‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 107 sur 152 · LETTRE CXI · texte numérisé non relu

LETTRE CXI

USBEK A

Le règne du feu roi a été si long que la fin en avoit fisdt oublier le commencement. C'est aujourd'hui la mode de ne s'occuper que dès événements arrivés dans sa piinorité ; et on ne lit j^liis Ifjue les mémoires de ces temps4à.

. Voici le discours qu'uh des générant dé la ville de paris prononça danis un conseil de guerre ; et j'avoue que je tt*y comprends pas grând'chose.

«cMessieurs,

ce Quoique nos troupes aient été repoussées (c ave<; perte , je crois qu'il i^ms sera facile de ce réparer ^cet échec. J'ai 9it couplets de chanson « tout prêts à mettre-aH" j6Ur> ((ui, je m'assure, oc relaettront toutes choses dans l'équilibre. J'ai « Eut choix de quelques voix très nettes, qui, sorcc tant de la cavité de certaines poitrines très « fortes, émouvront merveilleusement Je peuple. « Ils sont sur un air qui a &it jusqu'à présent « utk effet tout particulier.

« Si cela ne suffit pas , nous ferons paroitre « une «stampe qui fera voir Mazarin pendu.

<f Par bonheur pour nous , il ne parle pas bien

LETTRES PERSAinSS. tï'Jl

fc françois ; et il récorche tellement qu'il n'est pas et possible que^ses affaires ne déclinent. Nous ne a manquons pas de faire bi^il reiliarquer au peuple «f le ton ridicule dont il prononce. Nous relevâmes ce il y a quelques joiirs une faute de grammaire si <r grossière qu'on en fit des Êirces par tous les « carrefours.

ce J'espère qu'avant qu'il soit huit jours le peuple « fera du nom de Mazarin un. mot générique pour a exprima toutes les bétes de somme > <A . celles « qui servent à tirer*

« Depuis notre déÊûte notre musique Fa si <c furieusement vexé sur le péché originel que , <c pour ne pas voir ses partisans réduks à lu moitié, <c il â été obligé de renvoyer tous se» ffiage».

« Ranimez -vous doi^c, reprenea^ courage; et H soyez sûrs que nous lui ferons repaas^ leMaonts « à coups /de sifiQets. » - ; *-

— ' Dé PûAsy le 4 de là lune tfc'CtnlÛiaii, T7ii.*

* Vt

LETTRES PERSAITBS.

LETTRE (SXII.

RHÉDI A USBEK

A Paris.

Pendant le séjour que je &is en Europe , je lis les historiens anciens et modernes; je compare tous les temps; j'ai du plaisir à les Toir passer, pour ainsi dire, devant moi; et j'arrête surtout mon esprit à ces grands changements qui ont rendu les Âges si différents des âges , et la terre si peu semblable à elle-même.

Tu n'as peut-êti^ pas fait attention à une chose qui Clause taujS les jours ma surprise. Comment le monde est-il si peu peuplé en comparaison de ce qu'il étoit autrefois? Comment la nature a-t-elle pu perdre cette prodigieuse fécondité des premiers temps? Seroit-elle déjà dans sa vieillesse? et tomberoit^elle de langueur?

J'ai resté plus d'un an en Italie, où je n'ai vu que les débris de cette ancienne Italie si fameuse autrefois. Quoique tout le monde habite les villes, elles sont entièrement désertes et dépeuplées; il semble qu'elles ne subsistent encore que pour marquer le lieu où étoient ces citéi^ puissantes dont l'histoire a tant parlé.

LETTRES PERS'AKES. a^^S

' Il y a des gens qui prétendent ^ue la senle ville de Rome contenoit autrefois plus de peuple qu'un grand royaume de l'Europe n'en a aujourd'hui. Il y a eu tel citoyen romain qui avoit dix et même vingt mille esclaves j sans compter ceux qui travafllôient dan» les maisons de campagne ; et , comme on y comptoit quatre ou cinq cent mille dtoyens ^ on ne peut fixer le nombre de ses habitants sans que l'imagination ne se révolte.

n y avoit autrefois dans la Sicile de puissants royaumes et des peuples nombreux qui en ont disparu depuis : cette ile n'a plus rien de considérable que ses volcans.

La Grèce est si déserte qu'elle ne contient pas la centième partie de ses anciens habitants.

L'Espagne, autrefois si remplie, ne fait voir aujourd'hui que des campagnes inhabitées; et la France n'est rien en comparaison de cette ancienne Gaule dont parle César.

Les pays du nord sont fort dégarnis ; et il s'en faut bien que lés peuples y soient , comme autrefois, obligés de se partager, et d'envoyer dehors, comme des essaims , des colonies et des nations entières chercher de nouvelles demeures.

La Pologne et la Turquie en Europe n'ont presque plus de peuples.

On ne sauroit trouver dans l'Amérique la cin-

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