‹ Lettres parisiennes (volume 4)Chapitre 15 sur 31 · LETTRE XXIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXIII

3 novembre 1837.

Nouvelle colère. — Le vrai savant el le faux savant. — Symptômes.

— Chasses de V Union.

Oh ! cela devient grave. Serons-nous de force à lutter contre tant de monde? déjà nous avons pour ennemies toutes les personnes qui ne se lavent pas les mains en France, et maintenant voilà que tout le corps des savants se fâche contre nous ! Et pourquoi , s'il vous plait? Parce que nous avons hasardé quelques innocentes plaisanteries au sujet de mademoiselle Jacqueline, leur fille chérie, leur trésor, leur idole! Eh bien ! était-ce un crime, et n'était-ce pas notre droit?... 11 nous semble que s'il est permis de rire de quelqu'un, c'est d'un semblable personnage: en vérité, si l'on se met à révérer les singes, on ne sait plus où s'arrêtera le respect.

Les savants prétendent aussi que nous avons parlé d'eux légèrement : nous comprenons leur colère , c'est une méchanceté qu'ils ne peuvent pas nous rendre; les savants ne parlent de rien légèrement, c'est là ce qui constitue la science. Mais entendons-nous, il y a savant et savant; il ne faut pas confondre le vrai savant avec le faux savant; le vrai savant est noble et bon, comme tout homme doué d'une grande passion ; la science est pour lui une amante, il ne voit qu'elle au monde, il vit pour elle, il lui a dédié sa pensée , il en est jaloux ,

et, loin de l'irriter, vous le rassurez en blasphémant contre elle , parce que vous lui prouvez que vous n'êtes pas un rival ; le vrai savant traite les ignorants comme des enfants, dont la gaieté ne peut offenser ; il supporte leur ironie avec douceur, parce qu'elle vient de leur faiblesse ; et de même qu'on dit à un enfant : a Quand tu seras grand , tu comprendras cela et tu ne t'en moqueras plus, » de même il dit aux ignorants : « Quand vous saurez, vous ne rirez plus ; quand ma découverte aura fait le tour du monde , vous m'admirerez. » Il est patient, parce qu'il travaille pour l'avenir; il sait le temps qu'il faut à la semence pour germer ; il n'est point susceptible ni vindicatif, il a trop d'orgueil pour cela; il supporte bravement les épigrammes du vulgaire, qui lui semblent parfois un hommage, car il a vu que dans les plus nobles choses il y avait de la gloire à n'être pas compris. Le vrai savant est un homme de génie , c'est pourquoi il est simple, naïf, plein de bonhomie et de franchise.

Hélas ! il n'en est pas de même du faux savant : comme il n'a que de petites passions, il n'a aussi que de petites idées; il se ftiche avant qu'on ne l'attaque , il est envieux avant le succès ; il est sans cesse sur ses gardes ; il sait bien que sa réputation est usurpée , et il est toujours inquiet comme un voleur qui a peur de voir son crime découvert. Il ressemble aussi à ce qu'étaient autrefois les acquéreurs de biens nationaux y qui tremblaient toujours de voir revenir les anciens propriétaires de leurs domaines. Le vrai savant travaille nuit et jour assidûment; le faux savant, au contraire, a de longues heures d'oisiveté, car il attend pour travailler un peu les découvertes du vrai savant; il les exploite, et il passe sa

— 20 ( — vie à les l'aire valoir à son profit. Il n'a de la seience que l'orgueil, et, comme tous les usurpateurs, il n'est préoccupé que du soin de se faire des droits ; il intrigue pour toutes les places, il aspire à toutes les dignités, il assiège toutes les sinécures; il n'a pas de repos qu'il n'ait obtenu la croix , et quand il l'a reçue, comme il n'a pu l'obtenir en qualité d'officier de marine, de diplomate, d'industriel, de peintre, de musicien, de poëte, ni même de danseur à l'Opéra, il est fondé à dire qu'il l'a méritée comme savant; et cela lui sert à se prouver à lui-même qu'il est un savant. Il a besoin souvent qu'on le lui rappelle. Le faux savant ne se fait aucune illusion sur lui-même , et c'est là son malheur, c'est ce qui le rend si méchant; c'est qu'il est une plaie profonde que la vanité même ne peut nous cacher : notre misère, et l'ignorance est la misère de l'esprit.

En cela le faux savant est véritablement à plaindre. Le pauvre homme, il est défiant et timide, il n'ose faire un seul pas; voulez-vous le reconnaître tout de suite? Rien n'est plus facile ; vous n'avez qu'à lui parler d'une découverte nouvelle, il se trahira soudain par son incrédulité; regardez-le, il est au supplice, son visage se contracte d'impatience, tandis que celui du vrai savant s'épanouit : celui-ci écoute et réfléchit , l'autre se hâte d'abord de nier, afin de ne pas même écouter : le vrai savant recueille les idées nouvelles, en attendant qu'il puisse les accueillir ; le faux savant ne songe qu'à les combattre, il les maudit, il les étouffe. 11 a raison, elles le menacent ; chacune d'elles met son savoir en question, chacune d'elles peut amener l'heure qui dévoilera son ignorance, ce grand crime que depuis tant d'années

— 20;) — il cache avec tant de soins; chaque homme ingénieux qui jette par la science une clarté au monde le remplit d'épouvante, et, comme nous l'avons déjà dit , lui fait l'effet d'un procureur-général qui va commencer ses poursuites.

Heureusement, les faux savants sont rares au Jardindes-Plantes, et nous n'aurions pas peur d'eux, s'ils étaient seuls à nous menacer; mais, nous l'avouons, ils ont là des auxiliaires dont la participation nous inquiète. Depuis huit jours, dit-on, les savants excitent les animaux contre nous; c'est abuser de leur position. Par toutes sortes de calomnies , on a cherché à nous nuire dans l'esprit des bétes féroces : on a dit aux ours que nous n'aimions que les belles manières, et ils s'apprêtent à nous recevoir rudement; on a persuadé au tigre que nous déchirons tout le monde, il est envieux , il nous hait; l'éléphant est tout rempli de préventions contre nous; enfin on est allé jusqu'à dire au lion (jue nous avions dit de lui qu'il n'était qu'un caniche exagéré; il est furieux, et le gardien a reçu l'ordre de nous laisser entrer dans sa loge par faveur ! Nous prions donc le lecteur de nous pardonner si nous ne faisons pas samedi prochain le Courrier de Paris ; nous aurons été dévoré. Cela sera notre excuse.

Ce n'est pas tout : chaque jour voit s'augnienter le nombredenos ennemis; les élégants chasseurs de /Tn/o/*, se révoltent aussi contre nos innocentes et mauvaises })la isanteries; ils nous accusent de nuire à leurs plaisirs, et s'ils pouvaient, ils exciteraient de même leurs animaux contre nous : par malheur, ces animaux sont re])elics; on a de la peine à les dresser, et pendant longtemps encore nous serons à l'abri de leur malveillance. Tou-

tefois la chasse de mardi dernier a été très-heureuse : un cerf a été lancé, et il a fui avec vitesse; il a tenu pendant deux heures et demie : c'était la première fois; aussi disons-nous que lâchasse a été hrillante, parce que c'est une vérité. Soyez de bonne foi , messieurs : quand le cerf, au lieu de fuir à travers la campagne, poursuivi par les chiens, se retourne et se bat avec eux, comme im brave àne à la barrière du Combat, pouvons-nous dire : «La chasse a été heureuse? » Non, cela n'est pas possible en conscience; tout ce que nous pouvons faire, c'est de dire : « Le combat a été très-intéressant. » Quand le cerf, après deux ou trois bonds légers, va se baigner dans un étang, et qu'il y nage deux ou trois heures, pendant que les chasseurs se promènent à cheval autour de l'eau ; quand on se voit forcé de pêcher le gibier à la ligne ou de le ramener dans un filet au rivage, pouvons-nous dire : « La chasse a été brillante?» En conscience, cela ne se peut pas ; tout ce qu'il nous est permis de dire avec enthousiasme, c'est que (( la pêche a été des plus heureuses ; » parce qu'en effet, dans tous les pays, c'est un coup de filet admirable que celui qui ramène sur la plage un cerf dix cors!

Les fêtes de V Union, comme tous les autres plaisirs de Paris, n'auront donc de nous que la vérité; nous rendrons justice à l'habileté des chasseurs, à leur bonne grâce, à leur élégance; nous leur dirons qu'ils montent à cheval à merveille, qu'ils tirent fort bien au pistolet, qu'ils sont très-adroits à l'épée, et que même plusieurs d'entre eux sont gens de beaucoup d'esprit , ce qui est un grand luxe à la chasse; que leurs habits rouges sont très-bien faits, et que leurs chevaux sont admirables. Mais nous leur dirons aussi que leurs renards, leurs bi-

ches et leurs cerfs sont très-mal dressés, et (lue loisqu'un animal après lequel on court n'a plus le mérite d'être sauvage, il faut au moins qu'il ait celui d'être bien élevé.

Vérité, déesse implacable, que tu nous causes de chagrins ! Pourquoi faut-il que nous ayons choisi tes autels déserts! Dès l'aube jusqu'au soir, tu nous condamnes à déplaire; tu fais de nous un être odieux aux mortels; notre nom est maudit par tous ceux que ta clarté réveille; ton flambeau dans nos mains est un signal d'effroi. Ah! 'reprends-le, cruelle, ce fatal flambeau! ou bien fais-le servir à nous défendre ; qu'il brille sur notre pensée, et qu'il la rende lumineuse; qu'il fasse comprendre à ceux que nous affligeons que c'est ta force qui nous entraine , que nulle malveillance , que nulle misérable envie ne nous guide , que nous ne marchons qu'à ta voix, que toi seule es responsable de nos paroles, que tous nos arrêts viennent de toi. Nous t'implorons, 6 déesse loyale! fais briller sur nous la lumière, et que la lumière nous justifie!

Mais le moyen d'être compris lorsqu'on parle au nom de la vérité? Si nous faisons l'éloge de quelqu'un : — Ah! nous dit -on, M. un tel est donc votre ami? — Non, Je ne le connais pas. Si nous hasardons une critique : — Ah! dit-on, vous en voulez donc bien à cette personnelà? — Moi! au contraire, je lui trouve beaucoup de talent. — Eh bien ! vous avez dit que son dernier ouvrage était mauvais; pourquoi cela? — Parce que j'ai trouvé (|ue son dernier ouvrage était mauvais. — D'autres personnes disent : — On ne peut vraiment pas compter sur le vicomte de l.aunay. Tantôt il vous loue, tantôt il vous blâme; on ne sait jamais s'il est pour vous ou

contre vous... — Nous allons vous le dire : il n'est ni pour vous ni contre vous; il approuve ce qui est bien, il blâme ce qui est inal , sans s'inquiéter du plaisir ou du chagrin que cela peut vous faire. Mais, dans ce pays de camaraderie et de coterie, l'indépendance est un scandale, la justice une monstruosité; un homme qui n'a pas de préventions a l'air d'un sot qui n'a pas d'opinions. Si vous critiquez une chose, vous n'avez d'excuse que par la malveillance. Si l'on vous connaît quelque raison de haïr la personne que vous blâmez , on vous comprend tout de suite, et elle-même n'a garde de se fâcher ; elle sait que vous êtes placé de manière à voir en mal tout ce qu'elle fait; elle regarderait même votre admiration comme une marque de mépris qu'elle ne mérite pas; les violents outrages de la calomnie l'irritent moins que les éloges froids de l'impartialité. On s'écrie depuis des siècles : « Est-il rien de plus révoltant que l'injustice? » Nous répondrons : « Oui, il y a quelque chose de plus révoltant , c'est la justice I » elle indigne tout le monde également : d'abord les ennemis de celui que vous vantez, qui ne vous pardonnent pas d'admirer ce qu'ils détestent, et puis les amis qui trou vent que vous n'en dites jamais assez. Ah ! c'est une rude tâche que la nôtre ! Heureusement nous avons les ridicules de tous pour nous amuser; et dans nos jours de colère, nous nous désarmons nous-méme en riant.

LhriTUE XXIV.

<7 novembre 1857.

I.ii poésie et la gaieté Itançaise retrouvées dans les élections. — i\l. Arago. — M. de Lamartine. — L'astronome el le poêle. — Bons mots el naïvetés

Plus de poésie I s'écrie-t-on chaque jour ; notre vie est bourgeoise, nos mœurs sont bourgeoises, nos plaisirs sont bourgeois, nos ennuis, surtout, sont bourgeois. La poésie a disparu de notre belle France ; les poètes qui la cherchent ne savent plus eux-mêmes ce qu'elle est devenue. Eh bien ! la voici ; elle est enfin retrouvée , plus merveilleuse et plus brillante que jamais. La voilà; ne la reconnaissez-vous pas? — Où donc la voyez-vous? dans le rapport du général Voilée, sur l'expédition de (^onstantine? — Non ; ceci est de Thistoire, et c'est bien mieux. — Dans la lettre de M. Viennet au journal le Temps? — Non ; la lettre du poëte de Philippe-Auguste est une satire, une satire très-amusante, mais ce n'est point de la poésie. — Expliquez-vous, alors; où donc avez-vous retrouvé la poésie? — Où jamais elle n'avait paru encore, mais où elle s'est montrée dans tout son éclat et avec tous ses charmes , dans les élections ! — Vous voulez rire. — Non, vraiment, nous le prouverons : no\is n'imaginons rien de plus poétique que la journée des élections, cette année. Nous ne parlons pas des angoisses de l'ambition, des intrigues delà haine, (les irritations de l'envie : oh! pour nous la poésie n'est point dans les passions humaines, c'est du drame ceci,

et le drame habite le monde; pour nous, la pure et sainte poésie est dans la nature ; et jamais nous n'aurions imaginé que la nature pût prendre une part officielle dans les élections d'un pays. Mais vous l'avez vu, cette année, tous les éléments ont voté; l'AiRet la TEERE, I'eau et le FEU ; le fils de Tatr, le candidat céleste, a été choisi deux fois, dans son pays natal et dans la grande cité; son nom glorieux, écrit par les étoiles sur l'aile des nuages, a couru du sud au nord et du nord au midi; non loin de nous, la tekre en tremblant a fait connaître sa pensée : une tour corruptrice cachait la vérité aux électeurs séduits; pour elle ils allaient peut-être s'engager ; leur conscience, ébranlée comme elle, allait se perdre pour la sauver.... la teriie en a frémi ; son sein a palpité, et d'un battement de son cœur elle a renversé la tour adulatrice, et l'électeur artiste, un moment égaré, est redevenu libre. Le feu, toujours malin, et même un peu follet, s'est amusé à rendre impossible les élections de Ploermel; enfin, l'OcÉAN, legrand Océan lui-même, Neptune n'a pas craint d'opposer son vieux trident au candidat du ministère. Tel jadis immobile il enchaînait au rivage la flotte d'Agamemnon, tel aujourd'hui agité (il y a des poëtes qui sérieusement font des comparaisons comme celle-là) il enferme dans une île les électeurs d'Hennebon. C'est Neptune en courroux qui vote sur les tlots, et Neptune est un électeur très-influent. Heureux le député qui avait pour lui la grande voix de l'Océan ! Quel suffrage!... Et vous ne trouvez pas que tout cela soit de la poésie! Mais ce n'est rien encore : trois collèges inspirés ont dépassé en poésie l'air, la terre, l'eau et le feu ; ils ont choisi pour les représenter la poésie elle-

même ; le prince des poètes, le prophète du bon avenir, V homme-pensée qui plane au-dessus des haines, qui suit d'un œil cahue la lutte des partis , qui vit d'espoir et de croyance ; qui habite sur la montagne, seul avec la vérité; car cette belle vérité, dont nous vous parlions l'autre jour, n'est point recluse au fond d'un puits , comme le prétend la fable , et c'est une grave erreur de l'antiquité que d'avoir choisi pour une fille des cieux une demeure souterraine; la vérité habite la montagne : pour voir vrai il faut regarder d'en haut ; pour juger le monde, il faut se placer au-dessus de lui. Oui, c'est un présage heureux pour l'avenir politique de la France que de voir le plus beau triomphe électoral de Tannée obtenu par un homme supérieur qui n'appartient à aucun parti, ou plutôt par le représentant de ce quatrième parti puissant déjà, mais encore sans drapeau, et que nous appellerons provisoirement le parti desi^aysanSy c'est-à-dire les hommes du pays. Lamartine, le chantre de Jéhova, nommé à l'unanimité, élu trois fois. Arago, l'historien des astres , nommé deux fois. Vous le voyez bien, la poésie s'est réfugiée dans les collèges électoraux.

On disait aussi : qu'est devenue l'aimable gaieté française, cette joyeuseté charmante qui faisait les délices de nos pères? qu'est devenu l'enfant malin nommé Vaudeville? Nous sommes aujourd'hui de graves politiques, nous ne savons plus rire, nous sommes sentencieux et pédants; le bon temps des mystificateurs est passé, le métier de plaisant est perdu, le jeu de mots s'éteint, le calembour se meurt, la facétie est chose que l'on ne comprend plus; et l'on répétait encore : qu'est devenue la gaieté française? — Kh bien ! la voilà

aussi rc'li'cHivt'i' ; t'Ile s Csl rérui^icc, auprès de la poésie , dans les collèges électoraux. Tel père de famille, chez lui maussade et boudeur, fait taire sa femme quand elle chante et gronde ses enfants quand ils jouent, devient tout à coup guilleret et malin à l'aspect de l'urne électorale; sa finesse se réveille, l'esprit français se ranime en lui; sa gaieté naturelle lui est soudain rendue: homme, il était triste; électeur, il devient joyeux. T.a vue (les secrétaires du bureau lui inspire un rire invincible; il se tient les côtes en regardant le président; il se sent

plein d'esprit; il n'est embarrassé que d'une chose

— De choisir un candidat? — INonpas... de choisir parmi tous les bons mots qui lui viennent à la pensée celui qui devra paraître le plus plaisant. Si l'on vote pour deux Jacques, il brûle de mettre sur son bulletin Jean-Jean; mais il hésite, car il voudrait bien dire aussi quelque chose d'agréable, comme cela, par exemple : Je donne ma voix à Ruhini , à condition qu'il me fera entendre la sienne. Ce bulletin aurait tant d'originalité! Il mettrait bien encore : Bordeauœ-Laffitte. (Test Joli, mais il craint qu'un autre n'ait eu la même idée, et il veut avant tout se distinguer. Enfin l'heure s'avance, son tour vient, il se décide, etil met : Ni Van niCautre. Et puis il se désole, car il découvre que l'idée n'est pas de lui : il se rappelle une vieille gravure ({ue l'on vendait jadis sur les boulevards, et qui représentait une jeune femme courtisée par deux vieillards, et leur disant avec le plus malin sourire ; « Mi l'un, ni l'autre, et il se repent sérieusement de n'avoir pas mis: « Je donne ma voix à Rubini. » Le vote facétieux, le bulletin plaisant, est une nouveauté qui a jeté un grand charme sur les élections de 1«37. Et ces bulletins mé-

morables : F/ourens et Viennet; Jacques pour Jacques, f aime mieux Jean; et surtout celui-ci : Jobard ^ quand il n'y a pas de grives, on mange des merles, méritent d'être consignés dans les annales électorales, comme une preuve de la grâce et de la gentillesse que le Français léger et malin sait apporter dans les choses les plus arides.

A propos d'élections on racontait hier qu'un électeur consciencieux ayant demandé naïvement à ses confrères ce que c'était que les lois de septembre, et personne n'ayant pu lui donner d'explication, un plaisant lui avait répondu : « Les lois de septembre sont le fruit des pensées d'août. » Cette définition, assurait-on, avait satisfait tous les esprits.

On parle aussi d'un autre électeur qui aurait interpellé un candidat au sujet des forts détachés, et qui, voyant l'explosion de rire provoquée par cette vieillerie, se serait adroitement repris de la sorte : a Les forêts détachées, veux-je dire. » — Que ces électeurs sont aimables! on ne sait pas ce qu'il faut préférer, de leurs bons mots ou de leurs naïvetés, de l'esprit qu'ils cherchent ou de celui qu'ils évitent avec un si rare bonheur.

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