ANNÉE 1836 LETTRE PREMIÈRE
28 septembre 1836.
ÉTénements du jour. — Paris provincial. — L'Ennuyeux et l'Ennuyé. — Esméralda. — Thémistocle et Scipion l'Africain dénoncés au commandant de la garde nationale.
U n'est rien arrivé de bien extraordinaire cette semaine : une. révolution en Portugal^ une apparition de république en Espagne, une nomination de ministres à Paris^ une baisse considérable à la Bourse^ un ballet nouveau à TOpéra^ et deux capotes de satin blanc aux Tuileries.
La révolution de Portugal était prévue^ la quasi-république était depuis longtemps prédite, le ministère d'avance était jugé, la baisse était exploitée, le ballet nouveau était
G LE ViCratË D« LàdNAY
affiché depuis trois semaines; il n'y a donc de yraiment remarquable fue lA càplites ide salin blant^ l^aTcè qu'elles sont préiaattties; le tesvps lie knlritait fsA cëtU injure. Qu'on fasse du feu au mois de septembre quand il fait froid^ bien, cela est raisonnable; mais que Ton commence à porter du satin avant l'hiver, cela n'est pas dans la nature.
Les spectacles -et ka promoHides» vMk œ qui occupe la capitale en ce'moment. Dieu merci, les courses sont terminées; la dernière n'était point brillante : toujours les mêmes femmes, toujours les mêmes chevaux; et puis toujours ce même et ennuyeux incident, ce cheval forcé de courir tout seul ; et Ton vous condamne à regarder niaisement ce lutteur sans adversaire, Cè trkxnpliàtlftir sans rival. Depuis longtemps le solo équestre nous a paru la plus ingénieuse des mystifications. Bref, tout cela était médiocre et faisait dire aux mauvais plaisants que cette pauvre Société d'mr coiiragement était toute découragée.
On prétend que t^fis test tnnmyèux) â Jious semble au contraire fort agréable à habiter en ce moment : on n'y connaît personne, c'est la province qui le peuple. On s'y trouve conune en voyage pour rindépeadaiioft, et j'^ y est à i'aisè éti sa demeure pour toutes les nonchalèmces delà vie. Quand on étudie Paris dans cette saison, on Taime, car on n'y rencontre ^«e des personnes qui i'aâoiîmiA; c'est «ae {)0- {)ulaiiosL de badaïuds ^hmis fui ùÀt ^plaisir ài^gardear : bif dauds d'outitenner, badauds d^oatfeHne«faHbailaaà8d*e«li«^ Rhin, excepté pourtant tadaMds à'cnÊlteAaaàit, -cmhbm dirait M. le vicomte 4e ChâAeaubriatid, «A «neet^ ae j«re^ rions-nous pas que, daas èe neailwe, â ne ee seii gUssé quelqu'un de ces derniers.
Enfin Paris se renouvelle peur quelque Mi^; le naenle y est plus bienveillant; les gens blasés en sont partis, les
LETTRES PÀftïSWlrtïE^ 7
ëtfûtiyés Tout désètté. L'air iictn'bîe fltîs léger, Tespace est
IftÉB Hbre. KJh ennuyé pvmà tant de'placel saifréscnce i^d
l'atmosphère si pes&nte! À àbsoi^yè latkt d'atfr Vttal ^àiifdil
soupire et qtiàYKd il bâiHè ! iKiûtônàiit l^i^crrÉ est âbsfent,
fl'cbasse avec ^ennuyeux, qui M raconte Bon gibier, et tous
^cfQt médisent de lPM*isvqaè leur absence rend èthnàblë.
-tdrtftnè Us otet de là Vanité, ib'cWvoîent leur gibier à Paris,
et ils restent à la campagne tous les deux, l'ENHtrrÉ'et f Etï«
-Kifmjx. — Oh ! l'âùtonïme «st ûtte belle toison pour Paris !
— Les Ibéâtres renaissent, le puiAîc rajeunît; té n*est pHis
ce parterre usé èl jnffeur de llitvér, ce public hostile, ce
tyran jaftoux de ceux qu'il pa:ye pour l'amusefr, qtre totit
«ëandatise, et que rien n'enfiatnme; ce Jpfubtic saturé <le
^àisfr, gilmdi dttots les corridors de théâtre; ce vieux bel-
làlre de foyer, qui n'ose sotirîre 'parce q^'îl H'à plus de
éents; céfte vieàle coquette de galeries, q«i né veut poiÂt
fleuter, de pctor de sillûijtmët Hdti rouge. ^ C'^l \m public
naïf, joyeux et dispos, à la fois jugé et complice, qui vôés
àidè fi'aïK^meiit à le Mte tire, qoi v(/us èiittahie à téMou-
voif; un pvHAit bonènfaiift, (pA te se fortn(dise pas' de ce
46\M!i l'âittiuse; mi publie ^éIOiI (pA ctoit au plaisir.
Aussi Von se dépècliè dé M 'cStir toutes les iiouf<ret^utès •de l'Btottée, comme tm ptaidéfàt se Mfé tlè Taire venSf fia cause quand le président du tribund ert son aiM.
L'Opéra presse les répétitions de l'iDuvrage de M. Vlètor Bugo et de mademoiselle Berlin.
Plusie^iTs tno^ce^anx "èe là nttusique soM d^à cftés ^vec âoge. Les «tas disenft : Vl'àftytèirt, c'est iùti beam! ^^ Et reb TépaxÉà : Je le croisv ù'est ^ deHioz.-^Les antres s'^èrient : La musique ^est ftdtfiitable!>^On letiùr répotid : Sans ékyotè, cHe est de Ro^ni.
 quoi nous répliquons cela :
s LE VICOMTE DE LAUNAY
Si la musique est mauvaise^ elle est de M. Berlioz; si elle est bonne, elle est de Rossini. Si elle est admii*able^ comme on le dit^ elle sera de mademoiselle Bertin.
Et Toici comment nous nous expliquerions :
Si M. Berlioz a fait la musique à'Esméralda, comme il n'entre pour lui aucun espoir de vanité dans ce travail» il l'aura fait avec négligence ;»et toutes les belles -idées qu'il a, il les aura gardées pour lui.
Si la musique est de Rossini^ elle sera bonne^ parce que les négligences de Rossini sont encore des beautés.
Enfin, si la musique est admirable^ elle est de mademoi« selle Bertin elle-même, en dépit de tous lesteinturiers qu'on lui prête; car nous ne connaissons pas un seul auteur asses fou pour donner sottement ses chefs-d^œuvre aux autres*
Les riches d'esprit ne sont pas plus généreux que les riches d'argent, et quelle que soit la puissance d'un joiunal, nous ne croyons pas qu'elle aille jamais jusqu'à obtenir d'un grand compositeur l'aumône de son génie.
En fait de nouveautés, le Théâtre-Français nous a offert Tartufe et les Jeux de r Amour et du Hasard, joués par mademoiselle Mars. Eh bien, il y avait beaucoup de monde. bon public de septembre, je te reconnais là! — Une douce voix peut encore te séduire, parce que tu ne Tas pas trop entendue la veille.
Les œuvres littéraires n'offrent rien de nouveau; il y a disette dans les cabinets de lecture. George Sand se repose de SCS procès; M. de Lamaitine préside le conseil général de son département. Muses, pardonnez-lui! Jules Janin s'en est allé paisiblement à la campagne; semblable à saint Louis, il rend la justice assis au pied d'un chêne : c'est de là qu'il juge les pièces nouvelles qu'on représente à Paris, au Gymnase, à l'Ambigu, au Vaudeville. Là, ses arrêts ne
sont influencés par rien^ pas même par la présence de ceux qu'il condamne^ et ses feuilletons n'en sont ni moins justes> ni moins piquants. Que Ton dise, après cela, que cet homme manque d'imagination! Alfred de Musset fume et se promène; Hyacinthe de Latouche cherche Vomhre des bois; tous les esprits sont en vacances. Quant à nos élégants, les jours où il pleut, ils s'amusent à parier, à jouer. Uun d'eux a, dit-on, gagné cent cinquante mille francs la semaine dernière. Pauvre jeune homme 1
Le monde élégant n'est pas encore organisé pour les plaisirs. Les ambassadrices ne sont encore revenues que poiir leurs amis. Quelques maîtresses de maison influentes sont déjà de retour, mais chez elles point de grandes réunions. Les rideaux des grands salons ne sont pas encore posés, les lustres sont toujours voilés^ la housse mélancolique cache toujours les fauteuils d'or; le papillon est encore dans sa chrysalide; mais patience, voici venir les fêtes, la fatigue et l'ennui. Les causeries intimes sont nos seuls plaisirs de salon. Des récits de voyages, des questions empressées, des réponses distraites^ sont les seuls aliments de la conversation. — Madame une telle est-elle de retour?^ Oui, elle est arrivée hier, je l'ai vue; elle est noircie, elle est affreuse. — Et sa sœur? — Sa sœur est toujours jolie; cependant elle est engraissée ; cela ne lui sied pas. — Je voulais, en revenant de Nisbaden, m'arrêter à B... chez Clémentine; mais je n'ai pas pu, j'étais en retard. — Ne le regrettez pas, elle est à Paris. — Déjà? mais elle n'y revient jamais avant le mois de janvier. — Celte année, elle prétend qu'elle est malade et vient consulter toute la Faculté de Paris, Si vous la voyiez, vous ne le croiriez pas; elle est frdche et jolie comme un ange ; elle se dit mourante pour revenir deux mois plus tôt, c'est ingénieux,
10 ht VîOOiltlS t)Ë LAIDNAY
Veità à ^^ près œ <l«fM f^ éit, ice <}i)i ast «sstt iiiKigfiK £ant; puis l'on ^ mio&tré k» pobes, k» «iah^ries qii'dn * raf»partées 46 ses t^ft^oges; on ^Hnvmte 'ûfÊÈ^Êqaiè ^vesânte {)6ndant la t«»iite ; ètti k tènjeim €«é À édcn: «di^ ^«m |»i^ «ipice quel€o»que$ om ^tlft d«» ig«ti!t tiHial^ «^«'bû « rencotttré» aut eaai:> «âi Fmïkds <$u «A Altenaftgue; de Charles X^ à ^ui T^ est %Aé rendre faoïM^a^e en passiâit, ^ue Vm a lircMi^ raj(«ttii ; de M. k ^e ée toërdeaMl^ ^fd se porte à merveille et qui «mbdUt tviMsr ks mi». Beiiittp;(«6li ' bkn ceci^ kiis vnyagettse» tmUs «6»t ^ «èt^ijr> ks cMlekmes «ont kiàiBébiks^ il n'est point <|iièstkti d'ettes fi^Éft» tenant. Oti païk laMsi des iivï^s <}ai *ent para «et été| léS kcteiurs en retard se fdnt prêter toiit^ untt l^il)liotfeè(j^ #e romans nouveaiix, Oa liaMle aim toate la 9^rée, ou feî^ Ton diaiite ^«iquss romaidoes> la Fniiée, pat tiiadatoé Du** eliatnbge; le J^, par mad€niois^lk Pug(%; on joué fu whist ou au ravtersiy puis à ttinuit on «e sépare : ic^<st la vie du château à Pari».
Excité ks baukvai4)5!9 que les pre>Ti«Hîiaux «n^rahissenl^ les pri»»exiad6s pubMques sont presqieea«Ksi kianiiBées <iue ks sakos; l'aspect dès îuikrks «isft trtete; les fieurs sont à déCBi eachées par ks feuilles (fêi tomhieut : ks femûies y sont laides et parées; dkd ont ftt)id et ne veulent pt% m cauTeuir. Beaucoup 4'Ââglaises avec des chapeaux à tihofs ruches de tulie> tulle faxié et languissant> tutté to^a^cfur ti plein de souvenirs^ qui pleure encore k krouiSàf^ dé k l^mise^ qu'atU'iste encore k cbartuon de la cité; om^ttMnt inutik qui forme autour du. tirage une neige grise ^ tk'eei pas avantageuse. Ces Anglatses sont dés Anglatees du troiskuie ordfe> qu'un bateau à vapeur à bas prit U^ftstaSe par flots sur k continent; ce n^est pa? encore la saison tks Jolies Anglaises au teint rose> aux eheveux ÛoilKnts^ qui
Tienneot apprendre à nos femmes élégantes à être firaiches et joties, et qui changent la me ëe la Paix en une allée de Hyde-Park. belles aies du Nord! dans un mois yous reviendrexy n'est-ce pas^ remplacer tos indignes compatriotes? TOUS aves des choses bien étranges à nous faire oublier. Les Aillais admiroBibeaaeM^ks«la4iieà des Tulleiies; rtais, comme nous^ ils s'étonnent du peu de soin qu'on prend pour les eÊklÈéMk; fUt effèt^ il nom semble qu^avée peu de ftais ml pourrait léè eiÉpèéher de se nolrsir. Lé roi^ qài èflapMe^ dit-oli) IMAt^'iaigeât li hSte àiùtiler ses ôiiangeri^ pdidmitMen «n ce/ÊBèicirër H «Mitfé à tùiïte débatboùitlér a& ëiemt. PlMétiKe est déjà HL tioite, qd^Hù ifê sait si e^le est dMSi^ée en liéfgfègÈb ta eta pc^i^ér; Véntâ à beau se faiTer les pieds depuis Mttle ou i^uatànte tnsy il n'y pû)*alt {MB; qaant à niéflofisfocle, Tainqu^ur de l^àlâMine^ et à Scipion YkttiCBM, ipafttqueM* de 2ama^ taouà les dénôttçôtis à M. le marédial oomDsandant de la garde nationale; letii% ëufiteteries sont danis le plus mauvais état. Du reste^ te jaidin des I\»l6rfes a tiMjoûfs dés cygnes blancs et dés poissons reuges dans seè btissiii»^ des enflants et dès cetceaut dans ts«les ses aHéésj l^cH-loge da château est toujours fort exacte et son ^iapeata est toujours tricolore ; ceci n'est qu'an détail, ma» il ne manque pas -d'importance dans les cineonslaiicsB où néus no^ IhJbTtos.
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