LETTRE^ II
19 octobre 1S33.
Les déménagements d'antonme. — Marie. — Portrait.de M. Vatoat.
Les grands événements de la semaine sont les déménagements; ce qu'on a transporté depuis quelques jours de pendules^ de pianos^ de lits et de commodes^ est inimaginable : Paris est un magasin de meubles ambulant; les habitants de la Chaussée-d'Antin semblent fuir vers le Marais^ les hôtes du Marais semblent descendre dans la Ghaussécd'Antin. C'est un immense chassé-croisé. On ne peut faire un pas sans être arrêté par une voiture de déménagement; on ne peut traverser une rue sans rencontrer un secrétaire et une commode, ou bien un canapé renversé, garni de toutes ses chaises; chaises menaçantes suspendues merveilleusement dans les airs. Vous tournez ime rue... et vous vous trouvez nez à nez avec un buste de grand homme, qui marche à reculons; à droite, s'avance un piano avec son tabouret, sa lyre et ses pédales démontées; à gauche, paraît un guéridon qui semble demander pourquoi son marbre ne Ta pas suivi. Le croira-t-on? hier nous avons surpris un innocent jeune homme rajustant sa cravate dedevant une grande et belle glace qui marchait à pas mesurés devant lui; cette toilette ambulante nous a fait rire. Les commissionnaires doivent être bien fatigués ce mois-ci : le mois d'octobre est un bon mois pour eux. 15 octobre, jour affreux! est-il un jour plus triste que celui d'un déménagement? — Oui, la veille I — Car il n'est rien de plus amer que cette pensée : Demain, à cette heure-ci, il y aura indu-
bitahlement quelque chose de cassé dans tout cela. Alors, admirant tuie coupe élégante^ vous lui dites : Peut-être ce sera toi! Puis, examinant quelques vieux fauteuils fanes et mal rajustés, votre cœur leur crie avec pitié : Pauvres amis, à votre âge, il est cruel de se déranger! Le mari s'endort en songeant qu'il lui faudra remplacer bien des choses dans son mobilier; la femme s'endort en se i-appelant tous les chagrins qu'elle a éprouvés depuis six ans dans cet appartement qu'elle quitte. Peut-être se dit-elle : Serai-je plus heureuse dans l'autre? Va, déménage, pauvre femme! fais tous les quartiers de Paris, tes chagrins te suivront avec tes meubles, ton argenterie, ta batterie de cuisine; un malheur de six ans n'est pas dans lés événements, il est dans les caractères, et ton mari et toi vous aurez le même caractère dans tous les pays, dans toutes les rues et dans tous les appartements. Cependant il est des chagrins de localités que nous devons reconnaître. Un appartement mal distribué peut amener de graves ennuis : deux chambres qui se commandent peuvent susciter les plus violentes querelles; nous ne répondrions pas de l'avenir d'une femme qui ne pourrait faire de feu dans sa chambre à coucher. Une salle à manger trop petite peut ruiner un homme d'alfuires; un salon trop vaste peut conduire un honnête rentier à l'hôpital. Nous connaissons de nouveaux mariés qui nous ont avoué sérieusement qu'ils ne désiraient point d'enfants, parce que leur appartement était trop petit. Nous dénonçons ces inconvénients aux personnes qui déménagent, afin qu'elles évitent dans tous ces ennuis celui qu'elles redoutent le plus.
Le monde fashionable revient; cela est incontestable : les théâtres et les boulevards, depuis huit jours, ont changé d'aspect. Les rues de Paris sont redevenues parisiennes. On
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n'y HflDcoirtre phtscet figmes éfraagrt^ ee> y»wré» l i i i gihW è< dont ;'4»itarmofi^ irritait ie r6t^d.€e sont de jolis irittigM qu'on aiotte à |teeoBtiai4re> d'éiégimtes beautés (pi'on m plait à aouiflÉer à vm iMme^ et da»t on est fietf d'èiro saltté% "^ Ak4 \Otts «MUMâesM alaéaiBe4e X..«? dit ¥oM Toi0&n «Bviewv -^^Qm^je Vêi ranéontrée» il y a trobniok^ atHEOiiadeNérMv->-'fit>nalgrésoi^eBpp6nduniMir pku gracient^ on se iiMt plu» droite <m le graoièit de futttttt lignes. Sî peu de vsAité qu'en alt> on tfe sent gioriem^ Il est to^jonrs âatteuv d'être salué patr uiiej^e Mamev C'est un {^aisur dont phis d'nn élégant a pu jooir Tautre sois à k Geniédie-Fran^ise. La dernière re^^résentatidn de Ma/m éiait ]»riUafite de reê^wr^. De belles toyagensôe y kisaieMt aussi leur rentrée^ l'enthensiasiae et rémotion les imM» lissaient^ eUes prenaient pour elles tontes les ^^rtus dft Marie; les jeunes femmes eroyaien^ de bonne foi^ éiin générenses et dévouées ceiâme «Méame Fere^m; les autres se trouvaient encore jeunes et jolies oeinnie made» moiselle Mars. 11 y avait des âlusiens pour tout le mondes Le grand sneeès qu'obtient chaque jour rén^o^e de mai» dame Aneelot nous eonôisie pkn que Jamais dons eetle remarque que nous avons faite depuis longtemps, qne k publie frsHiçais est de léus les rèls eèUd qui eiige k pbis qu'on k fkitie> et que le peintre k plu» babikest e6lui qin fttt de loi le portrait le moins resiemblint% Le public un» çais a borreur du vrai. Ce qui k sévki^ ee sent ks mens» truosités en tous getii^s, monstmostlés verineuses» mons* tniOMtés GrimineUesv II ne veut point qu'on lui dépe^^ ks gens tels qu'ils sont dans la vie, versatiles et inconséqoeiitsi Non> il lui faut des êtres parkits en bkn ou eu mal t un notaire qui est un ange pendant einq aotes, un duc qui est un démon pendant le même espace de teaq«> eek seul fait
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lestnecës àe ta l>ttchtsge ie h f^ipabêmh^t ^ fMfiâMt einquième acte le notaire teoèiittnetyce «e qa'A % fait (mHIp dànt les quatre pteAief» Itcte9> le jMurtefVê tféj^igiié ^ftd* tïdîati(m : C'est bfeti Itii^ éH^^ è*^ bien le Mêirae; il â fait tela, il a dit cela tout à flieoye; «'est tottjovrrs la même chose; ^rfnetix notaire^ je te reconmis; parfeit notak«^ t*est bitti toi! Bra>ro! *^ €ai*, ^^r le partttte, la vérité dTamatîqiie^ c'est tnie donnée fatissè (}U'on lui tm accepte» tm premier acte et que l'em tr^è jusqu'à la fki. Ainsi «n e«t-il de h coMfédiè de txMane Anœlol» NMi pa« q^Ms nNMn Toulions faire entendi^e que le charmant earactère de MsJtit 'doit un mensonge; nous satioàs^ au contraire, que la vi« de ifi^ d'une feunne n*^ été^quXm long et pur sacriicei maiê nous dfsons ^ne la peinttfrè ée cette tertu suMime n'est pafe tme Téfité absolue^ c^est ime Téritë d'^eéptlo»: ^rité liiimorale^ en ^ee qn'dle est trompeuse^ vérîté fatale^ en oe ^'éUe dégoûte de l'autre; vérité stédie^ en ce qu'elle livre . notre âme à des rêves ittpnissants^ à des i^ekercbes tnnh tiles; vérité conpaMë^ en ce qu'elle mus rend ingrats envers des êtres ^ftiosi vertîteaa> qui nous entourent^ et qub Mus dédaignons pour les liéros imaginaires qu'eik néOB à t^ronds; vérité serviie et flatteuse^ et par cela même la seulte vérité reçue au théâtre^ la seule que le puMie veuille reeoi»na!tt«. aussi e^itendei^^mn tous les journaux vnrtueux «'éarksr! ToUà la bonne> la vraie comédie^ ee n'est plus le «tîiaie éehet^ la femme «M^le et uiieérdée ^s diurnes de rëeole meéeme : c'«6t le monde td qu'il est. fintendet- Yoos tous les lions maris se réjouir^ un voyuut madaitte iFore^iêr ^sa^ûer l'amour de 4'^rMié a» bonlwur de 4fon épcwKj ut l'écrier av6c cduôanee : C'ust bien cela ! mw faire attention aux Uifférents d'Jrbelle qui sont dans leur lege)«-ui les^usditi d'AiteUu eux^ottoies^ eki voiani qu'on
ose inventer un homme fidèle à la même femme pendant dix-sept ans^ répéter sur le même ton : C'est bien celai... comédie 1 ô comédie! La bonne comédie^ la voilà!... Elle est dans la salle quand il se donne un drame vertueux. Ah! madame Ancelot est une femme d'esprit^ nous le savions déjà, mais elle Ta prouvé dans son œuvre : c'est la femme de France qui sait le mieux ce qu'il, faut dire pour plaire et pour flatter. Elle a traité le public comme ses amis. Elle est bien trop habile pour lui dire ce qu'elle sait : elle veut réussir; elle connaît trop bien le monde pour le peindre comme elle le voit.
Oui, pauvre vieux public! il te faut des Néron et des Jlgrippine, parce que tu ne crains pas les applications, ou bien des notaires héroïques ou des épouses magnanimes, parce que tu te fais à toi-même de douces et caressantes allusions. Molière, sous Louis XIV, n'aurait rien osé te dire; il a fallu un roi plus puissant que toi pour te faire entendre la vraie vérité; tu n'aimes que les fictions, et l'on te sert selon tes vœux ; le miroir qui réfléchirait tes traits te ferait horreur, la voix qui t'appellerait par ton nom véritable te ferait fuir ; tu maudirais le génie qui t'apprendrait ce que tu es; tu le traiterais en emiemi, et tu aurais raison : se connaître, cela est triste.
Ce qui plaît dans tout ceci, c'est que les mères de famille vont se hâter de mener leurs filles voir Marûy et que dans un mois toutes les jeunes filles de Paris auront dans l'âme cette conviction: que leurs petits cousins ou voisins, Charles, Ernest et Alfred, les aimeront pendant dix-sept ans, quels que soient les événements; mais vous rirez bien, vous, Charles, Ernest et Alù-ed, en répétant : Le théâtre est le miroir des mœurs.
Cependant les fenomes sont en train de sacrifices. Au
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spectacle > elles portent presque toutes des bonnets pour laisser mieux voir la scène aux hommes placés derrière eUes. Cela est généreux; car^ de loin^ un bonnet sied moins qu'un chapeau. Nous n'avons rien à dire contre les bonnets ornés de fleurs^ c'est une coiffure élégante; mais nous attaquons impitoyablement les bonnets à rubans. Dans un salon^ sans doute^ ils ont de la coquetterie; mais^ deloin^ ils ont l'air de bonnets du matin. Au spectacle^ une femme qui porte une douillette de soie brune et un bonnet de tulle à ruban rose a Tair d'une ouvreuse de loges égarée illégalement dans la salle; on est en droit de lui demander un petit banc. De loin^ tous les bonnets se ressemblent; on ne peut savoir si le tulle est de soie ou de coton^ du matin ou du soir; il n'y a que les fleurs qui puissent donner de l'élégance à un bonnet lointain. Car enfin, qu'est-ce qu'un bonnet sans fleurs? une perruque de dentelle, et voilà tout. Or, sans préjugé, la perruque est une chose qu'en général il faut éviter.
La mode> la semaine dernière, était de porter ses vieilles robes et ses chapeaux fanés; cette mode a passé comme les autres : on s'occupe de la remplacer.
Nous avons attaqué le faux vrai du théâtre, nous ferons apprécier aussi la véracité des journaux. Il y a quelques jours, un des plus francs moqueurs entre les journalistes^ spirituel et barbare s'il en fut, rencontra chez un jeune député de ses amis M. Vatout, qu'il avait longtemps poursuivi de ses épigramiïies, mais qu'il ne connaissait point. La conversation était fort animée; les questions étaient fort importantes, et chacun,' par la sympathie des idées, se trouvait entraîné à dire sa peâsée avec une franchise dont il était surpris. C'était une de ces conversations où les hommes se jugent^ tant par ce qu'ils osent dire que par :e
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qu*il8 fie diseftt pas. Après «ne granfée hearè, Hw VAMft «û rcftim. A peine avait-il lérMé la porte < -^ Voilà^ ma M^ m liotfinfie ^i me plaît! s'to-ia le journaliste; toatesses idées sont ks lâienne». C^e^t «n hcmiMe â'esprït^ Comment rap»* pelet-voas! ^ Cest M. Vaiteul. ^ Quoi! c'est ià Yateiat «ur qui j'ai dH tant de folies ! ^ Et le jonmidiste se fiiit à Hfre, et pfiis il ajouta finement : <^ Ëk bien^ ce ii'^st pas da tcmt cotnme cela que je me le «eraâs lg«fré <l'a|>ràB le poilirà^.. que j'ailaât de M.
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