LETTRE XCII
USBEKA RHÉDI.
A Venise.
Le mpnarq|lie qui a si long -temps ré^é ji'est plud'. Il a bien fait parler des gens' pendant sa vie ; tout le monde s'est tu à sa mort. Ferme et courageux dans ce dernier moment , il a paru ne céder qu'au destin. Ainsi mourut le grand Cha- Ab^ /après avoir rempli toute la terre dé son nom.
Ne crois pas que ce grand événement n'ait fait faire ici que des réflexions morales. Chacun a pensé à ses affaires 9 et à prendre ses avantages dans ce changement. Le roi, arrière-petit-fils du monarque défîmty n'ayant que cinq ans, mx prince/ son oncle y a été déclaré régent du royaume.
Le feu roi avoit fbit un testament qui bomoit l'autorité du régent. Ce prince habile a été au par-
■ Il mourat le x*' septelQlkre 171 5.
LETTIUS3 PERSAITES. !%a5
lement; et^ y exposant tous les droits de sa naissance, il a Êdt casser la disposition du monarque, qui j voulant se survivre à lui-même , sembloit avoir prétendu régner encore après sa mort.
Les parlements ressemblent à ces ruines que l'on foule aux pieds, mais qui rappeUent toujours l'idée de quelque temple fameux par l'ancienne religion des peuples. Ils ne se mêlent guère plus que de rendre la justice ; et leur autorité est toujours languissante, à moins que quelque conjoncture imprévue ne vienne Itri rendre la force et la vie. Ces grands corps ont suivi le. destin des choses humaines : ils ont cédé au temps qui détruit tout , à la corruption des mœurs qui a tout affoibli , à l'autorité suprême qui a tout abattu.
Mais le régent , qui a voulu se rendre agréable au peuple, a paru d'abord respecter cette image de la liberté publique ; et, comme s'il avoit pensé à relever de terre le temple et l'idole, il a Voulu qu'on les regardât comme l'appui de la monarchie et le fondement de toute autorité légitime.
De Paris» le 4 de !a lune de BJbégeb, ijiS. ^
LBTTESS PS|lS;kirBS.
!k*à6 LETrïlES PERSANES.