‹ Lettres Persanes de Montesquieu precedees de Son ElogeChapitre 94 sur 152 · SANTON AU MONASTÈRE DE GASBIN · texte numérisé non relu

SANTON AU MONASTÈRE DE GASBIN

Je mliumflie dèyant toi , sacré santon , et je me prosterne : je regarde les vestiges de tes pieds comme la prunelle de mes yeux. Ta sainteté est si grande qu'il semble que tu aies le cœur de notre saint prophète; tes austérités étonnent le de! même; les anges^ font regardé du sommet de la gloire , et ont dit : Gomment est-il encore sûr la terre, puisque son esprit est avec^oùs, et vole autour du trône qui est soutenu par lies nuées ?

Et comment ne tlionorerois-je pas , moi qui ai appris de nos docteurs que les dervis, mêmeinfid^es y ont toujours un caractère de sainteté qui les rend respectables aux vrais croyants , et que Dieu s'est choisi dans tous les coins de la terre des âmes plus pures que les fiutres , qu'il a séparées du monde impie , afin que leurs mortifications et leurs prières ferventes suspendissent sa colère prête à tomber sur tant de peuples rebelles?

Les chrétiens disent des merveilles de leurs premiers santons , qui se réfugièrent à milliers dans les déserts affreux de la Thébaïde, et eurent pour chefs Paul , Antoine et Pacôme. Si ce qu'ils

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en disent est vrai y leurs vies sont aussi pleines de prodiges que celles de nos plus sacrés immaums. Ils passoient quelquefois dix ans entiers sans voir un seul homme ; mais ils habitoient la nuit et le jour avec des démons : ils étoient sans cesse tourmentés par 'ces esprits malins ; ils les trouvoient au lit 9 ils les trouvoient à table; jamais d'asile contre eux. Si tout ceci est vrai , santon vénérable , il Ëiudroit avouer que personne n'auroit jamais vécu en plus mauvaise compagnie.

Les chrétiens sensés regardent toutes ces histoires cpmme une allégorie bien naturelle qui nous peut servir à ngiis £sdre sentir le malheur de la conditionhumaine. En vain cherchons-nous dans le désert un état tranquille, les tentations nous suivent toujours ; nos passions , figurées par les démons , ne nous quittent point encore; ces monstres du ioBuVj ces illusions de l'esprit , ces vains fantômes de l'erreur et du mensonge, se montrent toujours à nous pour nous séduire, et nous attaquent jusque dans les jeûnes ^t les cilices, c'est-Mire jusque dans notre force même.

Pour moi, santon vénérable, je sais que l'envoyé de Dieu a enchaîné satan, et l'a priécipité dms le$ abîmes : il a purifié la terre , autrefois pleine de son empire , et l'a rendue digne du' séjour des anges et des prophètes.

De Paru, le 9 de U lune de Ch»hb^ji,yi'ji5.

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