‹ Lettres originales de J.J. Rousseau à Mme. deChapitre 10 sur 11 · DE J. J. ROUSSEAU A DIVERS · texte numérisé non relu

DE J. J. ROUSSEAU A DIVERS

A Montmorency , le 93 décembre 1 761.

A Af. de Malesherbes.

Xl fût un tems, Monsieur, où vous iti'ho* norâtes de votre estime j et où je ne m'en •entois pas indigne: ce tems est passé , je le reconnois enfin; et quoique votre patience et vos bontés envers moi soient inépuisables, je ne puis plus les attribuer à la même cause sans le plus ridicule aveuglement. Depuis plus de six semaines y ma conduite et mes lettres ne sont qu'un tissu d^iniquités, de folies 9 d'impertinences. Je vous ai compro-* mis y Monsieur, j'ai compromis madame la maréchale de la manière du moi^de la plu#

(i6o) punissable. "Vous avez tout enduré , tout fait pour calmer mon délire; et cet excès d'indulgence, qni pourroit le prolonger ^ est en effet ce qui Ta détruit. J'ouvre en frémissant les yeux sur moi, et je me voistout ausâ méprisable que je le suis devenu.

Devenu ! non ; Thomme qui porta cinquante ans le cœur que je sens renaître en moi p n'est point celui qui peut s'oublier au point que je viens de faire : on ne demande point pardon à mon âge, parce qu'on n'en mérite plus ; mais , Monsieur , je ne prends aucun intérêt à celui qui vient d'usurper et déshonorer mon nom. Je l'abandonne â votre juste îndigiiatldn, mais il est mort pour ne plus renaître: daignez rendre votre estime à celui qui vous écrit maintenant » il ne sauroit s'en passer et ne méritera jamais de la pterdre. Il en a pour garant non sa rai^i son f mais son état, qui le met désormais i J'abri des grandes pasâons •

Quoique ja ne doive ni ne veuille plus , Monsieur, vous importuner de laf&ijre de Dnchéne, et que je prétende encore moine m'excuser en|[eff| loi, je ne puis cependant

(i6i) me dispenser de vous dire que s'il ëtoit vrai qu'il m'eût proposé de ne m'envoyer les bonnes feuilles que volume à volume , alors mes alarmes et le bruit que j'en ai fait ne seroîent plus seulement les actes d'un fou , mais d^un vrai coquin.

U feiut vous avouer anissi. Monsieur , que je n*ose écrire à madame la maréchale , et que je ne sais comment m'y prendre auprè) d'elle y ignorant à quel point elle peut èixp irritée.

A Motien , le ft6 octobre if 6t.

'ulu même.

XERMETTEKy Monsieur, qu*un homme tant de fois honoré de vos grâces , mais qui ne vous en demanda jamais que de justes et d*honnéteS| vous en demande encore une aujourd'hui. L'hiver dernier je vous écrivis quatre lettres consécutives sur mon carac^ tère et l'histoire de mon ame dont j*espérois que le calme ne finiroit plus : je souliaiterois extrêmement d'avoir mie copie de ces quatre lettres » et je crois que le sentiment qui les a dictées méritée cette complaisance de votre part. Je prends donc la liberté de vous demander cette copie ; ou »

si vous aimez mieux m'envoyer les orignaux y je ne prendrai que le tems de les transcrire ^ et vous les renverrai , si vous le désirez » dans peu de jours. Je serai , Monsieur » d'autant plus sensible à cette grâce j qu'elle m'apprendra que mes mal* heurs n'ont point altéré votre estime et vos

( «&3 ) iontës pour moi, et que vous ne jugez point les hommes sur leur destinée.

Recevez ^ Monsieur y les assurances dm mon profond respect.

Mon adresse est a Motiers-Travers ; comt^ de Neufchâtel , par Pontar/îer, et les lettres qui ne sont, pas contre-signées doivent eue affranchies jusqu'à Pontarlier*

A MâIeiheTl»ei , ce a jtpTîer lyyau

M. Malesherbes à* /. X Rousseau.

Xf, y a long-temsy Monsieur^ que je doU une repente à la lettre que vous m'avez écrite le 19 décembre » en m*envoyaiit un trèfr-joH monisien

J*ai différé jusqu!à présent cette réponse, f>arce que je vouloîs y joindre la note qne vous me demandez des plantés que je désire le plus pour mon herbier ; mais cette note est plus longue et plus di£Gcile a faire que je ne croyois*

Vos noms sont ceux de linnœus ; ceux ^ous lesquels mon herbier est rangé , sont principalement ceux de Tournefort et de [Vaillant , les seuls qu'on connoissoit quand j'ai commencé à herboriser.

Cette comparaison de noms est un travail.

Je comptois qu'il me seroit épargné par M. d'Alibard , qui a donné une énumération des plantes des environs de Paris dans le système et le langage de Linnœas; taïaîs

(165) U le trouve que depub le livre de M, d*ACbard , M. Linnœus a changé beaucoup de ceanoms. D'ailleurs^ il affecte de oe donner que le moins qu'il peut, dans ses phrases aynonymes « celles de Tournefort. Voilà en quoi consiste la difficulté ; et ce qui a encore beaucoup alongé mon travail , c'est ^ue, malgré des arrangemens pris , et sa\^ yant lesquels je comptois passer Thiver dans la solitude, j'ai au contraire eu toniours ici, jusqu'à présent , beaucoup de monde , et par conséquent très-peu de tems A moi donc je pusse disposer.

Malgré ces obsucles , je compte être en état de vous envoyer ma liste dans quelques jours ; et je vais , dès à présent , répondra au reste de votre lettre.

Puisque vous voulez bien y Monsieur, consacrer quelques-uns de vos momens à faire des herbiers pour plusieurs personnes, il faudra conserver à la fois six plantes de chaque espèce au lieu d'une ; et dès lors il n'est pas possible de vous assujettir aux iGantaisies de chacun : ces fantaisies n'auroient plus de bornes ai on vquloil dçwer dai^

(165) les plantes exotiques. D*ûUeiirs , je oonçoi» et je prévois les di£fîcnltés que vous trou-, veriez A pénétrer dans les jardins particuliers; et quand vous y entrerez , vous no pourrez , le plus souvent , prendre qn*nn seul brin de la plante qu'on y élève.

Ainsi j Monsieur ^ pour rendre cet ouirrage possible » et en même tems utile A ceux pour qui vous travaillerez » \e crois qu'il faut s'en tenir aux plantes indigènes des environs de Paris. Ce sera celles-là dont vous pourrez, dans le cours de quelques années , £ûre six herbiers complets. Je dis ttx f parce que je suis bien sûr de six personnes qui vous en demanderont , et peut^ être en trouverez-vous davantage.

Pour ce qui me r^arde , il seroit souvè*' rainement injuste que je vous demandasse uniquement les plantes que je dédre le plus.^ D*aiUeurs , le prétendu herbier que j^ai est en si mauvais état et si mal conservé , que je vous demande celles que j*ai comme celles que je n'ai pas. Cependant , comme vous n^eii ferez qu'une pariie la première année ^ et qu'il V0US i»era peut-être indifférent de

( 1,67 ) commencer par les unes ou par les autres « je vous donnerai toujours la liste de celles des environs de Paris que je ne connois pas; et s'il vous est aussi aisé de commencer par ceiles-là que par d'autres , vous me feres plaisir. Mais quelques-unes de ces espèces que je n^ai pas encore ramassées , sont précisément les plus rares ; ainsi je prévois que ce seront celles qu'il vous sera le plus difficile de nous procurer. Cependant je vous recommanderai aussi quelques-unes des plus communes, comme les différens iordylium et caucalÎT^ comme les anthémis et les ca- TnomiUesA bonne ou mauvaise odeur »

comme les plantes chicoracées les plus communes , parce que ^ toutes communes qu elles sont , je les connois maJ.

Je ne comprendrai dans cette énuméraiion ni la famille des mousses et lichen , ni celle des gramen.

Quant aux m,ousses et lichen y j*avois ^ ainsi que je vous Tai mandé ^ le projet de jn'occuper tout cet hiver de cette herborisation ; mais le monde que j*ai eu m'a presque empêché de sortir : ainsi > il £aut que»

•C .68 ) fe remette cette occupation i Tannée pro* chaîne^ d'autant plus que je serai vraisemblablement obligé de faire un voyage loin d'ici avant la lin de Thiver. £n attendant , j« vous suis très-obligé du moussier que vous m^avezdéjà envoyé, et du supplément que vous m^annoncez. Ne pouvant pas avoir toutes les espèces de cette nombreuse &• mille y je désirerois au moins beaucoup d*en avoir quelques-unes de chaque genre pour connoitre le genre; et si vous pouvez me compléter le moussier dans cette- vue p je vous en serai très-oBligé.

Quant à la famille des grar^en , des cy-peruSf etc. , ce n*est plus une herborisation d^hiver. J*ai ramassé quelques-unes de celles de ce pays-ci dans le courant de cette année ; et dès que j'aurai lua moment à moi , je les partagerai en deux herbiers numérotés. Je vous en enverrai un dont je vous i}emanderai les noms , et je garderai l'autre avec les mêmes numéros.

Yousûonnoissez» Monsieur^ les sentîmezu tvec lesqtieb je'vouf suis attaché.

SIl.X.£SHfinBSS.

Ce

% Maleshèrbes , ce premier noTembrc

Le même au méme.^

V ous m^avez chargé Tan passé ^ Monsîetir, de deux commissions assez aisées; je crains cependant que vous ne trouviez que je me 6uis assez mal acquitté de Tune et de Tautre, tant parce que ma mauvaise vue me rend très-itiauvais observateur , que parce que j*ai mis fort peu de suite à me% observatious botaniques.

Vous m*avîez chargé de vous faire ramasser des échantillons de toutes les mousses et lichen de ce pays-ci ,et de vous envoyer dans le tems les fruits sauvages des arbres et arbustes des bois.

La récolte des mousses seroit abondante ai elle eût été £ait^ avec intelligence ; car nous avons ici du terrain sec et du terrain humide , du bois et de la plaine , des sables arides et dès marais de tourbe. Malgré cela, faî si mal observé, que je ne suis en, état de vous envoyer que trente-cinq. espèces^ en comptant les plus comihunes; je n'ai pas

( 170) trouvé les autres dans Tinstant de la fructification y et vraisemblablement pour la plupart j*ai confondu les espèces distinctes, c« qui arrive toujours à ceux qui observent xnaL

Des plantes spécieuses sont remarquées par tout le monde ; mais il faut être suprême botaniste pour faire attention aur caractères spécifiques des mousses.

Si la passion de la botanique vous portoit quelque jour à vouloir les observer dans le pays de Fontainebleau , si renommé dans les ouvrages des nomenclateurs françois , je prendrois la liberté de vous proposer de venir ici plutôt qu*à Fontainebleau même.

Vous y seriez très- seul et très-libre, car tout cet hiver je' n'y aurai aucune compagnie , et vous y trouveriez exactement les mêmes plantes et le même terroir qu'à Fontaine**:

bleau même.

Quant aux fruits des arbres» il y en « que je ne vous envoie pas, parce que ce sont des pulpes succulentes qui ne se conservent pas ; il y en a aussi qui ne sont pas encore mùis, et dont je voii» &rai un autre

(17' ) envoi dans> quelques semaines » et d'autres que je vous envoie à présent y quoique encore verts , et qui feront aussi partie du second envoi pour les avoir à différens degrés de maturité.

Je ne vous ai point fatigué , Monsieur , de lettres pendant le cours de cette année , ni de visites pendant le tems que j'ai été à Paris , parce que je sais que cela vous importune. J espère que vous n'en serez pas moins persuadé de tous les sentimens que je vous ai voués.

Ptrii, XI noTembre,

J. J. Rousseau à M. Maleshérbes,

J B serois , Monsieur , bien mortiHé qam vou» ma privassiez du plaisir dont vous m^aviez flatté , de m ^occuper d'un soin qui pût vous être agréable, et de préparer des plantés pour compléter vos herbiers. Ne pouvant subsister sans Taide de mon travail ^ je n*ai jamais pensé, malgré le plaisir que celui-là pouvait me faire, à vous^ffrir gratuitement remploi de mon tems. Je von»

«voue même que j'aurois fort désiré d'entremêler le travail sédentaire et ennuyeux de ma copie , d'une occupation plus de mon goût, et meilleure à ma santé, en travaillant i des herbiers pour tant de cabinets d'histoire narurelle qu'on fait à Paris , et où , selon moi, ce troisième règne , qu'on y compte pour rien , n'est pas moins nécessaire que les autres. Plusieurs herbiers à faire à la fois m'auroient été plus lucratifs , et m'auroient mieux dédommagé des menus.

( 173 ) lirais qa*exigent quelquefob les courses éloi-^ gnées et Venixée des jardins curieux. Mais les Français 9 en général ^ ont de si fausses idées de la botanique et si pf u de goût pour Tétude de la nature , qu'il ne faut pas espérer que cette charmante partie leur donne jamais la tentation de faire des collections ' en ce genre ; ainsi , je renonce à cette ressource. Pour vous^ Monsieur, qui joignez^ aux connoissances de tpus les genres la passion de ie% augmenter sana cesse , ne xn*ôtez pas le plaisir de contribuer à vos amusemens. Envoyez-moi la note de ce que vous désirez ; j'en rassemblerai tout ce qui me sera possible, et je recevrai sai|s aucune difficulté le paiement de> ce que je vous aurai fourni. A ÏVgard du petit échantillon que je VOU9 al envoyé , c'est tout autre chose; ç'^toient des plantes qui vous appar* tenoient. Ce que j'ai subst;itué a celles qui le sont gâtées» n*a point été ramassé pour vous; fe n'ai eu d'autre peine que de le tirer de ce que j'avQis rassemblé pour moi- ' même ; et comme je n'ai point ofEèrt d'entrer dans la dépen3e que vous a coûté

(174) ^ rherborîsation que j*ai Êiîtè à votre suite^ il me semble , Monsieur , que vous ne de« vez pas non plus m*o£Frir le paiement de ce que nous avons ramassé ensemble , ni du petit arrangement que je me suis amusé à j mettre pour vous Tcnvoyer.

Malgré le bien que vous m*avez dit de votre santé actuelle , on m'assure qu elle n*est pas encore parfaiiement rétablie ; et malheureusement la saison où nous entrons ti*est pas favorable à Tezercice pédestre j que je crois aussi bon pour vous que pour moi. L*hiver a aussi ^ comme vous savez p Monsieur , hes herborisations qui lui sont propres ; savoir y les mousses et les lichen. II doit y avoir dans vos parcs des choses curieuses en ce genre » et je vous exhorte fort y quand le texhs vous le permettra , d'aller examiner cette partie sur les lieux et dans la saison.

Vos résolutions , Monsieur , étant telles que vous me les marquez, je ne suis assnxément pas homme a les désapprouver; c^est s'être procuré bien honorablement des {oisirs bien agréi^blest fiempUr de granda

( 175 ) , devoirs dans de grandes places^ c'est la tâche des hommes de votre état et doués de vos talens ; mais quand , après avoir offert à son pays le tribut de son zèle, on le voit inutile » il est bien permis alors de vivre pour soimême • et de se contenter d'être henreux.

Ce ^7 décembre.

L^ M. dAlemberc.

J % suij sensible , mon cher Monsieur , à rimërét que vous prenez â moi, mais je ne puis approuver le zèle qui vous fait poursuivre ce pauvre M. Palissot , et j'auroîs grand regret aur momens que tout cela vous a £aXt perdre , sans le témoignage d'amitié .qu^il en résulte en ma faveur.

Laissez donc là cette affaire , je vous en prie derechef ; je vous en suis aussi obligé que si elle étoit terminée y et je vous assure que l'expulsion de Palissot pour Tamour de moi me feroit plus de peine que de plaisir.

A regard de Fréron , je n*ai rien à dire de mon chef» parce que la cause est commune ; mais ce quHl y a de bien certain , c'est que votre mépris Teùt plus mortifié que vos poursuites ; et que ^ quel qu'en soit le succès, elles lui feront toujours plus d*honnear que de mal.

J'ai écrit â M. de Tressan pour le remercier et le prier d'en rester là ; je vouf

( 177 ) montrerai ma réponse avec sa lettre a notre première entrevue. Je ne pub douter que je ne voiis doive tous les témoignages d*es« time dont elle est remplie. Tout compté , tout rabattu , il se trouve que je gagne A tous égards dans cette af&ire. Pourquoi tendrons-nous du mal à ce pauvre homme pour le bien réel qu'il m*a fait ? Je vous remercie et vous embrasse de tout mon cœur*

( lyS )

A Montmorency , le i5 féTrier 1761.

Au même*

J E suis cliatmé , Monsieur / de la leltre que vous venez de mVcrire; et loin de cne plaindre de votre louange , je vous en remercie^ parce qu'eUe est jointe à une critiqué franche et judicieuse qui me fait aimer Tune et Tautre comme le langage de Vamitié. Quant A ceux qui trouvent ou feignent de trouver de Topposition entre ma X«ettre sur les spectacles et la Nouvelle Héloïse^ je suis bien sûr qu'ils ne vous en imposent pas. Vous savez que la vérité , quoiqu'elle soit une, change de forme selon len tems et les lieux , et qu'on peut dire a Paris ce qu en des jours plus heureux on n eût pas dû dire â Genève. Mais à présent les scrupules ne sont plus de saison ; et par-tout où séjournera long-tems M. de Voltaire»

on pourra jouer après lui la comédie et lire des romans sans danger. Bon jour ^ Monsieur , je vous embrasse et vous remercie derechef dp votre lettre ; elle me plait beaucoiip.

Ce ^26 juia«

Au même.

Jfi vous renvoie» Monsieur, la lettre C, ^ue je n*ai pu relire plutôt, ayant toujours ëté malade* Je ne sais point comment on résiste a la manière dont vous m'avez fait rhonneur de m'écrire , et je serois bien fâché de le savoir. Ainsi j'entre dans toutes vos vues, et l'approuve les changemens que vous avez jugé à propos de Êiire ; j*ai pour-* tant rétabli un ou deux morceaux que vous aviez supprimas, parce qu'en me réglant sur le principe que vous avez établi vous même»

il m*a semblé que ces morceaux faisoient a la chose » ne marquoient point d'humeur et ne disoient point d'injures. Cependant , je veux que vous soyez absolument le maître p et je soumets le tout à votre équité et à vos lumières.

Je ne puis assez vous remercier de. votre discours préliminaire. J'ai peine à croire que vous ayez eu beaucoup plus dd plaisir

(i8o) i le Cèdre que moi a le lire. La chaîne encyclopédique mr^tout m'a instruit et éclairé» et je me propose de la relire plus d*une fois. Pour ce qui concerne ma partie, je trouve. votre idée sur rimitadon musicale uès- juste et très- neuve. En effet, à un uès-petit nombxe de choses près ^ l'art diî musicien ne consiste point à peindre îmmédiatement les objets , mais -à mettre Tame dans une disposition semblable à celle où la mettroit leur présence. Tout le monde •entira cela en vous lisant; et sans vous, personne peut-être ne se fût avisé de le penser. C^est la , comme dit la Mothe ,

Dtf ce vT«i dont tous les esprits Ont en eux-mêmes la semence; Que Ton sent » mais qu'on ea surpris De trouii^er vrai quand on y pense.

Il y a très -peu d'éloges auxquels je sois sensible ; mais je le suis beaucoup à ceux qu'il vous a plu de me donner. Je ne puis «l'empêcher de penser avec plaisir que la

postérité

post(^rité verra dans un tel monament que VOUS avez bien pensé de moi. ,

Je vous honore du fond de mon ame , et suis de la même manière^ Monsieur, vptre très -humble , etc.

À Montmorencyv le 3x octobre 1760.

j4 M. te chevalier de Lorenzy,

Je prévis bierit cher Chevalier^ que le mauvais tenu vous empécheroit de venir lundi dernier I comme vous me Taviez marqué ^ et je fus plus fÂohé qu*alarmé de ne vous pas voir arriver. Je n'aurois même goAté qu*à demi le plaisir de passer une heure ou deux avec vous , car fétois malade et insociaUe. Je suis rétabli , ou à peu près ; mais je ne sais si Thiver qui s'avance en manteau fourré de neige , me laissera recouvrer le plaisir perdura ussi tôt que la santé. Quoi qu^il en soit , que je vous revoie oa non y je pourrai passer des momena moins agréables ; mais je n'en penserai pas moins â vous et ne vous en aimerai pas moins. Je sens que je me suis attaché à vous, sûrement plus que vous ne pensez et plus que je n*ai d'abord pensé moi-même. J'en juge par le plaisir sensible et vrai que j'éprouve quand je vous vois. Je ne suis pas recherchant , il est vral^ et mpn cœur est usé pour l'amitié ;

< »83 ) je laisse venir ceux qui viennent , et s*en aller ceux qui s*en vont : mais j'aime encore -. à être aimé. Quand on me convint autant que vous , je ne demeure guère en reste ; et si je ne suis pas le premier à mettre ma mise f je ne le suis pas non plus à la retirer.

Je vous remercierois davantage d'avoir £ait ma commission avec tant d'exactitude ^ si vous ne l'aviez Bsàte aussi avec une magnificence qui m'e££raie. Je soupçonne par cet essai que vous n'êtes pas fort propre a être un commissionnaire de copiste. Dêpéchez-vous bien vite de m'envoyer mon mémoire f afin que je sache a quoi m'en tenir, et que je m'arrange pour écorcher les pratiques de manière a me payer bientôt de toute cette profusion.

La Julie s*avance , et je commence à espérer que si les glaces ne ferment pas les canaux de bonne heure, elle pourra paroitre ici cet hiver. Vous avez pris tant d'intérêt aux sujets d'estampes , que vous apprendrez avec plaisir qu'ils seront exécutés : j'ai vu les premiers dessins ; j'en suis très-content ^ et l'on en grave actuellement les planches.

La

Ce rCett pas mon libraire qui a fait cette eQi treprise; c*est un M. Coindet, mon compatriote , homme de go&t , qui aime les art^ et qui s'y connott. Il a choisi d'cxcellens artistes, et Touvrage sera fait avec le plut grand soin : cela fera'^ ce me semble, un des plus agréables recueils -d^estampes qu W ait vus depuis long*tems ; et je ne doute pas que^ s'il y avait quelque succès À espérer pour le livre, elles n*y pussent contribuer beaucoup; le malheur est qu'elles se débiteront sépa* rément. Adieu , cher Chevalier ; je vous parle de mes afBûres, parce que je pense i moi premièrement : mais c'est à vous qu« {'en parle; voyez quelle conclusion vous devez tirer de là.

k Montmorency , I%^S bot. I76o>.

Au même*

V o u 8 alîex A Versailles , mon cher Che»

vaii^r ; }*en suis charmé, et je ne me croirai pas tout i fait absent des personnes que vouS' allez voir , tant que vous serez auprès d'elles* Je vous envierois de semblables voyages ea pareille occasion, s*il ne falloit vous envies en même tems votre état y qui vous le& rend convenables ; et chacun doit être content du sien* Allez donc, cher Chevalier, faitea un bon voyage ; parlez de moi, parlez pour moi : vous connoissez mes senti mens, voua direz mieux que ye ne dirois ; un ami vaut mieux que soi-même en mille occasions, et sur- tout en celle - là. Ne manquez pas , i votre retour , de me donner amplement des nouvelles; il y a très- long -tems que je n'en ai aucune d*aucun côité ; la voilure aux provisions est venue ^ que jVtoîs malade^ et je n'en ai rien su. J'ai envoy.é, le 16

* Le mot fendaiU est vraisemblablement omis.^

( i86 ) ^ du mois dernier, un paquet à madame la ma* réchale, je n'ai aucun avis de la réception.

Vous ne me soupçonnes pas, je pense ^ d*étre insensible au souvenir de M>ne. de BoufElers ; ou je me trompe fort , ou vous êtes bien sûr que je ne pécherai jamais envers elle par ce c6té - là ; mais quand voua voulez que je lui écrive , nous somn^ies loin de compte ; j*ai bien de la peine â répondre à ceux qui m^écrivent , ce n'est pas pour écrire â ceux qui ne me répondent point»- D^ailleurs je trouve bien mieux mon cotnpte à penser i elle qu a lui écrite; car en moi* même je lui dis tout ce qu'il me plaît ; et eh lui écrivant , il ne faut lui dire que ce qui convient. Considérez enicore que les devoirs et les soins changent selon les états.

Vous autres gens du monde, qui ne savez que 1 faire de votre tems , êtes trop heureux d*avoîr des lettres à écrire pour vous amuser ; mais quand un pauvre copiste a passé la journée a son travail , il ne s'en délasse' point à écrire des lettres ; il faut qu'il quitte la plume et le papier. En général y je suis" convaincu qu'un homme sage ne doit /a*

( «87 ) maïs former des liaisons dans des conditions fort^u-dessus de la sienne; car quelque convenance d^humeur et de caractère, quelquei sincérité d attachement qull y. trouve, il en résulte toujours j dans sa manière de vivre, une multitude d'inconvéniens secrets qu'il sent tous les jours , qu'il ne peut dire à personne , et que personne ne peut der vîner^ Pour moi , à dieu ne plaise que je veuille jamais rompre des attachemens qui font le bpnbeur de ma vie, et qui me deviennent plus çhers de j-our en jour ; mais j'ai bien résolu d'en retrancher tout ce qui me rapproche d'une société générale pour laquelle je ne suis point fait. Je vivrai pour ceux qui m'aiment , et ne vivrai que pour eux.. Je ne veux plus que ]es indifférens me volent un seul moment de ma vie ; je sais bien à quoi remployer sans eux.

L^explication que vous m*avez donnée au sujet du papier ne vous justifie pas tout k fait de la profusion dont je vous accuse :

mais comme j -aurai peu d'argent à débourser , grâce à l'attention de M. le prince de Conti y je ne me plains pas beaucoup d'une

dépense que je ne dois payer qu*en chan-^ sons. ABn donc de urètre pas chargé d'un d/pôt , je prendrai le papier pour mon totnpte ; au mo) en de quoi je taxerai ma copie comme si j*avois fourni le papier , et nous déduirons sur le paiement trentetrois livrés avancées par S. A. Quant à vous» je consens à ne vous^ rembourser les neuf francs qu'a notre première entrevue ; mais je voudrois bîenne pas les garder troplongtems. Je dois vous dire encore que le grand papier destiné à la copie du manuscrit, a été un peu limé par le dos dans M voiture ; ce qui peut rendre la reliure plus difficile et moins solide: d'ailleurs la forme m'en paroît bien grande pour être employée dans toute 'sa grrjnueur, Ne conviendroil-il pas jde 2e plier en deux pour iuî donner un format în-4.*^, à peu près comme celui du manuscrît ? De cette manière , la iimure ne seroit plus au dos , mais sur la tranche , et cela e'en iroît en le reliant, "Vous pourrez , làdessus , savoir à loisir les intentions du prince; car j'ai commencé par la musique, et je ne prendrai le manuscrit que quanil

( >89- ) elle sera faite. Adieu, cher Chevalier : je n«

TOU& dirai plus que je vous aime de loùt

mon cœur ; mais si jamais je cesse , ^uod

ubsit, alors je vous le dirai.

P. S, Je coimois un traité de l'ëdocation médicinale des enfans, et j*ai trouvé ce titre ai bêle, que >e n*ai pas daigné lire Touvrage : mais que celui dont vous parlez soit celui-Ia ou un autre^ s'il vous toniboit aisément sous la main , ye ne serois pas fâché de le parcourir ^ sinon nous pouvons le laisser là»

Adieu f le reste pour une autre fois.

Striptus et in iergo , necdum Jiniius OrtsftK.

Copie d'nne lenre à Mé de Sardne, Du a8 mai 176a.

jyi-ozriisuRy

Permettes que Tauteur d*an livre sur réducation , au sujet duquel requête vous a été présentée , prenne la liberté d*y joindre la sienne. Si Tédition contrefaite est mise en vente 1 mon libraire en souffrira des pertes que je dois partager ; si les auteurs de la fraude ne sont pas connus, je serai sûçect d*en être complice. N*en voilà que trop »

Monsieur , pour autoriser Textréme inquiétude où je suis y et Tiniportunité que je vous cause. A la manière dont s*y prennent ces éditeurs frauduleux , j'ai lieu de croire qu'ils se sentent appuyés ; et même , malgré vos ordres y le colporteur de Saugen en promet a ses camarades des exemplaires pour la veille des fêtes. Mais je suis fortement per* suadé, sur quelque protection quHls comptent, qu'un magistrat de votre intégrité et de votre fermeté ne permettra jamais qu».

( I90 cette protection soit portée jasqn^i favoriser les fripons aux dépens de la fortune du libraire et de la réputation de Pauteun

Daignez, Monsieur , agréer mon profond respect , et vous rappeler que je m'honorois de ce sentiment pour vous , , avant <pie je pusse prévoir que j'implorerois un jour votre justice.

tÇ

C >9*) ^v. premier Magistrat âe Genèpe.

luoirBiEirB,

Btfvenu du long ^tonnement où m'a jeJë, de la part du magistrat, le procédé que j'ejl devois le n.oin. attendre , je prends enfin le parti que l'honneur et la raison me prcscnvent. quelque cher qu'il coiiteà mon cœur.

Je vous déclare donc , Monsieur, et je vous prie de déclarer de ma pa« an magnihque.consrfl , que j'abdique k perpétuité «non droit de bourgeoisie et de cité delà ville et r,!pub;ique de Genève. Ayant rempli de mon mieux Je» devoiw attachés à ce titre sans jouir d'aucun de ses avantages , je ne crois point être en reste envers l'état en le quittant.

J'ai tâché d'honorer le nom genevois; î a. tendrement aimé mes compatriotes : j.

" « nen o„Wi^ p^„ „^ ^^^ ^^^ '^

•auro«plusmaIréusdr.Jeveu.leu;cèm!

plaire jusque dan. leur haine; le demi»

( »93 ) sacrifice qui me reste à leur faire ^ est celui d'un nom qui me fut si cher.

Mais y Monsieur, ma patrie, en me devenant étrangère y ne peut me devenir indifférente ; je lui reste attaché par un tendre souvenir , et je n'oublie d'elle que les outrages: puisse- 1- elle prospérer toujours et voir augmenter sa gloire! puisse- 1- elle abonder en citoyens meilleurs et sur- tout plus-heureux que moi ! Recevez, Monsieur, je vous supplie, les assurances de mon pro<* fond respect»

( 194) Sur la Musique militaire.

Lis Inxe àe nrasîqna iju'on étale aujourd'hui dans celle des r^imens, me paroit de mauvais goûu Je n'en trouve l'effet ni guerrier , ni grave , ni gai , ni sonore ; et toutes ces marches, plutôt barbouiUées que travaillées , produisent toujours une mauvaise exécution , moins par la faute des musiciens que par celle de la musique.

n y avoit une distinction à faire , et qu'on n'a point faite , entre les musiques convenables à la troupe en parade, et celles qui lui conviennent en marchant , et qui sont proprement des marches. On joue alors des airs qui , n'ayant aucun rapport à ia batterie des tambours , sont plus propres à troubler et interrompre la cadence du pas des soU dau qu'à la soutenir.

Les autres symphonies sont faîtes pour tout le corps ; et doivent plaire aux officiers : celles-ci sont plus faites pour les soldats , qu'il s'agit d'animer et de recréer en marçhmtp et qui ftimeroicm mieux des air»

( '95 ) gais et bien cadences qu'il* plissent retenir et y faire des chansons , que toutes ces musiques de haut appareil qui ne les égaient point du tout , et auxquelles ils n'entendent rîçn.

Je trouve encore qu^on a eu grand tort de supprimer les fifres , qui, perçant à travers les tambours^ égaient beaucoup la marche. 11 est vrai qu'ils éioient détestables et multipliés très-mîil à propos dans les troupes françaises : un seul eût suffi dans la colonelle de chaque régiment ; et alors on eût pu I sans grands frais , en choisir ou former un bon y comme j'en ai entendu d'excellens dans les troupes étrangères.

J^ai essayé de mettre mon idée en exemple dans le croquis ci-joint , d*uoe marche adaptée a k batterie des gardes françaises*

Cette idée est que dans l'altemation des tambours et de la musique , la cadence et la batterie ne soient point interrompues, et que le pas du soldat soit toujours également réglé. Elle est encore de lui faire entendre des airs d'une mélodia si simple» qu'elle l'amuse p régalé , et l'excite M-méme i

( «96 ) chanter ; ce qui peut-être n*est pas a n^figer pour ua éiat si plein de fatigue et dé misères.

J*ai fait deux petits airs de la plas grand* simplicité ; Tun en mineur pour le fîfre , Tautre en majeur pour la musique. Ces deux airs doivent se succéder alternativement, sans interruption de la mesure ; mais pour laisser plus de repos aux musiciens et plus de tems aux tambours , l'air da fifre sera répété au moins deux fois de suita avant que la musique reprenne le sien. Le fifre doit être seul parmi les tambours qui sont proche des instrumens , et il doit y avoir parmi les instrumens un seul tambour qui reprenne doucement la batterie sous la musique , de manière qu*il la guide et ne la couvre pas. Au moyen de ce tambour on ôteroit cette ferraille de cymbales qui fait un très-mauvais effet.

Il seroit à désirer que les tambours fussent accordés sur la tonique sol , et que celui de la musique fût accordé sur la dominante ' re. Alors ralternation de la batterie feroit un effet plus agréable, et la mu*

( 197 ) sique en sortîroit mieux. Pour le fifre il doit nécessairement être d*accord avec les^ autres instruraens.

'L*auteur de ces petits airs ne présume pas qu'une musigue aussi simple puisse être goûtée , quoique sa passion pour cet art l'engage à les proposer : si néanmoins on en vouloît faire Vessai , il avertit que cet essai ne doit pas être fait en place comme celui d*une symphonie ordinaire , mais en inarchânt , et dans la disposition qu'il vient de marquer. Ce n'est même qu'après une assez longue suite d'altemations qu'on peut juger si la marche est bien faite et produit bien son effet.

Lettre de David Hume.

Liale itrect X<eicestcr Fields , ce a de mai 1766.

J'ai besoin à% bien d'apologies. Mon* eienr , auprès de vous » d*avoir tardé si longtems de reconnottrerhonneur que vous m aT vez fait ; mais fai différé de vous répondre jusqu'au tems que notre ami s^roit établi, et fluroit eu quelque expérience de sa situa^ tlon, U parolt être à présent dans la sir tuation la plus heureuse » ayant égard à son caractère singulier, et il m'écrit qu'il en est parfaitement content. Il est â cinquante lieues éloigné de Londres , dans la province de Derby , un pays célèbre pour ses beau* tés naturelles et sauvages. M. Davenport , nn très-honnéte homme et très-riche , lui donne une maison qu^il habite fort rarement lui-même ; et comme il y entrelient une table pour ses domestiques , qui ont soin de la maison et des jardins , il ne lui est pas difficile d*accommoder notre ami et sa gou-

vernante de tout ce que des personnes si sobres et si modérées peuvent souhaiter. 11 a la bonté de prendre trente livres sterling par an de pension ; car sans cela notre ami n*auroit mis le pied à la maison. S'il est possible qu^un homme peut vivre sans occupalion y sans livres y sans société et sans sommeil , il ne quittera pas ce lieu sauvage et solitaire ^ où toutes les circonstances qull à jamais demandées semblent concourir pour le rendre heureux. Mais je craiiis la foiblesse et Tinquiétude naturelles à tout homme , sur-tout à un homme de son caractère. Je ne fterois pas surpris qull quit«i tÂt bientôt cette retraite ; mais en ce caslà ^il sera obligé d'avouer qu'il n*a pas connu aes propres forces , et que l'homme n'est pat fait pour être seul. Au reste ^ il a été reçu parfaitement bien dans ce pays - ci.

Tout le monde s'est empressé de lui montrer des politesses ; et la curiosité publique lui étoit même a charge. •

Madame de BoitEQers vous a sans doute appris les bontés que le roi d'Angleterre a eues pour lui. Le secret qu^on veut garder

anr cette affaire est une circonstance bien agréable à notre ami. Il a un peu la foiblesse de vouloir se rendre intéressant en se plai« gnant de sa pauvreté et de sa mauvaise santé ; mais } ai découvert par hasard qu'il a quel* ques ressources d'argent , petites à la véri;é ^ mais qu'il nous a cachées quand il nous s rendu compte de ses biens. Pour ce qui re« garde sa santé, elle nie paroit plutôt robuste qu'infirme ; à moins que vous no vouliez compter les accès de mélancolie et de spleen auxquels il est sujet. C'est grand dommage : il est fort aîmable par ses ma<^ nières; il est d'un cœur honnête et sendble; mais ces accès l'éloignent de la société , le remplissent d'humeur, et donnent quel* quefois à sa conduite un air de bizarrerie et de violence , qualités qui ne lui sont pas naturelles.

Je vous prie , mon cher Monsieur, de me garder une place dans votre souvenir. Je me Hatte de profiter » Tété prochain, de l'amitié que vous avez la bonté de me marquer.

De^ accidens imprévus ont retardé jusqu'ici mon retour en France. J'ai l'honneur d'être Monsieur, votre, etc. ^DavioHumb.

extrait dHune lettre de M. Hume.

'u E ne sais si vous avez entendu parler des derniers évënemens arrivés à ce pauvre malheureux Bousseau , qui est devenu tout à foit extravagant , et qui mërite la plut grande compassion. II y a environ trois semaines qu^il partît y sans en donner le moindre avis, de che^ M. Davenpori , n'emmenant avec lui que sa gouvernante ^ laissant la plus grande partie de ses effets , et environ trente* guinëés d'argent. On trouva aussi une lettre sur sa table , pleine de reproches contre son hôte ^ auquel il imputoî£ d'avoir ëté complice de mon projet pour le ruiner et le déshonorer. 11 prit le chemin de Londres ; et M. Davenport me pria de le J^ire chercher et de découvrir comment on pourroit lui envoyer son bagage et son argent.

On fut quinze jours sans en entendre parler, jusqu'à ce qu'enfin le chancelier reçut de lui la lettre la plus extravagante , datée 'de Spalding^ dans le comté de Lincoln. Il dit a £• magistrat qnll est en chemin poulr

Douvres, dans le dessein de quitter le royaume ( observes que Spalding sëloigne tout à Élit du chemin ) ; mais qu'il n'ose pas ^

faire un pas de plus ni sortir de la maison,. {

dans la crainte de ses ennemis. Il conjure |

donc le clianceUer de lui envoyer un guide j

autorisé pour le conduire » et il le lui de-^ manda comme le dernier acte d'hospitalité de cette nation envers lui. Quelques jours après, j'appris de M. Davenport qu'il avoit ^ reçu une nouvelle lettre de Rousseau , datée encore de Spalding , dans laquelle ii loi témoigne le plus vif repentir. Il parle de sa triste et malheureuse situation » et annonce le dessein de retourner dans sa première retraite de Wootton. J'espérai qu'il auroit recouvré ses sens ; point du tout'. Au bout de quelques heures le général Conw^y reçut une lettre de lui , datée de Douvres , distant de deux cents milles de Spalding • Il n'avoit guère mis que deux jours à Êdre cette longue route. II n'y a rien de plus foa que cette lettre : il suppose qu'il est prison-nier d'état entre l^ mains du général G>n« YTAy, et cela en conséquence d& mes sug*

gestions ; il le conjure de lui permettre d^ tjuitter le royaume ; il représente le danger >qu*il court d*étre assassiné ; et en même tems qu'il avoue qu'il a été déshonoré en Angleterre pendant sa vie, zl prédit que sa mémoire sera justifiée après sa mort : il dit •qu'il a composé • un volume de mémoires*, principalement relatifs au traitement qu'il a éprouvé en Angleterre , et i l'état de captivité dans lequel il est détenu« Si le général veut bien lui accorder la permission de partir , il lui fera remettre ce volume, qui est déposé dans des mains sûres , et jamais il ne paroitra rien de lui contre la nation et ses miidstres. Il ajoute , comme si un rayon ile raison avoit tout a coup pénétré dans son ame , et en parlant de lui-même à la troiaième personne , ifu il abandonne pour toujours le projet décrire sa "vie et ses 7»rfnu>ires , mais ^uil ne lui échappera ja^ tnais de bouclie ni par écrit un seul mot de plainte sur les malheurs ifui lui sont nrrifés en Angleterre ; quil ne parlera jamais de M, Hume , xm /fuU nen par'lera ^uavec honnenr \ ^ que lorsqu'il

$bra pressé de s expliquer sur ifuef^ueê indiscrètes plaintes qui lui sons quelque" /ois ^chappées dans le fort de ses peines ^ . il les rejettera sans mystère sur son hu^ meur aigrie ei portée a la défiance et auK ombrages par ce malheureux penchant p .

l^vrage de ses malheurs , et qui mainte'^ nanty met le comble»

, Je vous informe de tous ces détails , aHn que vous voyiez que ce pauvre homme est absolument £bu , et que par consf^quent il ne peut être dans le cas d*étre poursuivi par les lois I ni Tobjet d^une peine civile. U a certainement passé à Calais ; et se trouvant dans le ressort du parlement de Paris , il 9e.ra probablement arrêté et peut-être traité sans aucun égard à sa malheureuse situa^ tion. Quand j'étois à Paris , j'ai vu des traits d'une anîmoslté peu commune contre lui de la part de plusieurs membres, de cet illustre corps y et je crains que sa présenca ne fc][sse revivre contre lui ce même zèla ^rdént et amer. Il me paroit donc intéres* sant que quelques personnes de poids et .^e mérite sachant de la première m^in le

jrérî tabla

if 205 ) véritable état des choses , aHn que les enne^ mis de ce malheureux homme , voyant leur vengeance pleinement rassasiée par ses in- . fortunes passées , n*appesantissent pas plus long-teros sur lui des peines trop fortes pour qu'un homme puisse les soutenir. J*ai parlé à M. de Guerchy , afin qu'il représente la chose^ous ce point de vue, s'il en écrit à sa cour , et je vous adresse cette lettre à cachet volant , sous Tenveloppe de M. de Montigny, pour le cas où vous auriez quitté Paris.; Il faut que vous , ou lui , instruisiez M. da Malesherbes. M, Trudaine joindra aussi se^ boiM offices; et je ne doute pas que. par voé efforts réunis , et s'agissant d'une chose aussi raisonnable , vous ne lui procuriez une entière sûreté. S'il pouvoit être établi dans une retraite sûre et tranquille , sous la protection de quelque personne prudente , il a de quoi subvenir é tous ses besoins :

il a y si je ne me trompe , environ cent louis de rente de lui-même. Le roi d'An-, gleterre vient de lui en accorder encore autant ; et l'on pourroit trouver quelque parc ©a France quelque perspxme qui , par égard

l^onr son génie , le traiterott «vec amkîé^ ^ Tempècheroit de bire dn mal â lui et AUX autres. Il seioU i propos ^e sa gou.vemante entrât dans le projet : je sais cependant que M. Davenport n'avoit pss une idée bien avaaiageuie de son caractàte ni de sa ^xmduite » lorsqu'ils vivoient tAiez.

lui ; ina&s Rousseau est accoutumé a cette femme , et elle sait mieux que qui que ce aok entrer dans ses liumeurs. On soupçonna qu'elle a entretenu toutes ses chimères afin de le chasser d'un {>ays où , n'ayant personne avec qui elle p4t parler > elle s'^ik auycue àlamoxu

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