‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 72 sur 105 · A la lin du déjeuner, qui est environ à sept heures · texte numérisé non relu

A la lin du déjeuner, qui est environ à sept heures

et demie pour le plus tard, toutes se retirent à la chambre destinée pour le travail, où elles doivent employer leur temps avec fidélité, gardant le silence trèsexactement. S'il est besoin de parler, il faut que ce soit tout bas, afin de ne point interrompre celles qui sont en acre de s'entretenir avec Dieu.

2. On accoutume aussi les petites à ne point parler, quoiqu'on leur permette de se jouer après qu'elles ont été fidèles à travailler et à se taire : mais on observe que dans ces petits temps où on leur permet de jouer, elles le fassent seule à seule, pour éviter le bruit ; et j'ai trouvé que cela ne leur fait point de peine, et que quand elles y sont accoutumées, elles ne laissent pas de se divertir fort gaiement.

3. On instruit les enfants à ne pas rendre leur travail inutile, mais à l'offrir à Dieu, le faisant pour soa amour. On leur donne des sujets pour se tenir en la présence de Dieu, selon les temps et les fêtes ; et de temps en temps, quand la maîtresse est avec elles, elle leur dit quelque parole de Dieu pour se fortifier l'esprit, et les empêcher de penser à toutes sortes d'inutilités et de distractions. On prend garde néanmoins d'éviter l'excès, et de ne pas vouloir les rendre trop spi-

^rituelles, étant si jeunes, à moins que Ton reconnût que cela vient de Dieu, de crainte de deux inconvénients; l'un qu'elles se peinent trop, et ne se fatiguent l'esprit et l'imagination, au lieu d'unir leur cœur à Dieu; l'autre qu'elles ne se découragent en voyant qu'elles ne pourraient atteindre à la perfection que Ton leur demanderait.

4. On tâche d'accoutumer les enfants à se mortifier, et à ne point suivre leurs inclinations en s'atlachant plutôt à un ouvrage qu'à un autre. C'est pourquoi on leur représente que le travail qu'elles font plaira d'autant plus à Dieu, qu'il leur plaira moins; et qu'ainsi elles doivent faire avec plus de diligence et avec plus de gaieté celui qui leur déplaît davantage, et s'accoutumer à travailler avec un esprit de pénitence. On ne laisse pas néanmoins d'en avoir pitié, et de s'accommoder à elles le plus que l'on peut, mais sans qu'elles connaissent qu'on a cette condescendance.

5. Elles ne doivent point travailler deux ensemble, si ce n'est en cas de nécessité ; et alors en choisit une qui soit fort bonne avec une plus imparfaite, afin que le fort supporte le faible.

6. On les exhorte à n'être point trop attachées à leur ouvrage, le quittant aussitôt que la cloche sonne, soit pour aller à l'office, ou pour le dire en son particulier, car il faut qu'elles soient toujours prêtes de rendre à Dieu leurs devoirs, ne s'attachant qu'à cela.

7. Quand la maîtresse est à la chambre, elle peut prendre ce temps pour leur faire entendre comme elles ont entendu la sainte Messe, afin de prendre ce temps de leur expliquer plus particulièrement l'exercice de la sainte Messe, et leur montrer comment elles s'en doivent servir.

8. Dans les occasions où quelqu'une ferait quelque faute, on l'en reprend devant toutes, et on prend de là occasion de leur représenter l'horreur du vice, et la beauté de la vertu. J'ai trouvé qu'il n'y a rien qui leur

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serve tant, et qu'elles retiennent bien mieux cela que de grandes instructions qu*on leur fait de suite.

9. On évite de leur en dire trop de peur de leur accabler Tesprit; et j'ai éprouvé que les instructions leur profitent bien davantage quand elles n'en sont point lasses.

C'est pourquoi je crois qu'il est bon quelquefois de passer quelques jours sans leur en donner, et les laisser comme affamées de cette nourriture : ce qui fait qu'elles reçoivent mieux ce qu'on leur dit.

10. On veille à ce qu'elles ne soient point mal soigneuses, malpropres et négligentes ; qu'elles aient soin de tout serrer, de ne rien perdre, et d'être propres et diligentes à ce qu'elles font.

11. On les accoutume aussi à aimer beaucoup l'ouvrage, et à porter partout de quoi travailler, aGu de ne point perdre de temps dans de certaines rencontres que l'on n'aurait point prévues. Elles travaillent aussi aux récréations, au moins celles qui sont un peu grandes, sans que néanmoins on les y oblige. On les exhorte seulement à prendre cette bonne habitude de n'être point oiseuse : quand elles l'ont une fois prise, cela ne leur est plus une charge ; au contraire, cela leur tient lieu de divertissement, comme je le vois par la grâce de Dieu parmi les nôtres qui ne trouvent rien si long présentement que les récréations des fêles. J'ai trouvé qu'il était bon, pour leur faire prendre cette coutume, de réserver quelque ouvrage auquel elles eussent affection, qu'elles ne pussent faire qu'à Cette heure-là. J'ai appris aux nôtres à faire des gants d'estame, et comme

elles n'onl que le temps des récréations pour y travailler, elles y sont fort âpres.

12. A toutes les heures de la journée, une d'elles dit tout haut à genoux, une prière selon la saison et le temps auquel on est, comme en carême sur la Passion, etc. Toutes demeurent assises; il n'y a que celle qui est en la charge qui se met à genoux aussitôt que la cloche sonne.

15. On prend garde qu'elles soient civiles à recevoir on demander ce qu'elles auront de besoin pour leurs ouvrages; qu'elles se tiennent droites et de honne grâce ; qu'elles fassent la révérence en sortant et en entrant. C'est pourquoi, encore qu'elles portent un voile, elles ne font point la révérence en religieuses, que lorsqu'elles sont devant le très-saint Sacrement,

14. En cet espace depuis le déjeuner jusqu'à huit heures, celles des grandes qui ont quelques chambres à balayer, ou leurs cellules à faire, le font en ce tempslà avec diligence et silence. On a soin qu'elles ne soient jamais deux ensemble à faire ce qu'elles ont à faire, si ce n'était avec quelques-unes de la sagesse desquelles on fût entièrement assuré.

15. A huit heures, toutes celles qui sont employées parmi les chambres, comme il a été dit, doivent tout quitter, cl revenir à la chambre, pour entendre une lecture que la maîtresse y fait jusqu'à Tierce, qui se dit à huit heures et demie. Celle lecture est prise du sujet dont l'Eglise fait l'ofOce en ce temps : comme durant TAvent, du mystère de l'Incarnation ; depuis Noël jusqu'à la Purification, de la naissance de Notre-Seigneur

et de TAdoralion des rois : en Carême, de la Passion, et ainsi le reste de Tannée selon le temps et les fêtes. Et durant ce même temps, quand il arrive quelque saint remarquable, on prend son sujet sur la vie du saint. Cette lecture doit servir d*entretien particulier le long de la journée. On leur dit toujours quelque chose quand on leur fait une lecture, ou pour la leur appliquer à elles-mêmes, ou pour les instruire, et leur faire mieux comprendre ce qu*on leur lit.

De l'office.

1. Aussitôt que Tierce sonne, elles se mettent à genoux pour demander la bénédiction à Noire-Seigneur, eu disant : Benedicat nos Deus Deus noster, benedicat nos DeuSf et metuant eum omnes fines terrœ : ce qu'elles font toutes les fois qu'elles sortent pour aller à réglise, afin d'obtenir de Dieu la grâce de n'y être point distraites, et de se comporter comme il faut parmi le monastère.

2. On permet d'ordinaire à celles qui ont quatorze ans, et qui sont fort saines, d'aller à tout l'office les grandes fêles ; et même à Matines à celles qui le demandent avec instance, et qui méritent qu'on le leur permette. Elles vont à Toffice de Tierce et à Vêpres les jours que l'on fait double et semi-double, et tous les octaves des principales fêtes; les fêtes fêtées et les dimanches on leur permet aussi d'aller à Prime ; et toutes généralement, grandes et petites, vont à Tierce et à Vêpres, les

fêles fêtées et les dimanches. Elles y vont encore les jeudis et quelques fêtes des saints docteurs et autres auxquels elles ont dévotion encore qu'elles ne soient point fêtées.

5. Néanmoins, ce règlement d'aller à Toffice tous ces jours, ne s'observe point comme une coutume. Il faut que toutes le demandent selon leur dévotion, et on ne le leur accorde que comme une très-grande grâce. On les exhorte de n'y point aller si elles n'en ont dévotion : car il faut toujours qu'elles soient dans le désir d'y aller plus souvent qu'on ne le leur permet, afin qu'on ait droit de ne les y point souffrir indévotes.

4. On prend garde qu'elles s'y tiennent dans une grande modestie, ne souffrant point qu'elles lèvent la vue pour regarder de côté et d'autre ; qu'elles y chantent continuellement quand elles le peuvent ; qu'elles aient toujours un livre, quand elles sauraient tout leur office par cœur ; qu'elles fassent leurs inclinations pro* fondes, et qu'elles se tiennent droites.

ÎJ. Celles à qui on fait la grâce de leur faire dire quelque chose au chœur, doivent mettre leur dévotion à s'en bien acquitter, se souvenant qu'elles font l'office des anges, et qu'on leur fait une très-grande faveur de se servir d'elles. Il faut qu'elles sachent parfaitement ce qu'elles doivent dire seules; et si elles font des fautes, on leur en fait faire pénitence, et dire au réfectoire ce qu'elles ont manqué, et quelquefois même plusieurs jours de suite, si c'est par timidité qu'elles faillent, afin de les corriger de cette faiblesse.

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