‹ Lettres pastorales de Mgr. l'évêque de Montréal [microforme]Chapitre 4 sur 13 · PRE · texte numérisé non relu

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on ne peut croire que des nations si civilisées aient pu se porter à des excès qui feraient rougir les cruels Sauvages qui habitaient nos forêts, à la découverte du pays.

En parcourant les pays où l'impiété a exercé, sur son passage, tant de cruautés, et laissé à sa suîte tant de misères, le voyageur s'arrête souvent, pour contempler, avec un sentiment de profonde douleur, les immenses ruines qu'elle à faites, dans sa fureur sacrilége, en renversant ces beaux monuments que la piété avait élevés, et qui faisaient la gloire de la Patrie aussi bien que de la Religion.

Nous devons vous dire ici, N. T. C. F., nos impressions de voyage sous ce rapport. A la vue des ravages effrayants, causés par ces hommes sans principes, qui étaient les cruels bourreaux des peuples, parce qu’ils étaient les ennemis acharnés de Dieu et de son Eglise, de sombres réflexions saisissaient notre âme. Hélas! Nous disions-Nous à Nousmême, le mauvais esprit, qui a fait couler ici tant de larmes, ne traversera-t-il pas un jour les mers, pour couvrir notre chère patrie de décombres et de ruines? LE: y répandant le funeste poison de ses mauvaises doctrines, n'y excitera-t-il pas les mêmes tumultes et les mêmes révoltes ! N'y armera-t-il pas les citoyens contre les citoyens, les frères contre les frères, les enfants contre leurs parents? N°y engendra-t-il pas ces monstres de cruauté, qui mettront leur bonheur à faire tomber, sur l’échafaud, les têtes des personnes qui devraient leur être les plus chères? Ne ferat-il pas brûler ou profaner nos Eglises, aujourd’hui si vénérées et entretenues avec tant de soin par un peuple dévot, pour qui la Religion est le premier de tous les biens? Ces églises ne seront-elles pas un jour changées en écuries, comme telles et telles Eglises, que Nous avions sous les yeux, et dans lesquelles Nous avions la douleur de voir que l’on abritait de vils animaux? Les saints jours du dimanche et des fêtes n’y serontils pas indignement profanés, comme ici, où les marchés, les magasins, les chantiers sont ouverts et fréquentés, comme si c’étaient des jours ouvriers? N’y arrivera-t-il pas un jour que l’on voudra mourir sans sacrements et en blasplémant le Dieu de toute sainteté ? Les temples, dans nos plus beaux jours de fêtes, n’y seront-ils pas déserts, et les chemins qui y conduisent n’y pleureront-ils pas, comme ceux de Sion, parce que lon ne verra plus personne venir à nos joyeuses solennités? N’arriverat-il pas ce temps d'oubli du plus sacré des devoirs, où l’on ne verra presque plus personne à la Ste Table, même à Pâques? Les ministres du Seigneur ne deviendront-ils pas un jour l'objet de la haine de leurs propres brebis? Ne seront-ils pas publiquement insultés, calomniés et persécutés ? Que deviendra alors l’heureux peuple du Canada, si, endoctriné par des hommes sans principes, il n’a plus où mettre sa confiance ? Hélas ! Les masses ne seront-elles pas, dans ces temps mauvais, comme ces vents de tempêtes qui agitent en tout sens un fragile vaisseau, où comme ces flots courroucés de la mer en fureur, qui, en se bri- #ant sur les rochers, lui font faire un triste naufrage.

Ces réflexions, N. T. C. F., étaient pour Nous d'autant plus alarmantes, qu’elles Nous paraissaient plus ondées en raison, Car Nous ne povions Nous dissimuler que les plans d’attaques contre la Religion étaient ici absolument les mêmes que ceux employés ailleurs avec tant de succès. Car, remarquez-le, les Incrédules de l’ancien continent, pour opérer ces effrayantes révolutions, ont fait circuler dans le monde toutes sortes de livres impies ou immoraux; ils ont publié des écrits pleins de mensonges et d’astuce ; ils ont fait entendre, à l'oreille des peuples qu'ils voulaient séduire, les discours les plus séduisants; ils se sont surtout attachés à décrier et noircir, par d’horribles calomnies, tous les ministres de la Religion ; ils ont commencé par ruiner la divine Autorité, dont ils étaient les dépositaires, en excitant à les mépriser, pue qu’ils connaissaient parfaitement que c’en est fait de la Religion d’un peuple, quand il est arrivé à mépriser ses Pasteurs. Car ce n’est plus qu'un peuple d’impies, d’après l’oracle de J.-C. lui-même, qui a prononcé cette étonnante mais terrible parole : Celui qui vous méprise, me méprise moi-même : Qui vos spernit, me spernit (Luc. 10, 16.). Ainsi, point de milieu : celui qui méprise les ministres du Seigneur, méprise J.-C., et par conséquent c’est un impie.

Les moyens employés par les Incrédules pour tromper les peuples et égarer les nations, furent donc les mauvais livres, les publications mensongères et les discours irréligieux. Et comme l’on cherche à user ici des mêmes moyens pour vous arracher le précieux trésor de la foi, c’est notre devoir d'élever hardiment la voix, avec N. S. P. le Pape, pour vousavertir du dangerqui vous menace, parce que, pour surprendre votre bonne foi, l’on cache les piéges que l’on vous tend, sous les dehors séduisants du bien public. Car vous comprenez que l’on n’ira pas tout d’abord vous dire de maudire Dieu et d’abandonner sa Religion parce que l’on sait bien que ces propositions seraient rejetées avec horreur. Mais en vous faisant lire des livres impies, et en vous tenant des discours séduisants, on veut tout simplement vous cacher les erreurs les plus dangereuses. Pour vous parler plus clairement, N. T. C. F., c'est un poison mortel que l’on veut vous faire boire ; et pour vous le faire avaler d’une manière agréable, on le mêle à une liqueur délicieuse.

Ainsi, les fruits amers, occasionnés par l’impiété du siècle dernier, nous prouvent si clairement que les hommes, sans principes, qui se vantent d’être les régénérateurs du genre humain, ne sont que des séducteurs, qui abusent de la crédulité publique, pour se faire un chemin aux honneurs du monde, qu’il n’est plus nécessaire de chercher à les démasquer. Il suffit en effet d’avertir des gens raisonnables que, dans tels lieux, ils rencontreront des monstres cruels, prêts à les dévorer, pour qu'ils soient sur leurs gardes. Aussi, allons-Nous nous contenter, N.T. C. F., de vous tracer ici quelques règles de conduite, qui vous préserveront très certainement, si vous les suivez fidèlement, du très grand malheur qu'il y aurait pour vous de flotter à tout vent de doctrine et de tomber à la fin dans cet esprit de vertige, qui fait que l’on n’écoute plus

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