‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 44 sur 152 · PHARAN A USBEK, SON SOUVERAIN SEIGNEUR · texte numérisé non relu

PHARAN A USBEK, SON SOUVERAIN SEIGNEUR

Si ht étois ici, magnifiipie seign^ir, je paroîtrois à ta vue tout couvert de papier bkmc; et il n'y en auroitpas assez pour écrire toutes les insultes que ton premier eunuque noir, le plus méchant de tous lea hommes, m'a ùàtes depuis ton départ.

Sous.prétexte deq^elques railleries qu'il prétend que j'ai faites sur le malheur de sa oondîfeîoii 9 il exerce sur ma tête une vengeance inépuisable ; il a animé contre moi le cruel intendant de tes jardins, qui, depuis ton dépai*t, m'oblige à des travaux insurmontables , dans lesquels j'ai pensé mille fois laisser la. vie, sans perdre un moment l'ardeur de te servir. Combien de fois ai-je dit en moi-même : J'ai un maître rempli de douceur, et je suis le plus malheureux esclave qui soit sur la terre.

Je te l'avoue, magnifique seigneur, je ne me

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croyQÎA pAS destiné à de plus grandes misères : mais ce traîne d'eimuqme a voujiu mettre le comble à sa méchanceté. Il y a quelques jours que; de soa avKiorité privée, il me destin^ à la g^rde de tes femmes sacrées , c'est-à-dire à une exécution qui seroit pour moi mille fois plus crudle que la mort. Ceux qui en naissant ont eu le malheur de recevoir de leurs cruels parents un traitement pareil se consolent peut-être sur ce qu'ils n'ont jamais connu d'autre état que le leur : niais qu'on me &sse descendre de Thumanité , et qu'on m'en prive, je mourrois de douleur si je ne mourois pas de cette barbarie.

^embrasse tes pieds*, sublime seigneur, dans upe humilité profonde. Fais en sorte que je sente les e&tê de cette vertu si respectée, et qu'il ne soit pas dit que par ton ordre il y ait sur là. terre tm malheureux de plus.

Dés jardfau d« Fatmé, le 7 de la Inae de Maliiirrâni , I7t3.

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