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eette infortune, vous quittez une ^naÉrième fois le trottoir et vous continuez votre route. Un peu pke loin, yovs remontez sur le trottoir. Vous voyez venir à vous un v itiiw , a n porte sur son dos des ailes de lumière^» c'est-à^éte que les> rayons du soleil se jouent dans les gsanâes viÉras qu'il porte sur ses crochets. Gemme ses ailes ont une en^ vergure efifrayante, vous vous rangez un peu vera la dfoile pour le laisser passer sans les heurter; mais, en wp^t»chant de la nuuaiile, vous sentez deux pattes firoidea tpû vous repoussent : c'est un grand bœ«f tout saignaiil sn^ pendu devant l'étal d'un boucher. Yene vou» éloignez avec dégoût et vous marchez plus vite; tous fiâmes quelques pu assez heureux. Mais le vent s'est élevé : tout à coup la me entière disparaît devant vous. G'e^ que le magaisiu as n<ra» veautés vient de déployer toutes ses voiles. Les mousselnes à vingt-neuf sous l'aune s'enflent de tous côtés comme des ballons légers, les fichus à vingl-deux sous flottaot dans les airs comme des pavillons vainqueurs, les calior^s se sonlèvent, les toiles imprimées s'agitent, les foulards frémtse sent, les taffetas frissonnent, les gaaes transparentes vous caressent, les éeharpes d'azur vous enveloppent; vous vous croyez entraîné dans une ronde de sylphides, dans m ballet de bayadères; le vent redouble, les banderoles voq9 enlacent; vous êtes prisonnier : enfin un des commis du magasin a pitié de vous et vous délivre, et vous repartei en riant. Encore ému de ce dernier obstacle, vons ne pté* voyez pas qu'il puisse en survenir tout de siéteun nouveau, . et vous marchez avec hardiesse, et vous allez franchement donner de la tête contre un objet étrange dcmt vous êle9 longtemps avant de vous expliquer l'existence; un être itaoh mobile qui remue; un être vivant qui a l'air d'être en carton, qui tousse, qui renifle, qui soufOe, qui sort d'un rniv
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et qufe y reste; «ne enseigne animée» une apparition fantastique s'il en toi jamais : — Eh ! qu'est-ce donc? — c'est un commencement de cheval^ dont la fiki est arec vn caiiriolet aotts nne factice remise; c'est une demi-tête de cheyal qui ^eœ invite à employer tont le reste. Voyez plnttt sur la i^Fte : Caàrioktà vohnté. Un cocher désœuvré tous fait comprendre par nn agaçant coup de fouet cpi'H est à Yotre dispûfiitiott; alors» fatigué des dangers de votre course, Hmuyé de ne poufvoir rêver en liberté, vous vous élances ôana lecabridet bîenveifiant qui semble n'atten<lr& que vous ; vous rendez le mouvement au coursier inconvenant qui eut Tandace ée se trouver face à face, nez à ne» ou plutôt nez à naseau avec vous, et vous pardonnez à ce dernier obstacle» puce qu'il vo«s a délivré de tous les autres. Toilà ce que c'est qu'une promenade dans Paris; voilà pourquoi le pa&> saat n'existe (dus^ce passant qu'aimaient tant les poètes; car jadis ils disaient ; «Le passant verra sur ma toml)e,i> etc.; en disait afissi : « C'est à faire fmr les passants ; ça ferait rire ka passants. » Maintenant on ne parle phis ainsi, parce qu'il n'y a pins de passants^ il y a des voyctgeurs. On appèlte voyageurs tes gens qui montent dans les omnibas pour ayer de la Madeleine à la porte Saint-Denis, comme on appdk auteurs tes gens qui font un quart de vaudeville : cefa lient à ce qu'il n'y a phts de distance.
Le fait est qu'anjourdlmi te trottoir appartient à tout le mondes cacepté à cehii ^i en est le possesseur naturel, e^est-à-dire le piétoni; tes marchands de fruits Tencombrent de leurs paniers, les marchands de porcelaine Tenvabissent à demi par la plus ingénieuse des spéculations : vous ne pouvez passer près d'eux sans casser quelques flacons, quelques tasses ou quelques verres, et vous êtes forcé de payer ce que vous avez cassé; c'est une manière de vendre qui
en vaut bien une autre. Le chaland malgré lui est une des belles inventions de notre époque. Les commissionnaires ont une manière assez adroite d'attirer votre attention. Ils dorment sur le trottoir^ les bras étendus^ de sorte qu'on ne peut passer sans les heurter et sans tomber dans le ruisseau; on est si couvert de boue qu'on n'ose plus se montrer : alors ils vont vous chercher un fiacre. Les obstacles terrestres ne sont pas les seuls qui poursuivent le piéton; il y a encore la pluie des tapis : de neuf heures à midi^ la poussière des maisons tombe sur vous de chaque fenêtre. Heureux encore lorsque la poussière tombe seule! une de nos amies a reçu l'autre jour une paire de ciseaux sur son chapeau. C'étaient de fort jolis petits ciseaux anglais, que Ton cherche probablement dans tous les coins de la demeure^ sans se douter que, détachés par une secousse des franges du tapis, ils sont venus se planter dans un magnifique chapeau de paille d'Italie.
Ne pourrait-on pas faire secouer ses tapis dans la cour? Pourquoi faut-il que le piéton soit victime de tous les soins du ménage? pourquoi donc semez-vous sa route des débris de votre festin? pourquoi lui jetez- vous ainsi vos restes? pourquoi lui faut-il marcher sur les côtes de vos melons, sur les écailles de vos huîtres, sur votre salade méprisée? Que lui importe ce récit, ce menu vivant de votre repas? Laissez-lui l'espace, c'est tout ce qu'il vous demande; la rue est son empire, il y doit vivre en liberté. La rue est un chemin, ce n'est pas un asile; la rue appartient à ceux qui y passent, et non pas à ceux qui l'habitent.
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