‹ Lettres parisiennes (volume 4)Chapitre 28 sur 31 · VM · texte numérisé non relu

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(U; rt'<>;alit(' csL un de nos rêves, mais \v l)os()iii du \u\v vous toui'mcMilc |)(ni. V^enez un jour contempler nos eliefs au sein de leur opulence, allez voir dans toute leur gloire les grands hommes de votre parti ; mais ayez soin de vous faire cliaudemeiit recommander, sinon ils vous feront faire antichambre chez eux pendant deux heures, après lesquelles on vous fera dire qu'on n'est pas visible pour vous. Ces vertueux citoyens sont les amis du peuple, mais les amis du peuple en masse; ils n'entrent point dans le détail de l'amitié; ils ne commencent à être polis envers leurs inférieurs que l'avant veille d'une émeute. Dans l'habitude de la vie, ils sont d'une dignité exemplaii'c; ils traitent leurs fournisseurs comme des manants , leurs domestiques comme des nèi»res, et leurs solliciteurs commedeschiens. T/bomme indépendant est tellement au-dessus des autres hommes, qu'il lui est bien permis de leui' faire sentir sa démocrati(iue supérioi'ité; prodiguer le mépris, cela est si doux pour une âme rongée d'envie I On a souvent parlé de la morgue des grands seigneurs, de Tinsolence des parvenus, de l'outrecuidance des pédants; eh bien ! c'est du mélange heureux de ces qualités-là que se compose la bonhomie patriarcale d'un grand homme républicain.

11 ne faut point vous faire illusion, braves Cincinnatus des bords du Rhin , des rives du Rhône et de l;i Loire, on vous exploite avec des mots superbes, on vous nourrit de droits politiques, de réforme électorale; on NOUS montre dans l'avenir un âge d'or d'égalité; et ce n'est rien de tout cela qu'on vous prépare; les républicains de 1839 sont fds des libéraux de 1829. Ces intraitables libéraux, il vous en souvient, combattaient pour

la liberté individuelle, pour la liberté de la presse, pour

la liberté de la tribune Et ils ont mis Paris en état

de siège, et ils ont demandé les lois de septembre, et ils ont recommencé, en la voilant de lâcheté, l'exclusion de Manuel ! Les farouches républicains combattent aujourd'hui pour l'égalité et pour la souveraineté du peuple, et les voilà déjà qui se logent comme des marquis dans le velours et dans la soie, et qui paient leurs tailleurs et leurs serruriers avec des coups de pied d'opéra! Les libéraux devenus ministres ont des chasseurs! Kncore un peu de temps, et les républicains auront des pages.

Hélas ! nous autres, nous ne verrons point ce beau jour, car avant d'arriver à ce magnifique résultat, il y aura bien du sang répandu, et c'est une pensée amère que celle-ci : Trente-trois millions d'hommes vivent dans le doute et dans la crai-nte pour l'ambition de quelques-uns ; l'avenir d'un grand peuple est compromis parce qu'il y a dans son sein dix mille paresseux qui veulent être riches. Oh! le luxe est une belle chose, mais il faut pour cela (juil soit véritablement le luxe, c'est-à-dire qu'il ne demande aucun effort. Ayez des chevaux tant que vous pourrez en avoir, sans remords et sans préoccupation ; mais si dans une année de revers vous vous apercevez qu'ils sont chers à nourrir, vendez-les vite, afm de les racheter plus tôt. Si nous blâmons cette passion du luxe qui s'est manifestée depuis quelque temps à Paris, c'est qu'elle est précisément la passion des gens qui n'ont point de fortune. Les capitalistes sont ceux qui l'éprouvent le moins, et c'est parmi les pauvres qu'elle exerce ses ravages. N'est-ce pas un des effets ])izarres de l'esprit de contradiction,

(juDii nv st'hto W plaisir daNoii- le superllu quo lorsqu'on manque du nécessaire? A Paris, les millionnaires sont fort tristes : une seule chose les fait rire, c'est la prodigalité des pauvres diables. Ici, moins on possède et plus on dépense. Avec deux mille livres de rente on mange vingt mille francs par an. On fait le contraire en province ; avec vingt mille livres de rente on mange deux mille francs par an. Ceci n'est qu'une simple observation de mœurs; et cependant, si nous étions un personnage politique, nous verrions dans cette différence la cause de tous nos malheurs, et nous chercherions à résoudre ce problème, qui, lui-même, en résoudrait bien d'autres : donner aux Parisiens le bon sens des habitants de la province, donner aux habitants dé la province le bon goût des Parisiens.

Nous vous disions l'autre jour que les correspondances faisaient les plaisirs du moment; voici une rencontre épistolaire qui ne laisse pas que d'être assez piquante. Deux femmes qui ont passé quarante-cinq ans, mais qui se sentent toujours jeunes, madame de S... et madame de B..., voyagent ensemble. Ce sont deux nouvelles amies qui, ne se connaissant point depuis l'enfance, espèrent se tromper mutuellement sur leur âge, et c'est entre elles une émulation de jeunesse charmante à voir. 11 y a quelques jours nous allons faire une visite chez une aimable femme que nous surprenons riant comme une folle. Ah! nous dit-elle, je viens de recevoir la lettre la plus amusante du monde; madame de S... m'écrit : Je suis enchantée de ma compagne de voyage; madame de B... est une femme adorable; elle a pour moi des soins tout à fait maternels. (f Comment trouvez-vous ce mot-là? des soins niiiter-

nels! coinuiisse/-\ous rien de plus plaisant? — Oui, madame, répondons-nous en riant nous-mème de bon oœur, il y a mieux que eela, c'est la lettre de madame B... qui dit, de son coté, la même chose. Elle écrit à son frère que madame de S... est une femme excellente, qui a pour elle des soins tout à fait maternels. » Ces deux voyageuses, d'un âge raisonnable, rivalisant d'ingénuité dans les auberges, et n'ayant d'autre idée que de passer chacune pour la fille de l'autre, nous ont paru un groupe du ridicule le plus exquis, et nous n'avons pu i-ésister au désir de vous le faire admirer.

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