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LETTRE XXIX

SI octobre ISST.

Classification. — Lm racas.^ Lw Wieai et toa sangoina. <- Les scnneaiy et les menés. — Les gens qui se lavent les mains et les gens qui ne se laTeat pas les mains. — Les hommts-chats et les hommea-duena.

GhaeuB de nous a fait son petit compte rendu de Vesgèct humaine; chacun de nous a bâti un système de division pour classer, selon leurs goûts, leurs vertus et leurs vicM^ les différentes brandies de la grande famille qu'on nomoi^ l'humanité. Les savants ont divisé les hommes par raeet : la race égyptienne, la raee grecque, la race slavonae, eic^ etc., etc., et ils ont signalé» dans chacune de ces races, des traits caractéristiques auxquels on reconnaît tout éa suite chacun de ses descendants; et cette profonde étude les guidé dans leurs rapports avec la société, dans le choix de leurs rdatîeiis ; m savant qui croit à sa seienee ne prendra jamm pour épouse une femme de telle race, ne prendrait jamais h ^m service un domestiipie appartenant à la race grecque, par exemple. Les Grecs, dirait*il, sont întelligeBli, mais Us mut voleurs et gourmands^ Par Grecs, i n'eafend pas les liabitants du Péloponèse, mais bien les gens construits de telle 011 tdk noiaiiièrey ayant telle imm de tête.

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Ui piedy iéâe main^ teUe mâchoire. Voleor et gotormand^ un Gtiee me mangerait tout mon sucre^ piaue le savant; et îk prend on domestique d'mie raûe plus estimée^ race moins hifeMigente, mais probe et d'une fidâité infaillible; «t œ domestique^ qu est un niais ^ lui laisse vder son argentétîe. Voilà où le eondtdt la «denee.

L/es médecins ont un autre système fonde sur leur art: Ils divisent l'Itumai^é par catégorie de tempéraments^ et ils vous dassent à la première vue; pour eux^ on n'est ai monsieur un tel^ ni madame une teUe^ ni un homme^ ni nane femme ^ on est un bilieux^ swguin^ nerveux ou lympiiaiique. Nous c(»maissons un habile docteur qui pousse ai lois cette manie de dénomination médicinale^ qu'M ne sTexpriroe jamais que de la sorte : oi II a de l'esprit ce jeune bUieux que j'ai vu hier chez vous. — C'est M. de X... ««• Ah!... J'ai beaucoup connu sa mère autrefois^ c'était une petite stmgtme bien aimable.» Si vous grondez devant lui ime femme de diambre paresseuse, il secoue la tête et dit tout bas : « Lymphatiquel » Si un bel enfant vient le cares- Ber, il l'embrasse en s'écriant : « Belle organisation^» nervo-sanguinl...» Ce qui nerempèche pas de traitw tous ses malades de la même manière, bilieux, lymphatiques ou nervo-sanguins, et de les tuer sans distinction avec la plus consciencieuse impartialité.

Les ph^osophes ont inventé tes classifications anorales, «i leur système s'applique plus particulièrement à l'état de aodété. Un homme fort spiritud nous disait, un jour, qu'à ses yeux, la race humaine était divisée en deux classes : les tn^netirs et les menés; ceux qui sont toujours les maîtres partout, et ceux qiû, au contraire, attendent l'impulsion d'un antre pour agir; les (Ajets et les reflets, les bergers etks moutohs, les OresteetlesPylade; et cet homme ajon^

lait : que l'art de gouverner, c'est-à-dire de choisir^ consistait tout entier dans Tapplication exacte de cette découverte. En effet, il est de certains emplois auxquels les menés seuls, conviennent; il en est d'autres que les meneurs peuvent seuls remplir. Il en est d'autres enfin que les meneurs doivent occuper p.endant un certain temps, mais qui doivent devenir ensuite la propriété des menés; d'atord les meneurs pour créer, pour organiser, pour donner le moument aux grandes choses, aux vastes entreprises; puis après eux les menés pour continuer l'œuvre en sous-ordre, pour maintenir avec précision la roue constante dans le chemin tracé. Les premiers ont le génie, le courage et la. volonté; les seconds ont la patience, qui est quelquefois plus que la force. Les uns ont Ténergie, les autres ont la mesure; chacun à sa place peut mettre de grandes qualités en valeur. Le secret est de bien choisir pour eux cette place. Ce qui cause tous nos désordres en France, c'est que les menés sont souvent à la place des meneurs, et que, conduits par des meneurs invisibles, ils agissent à leur insu dans l'intérêt de ceux-ci, et non dans l'intérêt de leur propre affaire. Peut-être aussi les menés sont-ils très-rares dans ce pays; alors on comprendra la difficulté qu'on y a de conduire toute une population de meneurs.

Une femme d'esprit, ou du moins une femme qui se croit une femme d'esprit, a trouvé, de son côté, une manière nouvelle de diviser la société, et d'expliquer ses bouleversements périodiques, par un classement ingénieux. 11 y a dans •le monde, dit-elle, deux grandes nations qui se font la guerre sans relâche, qui se haïssent et se méprisent, et qui se haïront et se mépriseront éternelleqient. Vous aurez beau faire des lois, donner des libertés, octroyer des chartes, supprimer les impôts, ces deux nations sef ont toujours

ennemies. Quels sont donc ces deux peuples à jamais, rivaux? les bons et les méchants? — Non. — Les grands et les petits? les riches et les pauvres? — Non. — Les forts et les faibles? les dupes et les fripons? — Non. — Ces deux peuples irréconciliables^ enfin quels sont-ils?...— Ceux qui se lavent les mains et ceux qui ne se lavent pas les mains I ' Toute la question est là.

. Depuis cinquante ans^ la politique de notre pays n'est autre chose que le combat sans cesse renaissant entre ces deux nations ennemies. Nous le répétons^ cette guerre ne. saurait finir : ceux qui ne se lavent pas les mains haïront toujours ceux qui se lavent les mains^ et ceux qui se lavent les mains mépriseront toujours ceux qui ne se lavent pas les mains. Jamais vous ne pourrez les réunir^ jamais ils ne pourront vivre ensemble, parce que, comme nous avons déjà eu l'honneur de vous le dire dernièrement, parce qu'il est une chose qu'on ne peut vaincre, c'est le dégoût; parce qu'il est une autre chose qu'on ne peut supporter, c'est, l'humiliation, et que dans cette grande querelle il y a dégoût pour les uns et humiliation pour les autres. Vous ne forcerez jamais un dandy à vivre auprès d'un chifTonnier; vous ne verrez jamais qu'une fenuue laide et envieuse aime à s'entourer de jolies femmes. Ainsi, vous ne verrez, jamais ceux qui se lavent les mains vivre en bonne intelligence avec ceux qui ne se lavent pas les mains. Ce système, singulière façon de classer les individus, semble au pre* mier abord une mauvaise plaisanterie ; mais quand on. l'examine, il parait moins absurde ; peut-être même qu'avec de l'esprit, il ne serait pas impossible de le soutemr sérieusement; mais cela ne nous regarde pas.

Voici maintenant une quatrième et dernière classification que le ballet nouveau nous a naturollement rappelée, et

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pMurbqndle nous avoi» cru devoir psrier ées tfoteatflNB. Û y a bien lo&gtemps que Yea a dassé les hcfinmes par rangs d'animaiiz. Chacan de noiis^ dit-o&, tieot d'une bête quekooque^ plus ou moins féroce ^ plus on moins iateMigente; nous avons lâiacim dans le lisage nn traH caraetéristique remarquableqni cormi^ond au trait earaotéristiqne d'un animal quelconque. Vous tenes de l'aigle^ monsiemr tient du chacal^ madame ressenÉile à mie fènine^ mademoiselle ressemble t un écmnulL Cette opinion est consacrée^ et beanconp de grasont le droit de la parfi^er ; mais mi de nos amts^ paortant de ce pilncîpe^ a posé la question d'une façon plus akK^oe; setoi Ini^ l'espëee Immalne «it composée de deux grandes rsces bien distinctes^ savoir : les GmEMS et les chats. Il ne prétend pas ^e paer Ht que nous vivions ensemble conune cbien el cbot; an contrat, il admet la sympathie ^itre les deux races :i!Hes sont différentes^ mais elles ne sont pas ennemies; fl s*explique de la sorte : L'individu appartenant à la race chien a toutes les qualités de cet animal^ la bonté^ le courage^ le dévouement, la fidélité et la frsmchise; mais il en a aussi les défauts, la crédulité, l'imprévoyance, la bonhomie, hélas! oui, la bonhomie!... car la bonhomie, qtd est une vertu de ooeur, est un défaut de caractère. L'homme-chien, proprement dit, est plein de qualités solides, mais en général Q manque d'adresse et de charme. L'homme-chicn est rarement séducteur; il est destiné aux emplois séiieui; sa vocation le porte aux états qui demandent du courage, de la ilraiichise, de la probité; l*homme-chien fait toujours un bon soldat; la race de l'homme-chien fournit les meilleurs maris et les meilleurs domestiques, les amis sincères, les bons camarades, les dupes sublimes, les héros, les poètes, les philanthropes, les notaires fidèles, les épiciers mo-^

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dSles^ les commissioimafares^ les porteurs d*eBXk, les eus* siers, les garçons de banque et les facteurs de la peade; eaoiàB, rhoiâine-cfaien choisit toujours de préféienœ les états ok 11 est possible de rester hmcLuête bonuae.

I/liomine^tiien «st chéri de tous ceiu qui le ^njoamsa^ mais là est rarement aimé; rhonume-diieu est né pour Taœitié; il est susceptilde de sentir vivement Tamour^ mais il n'esl pas né pour Tinspirer. L'homme-chien épouse pz€8fue toujours celle qui Ta séduit. L'homme-chien prête SÊûia argent à de jeunes auteurs de vaudeiniles qui Uii nefuseaaH des billets de spectacle; rhomme-chien a presque' toiiyours une femme coquette qu'il adore et des enfants in» grals qui le nûnent. Socrate^ R^ulus, le vertueux Galas oi Washhigton appartiennent à la race de Thomme-K^ien. ï/homme-chatt au contraire^ n'est jamais victime que dHpuM rase qui ne réussit pas. n ne possède aucune des qualités de rhomme-chien^ mais il a tous les profits de ces qpBàiHtés : il est «golste^ avare^ ambjitienx^ jsdoux et perfide» mais û est prudent^ mais il est adroit» mus il est coquet^ nnis il est gracieux, mais il est penuasif, mais il est doué dfiiitelllgence^ d'habileté et de séduction, tt possède Vexpé» fienee infose; il devine ce qu'il ignore, il comprend ce qu'on lui cache; il écarte, il absoièe par un instinct mer* veilleux tout ce qui peut lui nuke; llmmsie-chat ne dé* daigne que les vertus inutiles, il sait acquéiir toutes celles qui peuvent lui profiter* La race de l'hoaune^chat foumit les grands diplomates, les intendants, les... Mais non, il ne but offenser personne. Elle fournit presque tous les séducteurs et généralement tous les hommes quêtes femmes appel* lent perfides! Ulysse et Annibal, Périclès et le maréchal de Richelieu appartiennent à la race de Thomme-chat; noue iqji devons la plupart de nos hommes à la mode et plusieurs

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de nos hommes d'État, par exemple^ M. dé... Mais non^ il ne faut flatter personne.

' Ce n*est pas tout encore : cet ingénieux système admet toutes les nuances que l'éducation peut produire; ainsi un homme-chien^ soigneusement élevé parmi les hommeschats^ peut^ à force d'étude et de persévérance^ acquérir quelques-uns des utiles défauts de ses maîtres et perdre quelques-unes de ses qualités pernicieuses; il deviendra défiant et se fera moins généreux : il apprendra à dissimu* ler^ à calculer; il conservera sa bonté naturelle^ mais il saura repousser avec adresse ceux qui voudraient en abu» ser; il se formera le cœur et l'esprit^ c'est-à-dire qu'il sera dévoué avec mesure^ et consciencieux sans sacriGce; enfin il acquerra plusieurs mauvais sentimenls qui le perfection-? neront. L'homme-chien élevé parmi les cbats^ Tbommechien élevé... en Normandie^ donne une superbe qualité de préfets^ de banquiers^ de manufacturiers et de. grands industriels; ce sont des hommes d*honneur qui connaissent le monde^ qui ne sont jamais dupes et jamais fripons; ce |

sont enfin des hommes honnêtement habiles ; ils sont séduisants^ car ils ont acquis l'élégance des manières et la coquetterie du langage; ils savent plaire^ parce. qu'ils savent ce qui déplaît; ils sont à la fois sincères et flatteurs^ nalb et déOants^ gracieux et bourrus; ils ont ce qu'on appelle de l'originalité; ils sont aimables et sont souvent fort aimés. Mais la plus précieuse de toutes les espèces^ la nuance par excellence^ le plus admirable des résultats^ c'est le caractère de l'homme-chat élevé parmi de nobles chiens; l'homme-chat^ élevé, par exemple... en Bretagne! Cest là l'être irrésistible, Thomme supérieur, l'esprit modèle, le véritable type de la perfection; il conserve toutes ses qualités naturelles qui sont indestructibles : il conserve son

adresse^ sa profonde intelligence^ son instinct infaillible^ sa grâce^ sa souplesse^ sa douceur^ safinesse^ et il acquiert toivtes les vertus de ses maîtres^ car les vertus peuvent s'acquérir par la volonté. Nos qualités nous viennent de la nature, mais nos vertus sont le fruit de notre éducation ; un enfant avare, si on lui fait honte de son avarice, peut devenir généreux; un poltron peut avenir brave; un égoïste même peut devenir bienfaiteur par orgueil; mais un homme gauche est toujours maladroit, mais un paresseux est toujoiu's inutile. L'homme-chat, parmi les chiens, acquiert donc la noblesse qui lui manque, la générosité, la franchise; il exagère même toutes ces conquêtes, parce qu'il est difficile de garder une juste mesure dans les vertus contre nature; Thomme-chat converti est bien plus généreux que les hommes-chiens; il va plus loin que tout le monde, iloomble de bienfaits ses ennemis; il a si grand peur d'être égoïste, qu'il s'oublie volontairement dans tous ses calculs; il choisit toujours pour sa part la plus mauvaise. Il se défie de sa nature qui est perfide, et il la combat par des efiforls sublimes de dévcJtie m e nt ^t 4 e loyauté; il lutte sans cesse avec elle, et de ce combat viennent toute sa valeur, tout son charme. Les deux plus grandes puissances de séduction sont le danger et le mystère, n'est-ce pas? Eh bien, ces. deux forces d'attraction lui appartiennent. Pourquoi les personnes fausses ont-elles tant de charme? C'est que l'on est attiré vers elles par le danger et le mystère : tout le secret de leur empire est là; on a vaguement peur d'elles, c'est le danger; elles vous trompent, c'est le mystère; mais une fois qu'on les a devinées, la misère de leur cœur apparaît et Ton se désenchante d'elles; tandis que de Thomme-chat on ne se désenchante Jamais : sa nature est perfide, voilà le danger; il vous cache

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ses mauvaises pensées, voflà le mystère; maïs il en trfom» ^ pbe toujourj* et vous restez toujours son ami. Il vous domine enfin par les deitxt»lus vives émotions: Tadmiratiôn etb crainte. Bonaparte était un hoi^me-chat élevé par des hommes^hiens; c'était un Corse qui, au lieu de rêver la « vengeance, avait rêvé lagloire.

Tout ceci est une' mêthière un peu longue de vous dire que le rfle de la Chatte métamorphosée en femme ne convient pas du tout à mademoiselle Elssler.

Ah l voici les chasseurs qui revienneot de Versailles. La chasse de l'Union a été belle ce matin; une superbe biche Hanche a été lancée. Elle a fui noUement m véritaUe hôte des bois; elle n'a point fait comme ce mauvais teoturS^de convention qu'on avait emmené l'autre jour et' qui a troublé toute la fête. On disait que plusieurs chasseurs étalent tombés de cheval, c'est une erreur; c'est le même chasseur : qui est tombé cinq fois; du reste, il n'est arrivé aucun fltt/ dieut' accident, si ce n'est la mort de la hkjbi^ jpie sa légèreté et la phllanthropj^ |Bj£a chasseurs n'ont pu sauver de la fureur Hes chiens. On annonce une gtande chasse au cerf pour mardi, et nous venons d'entendre plusieurs de nos élégantes se donner rendez-vous à la croix de Bemy.

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