‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 81 sur 152 · LETTRES «MA · texte numérisé non relu

LETTRES «MA

le sein découvef( ; mais ils ne veulent pas qu'on leur voie le talon et qu'on les surprenne par le bout des pieds.

a On dit partout que les rigueurs de Famour sont cruelles ; elles le sont encore plus pour les Espagnols. Les femmes les gùérfssent de leurs peines; mais elles ne font qfleleur en4aire clumger ; et il leur reste souvent un long et ftcheux souvenir d'ime passion éteinte.

«Us ont de petites politesses qui en France pa-

roitroient mal placées ^ par exemple , un capitaine

ne bat jamais son soldat sans lui en demander per<-

I mission ; et l'inquisition ne £iit jamais brûler un

I Juif sans lui faire ses excuses.

«c L^ Espagnols qu'on ne brûle pas paroissent si attsîehés à l'inquisition qu'il y auroit de la mauvaise humeur de la leur ôter. Je voudrois seulement qu'on en établît une autre , non pas contre les hérétiques j mais contre les hérésiarques qtfi attribuent à de petites/pratiques monacalesia même efficacité qu'aux sept sacrements , qui adorent tout ce qu'ils vénèrent, et qui sont si dévots qu'ils sont à peine chrétiens.

et Vous pourrez trouver de l'esprit et du bon sens chez les Espagnols ; nfais n'en cherchez point dans leurs livres. Voyez' une de leurs bâîliothèques/îei romans d'un côté> et les scholastiques de l'autre; vous diriez que les parties en ont été faites et le

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tout rassemblé par quelque ennemi secret de la raison humaine.

a I^e seul de leurs livres qui soit bon est..celui qui a fait voir le ridicule de tous les autres.

ce Ils ont fait des découvertes immenses dans le Nouveau-Monde , et ils ne connoissent pas encore leur propre continent. Il y a sur leurs rivières tel pont qui n'a pas encore été découvert, et dans leurs montagnes des nations qui leur sont inconnues ' .

« Us disent que le soleil se lève et se couche dans leur pays: mais il faut dire au$$^ qu'en faisant sa course il ne rencontrevque des campagnes ruinées et des contrées désertes. »

Je ne serois pas fâché , Usbek , de voir uiie.lettre écrite à Madrid par un Espagnol <]ui voyager oit en France; je crois qu'il vengeroit bien sa nation. Quel vaste champ pour un homme flegmatique et pen3if ! Je m'imagine qu'il commencefoit ainsi la description de Paris : ..

y II y a ici une maison ou l'on met les fous : oVi croiroit d'abord qu'elle est la plus grande de la ville. Non : le remède est bien petit pour le mal. Sani^tiâiÉg^ue les François, extrêmement dét^'îés chez.lettr$:,voisins , enferment quelques fous dans une maisop pour persuader que ceux qui sont dehors ne le sont pas. ' ^

> Las Batuecas. ^

Je laisse là mon Espagnol. Adieu, mon cher Usbek:

De Paris, le 17 de la lune de Sn^r, i^tS,

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