LETTRE X
Le Sangtt d» rétoijaiM»* ••- Le tde» 4et iiéet .
Les grands plaisirs de cette semaine ont étC des fMflIfl
politiques. Geux4à sont nouveaux, n'est-ce pas? La «éaooa de nendi^i dernier à la chambre des députés était k ptm belle fête parlementaire qu'on puisse imaginer. Cette lutte généreuse et pleine de noblesse, ce beau langage de grands penseurs, a prouvé toute la différence qu'il y a entre V&ù^ queuce des idées et la facilité des paroles; entité la haute et la petite tribune. Il est beau d'enflammer ainsi totcte une assemtdée, et de se faire des admirateurs de ses etme^ mis« Cependant cela ne prouveratt-il pas au»i le danger de l'éloquence : deux hommes d'opinions si differenfes produire dans le même moment, sur une même assemtiée, le même eifet ! La vérité est^^Ue donc un être si fantasti-
que q[iie deux esprils, deux r. gards également consciencieux puissent la voir si différente i A-t-eile deux asi«cts, a-t-elle plusteurs noms, est-elle relative ou absolue; ou bien y a-t-il deux vérités? Nous le croirions asscz^ cela sendt si commode, et cela expliquerait si naturellement les étemelles querelles de ce monde; surtout les querelles de gens de bien, qui, selon nous, sont, de toutes les dii^cuS'' sions, les plus immorales et les plus décourageantes. Aussi nous pensons comme ce bon provincial qui, après avoir entendu Odilon B urot, disait, dans son enthousiasme : — C'est admirable! Ce sont là toutes mes idées; — et qui, après la réplique de M. Guizot, entraîné de môme, encbanté, mais n'osant dire la même chose : a Ce sont là toutes mes idées, » s'érjriait : — Eh ! ces deux hommeslà sont du même avis! — Quel mot charmant! lui seul peut vous donner une idée de l'éloquence de ces deut discours.
Mais les plus éloquentes phrases de la semaine ne valent fn oe «eui mot amnistie; voilà de quoi nourrir un long si* leooe: le ministère peut rester muet aprè«av<»r prononcé «e Biut4à. La jusûoe la plus sévère ne saurait réclamer. Deux années de prk»oii suffisent grandement à punir le erime des idées. Deux années ! c'est bien lon^I et quelles années, mon Dieu I les plus belles de notre sort, les plus fleuries» les plus fécondes; les condamnés politiques étaient presque tous des jeunes gens de vingt-deux à vingt-six ans; et passer sa vingt-cinquième année en prison, n'est-ce pas un ehagrin, un regret de tous les jours? celte année est si sacrée, il importante, si décisive, elle contient l'avenir! Les soins de la famille, les soucis, lesardeiirs de l'étude, voilà son passé, c'est k jeunesse dans toute sa force, dans toute sa grâce, dans toute sa poésie. Perdre cette aunce*là dans un
cachot, c'est avoir été prisonnier dix ans ; c'est avoir manqué la plus belle fête de la vie; c'est avoir subi une cruelle pénitence ! Oh ! nous ne dirons pas au gouvernement ce que lui disent quelques vieux Minos politiques^ qu'il est trop indulgent; nous lui dirons qu'il est généreux après avoir été stWère, et que sa clémence ressemble à celle des femmes, qui ne pardonnent jamais quaprès avoir puni.