LETTRE DE JACQUELINE PASCAL A MADAME PBRIBR SA SAUR
Gloire à Jésus et au très-saint sacrement.
A t^ti-ttoyâl, ce ib tùtàÉ 46^.
Ma très-chère sœur,
Le earème ne petit m'éffîpécbët' de ioûs Mtè té ^ètit inot, quoique Je tdu« âiié déjà écrit Vëlidi^êdi âétiliëf , parce que je ii*ai tien quô de btfn 8 toii» faiâhdéjr. lé ôrois que loué savët que hôu^ âvo&â le jttbllê f|ui ëOiii^ mença hier pour durer quinze jours, pendant lesquels, entre autres bonnes œuvres, il est ordonné qu*on communiera le dimanche 9 avril. Je toUs fai& ce prêàdbule pour àiigmentet là joie ^ue votlâ durez cl^àpprèhare
^ ir Recueil MS. du P. Gaerrier , page 17.
que votre fille aînée doit être confirmée et faire sa première communion ce jour. Elle me Ta dit ce matin, en se recommandant à mes prières avec tant de sentiment qu'elle en pleurait.
Voilà une bonne nouvelle. Mais j*en ai encore une autre qui n*est pas en effet meilleure ; mais elle est plus étonnante. Pour vous la dire telle quelle est, et sans rien accroître ni diminuer, il faut vous raconter simplement comme *- la chose s'est passée. Vendredi, 24 mars 1656, M. de La Potterie, Tecclésiastique, envoya céans un fort beau reliquaire (où est enchâssé, dans un petit soleil de vermeil doré, un éclat d'une épine de la sainte couronne) à nos mères, afin que toute la communauté eût la consolation de le voir. Avant que de le rendre *, on le mit sur un petit autel dans le chœur, avec beaucoup de respect, et toutes les sœurs Tallèrent baiser à genoux après avoir chanté une antienne en l'honneur de la sainte couronne. Après quoi tous les enfants y allèrent Tune après Fautre. Ma sœur Fiavie, leur maîtresse, qui en était tout proche, voyant approcher Margot ', lui fit signe d'y faire * toucher son œil» et elle-même prit la sainte relique et Ty appliqua sans réflexion néanmoins. Chacun étant retiré, on la rendit' à M. de La Potterie. Sur le soir, ma sœur Flavie, qui ne pensait plus à ce qu'elle avait fait, entendit Margot
' Edit. F. C. : c ... comment la chose... i
' ÉdU, F. C. : < ... de le voir avant que de le rendre; on le mit... »
* Mademoiselle Marguerite Perier. (Note du P. Guerrier. )
^ Edit. VsC: • ... signe de faire toucher... >
■ Idem : « ... on le rendit... »
qui disait à une de ses petites sœurs : Mon œil est guéri ; il ne me fait plus de mal. Ce ne fut pas une petite surprise pour elle. Elle s'approche et trouve que cette enflure du coin de Tœil, qui était le malin grosse comme le bout du doigt, fort longue et fort dure» n'y était plus du tout, et que son œil qui faisait peine à voir avant Tattouchement de la relique, parce qu'il était tout pleureux, paraissait aussi sain que Tautre, sans qu'il fût possible d'y remarquer ^ aucune différence. Elle le presse, et au lieu qu'auparavant il en sortait toujours de la boue ou au moins de l'eau bien épaisse, il n'en sortit rien non plus que du sien propre.
Je vous laisse à penser dans quel étonnement cela la mit. Elle ne s'en promit rien néanmoins, et se contenta de dire à la mère Agnès ce qui en était, attendant que le temps fit connaître si la guérison est aussi véritable qu'elle le paraît. La mère Agnès eut la bonté de me le dire le lendemain ; et comme on n'osait espérer qu'une si grande merveille se fût faite en si peu de temps, elle me dit que si la petite continuait à se bien porter et qu'il y eût apparence que Dieu la voudrait guérir * par cette voie, elle prierait bien volontiers M. de La Potterie de nous refaire la même faveur pour achever le miracle ; mais jusqu'ici il n'a pas été nécessaire. Car encore, qu'il y ait huit jours que cela s'est passé, parce que je ne pus achever cette lettre mardi dernier, il n'y a pas en elle la moindre trace de son mal, et il faut à présent, sans comparaison, plus de foi à ceux qui ne
» Edit. F. C. ; c ... d'y marquer,., » ' Mdem : c ... la voulut guérir... »
tié JACQUELINE PASCAL.
Tont pa§ vu pour croîte (Ju'elle ne l'a pas eu, qu'il n'en faut à ceux qui l'ont vu pour croire qu'elle n'en peut avoir été guérie en un motnènt que par Un mirâde ^ aussi grand et aussi visible que de rendre la Vue a uh aveugle. Elle avait oUlre soh œil plusieurs autres incommodités qUi en procédaient : elle ne pouvait plUs presque dormir de la dôuleUr qu'il lui faisait; elle avait deux endi'oîls dans la tête où Ton ne i'osait peigner ' parce (jUe Cela répondait là; et moi-même, il n'y avait que deux jôUrs, eu regardant • soh mal, il me fit venir la larme à l'oeil, et je trouvais qu'elle recommençait à sentir mauvais. Présentement il n'y à rien de tout cela, non plus que s'il n'y avait jamais rièri eu. Néanmoins, pont ne noUs promettre point des grâces si particulières trop légèrement, où a trouvé à propos de la faire voira M. Ddlànçay, ^Ui l'a vue il n'y a pas longtemps et beaucoup depuis ^U'dri a quitté l'eau de M. de C tatillon, et qui k trouva si mal qu'il l'a condamna au feu sans hésiter, et nous fit voir clàiremeUt la raison qu'il en avait. Il doit venir aujourd'hui sans faute. Dieu aidant, s'il vient assez tôt, je vous manderai le jUgemeht qu'il aura porté et en même temps les raisons qu'il avait * de croire qu'il h'y avait que le feu qui la pût guérir; sinon, èe sera pour mardi, Dieu aidant.
C'est une doublé joie d'être favorisé de Dieu lorsqu^on est hai des hommes. PHez Dieu pour nous, afin cju'il
* Edit 7. C. omet qm et dit : «... en un moment par un miracle... » — Ce qui est un contre-sens.
* Idem, : «... où on ne la pouvait pr9êqu$ plu$ peigner... * ' fdem : < ... qu'en regardant... »
* Idem omet : quHl avait.
noUs etnpèche de tious élever eh Ttin et de tiouë abâttfè en Tautrè, et qu'il nous fasse la grâce de les regarder tous deiii également comme des effets dé sa miséricorde. J'ai une joie particulière de n^avôir nulle part * à ce miracle t cela fait que ma joie et ma recoiinaissance fie sont traversées d'aucune crainte. J'ai cru prévenil* votre désir en vbus envoyant l'antienne et Tpraison que l'on chanta • devant la sainte relique. Je m'en vas de ce pas demander permission de la dire tous les jours en mémoire de ce bienfait, tant que je serai en état de dire mon office \ Je prétends la dire après matines, tnais poUr vous, si vous avez cette dévotion, vous le pouvez faire à trois heures après midi, qui est l'heure où il a plu à Dieu de l'opérer, comme c'est celle où il a donné par sa mort une si merveilleuse puissance aux instruments de sa passion. Adieu.
Depuis, M. tlâlançay a vU Margot et a jtigé la guérison pleine et tniractileuse. Il k reinis à huit jours poUi" en assurer ; on n'en dit mot jusque-là.
felTkAlT i'tJRB LBTTRI DE lAGQUELINB A 6A SCÉÛR MA-
DAÈB PBRIfiR\
Ce vendredi 5l mars après midi 1656.
.... M. Dalançay est venu ce matin. Mais avant que
■ Edit, F. C. : « ... aucune part.,, •
* Jdem. : « <.. c{uô i^on chanii.,, >
' Idem. : «... de ce bienfait. Tant que je serai en étal de dire mon office, je prétends la dire... »
* n* MDoeil MS. du P« Guerrier, page 19.
VOUS dire en quel état il a trouvé la petite, il faut vous dire celui où il l'avait vue , premièrement seul avec quelques-unes de nos sœurs, et ensuite en présence de M. Renaudot et de M. Desmarets qui est de la maison de Bailleul. Tous trois sont témoins qu'elle avait non-seulement le coin de Tœil , mais le dessous et la joue ^ visiblement enflés; surtout le coin de Tœil l'était beaucoup ; que quand on le pressait il en sortait de la boue, n'était qu'on l'eût pressé peu auparavant, en quel cas' il ne sortait que de l'eau plus ou moins épaisse, en moindre ou plus grande quantité une fois que l'autre, sans règle , mais jamais on ne le pressait ' sans faire sortir quelque chose, pourvu qu'elle eût demeuré la longueur d'un pater * sans le presser. Lorsqu'on Favait bien pressé, l'enflure ne paraissait plus, mais elle revenait petit à petit en commençant un quart d'heure après, et en deux ou trois heures elle était revenue comme devant ; lorsqu'on le pressait bien, il en sortait de la boue par l'œil et par le nez, mais non pas en assez grande quantité pour désemplir cette poche qui ne paraissait plus, car elle était fort grosse; ce qui fit juger à M. Dalançay que sans doute il y avait quelque autre issue * par où il s'en déchargeait une partie. 11 lui fit ouvrir la bouche, et après avoir bien regardé il connut* que l'os du nez était percé et qu'une partie de
' Edit, F. C. ; «... le dessous de la joue... » ^ Idem : « ... auquel cas... »
> Edit. F. C. : « ... mais on ne le pressait point saps... > * Idem : « ... du pater... »
> Idem, : « ... une autre issue... »
' Idem. : « ...et après V avoir bien regardée, il reconnut... •
celte ordure entrait dans sa gorge par cette ouverture ; et en effet, sur-le-cliamp même S il en tira de toute espèce avec sa spatule, ce qui faisait qu'on ne lui pressait plus son œil sans horreur parce qu*on savait qu'il en coulait autant dans la gorge qu'il en sortait par l'œil. Outre cela il sortait une très-mauvaise senteur de son œil et de son nez. Voilà ce qu'il avait vu, il y a environ deux mois, et qui lui fit conclure qu'il ne fallait point différer à y mettre le feu ce printemps, parce que cet os percé ne ferait que se pourrir de plus en plus, et pouvait avoir de si mauvaises suites qu'on n'osait quasi me les dire, comme de lui faire tomber le nez et pourrir la moitié du visage. Il ne désespérait pas néanmoins de la guérir par le moyen du feu , mais il n'en assurait point aussi, et assurait qu'il était impossible qu'aucun autre remède humain le pût faire. Voilà l'état auquel îl l'avait vue; à quoi il faut ajouter que tout cela était encore beaucoup augmenté depuis ce tempslà, de sorte que sa maîtresse m'a dit aujourd'hui que quand elle la mena baiser la sainte relique, elle n'avait nulle pensée de son œil, mais qu'elle s'en avisa en la voyant approcher à cause de l'horreur qu'il lui fit, tant il était mal ; et que la douleur qu'on lui faisait en^Ia peignant était si grande qu'elle lui faisait beaucoup pleurer les yeux malgré elle.
Ce matin donc M. Dalançay étant venu , on la lui a présentée, sans lui rien dire. 11 s'est mis à la regarder de tous côtés sans rien dire ; il lui a pressé l'œil ; il a
^ Edit. F. C. omet : iur-le<hamp même.
5yS JACQUE|,l|f|; PAPCAL.
fait intri^r sa 9p{tti)ld d^ns le nea;, et k ton^ cela il était bien étoqn^ de pa trouver rien du tout. Op lui ^ demandé s*il ne s^ souvfiu^it pas du ni^l qn'il lui ^vait vy). Il a jrépQudu bieu naivgpi^nl; : « C'e^]; oe que ]> (^ber-^ che; lu^in je ue h trouye plus, » Je Tai prié de Ini x^^ garder ' d^nis la bouclie ; il Y fi fajt;, il y ^ porté s^ spa^ tulp, et y a si peu trouvé qu'il s'e^t wi? à rire §t a dit ; « Il i)^y a rien du tout* v Sur P^I^ uia ^our Fl^viçi lai ^ dit ce qui s'était passé, Il Ta fait répét^^r ^ pln^ d'UUfl (oiÇ} car e*est un bpmme fort sage et prudent; et pipr§3 avoir écouté pai^iblepaent et ^VQir den^sindé si cela s*eq ét^it allé sur Tbeure et que l'enfftpt même a répondu qu'Qnl, il a dit qu'il donnerait qu^nd on voudrait spn iiUest^^ tipn qu'il était impossible que cela se pût fairç %m miracle. l\ nq veut pas affirmer ' non plu9 qu§ nou$ que le mal ne reviendra point, parce qu'il n'y a que Dieu qui le sache ; mais il assure que pour le prés^ept il n'y en a point du tout et qu'elle est en parf^itemiçntl)Oft état. Voilîi ses propres termes * pu l'équivçilent, Il poua a néanmoins exhortées s^ n'PU f^^ire pas 4^ Iruit pour le présent et à renfermer lesf paouyementpi dp notre f^ connaissance dans notre niaison jutant que cela se pourra, de peur des faux jugements, Il ne s'est Pf^ ^^^ pliqué davantage ; mais nous avons bipn entendu qu'il voulait dire que notre heure n'ét£|it pas puPorP venue, et que c'pst à d'autres à qui il faut dirp : Q'P$t ipi vQtre
* Edit. V, C. ; « ... de regarder... »
* Idem } t ... n lui a fait répéter.
' Edit, Y, C, : c U ne veut pas assurer.,. »
* Idem : c ... les propres termes... »
heure. Je désire de tout mon cœur que le reste ne leur çoDYÎenpe pas eoQima il semble, car on peut bien appeler ténèbres tout oe qui s^oppose à la lumière de la vérité. Sur cela, il a exhorté la petite à proflter d'une si grande grâce, et sa maîtresse nous a dit que rien ne lui ferait mieux croire (|ue c'eî^t un mjrî^de que de voir que Dieu semble la changer et qu'elle est abonie depuis ce temps-là.
Je ne sais plus rien de la visite de ]t(. I)^lstQçay, ç{^r, comme j'avais su topt ce que je désirais je les; ai quittés et je suis sortie seule pour te le monter biei) à la hâte, car je n'ai point de temps. Adieu, prie? le Seigueur qu'il me fasse la grâce d'aivoir de bops yeux dans le cœur, bien sains, bien purs, bien clairvoyants, Il faut encore que je vous dise que toutes les fois qu'on parlait du mal de Margot devant ins^dame d'Aumont, elle souhaitait qu'elle n^Qurût pour ne pas tant sQuffrir, et que quand on parlait de miracles peu assurés, elle disait que si ce mal guérissait par l'attpuchepient 4^ quelques reliques, ce serait vraiment eelui-là qui serait un miracle.
Mon frère a reçu votre lettre de çihange ^
• Edit. Y. C. omet cette ligne.
384 JAGQUBLIN8 PASCAL.