XXVI AVANT-PROPOS
sociale de notre temps. Autant nous aimons et servirons toujours de toutes nos forces ce Socialisme-là, qui n'est que la réalisation toujours plus étendue de la Justice par la Liberté et de la Liberté par la Justice, autant nous détestons et combattrons avec ardeur, partout où elle se fera jour, cette aspiration malsaine, brutale et impie, qui usurpe le titre de Socialisme, d'Égalité et de Progrès pour les profaner, et dont le dernier mot est le Communisme, c'est-à-dire, qu'on y songé bien, de toutes les tyrannies la plus implacable et la plus radicale; celle dont on ne peut guérir, car elle proclame comme son principe essentiel le despotisme des individualités, par conséquent la suppression de la Liberté même et de la Justice dans leur essence.
Oui , on a raison de voir au fond de nos doctrines philosophiques un principe de Socialisme. Recherchées dans leur application, elles se convertiraient tout naturellement en institutions révolutionnaires. J'ai pris soin de le prouver moimême dans un livre récent*, qui n'est autre au fond qu'un premier essai pour faire descendre mes idées des régions de la pure théorie dans
* Essai sur la philosophie sociale»
AVANT-PROPOS. XXYU
celles où se meuvent aujourd'hui les questions sociales.
Parlerai-je encore, après tout ce que je viens de dire, de ma critique des formes religieuses en général, et plus spécialement du Christianisme? Cela serait superflu, car pour celui qui a saisi le point de vue que j'ai chôrché à établir dans la première moitié de l'ouvrage, la partie critique ne peut offrir aucune difficulté en tant qu'elle se déduit tout naturellement de la partie dogmatique qui la précède. On comprendra sans peine que l'histoire religieuse est à mes yeux celle de Tldéal et de son progrès dans la conscience humaine , et qu'à ce titre l'histoire de la Religion comprend en elle synthétiquement toutes les manifestations quelconques de l'esprit. Mais cette poursuite de l'Idéal n'est autre que celle de la Loi vivante dans l'Humanité et dans la Nature: en un mot, la recherche de la Divinité en nous et hors de nous. La Religion a besoin de formes où elle se puisse traduire selon le temps, l'époque, le lieu, la nation ou l'individu; mais les religions ne sont pas la Religion. Les premières sont destinées à périr, la seconde ne meurt pas ; ses racines plongent dans le sein de l'Éternel.
XXYIII AYANT-PROPOS.
J'ai signalé sans crainte ce qui me paraît être Terreur foncière de tous les cultes du passé, et pour ainsi dire leur péché originel. Ils placent le principe révélateur et l'objet de la Révélation en dehors de l'homme et de la nature, se fondant sur un ordre miraculeux antinaturel, je dirais volontiers antilégal. De là une série d'erreurs engendrées par cette méprise première; de là l'idolâtrie et la superstition qui recouvrent et altèrent partout la vérité religieuse dans sa pureté.
Je ne doute plus que quelque jour l'idée de la Révélation dans l'humanité et par elle ne vienne à remplacer celle de la Révélation extérieure, fille du miracle, et que Ton signalera alors les véritables révélateurs dans tous ceux qui, sous un aspect quelconque, dans Tart ou dans la science, auront dévoilé au regard de l'homme quelque chose de ce type souverain qui est en lui comme le sceau de la Loi vivante et universelle à laquelle il appartient.
Mais est-ce à dire que le travail accompli par tant de siècles et par tant de générations au sein de Tillusion mythologique doive se perdre sans retour et demeurer nul de plein droit et non avenu aux yeux de l'avenir? Non pas. Tout symbole, quelque mélangé qu'il soit de Talliageim-