MADAME EMILE DE GIRARDIN
Voilà deux ans bîenlAt qu'elle repose sous la dalle de marbre sculptée d'une simple croix eu relief, modeste tombeau qu'elle avait exigé dans ce cimetière Montmartre qui nous a déjà pris tant d'êtres chers ; et bien souvent, le premier tribut payé, aux jours mêmes du deuil, nous nous étions promis d'écrire quelque part, et plus au long, ce que nous savions d'elle^ mais nous avions reculé^ non sans remords, devant cette tâche douloureuse : notre cœur h peine cicatrisé craignait de voir se rouvrir sa blessure; car, lorsque la France déplorait la perte de la Muse , nous ne songions qu'à la perte de l'amie : cette mort a été pour nous un de ces coups auxquels l'âme ne s'accoutume pas , et nous ne pouvons encore passer près de la maison aux blanches colonnes sans que nos yeux ne deviennent humides.
Que de fois nous sommes revenu à deux ou trois heures du matin, avec Victor Hugo, Gabarrus et ce pauvre Théodore Chasseriau, au clair de lune ou à la pluie, de ce temple grec qu'habitait une Apolline non moins belle que TApollon antique! Libres soirées, intimités délicieuses, conversations étincelantes, dialogues du génie et de la beauté, banquet de Platon, dont les propos eussent dû être recueillis par une plume d'or, hélas ! vous ne vous renouvellerez plus : mais ceux qui ont été admis à ces charmantes fêtes de l'esprit ne les oublie-