‹ Lettres pastorales de Mgr. l'évêque de Montréal [microforme]Chapitre 3 sur 13 · RETIENS · texte numérisé non relu

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rien de plus entraînant que l’exemple des Pasteurs. Forma facli gregis ex animo (1 Pet. 5, 3). L’Evangile, au reste, nous en donne l’exemple ; ear St. Mathieu, avant de nous rapporter le discours de Notre Scigneur sur la montagne, ne nous dit-il pas que Jésus voyant les troupes de gens qui le suivaient, alla sur une montagne ; el là s’étant assis, ses disciples s’approchèrent de lui ; et alors ouvrant sa bouche, il les instruisait (Mat. 5, 1.). Vous pouvez voir par là que la sainte Eglise s'attache à suivre en tout les exemples de son Divin Fonda‘eur.

D'abord, quel est celui qui préside et qui parle, dans cette majestueuse Assemblée ? C’est le Chef de toute l’Eglise, le Successeur de St. Pierre, le Vicaire de J.-C. Il est assis sur un Trône élevé, symbole de sa suprême puissance. Son port est noble et plein de dignité. Sa voix est belle et harmonieuse. Sa figure a une expression de bonté si frappante, que l’on croit voir celui qu’il représente sur la terre. Son visage est animé, son langage paternel}, son geste naturel, et. sa parole pleine d’onction. Les larmes qui s'échappent souvent de ses yeux font assez connaître les tendres émotions de son âme, naturellement sensible.

A la seule vue de la salle d'Assemblée, qui est spacieuse et magnifique, on se croit dans le Cénacle, avec Jésus parlant à ses disciples. Les délicieuses jouissances, qui se font sentir à l’âme dans ce bienheureux moment, font croire que l’on est sur le Thabor ; et l’on s'écrie avec St Pierre, ravi de voir son bon Maître tout rayonnant de gloire: Seigneur, il fait bon étre ici! L'on semble toucher du doigt PUnité Catholique, en voyant tant de Provinces de la République chrétienne ainsi réunies autour de la Chaire Apostolique. La Ste. Eglise Romaine apparaît là, comme cette haute montagne, que le Prophète nous dit être assise sur les collines sacrées : Fundamenta ejus in montibus sanclis. Cette mère de toutes les Eglises du monde se montre avec tot: les glorieux priviléges, qui la font rayonner de gloire, et qui prouvent que le Seigneur l’aime, comme la véritable Sion, plus que tous les Tabernacles de Jacob: Diligit Dominus portas Sion super omnia T'abernacula Jacob. Chacun se plait à admirer, et à exalter les merveilles de la ville éternelle, que le Seigneur a lui-même préparée de loin, pour être le Siége “ ie des Pasteurs : Gloriosa dicta sunt de te, Civitas Dei (Ps. 86,

Quels sont maintenant ceux qui composent cette Assemblée, et qui écoutent, avec un religieux respect, le premier des Pasteurs? Ce sont les Princes de l'Eglise et les Maîtres en Israël. Ils sont de diflérents pays ; ils appartiennent à différentes nations ; ils vivent sous diflérents climats ; ils parlent différentes langues et portent différents costumes ; et cependant ils sont les enfants du même Père, parce qu’ils ont tous PEglise Catholique pour mère ; iis n’ont qu’un même esprit et un même cœur, parce qu’ils n’ont qu’une même foi et une même charité ; ils ont la même langue, parce qu’ils parlent celle de la Ste. Eglise. Voilà pourquoi ils se connaissent, ils s'expliquent, ils se comprennent, au sein de cette grande famille. Aussi, s’'embrassent-ils avec affection,

eomme des frères qui sont heureux de se rencontrer, dans la maison paternelle. Ecce quam bonum et quam jucundum, habiare fratres in unum! (Ps. 132, 1.)

Toutes ces considérations n’ont-elles pas, N.T. C. F., quelque chose de saisissant pour vos cœurs ; et ne vous sentez-vous pas un saint désir d’entendre des paroles si salutaires, sorties d’abord du cœur du Pére Commun, et déposées, avec tant de solennité, dans le sein de vos Pasteurs pour vous être fidèlement rapportées, en temps convenable ? N’êtesvous pas d'avance déjà fermement résolus de mettre en pratique des ordres et recommandations qui vous viennent de si haut ?

Pour Nous, témoin de ce grand spectacle, Nous en fûimes, N.T.C.F., si vivement touché, que nos émotions sont encore aujourd’hui ce qu’elles étaient alors. Nous avons tottjours surabondé de joie, en Nous rappelant que Nous étions du nombre de ces heureuses brebis, que le Chef des Pasteurs faisait paître ini-même, dans les gras pâturages de lEglise- Mère, et en pensant qu’il Nous serait donné un jour de vous faire part de cette céleste nourriture. Jn loco pascuæ tbi me collocavit (Ps. 22, ?. ).

: Et aujourd'hui même que Nous commençons à vous rapporter ces paroles de vie que Nous avons entendues au milieu de tant de splendeurs, nos ‘mpressions sembient se raviver, Vous ne serez donc pas surpris, si Nous sommes entré dans de si longs détails: c’est qu’il Nous a paru tout naturel de vous faire part de nos joies, tout en préparant les voies au Sonverain Pontife, qui va maintenant vous parler.

Vénérables Frères,

En vous voyant aujourd’hui pre. :‘s à mes côtés, (c’est N. S. P. “le Pape qui s'adresse aux Evêques) vous que Nous pouvons à bon droit “ appeler notre joie et notre couronne, Nous nous réjouissons, V'énérables “ Frères, dans le Seigneur, avec les transports d’une certaine joie, qui est “toute singulière, Car vous êtes une partie de ceux avec qui nous par- “ tageons nos travaux et nos soins, en faisant paître tout le troupeau du “ Seigneur, qui a été confié à notre humilité, en défendant les droits de “]a Religion Catholique, et en lui gagnant de nouveaux partisans, qui “ honorent et vénèrent, dans la sincérité de la Foi, le Dieu de justice et “de vérité. C’est pourquoi, ce que Notre-Seigneur J.-C. dit autrefois “au Prince des Apôtres: Lorsqu'un jour vous serez converti, confirmez “ vos frères, il Nous semble à Nous qui, quoiqu’indigne, tenons sa place, “ par un effet de sa divine bonté, que Nous devons profiter de cette occa- “sion favorable, pour vous adresser, Vénérables Frères, ces mêmes pa- “ roles, non pour vous rappeler les devoirs de votre office, ou vous exci- ‘“ter, comme si vous étiez languissants, dans l’accomplissement de ces “ devoirs, vous que Nous savons être dévorés de zèle pour répandre la “ gloire du nom de Dieu, mais pour que, encouragés et en quelque sorte “animés d’une force toute nouvelle par la voix même du Bienheureux “ Pierre, qui vit et vivra toujours dans ses Successeurs, vous soyez forti- “fiés, pour chercher à sauver les brebis qui vous sont confiées, et pour

# soutenir vaillamment, et avec courage, la cause de l’Eglise, dans des ‘temps si mauvais.” Ces paroles que vous venes d’entendre, N. T. C. F., vous font voir

combien sont tendres et paternels les rapports qu’entretient N. S. P. le

Pape avec les Pasteurs nu’il vous donne, pour travailler, conjointement avec lui, au salut de vos âmes. Vous y voyez aussi que vous êtes tous l'objet de la sollicitude du premier des Pasteurs, qui en effet ne saurait oublier aucune de ses brebis, en quelque lieu du monde qu’elle se trouve placée. | “ Mais, ajoute-t-il, nous n’avons pas eu besoin de délibérer, pour “savoir à qui recourir, pour être protégé auprès du Père Céleste des “lumières, afin de pouvoir, moyennant son secours, vous parler avec “fruit, puisque vous étant réunis auprès de Nous, pour travailler d’un “commun accord, avec zèle et avec ardeur, à augmenter l’honneur de “l’Auguste Marie Mère de Dieu, Nous avons supplié, avec instance, la “ Très-Ste. Vierge, que l’Eglise appelle le Siége de la Sagesse, de vou- “loir bien Nous obtenir un ray"n de la céleste Sagesse, pour qu’en étant “éclairé, Nous vous disions les choses qui peuvent le plus contribuer à “ la conservation et à la prospérité de l'Eglise de Dieu.”

Voyez, N. T. C. F., avec quelle dévotion et quelle confiance le Vicaire de Jésus-Christ s’adresse à l’Auguste Mère de Dieu, comme à la Mère et à la Maîtresse de toute l’Eglise, pour savoir ce qu’il doit dire aux Evêques, qui sont ses Collaborateurs dans le St. Ministère! Humblement prosternés aux pieds de celle qui est si solennellement proclamée le Siége de la Sagesse, demandons, pour nous tous, ce rayon de lumière, qui éclairait l’esprit de notre Père, pendant qu’il avait, avec ses Frères, cet admirable entretien, afin de bien comprendre les paroles qu’il nous adresse, à tous avec une charité si paternelle.

“ Maintenant, nous dit-il, que, du sommet de la Religion où Nous “ nous trouvons placé, comme du haut d’une forteresse élevée, Nous apercevons les monstres d’erreurs, qui se glissent, durant ce siècle tout # hérissé de difficultés, par tout l'Univers Catholique, rien ne Nous a ‘ paru plus convenable, que de vous les irdiquer, pour que, Vénérables Frères vous exerciez toutes vos forces à les combattre, vous qui avez “ été établis Gardiens et Sentinelles dans la maison d'Israël.”

Vous voyez ici, N. T. C. F., que l’intention de N. S. P. le Pape est de nous découvrir quels sont les monstres d'erreurs qui se glissent dans le monde entier, en se cachant sous toutes sortes de formes, pour mieux nous surprendre. Nous avons donc les plus pressantes raisons de prêter une oreille attentive à tout ce qu’il va nous dire.

“ Il faut s’afliiger, continue le St. Père, de ce qu’il existe une classe ‘ impie d’incrédules, qui voudraient ruiner, s’il était possible, tout le “ culte de la Religion; et l’on doit surtout compter, au nombre de ces “ impies, ceux qui, enrôlés dans les sociétés secrètes, et unis entr'eux ‘ par un engagement criminel, emploient tous les moyens pour troubler ‘et ren"erser la Religion et l'Etat, violant ainsi toutes les lois. (C’est

“ assurément contre ces hommes impies que le divin Réparateur a pro- “ noncé ces paroles: Vous éles les enfants du diable, el vous ne voulez “t qu'accomplir les désirs de votre Père (Joan. 8, 44.). Si on en excepte « cette classe d’impies, il faut avouer que les hommes de ce siècle ont “ généralement horreur de la méchanceté des incrédules, et qu’ils mon- & trent une certaine inclination pour la Religion et la Foi. Car. soit à # cause de l’atrocité des crimes, qui se sont surtout commis dans le siè- & cle dernier, et qu’il f2at attribuer aux incrédules, crimes si horribles ‘ que l’on ne peut s’en rappeler le souvenir sans trembler, soit à cause de & ]a crainte des séditions et des troubles, qui agitent et désolent d’une “ manière lamentable les nations et les royaumes, soit enfin par l’opéra- & tion du St. Esprit, qui souffle où il veut, il est évident que le nombre & des méchants, qui se vantent et se font gloire de leur incrédulité, a di- “minué. Nous avons même appris qu’ils parlent quelque fois avec “ éloge de la bonne vie et de la pureté des mœurs ; et Nous savons de “ plus qu’il s’est excité dans leur esprit un sentiment d’admiration pour & la Religion Catholique qui, à la vérité, brille aux yeux de tous, comme 6 ]a lumière du soleil.”

Axrêtons-nous pour aujourd’hui, N. T. C. F., à bien considérer ce premier monstre, que nous signale le Souverain Pontife, afin que, le connaissant mieux, nous puissions nous mettre en garde contre ses séductions et ses piéges. Ce monstre, c’est le Philosophisme, ou lesprit d’irreligion, qui prit naissance dans le siècle dernier, et qui reconnaît pour père le trop célèbre Voltaire et tous ses disciples, qui formèrent l'Ecole Voltairienne. Ceux qui s’enrôlèrent sous l’étendard de ce père de la Philosophie moderne, se firent gloire de nier, les uns l'existence de Dieu, et tous sa divine Religion ; et sn les appela nour cela Incrédules. Pour entraîner plus sûrement dans leur parti les honnêtes gens, ils f rmèrent des sociétés secrètes, dont le but apparent était d’exercer la charité, mais dont la fin réelle, qui n’était connue que de ceux qui étaient les plus initiés dans leurs noirs complots, était de renverser la Religion et l'Etat. Armés de toute la malice de l'Enfer, ils réussirent à séduire de grandes nations et à renverser de puissants empires. Mais ce ne fut qu'en massacrant ou chassant les Ministres de la Religion, en brûlant ou pillant les Temples du vrai Dieu, ‘:t en renversant ses Autels, qu’ils accomplirent leurs abominables projets.

“Les horreurs que commirent ces hommes, qui se donnaient pour les bienfaiteurs du genre humain, furent si affreuses, nous dit ici le St. Père, qu'elles ont fini par ouvrir les yeux aux peuples, que les Incrédules avaient pour ainsi dire fascinés. La crainte d’éprouver encore de semblables secousses a réveillé les nations, endormies dans ce sommeil léthargique. L'histoire de ces temps de désolation ne peut se lire en effet sans que le cœur ne soit pressé d’une amère douleur ; etsi on n’avait sous les yeux la preuve de tous les faits lamentables qui y so't rapportés, on serait tenté de croire que l’on nous fait remonter jusqu’à ces temps fabuleux, où les chroniques des peuples barbares n'ont rien de certain. Car

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