‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 134 sur 152 · LETTRE CXLIV · texte numérisé non relu

LETTRE CXLIV

RICA A USBEK

Je trouvai il y a quelques jours dans une maison de campagne où j^étois allé deux savants qui ont ici uqe grande célébrité. Leur caractère me parut admirable. La conversation du premier ^ bien appréciée y se réduisoit à ceci : Ce que j'ai dit est vrai , parce que je l'ai dit. La conversation du second portoit sur autre chose : Ce que je n'ai pas dit n'est pas vrai , parce que je ne l'ai pas dit.

J'aimois assez le premier : car qu'un homme soit opiniâtre , cela ne me fait absolument rien ; mais qu'il soit impertinent , cela me fait beaucoup. Le premier défend ses opinions ; c'est son bien : le second attaque les opinions des autres ; et c'est le bien de tout le monde.

O mon cher Usbektque la vanité sert mal ceux qui en ont une dose plus forte que celle qui est nécessaire pour la conservation de la nature ! Ces gens là veulent être admirés à force de déplaire. Ils cherchent à être supérieurs , et ils ne sont pas seulement égaux.

Hommes modestes , venez , que je vous embrasse ! vous faites la douceur et le charme de la vie. Vous croyez que vous n'avez rien ; et moi je vous dis

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que vous avék tout. Vous pensez que vous n'humiliiez personne et vous humiliez tout le monde. £t-q^^nd je vous compare dqins pion idée avec ces honjpies absolus Ijue je vois partout ,.}e les précipite de leur tribunal et je les mets à vos pieds.

De Paris, le n de la lime deCbalibaji, 1720.

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