‹ Lettres, opuscules et mémoires de Madame Perier et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Perier, sa nièceChapitre 97 sur 105 · ETTR£ DB LA SŒUR JACQUELINE DE SAINTE EUPHEMIB PASCAL · texte numérisé non relu

ETTR£ DB LA SŒUR JACQUELINE DE SAINTE EUPHEMIB PASCAL

A LA SŒUR ANGÉUQUB ^

Ce 25 juin 1661.

Ma Irès-chère sœur,

Le peu d'état qu'on a fait jusqu'ici de hos difficuïtés sur toutes les affaires qui se passent *, m'empêcherait de les proposer enccîre à présent, voyant combien peu on s'entend de loin, si la chose pouvait se différer. Je crois être obligée de vous dire que toutes celles que j'écrivis à notre mère ne regardaient que le mandement qui nous était tombé entre les mains par le plus grand hasard du monde, et je dirais par un effet de la providence de Dieu, si oii avait quelque égard à nos peines et si cela eût eu quelque effet • ; cal* tout lé inondé se trouve présentement dans le même sentiment, encore que * nous entendions fort bien que l'on prétend que notre signature ne nous demande que le respect, c'està-dire le silence pour le fait et la croyance pour ce qui

1 n« Recueil MS. du P. Guerrier, page 193. La lettre était adressée de Port-Royal des Champs à la sœur Angélique de St-Jean, fille d'Arnauld d'Andilly, sousprieure à Port-Royal de Paris.

Cette lettre de Jacqueline se trouve imprimée dans plusieurs recueils, et particulièrement dans l'Histoire des persécutions des religieuses de Port-Royal, mais avec toutes sortes d^altérations et de suppressions. M. Cousin a reproduit ce texte altéré dans sou livre intitulé Jacqueline Pascal, page 401 : nous indiquons au bas des pages, en renvoyant à cette édition, les altérations et suppressions princi* pales.

*Edit. y. C. ; « sur les affaires présentes... »

' Idem : « ... si on avait eu plus d^égard à nos peines tique cela...»

^ Idem omet : car tout le monde se trouve présentement dans le même sentiment encore que. Et recommence un alinéa par : Nous entendions etc.

LETIRES. 40S

est (le la foi*; mais il n'est plus temps S et la plupart désiraient de tout leur cœur qu'il fût pire , sachant bien qu'il n'en fallait pas espérer, dans le temps bu nous sommes, un meilleur*, parce que néanmoins on le rejetterait avec une entière liberté ; au lieu que plusieurs seront comme contraints de le recevoir, et qu'une fausse prudence et une véritable lâcheté le fera embrasser à plusieurs autres comme un moyen favorable de mettre aussi bien leur personne que leur conscience en sûreté ; mais pour moi, je suis persuadée que ni l'une ni l'autre n'y sera par ce moyen. 11 n'y à que la vérité qui délivre véritablement, et il est sans doute qu'elle ne délivre que ceux qui la metleht elléhiéme ' en liberté en la confessant avec tant de fidélité qu'ils méritent d'être confessés eux-mêmes et reconnus * pour de vrais enfants de Dieu.

Je ne puis plus dissimuler la doùleiir qui me percé jusqu'au fond du cœur de voir que les seules personnes à qui Dieu a confié* sa vérité lui soient si infidèles, si je l'ose dire, que de n'avoir pas le courage de s'exposer à souffrir, quand ce devrait être la mort même, pour la confesser hautement.

Je sais le respect qui est dû aux puissances ' de l'Eglise ; je mourrais d'ariSsi bon cœur pour le conserver inviolable, comme je suis prête à mourir avec Taidé de

^ Edit. F. C. omet : il n'est plus temps.

' Idem omet : sachant bien ^a'il n*en fallait pas éspe'rèr, dans le temps où nous sommes^ un meilleur.

> Idem : € ... la mettent eux-mêmes en liberté... » * Idem : c ... k qui il semblait que Dieu eût confié... » ^ Idem ; « ... aux premières puissances... »

Uieu pour la confession de ma foi dans les affaires présentes; mais je ne vois rien de plus aisé que d*allier Tun à Tautre. Qui nous empêche et ^ qui empêche tous les ecclésiastiques qui connaissent la vérité, lorsqu'on leur présente le formulaire à signer, de répondre : Je sais le respect que je dois à MM. les évêques, mais ma conscience ne me permet pas de signer qu'une chose est dans un livre où je ne Vai pas vue, et après cela attendre ce qui en arrivera. Que craignons-nous ? le bannissement et la dispersion pour les religieuses, la saisie du temporel, la prison et la mort, si vous le voulez : mais n'est-ce pas notre gloire et ne doit-ce pas êlre notre joie ?

Renonçons à TEvangile, ou suivons les maximes de TEvangile; et estimons-nous heureuses de souffrir quelque chose pour la justice. Mais peut-être on nous retranchera de l'Eglise : mais qui ne sait que personne n'en peut être retranché malgré soi, et que l'esprit de Jésus-Christ étant le lien qui unit * ses membres à lui et entre eux, nous pouvons bien être privés des marques, mais non jamais de l'effet de cette union, tant que nous conserverons la charité, sans loquclle| nul n'est un membre vivant de ce saint corps. Et ainsi ne voit-on pas que tant que nous n'érigerons point autel contre autel ', que nous ne serons pas assez malheureuses pour faire une Eglise séparée *, et que nous demeu-

^ Idem omet ces mois : Qui nous empêche et.

* Edii, V. C. : « ... étant le seul qui unit... »

' Idem ; « ... que uous n'élèverons pas autel conlre autel... •

* Idem omet : que nous ne serons pas assez malheureuses pour faire une Eglise séparée.

rcrons dans les termes du simple gémissement et de la douceur avec laquelle nous porterons notre persécution, la charité qui nous fera embrasser nos ennemis

nous attachera inviolablement à TEglise, et qu'il n'y aura qu'eux qui en seront séparés en rompant par la division qu'ils voudront faire le lien de la charité qui les unissait à Jésus-Christ et les rendait membres de son corps. Hélas ! ma chère sœur, que nous devrions avoir de joie si nous avions mérité de souffrir quelque notalile confusion pour Jésus-Christ! Mais on donne trop bon ordre pour l'empêcher, lorsqu'on peint avec tant d'adresse la vérité des couleurs du mensonge qu'elle ne peut être reconnue, et que les plus habiles ont de la peine à la voir *. J'admire la subtilité de l'esprit, et je vous avoue qu'il n'y a rien de mieux fait que le mandement. Je crois qu'il est bien difficile de trouver une pièce aussi adroite et faite avec tant d'art*. Je louerais très-fort un hérétique en la manière qu'un père de famille louait son dépensier, s'il était aussi finement échappé de la condamnation sans désavouer son erreur, que nous consentons par là au mensonge sans nier la vérité '. Mais des fidèles, des gens qui connaissent et qui soutiennent la vérité, l'Eglise catholique, user de déguisement et biaiser 1 Je ne crois pas que cela se soit jamais vu dans les siècles passés, et je prie Dieu de nous

^ Edit. V. C raodiûe ainsi cette phrase : « Mais on a donné trop bon ordre à Tempêcher, lorsqu'on déguise tellement la vérité que les plus habiles ont peine à la reconnaître. »

' Idem omet cette phrase.

* Idém omet : sans désavouer son erreur j que nous consentons par là au mensonge, sans nier la vérité.

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faire mourir tous aujourd'hui plulôl que de souffrir f{u*une telle abominalion s'introduise dans TÉglise^ En vérité, ma chère sœur, j'ai bien de la peine à croire que cette sagesse vienne du Père des luniières, mais plutôt je crois que c'est une révélation de la chair et çlu sang. Pardonnez-moi, je vous en supplie, ma chère sœur, je parle dans l'excès d'une douleur à quoi je sens bien qu'il faudra que je succombe, si je n'ai la consolation de voir au moins quelques personnes se rendre volontairement victimes de la vérité et protester par une vraie fermeté ou par une fuite de bonne grâce contre tout ce que les autres feront, et conserver la vérilé pa leur personne. Ce n'est pas que je vioulusse, dans l'aigreur et le pouvoir où l'on voit les ennemis de la vérité, que l'on se déclarât trop expressément; car, par parenthèse, je crois que vous ne savez que trop' gu'il ne s'agit pas ici seulement de la condamnation d'un saint évêque, mais que sa condamnation enferme formellement celle de la grâce de Jésus-Christ; et qu'ainsi si notre siècle est si malheureux qu'il ne se trouve personne qui ose mourir pour défendre l'honneur d'un juste', c'est le comble de ne trouver personne qni le veuille pour la justice même. Je ne voudrais * pourtant pas que l'on fit hautement une profession de foi;

* Edit, V,C,:* ... plutôt que d'introduire une telle conduite dans «on Eglise...*

* Idem abrège et modifie ce passage comme il suit : « ... les autres feront. Je crois que vous savez assez qu'il ne s*agit... »

* Idem ; c ... qui ose mourir pour un juste... »

* Tout ce passage, depuis : Je ne voudrais jusqn*^ la fin de l'alinéa : dans sa manche, manque dans VÉdit, V, C.

car, en Tétat où sont les choses elles personnes que Dieu a livrées à leur sens et à leurs passions, il est indubitable à moins que d'un miracle que la vérité serait condamnée : et plus on se serait clairement expliqué, plus on ferait de tort à ceux qui condamneraient une vérité si claire. Mais je voudrais qi|e, demeurant toujours dans les termes du respect pour ce qui est de ne point dire d'injures ni faire des reproches, on demeurât ferme à ne donner aucun sujet de croire qu'on eût ou condamné ou fait semblant de condamner la vérité : car je vous demande, ma très-chère sœur, au nom de Dieu, dites-moi quelle différence vous trouvez entre ces déguisements et donner de l'encens à une idole sous prfStexte d'une croix qu'on a dans sa nwnche ^ ?

Vous me direz peut-être que cela ne nous regarde point, à cause de notre petit formulaire particulier; maris j^ vous dirai deux choses sur cela: l'urfe, que saint Bernard nous apprend, dans ses manières admirables de parler *, que la moindre personne de l'Eglise non-seulement peut mais doit ' crier de toutes ses forces, lorsqu'elle-voit les évoques et les pasteurs de l'Eglise dans l'état où nous les voyons, quand il dit : Qui peut trouver mauvais que je crie, moi qui suis une petite brebis, pour tâcher 4'éveiller mon pasteur que je vois en-

* Voy. la V« Provinciale. — Jacqueline retourne ici contre les jansénistes le reproche que Pascal avait adressé aux jésuites d'avoir permis aux chrétiens des Indes et de la Chine Tadoration ostensible <ies idoles, pourvu que cette adoration fût mentalement rapportée à une imap:edeJ.-C., cachée sous leurs habits.

* Edit. V. C, : € ... avec sa manière admirable de parler... »

* Idem : « ... mais qu'elle doit... »

dormi * et prêt à être dévoré par une bête cruelle ? Quand je serais assez ingrate pour ne le pas faire par Tamour que je lui porte et la reconnaissance que je lui dois, ne dois-je pas le faire par la crainte de mon propre péril ? Car, qui me défendra quand mon pasteur sera dévoré? Ce que je ne dis pas pour nos pères et pour nos amis, je sais qu'ils ont autant d'horreur que moi des déguisements pour eux-mêmes; mais je le dis pour l'état général où est l'Eglise et pour me justifier envers vous et envers moi-même * de l'intérêt que je prends à cela.

L'autre chose que je vous réponds est, que je n^ai pu jusqu'ici approuver entièrement votre formulaire tel qu'il est, et que j'y voudrais quelques changements en deux endroits ' : le premier est au commencement ; car il semble dur, étant ce que nous sommes, de nous offrir si librement à rendre compte de notre foi. Je le voudrais faire néanmoins, avec un petit préambule qui en ôtât la conséquence et le scandale : car ne doutez pas * que le procédé de signature et de déclaration de foi est une usurpation de puissance d'une conséquence trèsdangereuse, principalement cela se faisant par l'aulorité du roi, à quoi pourtant les particuliers ne doivent, je crois, pas résister; mais au moins faut-il qu'il y ait quelques marques que Ton ne le fait pas, ne sachant ce que l'on fait ou comme chose due, mais que c'est une

A Edit. F. C. : «c ... que je crois endormi... » < Idem : « ... justifier envers moi-même de... » 3 Idem : < ... quMl est; j'y voudrais quelques changements eft quelques endroits,,. »

* Idem ; A ... car vous ne douiez pas... »

violence à quoi on se rend pour éviler le scandale*. Le second est sur la fin , où je ne voudrais pas que nous parlassions des décisions ' du saintsiége ; car encore qu*il soit vrai que nous nous soumettions à ces décisions en ce qui regarde la foi, le commun confond tellement par ignorance, et les intéressés veulent tellement confondre par passion le fait et le droit, que vous savez qu'on n'en fait qu'une môme chose. Quel est donc l'effet de votre formulaire sinon de faire croire aux ignorants ^ et de donner sujet aux malicieux d'assurer que nous sommes demeurés d'accord de tout, et que nous condamnons la doctrine de Jansénius, qui est clairement condamnée dans la dernière bulle.

Je sais bien que ce n'est pas à des filles à défendre la vérité, quoique Ton peut dire, pai* une triste rencontre, que, puisque les évoques ont des courages de filles, les lilles doivent avoir des courages d'évéques ; mais si ce n'est pas à nous à défendre la vérité, c'est à nous à mourir pour la vérité et à souffrir plutôt toutes choses que de l'abandonner *.

Pour vous expliquer mieux ma pensée sur ces décisions du saint-siége, voici une comparaison qui me vient

^ Celte phrase est modifiée ainsi dans Védit, V. C. : « mais au moins faut-il qu'il y ail quelque marque qWon le fait sachant ce que l'on fait, et qu*on ne le fait pas comme une chose due, mais comme une violence à laquelle on se rend san$ vouloir faire de scandale...»

' Èdit, V. C, « ... que nous parlassions en tout des décisions... »

3 Edit. F. C. : ■ ... Que fait-il donc votre formulaire, sinon de faire craindre aux ignorants... »

*• Ce passage depuis : Je sais bien, est aliéré dans Védit, V, C. U serait trop long d*indiquer toules ces altérations en délail.

en Tesprît : Quoique tout le monde sache que le wyslèrc de la Sainte-Trinité est un des principaux points de notre foi et que saint Augustin confesserait sans 4oute et signerait très-librement, néanmoins si son pays était occupé par un prince infidèle qui voulût faire nier l'unité de Dieu et faire croire la pluralité des dieux, et que quelques-uns des fidèles pour pacifier les troubles que cela exciterait faisant un formulaire de foi sur ce point où il y eût : Je crois qu'il y a plusieurs personnes à qui Ton peut donner le nom de Dieu et leur rendre les adorations, etc., sans autre explication, saint Augustin le signerait-il 7 Certainement je ne le crois pas ; et je prois encore moins qu'il le dut faire, quoique ce soit une vérité qu'il n'y a point de Adèle qui puisse mettre en doute : mais il ne serait pas le temps de le dire en cette manière. Vous faites aisépient l'application de la comparaison. On dira peutêtre que notre autorité n'est pas du poids de celle de saint Augustin, et qu'elle est nulle. Je réponds à cela premièrement, que je n'ai parlé de saint Augustin que par réponse à la seule que vous fîtes ces jours passés à joutes mes difficultés, qui était que l'on se riait de nos craintes et que saint Augustin signerait ce que nous craignons. Mais ce que je dis de saint Augustin, je le dis de vous et de moi et des moindres personnes de l'Eglise, car le peu de poids de leur autorité ne les rend pas moins coupables s'ils l'emploient contre la vérité. Chacun sait, et M. de Saint Cyran le dit en raille lieux, que la moindre vérité de la foi doit être défendue avec autant de fidélité que Jésus-Christ. Qui est le fi-

L^TTBES. 4 H

jjclc qui n'aurail point d'horreur de soi-mêpie, s'il se pouvjail faire qu'il se fût trouvé présent au conseil de Pilate où il aurait été question de condamner Jésus- CluMst à la mort, s'il s'était contenté d'une manière d'opiner ambiguë par laquelle on eût pii cf oire qu'il était de l'avis dp ceux qui le condamnèrent, quoiqu'en s;i conscience et selon son sens, ses paroles tendissent à le délivrer *?

Le péché de saint Pierre n'est-il pas infiniment ipoîpdre que ne serait une si extrêmp timidité ; e^, cependant de quelle manière l'a-t-il regardé durant Ip reste de sa vie ? Et ce qui est bien considérable, c'est qu'encore qu'il fût destiné pour être le chef de l'Eglise, il ne l'était pas encore. Ce n'est donc que le péché d'un simple fidèle qui ne dit pas comme à présent : C'est lin méchant, il est digne de mort, crucifiez-le, et qin i|e fait pas m^me semblant de le dire , mais siinpleinent : Je ne connais point cet homme*. Poussez la comparaison jusqu'au bout, je vous en supplie. Ma lettre n'est déjà que trop longue. Ainsi, ma chère sœur, voilà ma pensée pour le formulaire que je voudrais clair eu ce qu'il contiendra, quoique je voie bien qu'il ne doit pas tout contenir. Comme dans l'ignorance où nous sommes, tout ce qu'on peut désirer de nous pour la signature qu'on nous propose est un témoignage de la sincérité de notrp foi et de notre par-

* Même observation que dans la note précéfleute, pour cet alinéa, depuis ces mots (page 409) : Pour vous expliquer, etc.

^ Tout ce passage, depuis le commencement de l'alinéa, mangue également dans VÉdit, V,C.

faite soumission à TEglise, au pape qui en est le chef cl à M. rarclievêque de Paris qui est notre supéricui* ; quoique nous ne croyions pas qu'on ait droit de demander en cette matière raison de leur foi à des personnes qui n*ont jamais donné aucun sujet d*cn douter, néanmoins pour éviter le scandale et les soupçons que notre refus pourrait faire naître, nous témoignons par cet acte que, n'estimant rien de si précieux que le trésor de la foi pure et sans mélange que nous voudrions conserver aux dépens de notre vie, nous voulons vivre et mourir humbles filles de l'Eglise catholique, croyant tout ce qu'elle croit et étant prêtes de mourir pour la confession de la moindre de ses vérités. Si on s'en contente, à la bonne heure; sinon, pour moi je ne ferai jamais autre chose, s'il plait à Dieu. C'est ce me semble tout ce que nous pouvons accorder ; du reste arrive ce qui pourra, la pauvreté, la dispersion , la prison, la mort , tout cela me semble rien en comparaison de l'angoisse où je passerais le reste de ma vie, si j'avais été assez malheureuse pour faire alliance avec la mort en une si belle occasion de rendre à Dieu les vœux de fidélité que nos lèvres ont prononcés *.

Prions Dieu, ma chère sœur, les unes pour les autres ^, qu'il nous fortifie et nous humilie de plus en plus', puisque la force sans humilité et l'humilité sans force sont aussi pernicieuses M' une que l'autre. C'est ici plus

^ Tout ce passage , depuis : Si on s*en contente, est transposé et légèrement altéré dans VÈdit. V, C.

* Edit. V. C. omet : les unes pour les autres, s Idem omet : de plus en plus.

* Idem : t ..,ainssï préjudiciables... ï>

que jamais le lem^s de se souvenir que les timides sont mis au même rang que les parjures et les exécrables.

Ne vous scandalisez pas de mes reproches sur le peu d*élat qu*on a fait de nos difficultés. Je n'en ai pns eu la moindre peine ; je suis accoutumée à être traitée en enfant, et Dieu veuille que je le sois toute ma vie. Mais le discours m'y a portée sans dessein et je n'en ai pas été fâchée afin que s*il arrivait jamais quelque chose de semblable on sache qu*on ne nous satisfait pas en disant qu'on se rit de nos difficultés» sans en alléguer aucune raison. Adieu, ma chère sœur, en Tétat où est notre chère malade, si la chose ne pressait autant qu'elle le fait, je n'en aurais pas dit un mot ^

Je crois, ma chère sœur, n'avoir pas besoin de vous dire que je ne m'arrête nullement aux paroles de notre formulaire et qu'il m'est indifférent de quels termes on use, pourvu qu'on ne donne nul sujet de penser que nous condamnons ni la grâce de Jésus-Christ ni celui qui l'a si bien expliquée *.

C'est pour cela qu'en mettant ces mots croire tout ce que V Église croit, j'ai omis et condamner tout ce quelle condamnCf quoiqu'il soit vrai que je condamne tout ce que l'Eglise condamne; mais je crois qu'il n'est pas le temps de le dire de peur qu'on ne confonde TEglise

■ Tout cet aUnéa, depuis : Ne vont scandalisez paSj manque dans Vidit. V. C.

> Cet alinéa, dans XÈdit. F. C, se trouve abrégé et modîGé comme il suit : « Il m'est indifférent de quels termes on use, pourvu qu^on n*ait nul sujet de penser que nous condamnons ou la grâce de J.-C, ou celui qui Ta si divinement expliquée. »

414 JACQUBLÎNE PASCAL.

avec les décisions présentes, comme feii H. de Sainl-Cyîan dit que les païens ayant mis une idole ait même lieu où était la croix de Notre-Seigneur » les fidèles ne Tallaient point adorer de peur qu*il ne setnblât qu'ils adoraient Tidolè ^

Note du p. Guerrier : « J'ai transcrit cette lettre sur une copie difûcile k déchiffrer. »

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