LETTRE DE MADAME PERIER A SON FILS AÎNÉ
A Glermont, le 8 mai 1676.
Que pourrais-je vous dire, mon cher fils, de la consolation que m'a donnée votre lettre, puisque vous en savez plus que je ne saurais exprimer, par la connaissance que vous avez des sentiments de mon cœur ? Je remercie Dieu de tout mon cœur de la tranquillité d'esprit qu'il vous donne ; je le prie de la continuer. Vous savez que c'est le comble de tous mes souhaits : jai bien de la joie aussi de ce que vous m'assurez qu'elle ne sera pas troublée de quelque manière que les choses réussissent. Priez qu'il vous maintienne dans cet état, et souvenez-vous toujours, mon cher enfant, que rien n'est nécessaire, ni bien, ni utile que la volonté de Dieu.Vous verrez, par la lettre de votre frère, la condition qu'on vous impose. Il vous mande les sentiments de vos amis; mais vous pouvez bien juger qu'on ne vous prescrit rien : car quand on est sur les lieux, on trouve des dif-
' Recueils du P. Gjierrier.;
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ficultés qu'on ue saurait prévoir de loin ; ainsi vous examinerez les choses, non pas vous-mêniev mais les per-< tonnes qui ont la bonté de s'intéresser à votre conduite. Yous^ êtes bien heureux d*en avoir tant et de si considé* râbles. Tâchez d'en profiter, non<«eulemeBt pour cette occasion, mais aussi pour toute la suite de votre vie. Assurez-les tous, sMl vous plait, de ma très-humble r#*connaissance de la grande charité qu'ils ont pour vous. J'espère qu'elle redoublera dans le grand besoin où vous êtes des prières, du conseil et du secours des personnes charitables, étant sur le point de faire l'action la plus importante de votre vie. J'ai ouï dire plusieurs fois ^ M. Sipglin qu'il fallait considérer l€)s premiers engagements dans un état comme une semence qui renferme en s^oi, et qui produit ensuite les racines, le tronc, les branches et les fruits de Tarbre qui en viennent. Ces considérations feraient fréipir, si on les regardait dans toutfi leur étendue ; mais il faut agir avec simplicité et avec confiance, princips^lement quand on le fait par le conseil de gens prudents, éclairés et c^haritables. C*est Vavantage que yous avez si grand et si rare que vous ne sauriez le comprendre. Rendez-en grâces à Dieu, et priezJe qu^'il vous fasse la grâce d'en bien user, et de verser ses bénédictions sur vous et sur le reste de 'la famille, et qu'il vous fasse la grâce de connaître sa sainte volonté sur vous, et de Faecomplir fidèlement en toutes; choses. Adieu, mon cher enfant ; souvenez-vous de moi, et soyez persuadé que je suis trè&-sincèrement et tidètement, et entièrement tout à vous.
&• PASeAL.
Je m'awure qoe votre frère comprend bien qn^U est renfermé dans cette assurance que je vous donne de mon affection ; mais comme il ne s'agit pas de loi dans cette occasion 9 je ne parle qu*à vous. Assurez-le que Je ne Toublie pas et que je suis à lui comme à vous, sans pourtant me diviser parce que je vpus regarde comme une mên^e chose.
Ypu3 «yes; été surpris sans dP^t^, ipossi#ar, dft te que j>i différé si Ipngt^p^ s^ yçms r#qfl|^ gH^m de toutes les assistances que vous avez rendues à mes enfants dans tous leurs besoins. Mais j^espèrei que vous m'aurez bien fait la justice de croire que je n'ai pas manqué de reconna^is^nce IMçsfiîMS, pt je m'assure que VOUS excuserez mon retardement, quand vous aurez vu le récit effroyable de Tétat où nous sommes. Vous avez une si parfaite connaissance des sentiments que BOUS avons eus pour M. Domat, quUl vous sera einé dé comprendre quel effet peut produire en nous sa manière d*agir '. Je puis vouq dire avec vérité que depuis qua^ mois que cela dure, j^en ai été si occupée, que j^al quel«' quefois oublié la maladie de mon 91s> quoique assuré*
> PortefemUe$ VaHmt.
* Ce passage de la lettre de mada(ne Perier nous apprend que Bornai était alors brouillé avec elle et ses enfants. Nous ne savons quelle était la cause de cette brouillerie ; mais on voit dans uoe lettre deFévèque d*Alet que Domat refusait de rendre à la ftinille Perler quelques écrits de Pascal dont il M trouvait délentouc
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ment elle me tienne fort au cœur. J'envoie aujourd'hui les eaux de Viole-Comte qu'il m'a demandées, sur votre ordonnance. Je prie Dieu que ce remède lui soit utile ; mais on n'espère pas grand'chose par là, et MH. nos médecins me disent qu'il faut absolument qu'il revienne. C'est un grand déplaisir pour moi, pour bien des raisons que vous pouvez juger ; mais la santé est préférable à toutes choses, parce que sans elle on ne peut jouir de tous les autres avantages. Je le recommande à vos soins et à vos prières, et je vous supplie de croire que cette obligation m'est plus sensible que si c'était pour moimême. Je suis, avec tout le respect que je dois, monsieur, votre très-humble et très-obéissante servante,