CONTRE L'AMOUR
STANCES
Imprudent ennemi, vainqueur des faibles âmes,
Qui n'as pour nousdompter que d'impuissantes flammes,
Déité sans pouvoir comme sans jugement,
A porter jusqu'au ciel sa gloire encor naissante. De nos poètes fameux les plus hardis projets Ont manqué bien souvent d'assez justes sujets ,
Pour voir leurs muses couronnées.
Mais c'en est un beau qu'aujourd'hui
Une fille de douze années A seule de son sexe eu des prix sur ce puy (a).
(a) Voy. Appendice, n^ IV, une note qai explique ce qu'étaient lepity, lesjpd^ nods et aussi le prince auquel Corueille adresse son remerclment. Ce personnage que VEdit. F. C. prend assez plaisamment au sérieux en l'appelant lepmee **\ M'était que le prince {on chef) de la confrérie de lo Conception,
Amour, quitte cet arc dont tu nous veux combattre :
Son usage inutile, en ton aveuglement,
Ne peut blesser que ceux qui se laissent abattre.
Tes feux sont sans effet et tes flèches sans force, Quand le cœur a goûté d'une plus douce amorce. Et lorsque la vertu se le peut asservir ; C'est là le beau rempart qui doit garder une âme, Et c'est le seul moyen dont on se doit servir Pour garantir un cœur du venin de ta flamme.
C'est ce bel ennemi dont l'éclat te surmonte, Dont la beauté sans fard te chasse et te fait honte, A l'abord seulement qu'il s'empare d*un cœur ; Et c'est le seul lien qui retient ma franchise Libre de ton servage et de cette rigueur * Qui £adt que la raison te fuit et te méprise.
L'esprit le moins subtil est vainqueur de tes charmes ; n méprise tes feux sans redouter tes armes , Alors que la raison ternit tes faux attraits ^. Qui veut te résister est aussitôt le maître, Et si peu de puissance accompagne tes traits, Que qui n'est pas vainqueur veut bien ne le pas être .
(Février 4649.)