LETTBES PERâAJfES
Celtes de Barbarie y où la religion mahométanè est établie y ne soiit plus si peuplées qu'elles étoient du temps des Romains^ par les raisons que je tV déjà dites; Quant aux côtes de la Guinée, elles doivent être furieusement dégarnies depuis deux cents an^ que les petits rois ou chefs des villages vendent leurs sujets aux princes de l'Europe pour les porter dans leurs colonies en Amérique.
Ce qu'il y a de singulier, <^est que cette Amérique, qui reçoit tous les ans tant de nouveaux habitants, est elle-même déserte, et ne profite point des pertes continuelles *de l'Afrique. Ces esclaves qu'on transporte dans tm autre climat y périssent à milliers ; et le» travaulc des mines ou l'on occupe sans cesse 'et lés naturels du pays et les étrangers, les exhalaisons malignes qui en sortent , le vif-argent dont il faut faire un continuel usage , les détruisent sans ressource.
n n'y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre innombrable dlomm^s pour tirer du fond de la terre l'or et l'argent, ces métaux d'euxmêmes absolument inutiles, et qui ne sont des richesses que parce qu'on les a choisis pour en être les signes.
De Parif, le dernier de la lune de ChahlMm, 1718.