‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 58 sur 105 · TRADUCTION DE L'HYMNE · texte numérisé non relu

TRADUCTION DE L'HYMNE

Jésus, digne rançon de l'homme racheté, Amour de noire cœur et désir de notre èmOt Seul créateur de tout, Dieu dans Véternité, Homme à la fin des tanps en naissant d'une femme.

Quel excès de clémence a su te surmonter Que portant les péchés de ton peuple rebdle , Tu souffris une mort horrible k raconter. Pour garantir les tiens de la mort étemelle?

Jusqu'au fond des enfers tu fis voir ta splendeur. Raohetant tes captifs de leur longue misère ; Et par un tel triomphe en glorieux vainqueur Tu t'assis pour jamais à la droite du Père.

Que la marne bonté t'oblige maintenant A surmonter les maux dont ton peuple est coupable ^. Remplis ses justes vœux en les lui pardonnant, Et qu'il jouisse en paix de ta vue ineffable.

Sois notre unique joie, à Jésus notre roi| Qui seras pour toujours notre unique salaire I Que toute notre gloire à jamais soit en toi, Dans le jour éternel où ta splendeur éclaire !

* Voyez Tiû de Jacqueline, pa^j^ 67 de ce volume.

• Edit, F. (?. : « ... est capable, »

448 JACQDKIINK PASCAL.

VBRS

COMPOSÉS PAR LA SOEUR JACQUELIVE DE SAIHTI-^BUPHililE PASCAL, M- LI6IEUSB DE PORT-ROTAL, SUR LE MIRACLE OPÉRÉ EH LA PERSOHHB DE MADEMOISELLE PBRIER, SA NIÈCE, LE 24 MARS 1656.

Gloire à Jésus, au St Sacrement.

Invisible soutien de Tesprit languissant. Secret consolateur de Tâme qui t'honore, Espoir de l'affligé, juge de l'innocent, Dieu caché sous ce voile où l'Église t'adore, Jésus, de ton autel jette les yeux sur moi ; Fais-en sortir ce feu qui change tout en soi. Qu'il vienne heureusement s'allumer dans mon âme, Afin que cet esprit qui forma l'imivers. Montre, en rejaillissant de mon cœur dans mes vers, Qu*il donne encor aux siens une langue de flamme.

Au fond de ce désert, en ne vivant qu'à toi, Je goûte un saint repos exempt d'inquiétude. Tes merveilles, Seigneur, pénétrant jusqu'à moi, Ont agréablement troubla ma solitude.

J'apprends que par un coup de ta divine main. Trompant l'art et l'espoir de tout esprit humain, Un miracle nouveau signale ta puissance. Ce miracle étonnant, dans un divin transport. Me presse de parler par un si saint effort Que je ne puis sans crime être encor en silence.

n faut donc que ma voix retentisse en tout lieu Pour rendre à l'Étemel d'immorteUes louanges, Qui daigne dans nos jours agir vraiment en Dieu,

Tirant des plus grands bien les maux les plus étranges. Au milieu de TÂuvergne, une enfant de sept ans, Soit pour son péché propre ou ceux de ses parents. Ou pour une autre fin sans qu'ils fussent coupables, Par Tordre de Celui qui fait vivre et mourir, Fut surprise d'un mal si pénible à souffrir, Qu'elle eût touché le cœur des plus impitoyables '•

* An lieu de cette stance Jacqueline en avait d*abord écrit trois dans lesquelles elle s'étendait longuement sur les mérites de son pays natal et vantait Tintégrité de son beau-frère, M. Peiier, père de Marguerite. Un retour d'humilité chrétienne lui fit sans doute supprimer ces trois strophes. Les voici telles qu'on les trouve dans une copie que donne la première partie du MS. Supplément fran^ çai$9 n« 1485.

Ce climat si fertile en diverses beautés, Bien qu'il n'ait d'ornements que ceux de la nature, Qui sans l'aide de l'art fatt voir de tous côtés Des grandeurs de son Dieu la naïve peinture; L*Auvergne, en sa Limagne, étant loin de ces monts Où de sombres rochers, sans fruits ni sans moissons, Ne font voir en tout lieu qu'un affreux précipice, Renferme un petit mont si fertile et si beau, Et si favorisé du céleste flambeau, Qu'on le nomme Clairmont pour lui faire justice.

Une ville en ce lieu, féconde en habitants, Riche en possession et chef de la province. Dans des troubles divers s'est fait voir en tout teiiips Aussi fidèle à Dieu que fidèle à son prince. Et même lorsqu'Henri, cet invincible roi, Semblait avec raison, par l'erreur de sa foi. Soulever contre lui tout le peuple fidèle. Cette heureuse cité fit voir dans le hasard. Qu'elle rendait justice à Dieu comme à César, En conservant sa foi sans devenir rebelle.

Dieu par sa providence ayant choisi ce lieu En tira le sxijet d*un prodige visible. Montrant que quand il veut il sait agir en Dieu Et tirer un grand bien du mal le plus horrible.

^90 JACQUÉLIirK PASCAL.

L'oeil de f^ite petite en iDomiûent daûger, Jetant incesflamment une liqueur impure, ObligeAit ses parents à ne rien négliger Pour arrêter le cours de cette pourriture. Paris où tous les arts se savent signaler, Les voit vaiir chez elle ou plutôt y voler Pour trouver un remède à ce mal qui s'obstine. Mais n'étant pas un mal facile à secourir L'avis des médecins est qu'il ne peut guérir, Sans appliquer le feu jusque dans la racine.

Cet arrêt si sensible à l'amour maternel, AfDigeant dans l'excès sa mère désolée, Elle craint pour l'enfant le remède cruel Et pense que sa mort l'aurait mieux consolée. Sur cela l'on propose un remède plus lent, Hais de beaucoup moins sûr comme moins violent, Dont on a vu, dit-on, quelque cure admirable. Lors cette bcmne mère en fait bientôt le choix, Quoique les médecins assurent d^une voix Qu'a tout, sinon au feu» ce mal est incurable.

Par un ordre secret des volontés de Dieu, On renferme l'enfant dans un saint monastère Pour user de cette eau qui doit sauver du feu» Faisant le même effet par un moyen contrah^. Le Port-Royal s'en charge et veut bien prendre soin D'assister cet enfant dans un si grand besoin, .

Une enfant de sept ans, fille d*un âédatenr Qui depuis fort longtemps s'efforce avec honneur De rendre en chaque cause un arrêt équitable, Sur Tordre de Celui qui fait vivre et mourir, Fut surprise d*un mal si pénible à souffrir Qu'elle eut touche le cœur le plus Impitoyable.

P0É8IRS. Mi\

Par un zèle obligedDi autant qtie charitable. Mais tandis qu'on se sert de cette eau vainement, Dix-huit mois écoulés font voir bien clairement, Que le premier avis n'est que trop véritable.

C'est ici, mon Sauveur, qu*il faut hausser ma voix Pour faire entendre à tous un mystère admirable, Adorant tes desseins sur ceux dont tu fais choix Pour signaler en eux ton pouvoir redoutable. Ce mal invétéré feisant un grand progrès, Sans que l^on pénétrât dans tes divins secrets, Obligea de quitter ce remède inutile.

Après quoi, s'augmentant avec beaucoup d'excès. Tu fis voir clairement, par ce triste succès, Combien la guérison en était difQcile.

Une enflure apparente, à l'entour de son œil, Conmiençant au-^lessous, atteignait la paupière ; Et son âpre douleur, s*opposant au sommeil, La laissait sans dormir presque la nuit entière. Que si pour lui donner quelque soulagement. On pressait la tumeur quelque peu seulement, n sortait trois ruisseaux de cette source impure. Le visage en dehors s'en trouvait tout gâté ; Et mémo le dedans en était infecté, Ce mal en Toâ pourri s'étant fait ouverture.

L'horrible hrfection de cette étrange humeu^ Jetant de toutes parts une odeur empestée. On ne pouvait juger sans beaucoup de ferveur Que cette puanteur pût être supportée. Cependant, mon Sauveur, tu sais qu'en même temps Les vierges qu'ott emploie à èervir les enfanta

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Disputaient saintement pour lui rendre service ;' Et ses compagnes même, imitant leur bonté» Souffraient si doucement cette incommodité Qu'on ne peut Toublier sans leur faire injustice.

Son tein défiguré, son œil hoiTÎble à voir, Son odorat perdu, sa parole affaiblie, Faisaient à son abord aisément concevoir La grandeur du péril qui menaçait sa vie. Même les médecins, consultés de nouveau, Souhaitaient par pitié de la voir au tombeau , N'espérant presque plus en l'industrie humaine. Il lui fallait neuf fois faire sentir le feu, Sans peut-être pouvoir empêcher que dans peu Ce mal ne la rongeât ainsi qu'une cangrène.

Cependant la rigueur d'une triste saison Nous tenant dans le froid d'un hiver assez rude, On n'osait travailler à cette guérison, Attendant le beau temps avec inquiétude. Mais lorsque le soleil, se rapprochant de nous, Nous rendit au printemps un air tranquille et doux, On résolut tenter cette cure incertaine. Son père ayant voulu qu'on l'en fît avertir, Des lettres coup sur coup le pressent de partir. Car l'amour paternel veut qu'il ait cette peine.

Dans ce mois que Jésus, mourant pour notre amour, A voulu consacrer de son sang adorable, A l'heure de midi de ce céleste jour Que son dernier festin nous rend si mémorable, Alors ce mal funeste, ou plutôt bien heureux Puisqu'il devait avoir un succès glorieux.

POÉSIBS. '1 55

Semblant prendre à toute heure une vigueur nouvelle, Pour la dernière fois on mande à ses parents Que sans rien consulter ni perdre plus de temps Il faut enfin tenter cette cure cruelle.

0 merveille qu'un Dieu pouvait seul opérer I Sa sainte Providence, en cette conjoncture, Voulut ce même jour hautement déclarer Qu'il est le souverain de toute la nature. A l'heure où ce Sauveur daigna mourir pour nous, Après avoir senti les injures des clous, Les efforts de l'enfer et toutes leurs machines. Et qu'un peuple inventif en son impiété, Comme pour couronner toute sa cruauté.

Outrageant son saint chef l'eût couronné d'épines.

Donc , en cette même heure et dans un jour pareil * , Un reste précieux de ce sanglant mystère ^ , Avec un plus dévot que superbe appareil , Ayant été porté dans ce saint monastère, Les vierges du Seigneur qui , dans un si saint lieu , S'occupant nuit et jour des louanges de Dieu, Imitent dans leurs chants les cantiques des anges, Allèrent tour à tour chacune l'adorer ; Et sans autre dessein que de le révérer, Priaient avec ferveur en chantant ses louanges.

L'état de la malade était toujours égal. Elle approche à son tour du sacré reliquaire , L'adorant simplement sans penser à son mal. Sans mouvement secret, sans dessein , sans prière.

* Ce fut un vendredi, 24 de mars, que la Sainte-Epine fut apportée céans. (/Vote de Jacqueline.) ' EdU, F. C. ; c ... c'est en cette... » « qu'un reste... »

Toutefois sa maîtresse, ayant avec douleur Considéré cet œil qui donnait tant d'horreur, Fut dans le même temps saintement inspirée, Et sans faire pour Theure autre réflexion , Par le seul mouvement de sa compassion, Fit toucher à son mal la relique saorée.

Ici , Seigneur, ici j'ai besoin de secours. Le courage me manque avecque le discours ; Je n'ai point de couleurs pour peindre tes merveilles : Mille pensers divers s'efforcent à la fois D'emprunter pour sortir les accents de ma voix , Et leur foule sans ordre étouffe ma parole. Je ne puis concevoir tout ce que j'aperçois ; Je ne distingue rien de ce que je conçois ; Dne idée en naissant fait que l'autre s'envole *.

0 mortels I écoutez avec ua juste effroi L'effet miraculeux d'une vertu divine y Et jugez du pouvoir de votre divin roi , Par celui que reçoit une petite épine.

Cet cail défiguré , cet os demi^pourri, Ce mal que le feu même à peine aurait guéri, Ce mal qui surpassait tout ce qu'on en peut croire i Par le pouvoir secret d'un saint attouchement Se trouve anéanti dans le même moment , Sans qu'il en reste rien que la seule mémoire.

Qui n'a senti , Seigneur, dans cet événement , Cette sainte frayeur qu'excite ta présence?

' Celle stance, dans noire MS. coinihé dans la copie plus haul citée, u*a que neuf vers au lieu de dix, et la rimé du troisième vers n'a pas de cotrespôndànié.

FOÉftlEi. 155

Qui s*e8t pQ garantir d'un gecrei tremblement, Te voyant dans Teffet de ta toute-^uissânce? Que s'il est vrai qu'ici dans l'ombre de la foi , Ta présence secrète imprime tant d'ef7roi, Lorsque tu ne parais que pour être propice, Que sera-ce, Seigneur, alors qu'au dernier jour, Couvrant de ta fureur Te^cës de ton amour. Tu ne te feras voir que pour faire justice.

Cette épreuve, Seigneur, me fait voir clairement La raison qui te porte, en des choses pareilles, Comme pour prévenir ce juste étonnement , De faire quelquefois pressentir tes merveiUt». Ainsi , malgré Thiver d'une rude saison. Un arbre fleurissant dans ta sainte maison *■ , Nous y fit voir Fespoir d'une chose étonnante. Ainsi , quand le sommeil tenait tout en repos, Par des songes de nuit qui n'ont rien que de âut , La vérité parut à ton humble servante * :

Cette âme en qui le ciel a paru s'épuiser De tons les dons divins de grâce et de nature , Mais dont l'humilité, qui les sait déguiser, Interdit à mes vers d'mi faire la peinture, Avant ce grand miracle, au milieu du sommeil , Pensait voir dans l'Ëgliso un superbe appareil , Sans savoir le sujet de sa magnificence , Et qu'un peuple dévot avec empressement Cherchait mille moyens, quoiqu'inutilem^t^ De témcngner son sUe et sa reconnaissance.

* L^hiver précédent, un arbre fleurit dans le jardin de Port-Aoyal (le Paris. (Note de Jacqueline.)

' La nuit précédant le miracle^ la mère Ç 4, (A^nès) fit ce songe. ( Idem. )

456 JAOQUBLUrB PASCAL.

Je me trouve, SdgDeur, dans ce péoiUe état, Je sois dans cette heureuse et sainte inquiétude. Mon cœur veut témoigner qu'il ne t'est pas ingrat; Mais mon peu de pouvoir trahit ma gratitude. Mille autres comme moi dans ce trouble nouveau , Se trouvant accablés sous un heureux fordeau^ Succombent sous le £aix de ces grâces visibles , Et l'ardeur qui les rend saintement insensés , Sachant que le discours ne saurait dure assez , hivite à te bénir les choses insensibles *.

En vain, pour satisfaire a ce juste devoir, Le prélat a rendu sa sentence publique , Et par Tautorité d*un sut)rême pouvoir, Décerné des honneurs à la sainte Relique. En vain le peuple en foule avecque mille vœux S'efforce d*élever sa gloire jusqu'aux deux ; En vain tout l'Univers voudrait lui rendre hommage : Rien ne peut satisfaire un cœur reconnaissant. Tout zèle est froid pour lui , tout discours languissant ; Et quoiqu'on puisse faire, il cm veut davantage.

J'ai satisfait, Seigneur, l'impétuosité D'un zèle dont l'ardeur condamne le silence. Je n'ai point captivé ta sainte vérité : J'ai suivi le transport de ma reconnaissance. J'ai dit ce que Tesprit a daigné m'inspirer. Et maintenant. Seigneur, si je puis espérer, Selon que tu promets , grâce pour cette grâce , Pour salaire, à mon tout I fais-moi cette faveur, De rentrer dans mon centre avec plus de ferveur,

Et de ne plus sortir du secret de ta face. • Edii. y. C. : c ... imiie à te bénir... »

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