‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 18 sur 105 · VIE DB JACQUELINE · texte numérisé non relu

VIE DB JACQUELINE

laine, des camisoles, et d'autres petits accommodements qu'elle portait elle-même, quand elle les avait faits, à rbôpital. On était encore merveilleusement édifié de ce que ce grand éloignement de tout le monde ne la rendait point chagrine et qu'elle était toujours affable admirablement, et aussi de ce qu'elle était toujours toute prête à en sortir pour des occasions de charité, comme nous l'avons éprouvé bien des fois. J'eus pen* dant ce temps quelques indispositions, et elle s'attachait à me tenir compagnie tout le jour sans en témoigner aucune inquiétude. Il y eut plusieurs de mes enfants qui eurent de grandes maladies, elle les servit

avec une charité admirable ; et même il y eut une de mes petites filles qui mourut d'une petite vérole pourprée ; ma sœur l'assista toujours jusqu'à la mort, et pendant quatorze jours que dura cette maladie elle n*alla point dans sa chambre que pour dire son office ; encore prenait-elle son temps lorsque l'enfant n'était pas dans les grands accidents de son mal. Ainsi elle la servait avec tout le soin imaginable, demeurant près d'elle jour et nuitv et passant plusieurs nuits sans se coucher. Après que cette occasion de charité fut passée, elle retourna à son ordinaire dans sa chambre. Elle prenait plaisir d'aller quelquefois visiter les pauvres malades de la ville, avec une demoiselle fort vertueuse

qui s'emploie tout entière à cet exercice. Ma sœur' ajoutait à tout cela des mortifications du corps fort grandes. Comme nous avons peu de logement, on avait été contraint de faire un retranchement pour la loger, dans un lieu où il n'y avait point de cheminée et qui

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est même assez loin de toutes les chambres. Elle y passa tout un hiver sans vouloir permettre qu'on lui donnât le moindre soulagement. On ne pouvait pas même, obtenir d'elle de s\ipprocher du feu lorsqu'elle venait pour prendre ses repas. Cela nous donnait à tous beaucoup d'inquiétude. Son abstinence nous faisait aussi bien de la peine, car quoiqu'elle mangeât des mêmes viandes que nous , c'était néanmoins en si pe« tite quantité que, comme elle était d'un tempérament fort délicat , elle diminua par là ses forces et ruina son estomac ; de sorte que quand on voulait l'obliger a prendre plus de nourriture, elle ne pouvait. Ses veilles étaient aussi extraordinaires : nous n'en avions pas une connaissance entière, mais nous nous en apercevions bien parla quantité de chandelles qu'elle brûlait et par d'autres choses semblables. Elle avait une prévoyance admirable; car considérant que Thabit de religion, dans les différences qu'il a de celui du monde , donne quelques difficultés qui faisant de la peine au corps empêchent Fesprit de se perfeclionuer, pour se munir contre cela, elle s'avisa de s'accoutumer en ce qu'elle pourrait aux choses qui sont les plus pénibles. Pour cet effet elle se fit faire des souliers fort bas, elle s'ha* billa sans corps de jupe , elle coupa ses cheveux, et prit plusieurs coiffes même trop grandes et plus em^ 'barrassantes que n'aurait pas été un voile ; enfin elle fit si bien que, quand elle fut entrée, elle n'eut pas la moindre peine pour l'iiabit. Voilà comment se passèrent dix*sept mois qu'elle demeura dans notre mai-^ Mifi éa GlevmoBt.

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Au bout de ce temps-là inôn père s*6n étdât fètdUrâé à Paris voulut que ma sœiir y allât aussis Ce fêtoitr fut au mois de novembre de Tautiéë iÔ50< Elle éUit logée assez commodément à Paris ^ ayant ^n sou particulier une cbambre et un cabineti Mon pèfë lui donnait aussi toute la liberté qu*ellé pouvait sôuhoiter pour ses exercices de piété , dé sorte qu'elld loi pratiquait exactement; mais elle était toujours gênée pour sa communication aveo t^ort-Royàl qu'elle ne pouvait avoir qu'en secret. Gela ne Tempéchait pas pourtant de les voir quelquefois et d'en avoir souvent des nouvelles, de sorte qu'on lui envoyait réguliàremeiit ses billets tous les mois, et ceux des mystères dana lé aeils qu'on les tire^ La mère Agnès lui anvoya à la fêté de l'Ascension dé Vannée 1651, sou billet qui était le mystère de la mort de Nofre^Seigneur; elle médlla te mystère avec tant de soin que Dieu lui donna Aéê pensées admirables sur ce sujet qu'elle mit par écrit K le les ai eues par la faveur de M « de Beboura qui me les donna, mais avec tant de secret que tua mnr n'a Jamais su que je leâ eusse aettleuient y«ès« Je m ÈûWiis rien dire de particulier de ses actlôii^ de cette ailiiéé, parce que je n^étaia pas à Paris; mais j'a) su par môh frère que c'était la tnêfne sorte dévié qûë lôf^tl'élte était à Clermont.

Au mois de septembre de Taunéè f6Sl, lUto ()ère étant tombé malacie de la maladie dont 11 mourut^ etie s'appliqua à lui rendre service avec tout le Étf\Ë ima^i-

* On les trouvera dan^ fa suite de ce yolinne.

nable jour et nuit. On peut dire qu*elle ne faisait autre chose ; car lorsqu'elle voyait qu*elle n'était pas si nécessaire auprès de lui, elle se retirait dans son cabinet où elle était prosternée en larmes priant sans cesse pour lui, comme elle me Ta dit elle-même. Enfin nonobstant tout cela» Dieu en disposa selon sa volonté, et mon père mourut le 24 septembre. On nous le fit savoir à Theure même ; mais comme j'étais en couches, nous ne pûmes être à Paris qu'à la fin du mois de novembre. Dans cet intervalle, mon frère, qui était sensiblement affligé et qui recevait beaucoup de consolations de ma sœur, s'imagina que sa charité la porterait à demeurer avec lui au moins un an pour lui aider à se résoudre dans ce malheur. Il lui en parla, mais d'une manière qui faisait tellement voir qu'il s'en tenait assuré qu'elle n'osa le contredire de peur de redoubler sa douleur, de sorte que cela Tobligea de dissimuler jusqu*à notre arrivée. Alors elle me dit que son intention était d'entrer en religion aussitôt que nos partages seraient faits; mais qu'elle épargnerait mon frère en lui faisant accroire qu'elle y allait faire seulement une retraite. Elle disposa toutes choses pour cela en ma présence. Nos partages furent signés le dernier jour de décembre ^ et elle prit jour pour entrer le 4 janvier.

La veille de ce jour-là, elle me pria d'eu dire quelque chose à mon frère le soir, afin qu'il ne fût pas si surpris. Je le fis avec le plus de précaution que je pus; mais quoique je lui disse que ce n'était qu'une retraite pour connaître un peu cette sorte de vie, il ne laissa

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