‹ Lettres originales de J.J. Rousseau à Mme. deChapitre 9 sur 11 · LETTRE VI · texte numérisé non relu

LETTRE VI

Butta 'Fuoco à J. J. Rousseau*

VescoTado, le 19 octobre 1765,

Xl y a dëjà bien du tems. Monsieur, que j'ai reçu votre dernière lettre et celle qui y ëtoit incluse pour M. Paoli. Nous avons appris avec un extrême plaisir Tun et Tautre , la protection confirmée du roi de Prusse. Le grand roi , le grand philosophe ne peut âdre que de grandes choses , parmi lesquelles la sûreté qu'il vous accorde dans ses états ne sera pas la plus petite , et ne lui fera pas le moins d'honneur.

J'ai retardé à vous écrire ; je comptoit passer en France et vous aller voir : comme cela est di££éré, je me hâte de vous donner de mes nouvelles. Vous m'inspirez une bien bonne idée d*un petit manuscrit daté de Yéscovado : mais. Monsieur , il n'est point de moi ; il est à vous , à Machiavel ^ «u président de Montesquieu; )e n'ai que It

petit mérite d'avoir cousu vos liées : trop heureux si ce travail est adaptable au pays pour lequel j ai fait cette recherche ! Au surplus, ce*n>st point par vanité que je Fai fait : j*aime ma patrie; je voudroîs lui être utile , et inspirer à tous le même désir. Si cet écrit ne peut pas servir à fixer la cous* |

titution^ il sera du moins une preuve de |

mon zèle pour sa prospérité , un tribut que tout bon citoyen lui doit. Ce mémoire a été lu en pleine consulte Tannée qu'il fut écrit; on en parut assee content , et plusieurs établissemens y furent puisés : mais Tcntière admission demanderoit un long travail pour le mettre en pratique. "Voyez , Monsieur , .

ce que Ton en peut faire ; corrigez , aug- *

mentez, diminuez ; je vous le livre; tâches i

d'en tirer parti. j

Je me réserve de vous conGer un autre j

petit ouvrage sur la révolution de Corse. Je ne lis pas beaucoup ; mais je fais des extraits j

du peu de lecture que je prends j quand la matière a de la connexité avec ce pays-ci.

Cet écrit est puisé dans nos divers livres de psûHcatiQns; dans h J* Housseau , Àlgernon-

(i55) Sidney t Montesquieu et Gordon. Je n^ai point la vanité de me parer des plumes du paon mal à propos , et je crois au contraire qu'il y a plus de gloire à dire ingénument le vrai que de chercher a paroitre ce qu'on n*est absolument pas. Il suffît d*étre honnote homme de son cru et sans ostentation ; du reste 9 il faut rendre à César oe qui est â César , et jouir de ce qui nous appartient.

Comme }*ai vu inséré dans les gazettes que vous n'écriviez ni ne receviez plus de lettres par la poste » f envoie celle - ci à M. Boy de la Tour et compagnie , a Lyon* Faites-moi Tamiiié de me donner de vos nouvelles , et soyez très-assuré de Tattache* ment inviohble avec lequel j'ai Thonneur d'être votre très-humble» etc.

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