LETTRE XXI
27 octobre 1837.
loafnidenee. — Fxtoe â« CoBttaatiôit. .— JacgaeBDO,
Nous avons commis l'autre jour une grandeimprudence dont nous sentons maintenant tout le danger : diviser le monde m hommes-chiens et en hommes-chats, c'était une
^aisanierifi comme une autre; elle a été assez bien prise; et c'était plaisir de voir Tempressement des hommea-chats à se reoonnfldire humblement hommes-ehiens^ tandis qa'xxa bon gros homme-chien disait tout bas avec finesse : « J'ai bien peur d'être dans les chats.» Cette division, nousoattui le dire^ a obtenu quelque succès. Celle des menés et des mtmeurs, qui était une idée sérieuse, ^qpioc nous appaiw tenait pas, a été fort bien comprise aussi, parce qu'elle u'oJEtensait personne, et que d'ailleurs chacun pouvait se dire dans les meneurs. La faiblesse de l'esprit est pleine de rase; elle se donne toute sorte de faux noms q^i la déguisent ; elle ressemble toujours à une espèce de force ; l'eatêtemeni, par exemple, qui est une faiblesse de première qualité, l'entêtement se nomme, pour «eux 4iui en sont doués, fermeté d'opinion; l'indécision se nomme prudence; la bdtise se nomme constance dans les idées, et la paresse farce d'inertie; la faiblesse d'esprit peut se faire &\uàoa sur elle-même, voyez plutôt les esprits forls^ aussi les gens bibles ne nous en ont pas voulu de déclarer qu'il j avait . d iftng ce monde des hommes faibles qpi se laissaient mener par d'autres hommes, parce que, dans cette catégorie. Us ne se sont point reconnus^ Mais le moyeti de tromper mhx qui se se lavent pas les mains! comment kuraîeal^ pu se foire illusion? On peut se croire bon quand on est méchant, on peut se croire sfÀrituel quaad on est JdMt, on |ieut se croire charmant quand on est laid, mais oa ne peut pas se figurer qu'on se lave les mains quand oa ne te lave pas les mains; Teau est là pour vous démenliff : l'erreur est impossible ; un flatteur même ne vous persuaderait pas; des milliers de courtisans auraient beau vanter chaque matin un prince sur la manière gracieuse dont ilee lave les mams, qu'ils ne parviendraient pas à la flatter, si le
prince ne se lavait pas les mains. Et voilà l'imprudence impardonnable que nous avons commise de lancer un trait si terrible, et qui allait si droit au but ; et voilà maintenant que nous avons pour ennemis tous les êtres <][ui ne se lavent pas les mains I C'est eifrayant.
Mais nous oublions que le lecteur n'aime pas nos réflexions; les commentaires le fatiguent; il lui faut de petites pbrases légères, des périodes écourtées, un commérage rapide, un style sautillant, des niaiseries vivaces, des mensonges courants; nos idées particulières intéressent peu^ et il a raison; ce qu'il veut savoir, c'est ce qui se passe et même ce qui ne se passe point à Paris.
Nous lui dirons alors que la grande nouvelle de cette semaine a produit ici peu d'effet; eUe était bonne, cela se comprend : une heureuse nouvelle aurait fait ravage; mais une mauvaise nouvelle trouve les échos moins sonores. C'est à qui en éteindra le son. 11 est à remarquer que ces grands patriotes, qui s'embrassent avec effusion, qui font «sauter en l'air leurs vieux chapeaux en signe d'enthousiasme lorsqu'une loi est rejetée à la Chambre, restent froids et muets lorsqu'une victoire de nos armes est proclamée. L'un d'eux 'disait l'autre jour, en apprenant la prise de Constantin'e : et C'est bien heureux pour le ministère î » Pour le ministère ! n'est-ce pas pitié? et le pays, messieurs, le comptez-vous pour rien? Ne voir dans un triomphe national qu'une petite question de cabinet! Ces .pauvres patriotes ont du malheur; nos victoires ne sont jamais pour eux que des contrariétés politiques; le destin fait qu'ils ne peuvent jamais se réjouir des succès de leurs compatriotes et de la gloire de leur patrie.
Pai-doii, lecteur; ce paragraphe est bien long; désormais : nous serons bref.
Les petits journaux font déjà toutes sortes de généreuses épigrarames contre le duc de Nemours, parce qu'il s'est fort bien conduit au siège de Constantiné. C'est toujours de l'esprit français.
Dans ce moment, le plus vif intérêt de la capitale, c'est le chînipansé, ou plulôt.la chimpansée qui est au jardin des Plantes. Rien de plus charmant que cette intéressante créature. On l'a nommée Jacqueline^en souvenir de Jack : quelle attention pleine de délicatesSp^ Ombre de Jack, ombre empaillée, réjouis-toi I tu es remplacé, Jack, mais tu ne peux être oublié jamais!... Jacqueline, que le capitaine Bullmer avait nommée to vieille ,peut-êlre aussi en souvenir de quelque amie, Jacqueline est une petite brune fort piquante, âgée de quinze mois environ : ses cheveux sont noirs comme le visage des habitants de son pays; sa patrie est l'Afrique, vaste patrie! Jack était Indien, et ses cheveux étaient rouges comme la figure des -habitants de son pays. Là-dessus graves réflexions de la part des savants : tel pays produit des hommes noirs 6t des singes noirs; tel autre produit des hommes rouges et des singes rouges : donc les singes sont des honmies, et les hommes«6ont des singes. Savants, vous pourriez bien avoir raison.
Jacqueline parle : elle a dans la voix quatre sons bien distincts pour exprimer la joie, la douleur, la tendresse et la haine. Les savants ont découvert cela; il nous semble que tous les animaux ont ce langage.
Jacqueline a pour compagnons les enfants de son gardien et une chienne nommée Corinne. Nous avons demandé d'où venait ce grand nom de Corinne donné à un quadrupède; on nous a dit que cette créature extraordinaire avait cinq pattes; cela ne nous a point paru une explication satisfaisante, mais les savants sont habiles à trouver des I. 15
rapports entre les clioses les plus diiFetses. Demandez -à un botaniste un renseignanent «or «ne belle plante qui a de larges feuilles et de grosses fleurs jaunes^ il vous répondra qu'elle est de la famille de cette autre petite plante qui a des feoittes longues ^ de toutes petites fleurs lileues ; il est tiès-possiUe ({u'un savant vous dise pourquoi une dilenne qui IL cinq pattes s'appelle Oormne.
Jacqueline fait toutes les grimaces et toutes ks singeries que faisait Jack : elle ouvre la porte, e^ regarde par le trou de la serrure, elle mange avec une ci^er, eOe bôft dans un verre comme lui; mais de plus eHe savonne^ et quand elle est enrhumœ, elle prend son iHO!i!^K)ir, dont elle se sert avec beaucoup de grâoe. Ge n^est pas une plai* sauterie, c'est très^-vrai. fSfle est d'un catftc^re très-gai, elle rit tout à coup conEune une petite fcHe. On crottmênm que si elle pouvait ps^ler, elle aurait le propos asseï léger. L'autre jour elle a deBBîaé,et nous vienons de voir un des* sin d'elle qui n'est vraiment pas trop iaid ; sérieusemefit nous ne ferions pas mieux, mais cda tient petit-être à nous. Ce dessin re{Nré6ttite des ronds, des zigeags. Ge n'est fn an profil, ni un pajsage; ce sont des plans dTarchitectare, des études d'ornements. 11 n'est pas un enfi^ de six ans qtd ne dessine {dus mal. Jacqueline ayant vu l'artiste qui travaille près d'elle porter son crayon à ses lèvres, a votQa l'imiter; mais, au Ueu de mouiller légèrement le bout da crayon, elle l'a mangé, alors le crayon n'a plus mu^ que : Jacqueline paraissait fort surprise; ëist regai^ait le jeune homme» eMe regardait le papier, <^ regardait le bout du crayon. Soa impatience âait risible; enfin on lui a donné un autre crayon, et ele siest remise à l'ouvrage, son grand plaisir est de jouer ec9ec un gant^^le ne distingue pas encore très-bi^ le gant de, ia main ôioiie
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de celui de la main gauche^ mais c'est bien difficile aussi.
Jacqueline est au -secrset; peu de personnes sont admises à l'honneur de lui faire leur cour. Les méchants prétendent qoe nos savants sont dupes d'une mystification ; que Jacqueline est tout bonnement une vieille fille de province qui, ennuyée de sa vie. retirée, et séduite par toutes les merveilles que Ton raconte du palais des singes, a voulu Tenir passer qucflqiie iemps à Paris et obtenir un logement gratis au jardin des Plantes. Cette version commence à s'accréditer.
A propos de palais, on parle avec enthousiasme du palais de GenstMitine; on OMnrait lentendre une description des MiUe et une Nvitê,
iBs boolevMPds sont manttenant éclairés au gaz dans toiiie leur étendue, depuis «la Ifoddeine jusqu'à la Bastille. C'est adguraMe! Cet fAvet on y verra mieux la nuit que'
On travaille toujours avec activité aux enllaidisséments de la place de la Concorde. Les confiseurs français se hâtent, et le BiagDâfti|ue surtout sera hientdt terminé; les quatre fossiates montées qui le décorent sont confiées à nos peemiecs artiiAes, Berthellemot , Achard, Bonney et La FcOie.
Uszt est à Mflaii, 'ob. R obtient, tKt-qn, et peut-être ditil^ les plus grands succès en tous genres.
Usas voici une nouvelle qu'on tiousTapporte de l'Opéra : Horace Vemet a^diné %i«r à Trianon; a est parti ce matin pour éXkx à Constanftine prondre sur les lieux mêmes le dessia tdss deux *taMe«uxiiue le roi lui a commandes.