‹ Lettres parisiennesChapitre 9 sur 49 · X INTRODUCTION · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION

aUait pwûdre et ïemettre chei Chevreul pour tm oceastens

solennelLes.

Nous doutons que la pièce aa théâtre, même jouée par le^ plus excellents acteurs, eût produit autant d'effet. Madame Emile de Girardin lisait admirablement. Nous lui avons entendu dire des morceaux de Cléopâtre d'une façon que mademoiselle Rachel n'a pas égalée, à notre avis, malgré tout son art, toute sa puissance et tout son prestige.

Puis vinrent Judith, la meurtrière biblique, et Cléopâtre • le serpent du Nil, o comme l'appelle Shakspeare. Mademoiselle Rachel servit d'interprète t ces deux créations, Judith réussit faiblement, malgré des vers très-purs et une idée ingénieuse, — celle d'avoir supposé à l'héroïne juive un vague amour pour le général assyrien qu'elle a mission d'assassiner; — l'heure de la tragédie n'était pas encore venue. Cléopâtre, traitée à la fois d'une façon plus antique et plus moderne, tragédie et drame, obtint beaucoup de succès et rcslera le meilleur poème scénique écrit p'ar une femme. L'apostrophe au soleil est dans toutes les mémoires.

Dans Lady Tartuffe, madame Emile de Girardin, fidèle jusque-là au vers, le quitta pour la prose, toujours mieux acceptée d'un public de moins en moins littéraire, et qui n'entend plus que difficilement le langage des dieux. Mademoiselle Rachel représentait ce Tartuffe en jupons si haïssable et si charmant qu'on lui pardonne lorsque son masque tombe, et qu'entr'ouvrant le noir domino de l'Hypocrisie, la femme laisse voir son corsage étincelant et rose.

Mais le triomphe de madame Emile de Girardin a été La Joie fait peur, cette comédie poignante qui vous tient haletant de la première scène à la dernière, et qui a fait verser des larmes à remplir toutes les fioles lacrymatoires des tombeaux antiques.

Nous avons déjà dit que madame de Girardin avait le génie . " j au même degré que le génie tragique. Le long éclat de Joî f' ^^^P^^^ de Vhorloger, après le long sanglot de la ^Ma ^^^'^ ^" ^st la première preuve.

f^rgueriie^ ow feê Deux amours, roman. Il ne faut pas

INTRODUCTION Kl

jouer avec la douleur, nouvelle^ se placent entro Lady Tar» tuffe et la Joie fait peur, àe 48d3 à 4S54. Ce soot deux petits chefs-d'œuvre. Madame de Girardin est donc morte dans toute la force de son talent. Pour nous qui Tavons trouvée si supérieure à ses œuvres, nul doute qu'elle n'eût progressé encore* La conûdence de ses projets nous permet de l'atBrmer^

Après ce court examen littéraire, ajoutons quelques détail plus intimes. La rue Laffitte avait été abandonnée pour la rue Chaillotf et ce bel hôtel bâti par M. do Ghoiseul, à son retour de la Grèce, sur le modèle de TËrecthéum. Le jardin était beaucoup plus vaste alors qu'il ne Test aujourd'hui^ et à la place où grésille maintenant celte petite fontaine dont parle M. de Lamartine, les quatre cariatides du Pandrosiony exactement copiées, soutenaient Tentablenfent d'un petit temple auquel ne manquait que Tolivier sacré; des marrcMinieiii touffus voilaieat à demi la façade du celé des Champs-Élyséee. Une salle à manger» un grand s^lon et un salon plus petit composaient le rez-de-chaussée. C'est dans le petit talon que se tenait habituellement madame Emile de Girardin; elle travaillait là, à demi entourée d'un grand paravent chinois où, sur un fond noir, voltigeaient des oiseaux bizarres à travers des bambous et des plantes exotiques^ se laissant facilement distraire à Tattrait de quelque visite amicale; elle était chez elle toujours vêtue d'un peignoir blanc, très-large^ dont nulle ceinture ne marquait la taille^ et quand elle écrivait, elle ne pouvait souffrir ni peigne ni lien dans les cheveux, qu'elle laissait, flotter en larges nappes sur ses épaules^ Jamais ouvrier littéraire n'eut moins d'outils; un pupitre en marqueterie posé sur une petite table lui servait de bureau, et la plume de fer dont elle écrivait ses billets du matin courait Tîve et nerveuse sur un papier transversal : de même que Balxac^ elle se vantait d'être très-propre dans son ouvrage^ et comme elle justifiait le vers du Dante

La bella creatnra di bianco vestita^

on pouvait voir aisément que jamais goutte d'encre n'avait taché sa blancheur d'hermine.

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