‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 121 sur 152 · RHÉDI A RICA · texte numérisé non relu

RHÉDI A RICA

Une des choses qui a le plus exercé ma curiosité en arrivant en Europe , c'est l'histoire et l'origine des républiques. Tu sais que la plupart des Asiatiques n'ont pas seulement d'idée de cette sorte

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de gouvernement, et que Fimagination ne les a pas servis jusqu'à leur &ire comprendre qu'il puisse y en avoir sur la terre d'autre que le despotique.

Les premiers gouvernements que nous connois* sons étoîent monarchiques t ce ne fut que par hasard et par la succession des siècles que les républiques se formèrent.

La Grèce ayant été abîmée par un déluge , de nouveaux habitants vinrent ta peupler : elle tii^a presque toutes ses colonies d'Egypte et des contrées de l'Asie les plus voisines; et comme ces pays étoient gouvernés par des rois, les peuples qui en sortirent furent gouvernés dé même. Mais la tyrannie de ces princes devenant trop pesante, on secoua le joug ; et du débris de tant de royaumes s'élevèrent ces républiques qui firent si fort fleurir la Grèce, seule polie au milieu des Barbares.

L'amour de la liberté, la haine des rois, conserva long -temps la Gi*èce dans l'indépendance, et étendit au loin le gouvernement républicain. Les villes grecques trouvèrent des alliés dans l'Asie mineure : elles y envoyèrent des colonies aussi libres qu'dles, qui leur servirent de remparts contre les entreprises des rois de Perse. Ce n'est pas tout : la Grèce peupla lltaHe; lltalie l'Espagne, et peut-être les Gaples. On sait que cette grande

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Hèspérie, si fameuse chez les ancien^, étoit au Cômmeneement là Grèce , que ses TÔisms regar-* doient comme Un séjour de félicité : les Grecs ^ qui ne trouvoient point chez eux ce pays heureux ^ l'allèrent chercher en Italie; ceux d'Italie en £»• p^gne ; ceux d'Espagne dans la Bétiqué ou le Portu^ gai : de manière que toutes Ces régions plortèrént ce nom chez les anciens. Ceû colonies grecques appoi^ tèrent avec elles un esprit de liberté qu'elles avoient pris dans ce doux pays. Ainsi on ne voit guère y dans ces temps reculés^ de monarchie dans l'Italie, l'Espagne y les Gaules. Tu verras bientôt que les peuples du Nord et d'Allemagne n'étoient pas moins libres : et si l'on trouve des vestiges de quelque royauté parmi eux j c'est qu'on a pris pour des rois les che& des armées ou des républiques.

Tout ceci se passoit en Europe : car , pour l'Asie et l'Afrique , elles ont toujours été accablées sous le despotisme , si vous en exceptez quelques villes de l'Asie mineure dont nous avons parlé, et la république de Carthage en Afrique.

Le monde fût partagé entre deux puissantes république^ , celle de Rome et celle de Carthage. II n'y a rien de si connu que les commencement» de la répubUque romaine , et rien qui Ic^ soit si peu que Forigine de Carthage. On ignore absolu-r ment k suite des princes africains d^uisr Didon , et comme ils perdirent leur puissance. Géat été

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un grand bonheur* pour le monde que l'agrandis* sèment prodigieux de la république romaine y s'il n'y avoit pas eu cette différence injuste entre les citoyens romains et les peuples vaincus; si l'on avoit donné aux gouverneurs des provinces une autorité moins grande ; si les lois si saintes potu* empêcher leur tyrannie avoient été observées ; et s'ils ne s'étoient pas servis pour les faire taire des mêmes trésors que leur injustice avoit amassés.

Il semble que la liberté soit faite pour le génie des peuples d'Europe , et là servitude pour celui des peuples d'Asie; C'est en vain que lès Romains offrirent aux Cappadociens ce précieux trésor : cette nation lâche le refusa , et elle courut à la servitude avec le même empressement que les autres peuples couroient à la liberté. ,

César opprima la république romaine, et la soumit au pouvoir arbitraire.

L'Europe gémit long- temps sous un gouvernement militaire et violent : et la douceur romaine fut changée en une cruelle oppression.

Cependant une infinité de nations inconnues sortirent du Nord, se répandirent comme des torrents dans les provinces romaines ; et, trouvant autant de faciUté à faire des conquêtes qu'à exercer ieurs pirateries, elles démembrèreift l'empire, et fondèrent des royaumes. Ces peuples étoient libres ; et ils bornoient si fort l'autorité de leurs rois qu'ils n'é-

ubtures pebsanbsv Siio

toient proprement que des chefs ou des généraux. Ainsi ces royaumes , quoique fondés par la force , ne sentirent point le joug du vainqueur. Lorsque les peuples d'Asie, comme les Turcs et les Tartares, firent des conquêtes , soumis à la volonté d'un seul, ils ne songèrent qu'à lui donner de nouveaux sujets, et à établir par les armes son autorité violente : mais les peuples du Nord, libres dans leur pays , s'emparant des provinces romaines , ne donnèrent point,à leurs che& une grande autorité. Quelques uns même de ces peuples , comme les Vandales en Afrique y les Goths en Espagne ; dé» posoient leurs rois dès qu'ils n'en étoient pas satisfaits; etj chez les autres, l'autorité du prince étoit bornée de mille manières différentes : un grand nombre de seigneurs la partageoient avec lui ; les guerres n'étoient entreprises que de leur consentement; les dépouilles étoient partagées entre le dbef et les soldats ; aucun impôt en £atveur du prince ; les lois étolêtit faites dans les assemblées de la nation. Voilà leprincipe fondamental de tous ces états qui se formèrent des débris de l'empire romain.

De Veniae, lé ao de la lune de Rhégéb, X719.

33o UrTTBXS VEBBAMBS.

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