‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 96 sur 105 · A M. PASCAL, SON FRERE · texte numérisé non relu

A M. PASCAL, SON FRERE

Gloire à Jésus^ au très-saint sacrement.

Ce 16 Dovembre 1660.

Bon jour et bon an, mon très-cher frère; vous ne doutez pas que je ne vous Taie souhaité de bon cœur dès le commencement, quoique je n'aie pu vous le dire qu'à la fin; je m'assure que vous vous étonnez d'élre prévenu; mais il était raisonnable que le vœu finit par où il avait commencé, et que je vous assurasse que celte année que j'ai donnée à Dieu de bon cœur ne vous a rien ôlé de tout ce que vous pourriez attendre de moi devant lui. Mon Dieu! quand je pense combien celle séparation, qu'il semblait que la nature devait appréhender, s'est passée doucement, et combien cette année a été tôt passée, je ne puis m'empêcher de désirer Téternité, car en vérité le temps est peu de chose. Hais

* Edit, V. C... « d'avenir M. de Saci..» ' Il« Recueil MS. du P. Guerrier, page 47.

je ne veux pas m'engager dans un discours qui nous mènerait bien loin, et où je suis entrée sans y penser, car je ne vous écris ni pour cela ni même pour me donner cette consolation, puisqu'elle serait bien indigne d'une religieuse qui n'en doit chercher qu'en Dieu; ni aussi pour vous donner quelque satisfaction, car je ne crois pas être digne de cela ; mais c'est seulement et uniquement pour vous congratuler de ce que vous êtes devenu père de famille en une des manières dont Dieu même est notre père S et pour vous demander pardon en même temps de la peine que je vous ai donnée en cela, car c'est moi qui vous l'ai procurée, et j'ai bien peur que vous en soyez incommodé. Je l'ai fait dans l'assurance que j'avais que vous en auriez bien de la joie, et que le soin et l'incommodité que vous en auriez ne durerait pas, parce que M. R... serait bientôt en état de reprendre ces enfants ; et, en effet, je crois que vous pouvez les renvoyer quand vous voudrez, pourvu seulement que vous lui en donniez avis. Je vous supplie très-humblement de les saluer de ma part, et M. Dulac aussi. Pour vous, je ne vous dis rien ; vous devez juger de mes sentiments par les vôtres, et vous assurer que je suis toute à vous en celui qui nous a plus unis par sa grâce * que par la nature.

*- Èdit. y, C. : i ... dont Dieu est notre père... » * Edit, F. C. ; » ... par la gr&ce... »

398 JACOUBtINS PASCAL.

LBTTRE DB LA SŒUR JAGQUBLINB DB SAINTS BUPHiMlE, k

Gloire à JùuSf au tré^^aint «ocremeni.

A Port-Hoyal des Champs, ce 24 mars 1661.

La retraite de ce temps pçut bien m'eiupêcher d^ vous faire une ample lettre % ma chère sœur, mm ell^ ne peut pas me dispenser de vous écrire, puisque jf n*ai rien à vous mander que de saint et des effets de h grâce de Dieu dont il nous a donné les arrhes ' en un tel jour qu'aujourd'hui, car vous savez que la guérison des corps n'est que comme un morceau pour parler ainsi , qui nous promet inflniment plus que ce qu'il vautS Cela commence à se trouver vrai en deux manières, car au lieu que par cet épouvantable miracle il u'y a eu qu'une de vos filles guérie S nous avons sujet d'es* pérer^ que toutes les deux seront préservées de la corruption du monde. L'aînée a fort bien parlé à H. de Rebours ; et pour la jeune, elle est si fervente que si cela continue on ne pourra pas se dispenser de la mettre au noviciat devant l'âge, si vous avez tous deux "^ dessein delà donner à Dieu comme je le crois. EUedit que sonmiracle est un privilège particulier, et en effet difficilement cela

^ n« Recueil MS. du P. Querrier, page 24.

s Edit, F. C. : ff ... de faire une ample lettre... •

s Idem : € ».,des arrhes.

^ Idem ; « ... infinement plus quMl ne vaut... »

* Idem : a ... qu*une de nos filles de guérie... »

< Idem ; « ... nous avons h'eud^espérer... •

"^ Idem omet : tous deux.

LETTEES. 599

lirera-t-il à conséquence. El pour voire fils aîné, il a

étélrouver M. de S * à qui il a déclaré son cœur, et

lui a lémoigné qu'il a un éloignemenl entier du monde

el qu'il ne pense qu'à se donner à Dieu. M. S fit

tout ce qu'il put pour le tenter, jusques à lui dire que M. son père étant si honnêle homme et si grand jaslicier, il avait tout sujet d'espérer qu'il l'imiterait , et que ce n'était pas un service peu agréable à Dieu que de rendre bien la justice, tout cela ne l'ébranla point, et

il le fut encore moins après ; car M. S le voyant si

ferme se mit de son côté, el le confirma autant qu'il put dans son dessein qui est fort bon, car sa vue est de se joindre à M. de Tillemonl et à M. du Fossé qui sont deux aussi honnêtes gens qu'il s'en puisse voirV M. S.... m'a ordonné de vous mander cela nonobstant le carême, pour vous réjouir tous deux, el pour vous porter à rendre des grâces ' à Dieu, etc.

LETTRE DE LA SŒUR JACQUELINE DE SAINTE EUPHiMIB, A MESDEMOISELLES PERIER, SES NIECES \

Gloire à JésuSf au très-^saint saeremeni.

Ce 17 juin 1661.

Mes très-chères sœurs , h ne sépara point ma lettre, parce que Pl^a XQf

1 M. Singlin.

* Edit, F. C. : « ... que Ton puisse voir..,t ' Idem :<(... k rendre gr&ces... i

♦ I" Recueil MS. du P. Guerrier, pag ccccxc.

400 JACQUELINB PASCAL.

donne celte consolation, dans ma douleur S de vous voir parfaitement unies dans le dessein d^êlre entièrement à Dieu. Je le supplie de tout mon cœur de vous aiïermir de plus en plus dans celte disposition ; mais, mes chères sœurs, vos actions et votre fidélité à suivre les lumières que vous avez reçues doivent être les plus efficaces prières de toutes ', et il est sans doute que sans celles-là les nôtres seront peu écoutées de Dieu. Je sens une joie extraordinaire quand je me souviens des bonnes dispositions qui sont marquées dans vos lettres, et comme je ne souhaite aucuns biens ni aucuns avantages à mes amis que les éternels, j*ai une grande joie quand je les y vois tendre. Mais, mon Dieu , mes chères sœurs , qu'il y a encore peu que vous êtes dans le monde ! Je loue Dieu de ce que le peu que vous en avez déjà vu vous déplaît ; mais si vous n'y prenez garde, et s^i vous ne vous armez d'une prière et d'une vigilance continuelle, vous vous trouverez insensiblement déchues des sentiments où vous êtes à présent. C'est pourquoi , mes chères sœurs , séparez-vous du monde le plus qu'il vous sera possible. Vous êtes avec des personnes si remplies de piété et qui sont si affectionnées à saint Bernard, qu'elles ne s'offenseront pas que vous suiviez son conseil. Il avertit les âmes qui veulenl être les vraies épouses de Jésus-Christ , de ne pas se contenter de fuir le monde, mais même leurs amis et ceux de la même maison et enfin toutes les créatures, parce

^ Voyez la lettre suivante.

* Edit, Y. C. : « ... les plus efficaces preuvet de toutes, » — nonseas*

que le fils de Dieu veut nous trouver dans la solitude pour parler à notre cœur. Je n'entends pas néanmoins que vous deveniez farouches et que vous fuyiez tout le monde, mais que vous soyez fidèles à le faire aussitôt que la nécessité absolue ne vous y retiendra plus ; et que dans le temps que vous serez dans les compagnies, vous y dérobiez souvent de petits moments pour parler ù Dieu, comme il est dit si admirablement dans le Cœur nouveau^. Je ne m*aperço)spas, mes chères sœurs, que je fais une chose bien étrange de vous donner des avis au lieu où vous êtes ; je n'y viens que de penser. Profitez bien des avis et des secours que vous recevrez de monsieur votre hôte ; c'est le meilleur que je puisse vous donner, dans le lieu où vous êtes. Priez Dieu pour moi, je vous en supplie, mes chers enfants, et vous assurez que je suis de tout mon cœur toute à vous. La mère prieure vous salue, et vous assure qu'elle ne vous oubliera point devant Dieu. Saluez M. Perier de ma part, je vous en supplie.

Suscription: Pour mes chères sœurs Perier, à Paris,

* Ouvrage de M. de Saint-Cyran.

402 JACQUiiLlNÊ PASCAL.

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