‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 93 sur 105 · A M. PASCAL, SON FRERE · texte numérisé non relu

A M. PASCAL, SON FRERE

Gloire à Jésus^ au très-saint sacrement.

Ce 26 octobre 1651^.

Mon très-cher frère,

L'obéissance et la charité me font rompre le silence avec vous la première, lorsque j'y pensais le moins. Je vous le déclare afin que vous ne vous en scandalisiez pas.

Nos mères m'ont commandé de vous écrire afin que vous me mandiez toutes les circonstances de votre méthode pour apprendre à lire par be, ce y de ^ etc. S où il

> n* Recueil MS. du P. Guerrier, page 23.

Od ne peut lire celte lettre de Jacqueline sans se rappeler le chapitre de la Grammaire générale et raisonnée de Port- Royal, intitulé : D'une nouvelle manière pour apprendre à lire facilement en toutes sortes de langues, La méthode indiquée dans ce chapitre, et qui est aujourd'hui généralement en usage dans les écoles, n'est autre que ceUe de Pascal, et sa sœur Jacqueline Tavait, à ce qu'il parait, introduite dans la pratique de Port-Royal, avant qu'Arnaud et Nicole lui eussent donné place dans leur grammaire générale. Il est probable que Pascal lui-même avait eu occasion d'ap* pliquer sa méthode; car il avait concouru à donner l'instruction à ses deux neveux Etienne et Louis Perier. Ce dernier à qui on ne pouvait rien apprendre, dit Marguerite Perier, fut mis enire les mains de Pascal. ( Yoy. ci-après, page 419, le mémoire de Marg. Perier. )

s Edit. V. C. : « à lire par le B. C. D. E, où il ne... »

ne faut point que les enfants sachent le nom des lettres. Car je vois bien comme on peut leur apprendre à lire S par exemple Jesu^ en le faisant prononcer /e, e^ zBj u*; mais je ne vois pas comme on leur peut faire comprendre facilement que les lettres finissantes ne doivent point ajouter dV. Car, naturellement, suivant cette méthode, ils diront Jésuse ; sinon qu*on leur apprenne qu'il ne faut prononcer Ye à la fin que lorsqu'il y est effectivement. Mais je ne vois pas comment leur

apprendre ' à prononcer les consonnes qui suivent les

voyelles, par exemple en *, car ils diront ene au lieu de prononcer an, comme veut souvent le français. De même pour on, ils diront one ^; et même en leur faisant manger Ve il ne le diront pas de bon accent, si on ne leur apprend à part la prononciation de Vo avec Yn. Je n'en ai pas d'autres dans Tesprit % mais je crois que vous les aurez prévus. Voilà ce qui regarde Fobéissance. Pour la charité, la lettre que je vous envoie vous Téclaircira''. Je pense que le plus tôt fait serait de faire savoir à M. de Bernières le désir de cette bonne fille sans attendre le temps où les autres sortiront. Vous le pouvez faire en lui envoyant cette lettre si vous le jugez à propos, ou par quelque autre voie; il ne m'importe

* Edit. F. C: «... on peut leur apprendre par A à lire... » ' Edit, F. C. : « ... prononcer Je e xou.,. »

' Idem: c ... comment pouvoir leur apprendre... » ^ Idem : «par exemple, encor: ils diront... »

* Idem : « ... De même pour en, ils diront ene.., »

* Idem : « ... la prononciation de VO avec VU, et non pas d'autre dans l'esprit... »—-' Toutes ces altérations du texte original forment autant de non-sens.

'' Idem : < .,. vous Téclairera... »

574 JAGQUELtNB PASCAL.

pourvu qu'on tâche à lui procurer quelque f etraite, car elle me fait grand compassion. Je ne vous fais point de compliment sur la peine que je vous donne : la charité est elle-même sa récompense.

Si vous m*avez oubliée le 10 de ce mois, qui est le jour de mon baptême, je vous supplie de réparer cette faute aujourd'hui. Tous les 26 du mois me sont chers depuis que l)ieu m'a fait la grâce de dépouiller pour ja*mais rhabit du monde un 26 de mai... J'ai bien intérêt que vous soyez tout à Dieu avec tout ce qui vous appartient, puisque je suis du nombre, par sa grâce autant pour le moins que par la nature ^ Car, proprement, je suis votre fille : je ne l'oublierai jamais.

Sœur EuPHÉMiE, religieuse indigne.

Mandez-moi, s'il vous plaît ^ si Vous êtes encore Monsieur de Mons '•

EXTRAIT d'une LETTRE 1)E LA SŒUR EUPHÉUIE A M. PASCAL, SON FRERE ^.

Ce l«r décembre 1652^.

On m'a coûgratiilée potir la grande fôrteor qui vous élève si fort au-dessus de toutes les manières commu-

^ Edit. V.C.i « ... par 6S grâce, autant pour le moins par sa grâce que par la natare. i

' Pascal, du temps qu'il publiait les ProTinciales> âyait pris ee iA>m qui appartenait d'ailleurs à l'une des branches de sa familier T&}' ciiptH ie Mémoire â« Matg. Perler; pag< 41 9.

" III« Recueil MS. du P. Guerrier, page 292.

nés, que vous mettez les balais au rang des meubles superflus... Il est nécessaire que vous soyez, au moins durant quelques mois, aussi propre que vous êtes sale, aGn qu*on voie que vous réussissez aussi bien dans rhumble diligence et vigilance sur la personne qui vous sert, que dans Thumble négligence de ce qui vous touche ; et, après cela, il vous sera glorieux, et édifiant aux autres, de vous voir dans Tordure, s'il est vrai toutefois que ce soit le plus parfait, dont je doute beaucoup parce que saint Bernard n'était pas de ce sentiment.

Ifoté iu P. Quèrrier : i L'original de céltè lettré est datiâ là bt« biiotbèque des PP. de TOratoire de Glermouk. »

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