‹ Lettres parisiennesChapitre 10 sur 49 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

En dépit de son esprit viril , madame de Girardin était femme^ et très-femme; elle eût monté à i'échafaud sanspâlir^ comme madame Roland ; mais elle se mourait de peur en voiture et n'osait traverser le boulevard. Nous l'avons vue haranguer, avec un sang-froid et une éloquence admirables, des émeu tiers qui, en 1849^ venaient crier autour de l'hôtel; et une chauve-souris, entrée par la fenêtre, qui voletait contre le plafond, la faisait presque évanouir.

Dans les dernières années de sa vie, sa beauté avait pris uû caractère de grandeur et de mélancolie singulier. — - Ses traits idéalisés, sa pâleur transparente, la molle langueur de ses poses ne trahissaient pas les ravages sourds d'une maladie mor* telle. A demi couchée sur un divan et les pieds couverts d'une résille de laine blanche et rouge, elle avait plutôt l'air d'être convalescente que malade. — ' George Sand , qu'elle admirait sans auciine arrière-pensée, la vit souvent vers cette époque, et tandis que George fumait silencieusement sa cigarette, immobile et rêveur comme un sphinic , Delphine , oubliant ou cachant sa souffrance, savait encore lui adresser quelques jQattories ingénieuses, quelque mot charmant, plein de cœur et d'esprit.

Quoiqu'elle fût tendrement dévouée à son mari^ dont elle avait épousé les luttes^ que la gloire, le succès, la fortune, tout ce qui peut faire aimer la vie, lui fussent arrivés à souhait, que des amis fidèles et sûrs l'entourassent, elle semblait secrètement désirer d'en finir. Ce temps ne lui plaisait plus; elle trouvait que le niveau des âmes s'abaissait, etiiéjà elle cherchait à pressentir l'autre monde, en causant avec les esprits qui habitent les tables : comme Leopardi, le poète ita« lien, auquel de Musset, descendu hier dans la tombe, a adressé de si beaux vers, elle semblait rêver «le charme de la mort. » Quand l'ange funèbre est venu la prendre, elle l'attendait depuis longtemps.

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