de toute la nuit. Sur les sept heures, comme je voyais que ma sœur ne se levait point, je crus qu'elle n'avait pas dormi non plus, et j'eus peur qu'elle ne fût incommodée, de sorte que j'allai à son lit où je la trouvai fort endormie. Le bruit que je fis l'ayant réveillée^ elle me demanda quelle heure il était; je le lui dis, et lui ayant demandé comment elle se portait et si elle avait bien dormi, elle me dit qu'elle se portait bien et qu'elle avait fort bien dormi • Ainsi elle se leva, s'habilla et s'en alla, faisant cette action comme toutes les autres dans une tranquillité et une égalité d'esprit inconcevables. Flous ne nous dîmes point adieu, de crainte de nous attendrir ; et je me détournai de son passage lorsque je la vis prête à sortir. Voilà de quelle manière elle quitta le monde. Ce fut le 4 janvier de l'année 1652, étant alors âgée de vingt-six ans et trois mois.

Kote du P. Guerrier, « Tai copié ce mémoire sur Toriginal écrit de

74 MABAm ^EftfKl.

liiittind6madittePtrier,sfleQrd«M.Pi9ttl.J*ilonisfiltt»l«iirftcbMés dans les endroits ponctués S parco quelles se tronTsieiit dans lesiB6moires de mademoiselle Perier qae j*afais déjà copiés. Ces pièces se trouvent en original dans la bibliothèque desPP.de TOratoire deCter* nontf aussi bien que les poésies de mademoiselle Pascal qnl fat depuis la samr de sainte Bupbéraie, religieuse de Port^Roysl* La plupart de ces poésies n'ont jamais été imprimées. Il y en a pourtant quelquesunes imprimées en I63S, sous ce litre : Ver$ de la petite Paecal^ et dcdlf^ à la reine.

Dii0S les Vies idifiante$ des religieuses de Pori- Royal, tome II, p. 356, on trouve YAddition suivante au mémoire de madame Perier.

Mademoiselle Pascal, étant entrée à Port-ftoyal, comme Ta rapporté madame Perier, sa soear, écrivit quelque temps après à M. son frère, pour lui faire agréer le dessein qu'elle avait de se faire religieuse, il eut beaucoup de peine à y consentir, mais enfin il le fit ; et elle prit l'habit le 26 mai 4652. Lorsque l'année de son noviciat fut achevée, et qu'elle eut été reçue à la profession, elle eut encore à mgpporter, avant de la faire une assez rude épreuve de la pott de ses parents ; ce qui loi donna occasion de recosnallre davantage quel était Tesprit de Port-Royal et son désiotéreasement. Elle a écrit dle-méme l'histoire détaillée de toute cette aftaire.

La sceur Ëuphémie (ce fut le nom qu'elle prit), depuis sa consécration ne fit plus d'autre usage des perfections dont Dieu l'avait ornée, que pour lui plaire. Aussi parut-elle dès le commencement un modèle parfait des vertus religieuses.

• Ttfy. les iMCe» an iH» des pdTges t9 et 02.

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Surtout il n*y a jamais eu, au jugement de ses supérieures, rien de plus édifiant que sa douceur, son humilité, sa sou-* mission, son obéissance, sa modestie et son amour pour la pauvreté ; tous ses talents étant tellement couverts de l'éclat de ses vertus, qu'on avait peine à les apercevoir. Sa vie fut toujours si sainte, que ce fut un continuel sujet d'édification pour la communauté. Comme on la jugea capable de remplir les emplois les plus difficiles, on l'employa de bonne heure, surtout à former les postulantes et les enfants a la piété, et ensuite les novices. Elle aurait été certainement élevée aux plus grandes charges, si elle ne fût pas morte jeune. Mais, quoi qu'il en soit, pendant le peu d'années qu'elle a passées dans le cloître, on doit dire qu'elle a rempli une longue course.

L'année qui suivit sa profession, elle eut la consolation de voir rentrer dans la piété M. Pascal, son frère, qui depuis quelque temps s'était remis dans le monde et y prenait du goût, ne pensant plus guère à son salut. Les médecins lui avaient défendu toute étude et toute application d'esprit, à cause de ses maladies continuelles : il se rendit tellement à ce conseil que pour recouvrer la santé du corps il négligea celle de l'âme et s'abandonna bientôt à une vie assez mondaine. Cependant comme il venait assez souvent voir sa sœur, Dieu, qui s'était servi autrefois du frère pour gagner la sœur, se servit alors du ministère de cellen^i pour le faire rentrer lui-même dans une voie agréable à ses yeux. Elle lui persuada par ses discours de se retirer absolument du commerce du monde, de renoncer aux inutilités de la vie, et de ne vivre plus désormais que pour Dieu. La grâce se joignant à ses exhortations, M. Pascal embrassa la vie que tout le monde sait^ et dans laquelle il persévéra jusqu'à la mort, employant tous ses talents au service de Dieu et à la déf^se de la vérité.

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La sœur Jacqueline de sainte Euphémie était alors chargée du soin des postulantes ; et il ne sera pas inutile^ pour faire connaître ses dispositions, de mettre ici un extrait de la lettre qu'elle écrivit à ce sujet à madame Perier, sa sœur, le 25 juin 1655. • Il y a grand avantage (lui dit-elle) dans a remploi dont je suis chargée, en ce que sa principale obli- « gation consiste à faire connaître Dieu aux autres et à leur i inspirer sacrainle et son amour. Mais vous avouerez qu'il « y a aussi un grand danger, parce qu'il est bien difficile de « parler de Dieu comme de Dieu, et qu'il est bien dange- « reux de donner aux autres de sa disette au lieu de son « abondance. Priez Dieu qu'il regarde mes deux deniers ff comme les grandes aumônes des riches, et qu'il me fasse « la grâce de m'instruire moi-même en instruisant les au- « très. » La sœur Euphémie fut ensuite chargée de l'éducation des enfants; et comme on reconnut qu'elle avait pour cela im talent tout particulier, on l'engagea, en 4657, à dresser à ce sujet le règlement qui se trouve dans les constitutions imprimées de Port-Royal, et qui est une des plus belles pièces que l'on puisse voir en ce genre. Quelque temps après elle fut sous-prieure de Port-Royal des champs et maltresse des novices.

Elle occupait encore cette charge, lorsqu'on commença, en •I 664 , à exiger la signature du formulaire. Gomme elle avait lu dans le monde, et avant que d'entrer en religion, une partie des livres français qu'on avait faits sur les contoîtations, et qu'elle avait d'ailleurs un amour extraordinaire pour la vérité, elle fit paraître une très-grande fermeté en cette occasion. I>ors donc qu'on proposa aux religieuses de Port-Royal le premier mandement des grands vicaires de Paris, qui avait été dressé par un désir très-louable de donner la paix à l'Eglise et de façon que la signature n'engageait point la conscience au dire des théologiens les plus

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attachés à la vérité, quoiqu'il fût tourné avec quelque adresse, là sœur Euphémie qui craignait jusqu'à Tombre même du mal fut une de celles qui témoignèrent le plus d'opposition à le signer. Elle écrivit même à M. Ârnauld une grande lettre où elle lui exposait de la manière la plus forte combien elle craignait de faire quelque démarche qui parût démentir la sincérité chrétienne, et la résolution où elle était de tout souffrir plutôt que de manquer à rendre témoignage à la vérité en prenant part à l'iniquité du formulaire.

Cependant les peines que la sœur Euphémie avait sur le mandement ayant été levées, elle signa mais ce fut avec une extrême répugnance, étant combattue de deux côtés : savoir, par l'inclination qu'elle avait de se soumettre, et par la crainte qu'elle ne dût pas le faire en cette occasion. Sa santé fut tellement ébranlée par la violence que toute cette aŒaire lui causa, qu'elle tomba dangereusement malade et mourut bientôt après ; étant ( ainsi qu'elle l'avait prédit dans sa lettre à M. Ârnauld ) la première victime de la signature; car elle eut une douleur extrême de voir l'Église agitée par les nouvelles contestations auxquelles on voulait que les religieuses de Port-Royal prissent part; et comme elle en ressentait -vivement les maux, son corps ne put supporter Taccablement de son esprit. Elle mourut le 4 octobre 4664 y âgée de trente-six ans, laissant un grand vide dans la maison, au jugement de tous ceux qui connaissaient son éminente vertu. M. Singlin, qui en était mieux informé que personne, écrivit alors qu'il croyait qu'elle avait moins besoin de ses prières que lui des siennes.

UTTEK DK MADBHOISKLLE GILBERTB PASCAL 4 M, PAflCAt,

fiON PERE^.

Monsieur mon père,

Jfe me réjouis de ce que toutes les fois que j'ai le bien de vous écrire, je suis contrainte de vous dire toujours la même chose, qui est le bon état auquel est, grâces à Dieu, toute la maison qui n*a pour le présent d'autre eovie que celle d'avoir l'honneur de vous voir. En attendant quoi nous n'avons point d'autre consolation que l'espérance d'avoir bientôt de vos nouvelles^ Je vous conjure au nom de tous de nous en envoyer le plus souvent que vous pourrez. Cependant je vous dirai que depuis mon mal d'œil la première sortie que j'ai faite c'a été chez madame la connétable où madame de Morangis me mena avant hier et me fit toutes les offres imaginables d'assistance^ comme elle a accoutumé, me témoignant le ressentiment qu'elle avait de l'accident de ma sœur *. Elle me dit aussi que la reine lui en avait demandé des nouvelles et qu'elle avait témoigné d'être touchée de ce que ce malheur lui était arrivé* Je lui demandai s'il

■ I«' Recueil MS du P. Guerrier. Pag. cccxxxix.

* La peUte vérole dont JacqueUne venait d^ètre atteinte.

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ét^t vrai ce que Ton m'avait dit que la reine était grosse. Elle me dit que non et que la reine devait arri* ver en cette ville cette semainet et que la première foi^ qu'elle irait au Louvre elle m*y mènerait et chez Mademoiselle. M, de Morangis aussi me demanda de vos nouvelles; à mon grand regret, je ne lui en pus dire de bien certaines, En attendant lesquelles je demeure,

Monsieur mon père.

Votre très-humble et très-obéissante servante et fille,

G, Pascal.

à FarU, CQ 3 décambre 1658.

A M, Pascal, président en la Qour des aides de Glermonl-Ferrcind, à Clermont,

roua Mor? raÈnE '•

Il y a quelque temps que nous ftoas voir à M. Ârnauld la solution que N. Gommiers avait donnée à tous vos problèmes. II la comprit fort bien et la réduisit en chiffres pour les premiers problèmes qui se trouvèrent conformes à vos solutions. Il n*eui pas le loisir alors d'en chercher la démonstration ; mais il en

* m* ReeiteU MS du F. G«errier, pag. &2.

Ce billet qui n'esl pas dalé semble adressé à Fascal par une de ses sœurs, et on peut l'atlribuer indifTéremment soit à madame Ferlet, soit à Jacqueline.

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parla à un jeune homme qui demeure dans la même maison que M. de Roannez, qui a beaucoup d'ouverture pour la géométrie. Je ne sais si vous Tavez connu, il s'appelle M. le marquis de Sainte>Mesme. M. Arnauld lui proposa donc cette solution générale de M. de Gommiers sans faire de flgurc, et il lui en envoya le lendemain cette démonstration générale qui est la même que celle que vous avez envoyée. M. Arnauld la trouve très-belle, etc.

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