CONCLUSION
Dans l'histoire, une décadence marque toujours un progrès, et l'heure où un monde s'écroule est celle où un autre s'élève. S'il en était autrement, l'humanité périrait avec un peuple et avec une croyance.
Entre la foi qui meurt et celle qui naît vient se placer la nuit, comme entre le coucher et l'aurore. Mais la nuit enfante les égarements, les angoisses, la confusion et la crainte. Voilà pourquoi les hommes qui sont appelés à vivre dans des époques de transition ont un lourd fardeau à porter. Leur tâche n'est pas petite , mais plus grande elle est, plus grands aussi sont les efforts et les devoirs qu'elle leur impose.
Ces générations assistent en même temps à une agonie et à une naissance. Le flot du temps, qui se retire devant elles comme le reflux de l'histoire, emporte le passé avec ses croyances;
elles nagent au sein des débris. EfFrayées alors, elles opposent au courant* des digues illusoires et funestes : la vague s'irrite de l'obstacle , s'insurge contre lui, l'assiège, monte, le submerge et l'emporte, avec ceux qui le soutenaient, dans le déluge d'une révolution.
Si vous ne voulez pas que le sein de la société éclate en terribles bouleversements, et que l'esprit humain se déjette dans de terribles écarts sous un frein qui l'irrite, laissez le temps faire son œuvre; n'arrachez pas sa victime au passé, et n'empêchez pas le présent d'enfanter alors que l'heure est venue. Les secousses qui, sous vos pas, ébranlent le sol sont bien plus encore les tressaillements de la naissance que les convulsions de l'agonie.
Pourquoi donc vous décourager? Pourquoi douter de l'esprit humain ? — La puissante Rome n'est-elle pas tombée avec le monde païen? — Le moyen âge n'a-t-il point passé comme une ombre immense, et son âme, le catholicisme, est-il davantage aujourd'hui qu'un lugubre et pâle revenant, échappé à la tombe des morts pour effrayer et troubler les vivants? — Quand le fruit est pourri, il faut qu'il tombe.
Que de nations, que de gloires, que de
croyances enfouies ou qui jonchent de leurs ruines le chemin de Fhomme ! Que d'astres déjà se sont levés plein d'éclat à l'horizon de l'histoire, pour aller s'éteindre sans retour dans l'avide océan de l'oubli ! — Comme dans l'immensité des cieux les soleils suivent une route infaillible, le cours des astres qui successivement guident l'humanité est tracé d'avance dans l'immensité de l'esprit humain. Tout ce qui s'est élevé s'abaisse ; tout ce qui a eu son aurore aura son couchant.
Mais vous vous attristez et regardez en arrière, pleins d'un morne découragement, parce que l'ancre qui pendant des siècles a retenu le vaisseau de l'homme sur les flots du temps, s'est brisée? Ne savez-vous pas que tout a son heure ? Plaignez-vous donc aussi de ce que l'aiguille avance sans cesse sur le cadran !
Comme l'individu, l'espèce se transforme sans relâche. Le jour de son immobilité serait le jour de sa mort. — Le mouvement est la loi première de tout ce 'qui vit : en avant, toujours en avant, le mot d'ordre de l'esprit humain.
Ne tendez donc plus des bras sacrilèges et inutiles vers ce qui n'est plus. Rendez les honneurs funèbres aux morts glorieux, mais laissez-
les descendre en paix dans la tombe : ne gardons que les leçons qu'ils nous laissent derrière eux. — Vous ne pouvez étouffer la pensée, et, si vous le tentez, c'est elle qui vous étouffera. — Le génie peut un instant suspendre d une main audacieuse la course de l'humanité, et arrêter le pendule des siècles; mais le jour arrive où il est broyé, et toute une génération avec lui. C'est un jeu terrible qu'il joue.
Cependant, au milieu de tant de fluctuations, n'est-il donc rien d'inébranlable? Oui, il est une ancre qui ne peut rompre parce qu'elle est jetée dans le fond de la nature humaine; un roc que le temps assiège en vain de ses tempêtes ; un phare que les ouragans peuvent troubler, mais non pas éteindre; il est enfin quelque chose d'immuable comme le soleil fixe au milieu des planètes : c'est la loi. — Le monde accomplit ses incessantes évolutions autour de cet axe, qui reste inflexible et ne saurait se rompre. — Cette loi, qui meut et transforme sans cesse la nature, tout en restant immobile dans son centre , lorsqu'elle pénètre dans la pensée de l'homme, s'appelle l'idéal.
Je ne connais, a dit un philosophe allemand, que deux belles choses dans l'univers : les cieux
étoiles sur nos têtes et le sentiment du devoir au fond de nos cœurs. Il avait raison, car ces deux choses manifestent la loi, principe et fin de la nature entière.
Voici en quels termes Voltaire, ce grand maudit, parle de la conscience où cet idéal habite :
« C'est la loi de Trayan, de Socrate et la vôtre ; De ce culte éternel la natare est Tapôtre , Le bon sens la reçoit, et les remords vengeurs, Nés dans la conscience , en sont les défenseurs. De nos désirs fougueux la tempête fatale Laisse au fond de nos cœurs la règle et la morale. C'est une source pure : en vain dans ses canaux Les vents contagieux en ont troublé les eaux ; En vain sur sa surface une fange étrangère Apporte, en bouillonnant, un limon qui l'altère ; L'homme le plus injuste et le moins policé S'y contemple aisément quand l'orage est passé. Tous oiit reçu du ciel, avec l'intelligence, Ce frein de la justice et de la conscience :
De la raison naissante elle est le premier fruit; Dès qu'on la peut entendre, aussitôt elle instruit. Contre-poids toij^ours prompt à rendre l'équilibre Au cœur plein de désir, asservi, mais né libre ; Arme que la nature a mise en notre main , Qui combat l'intérêt pour l'amour du prochain ; De Socrate, en un mot, c'est là l'heureux génie ; C'est là ce Dieu secret qui dirigeait sa vie ; Ce Dieu qui jusqu'au bout présidait à son sort. Quand il but sans pâlir la coupe de la mort.
Quoi ! cet esprit divin n'est-il que pour Socrate ? Tout le monde a le sien qui jamais ne le flatte.»
Voltaire. {Poésies diverses.)
C'était aussi le Dieu du Christ. C'est notre Dieu à tous.
Le christianisme fondamental , qui exprime la loi humaine, existait avant le Christ: il est né avec l'homme; il est né de l'humanité. Mais le christianisme qui transporte son Dieu dans des régions imaginaires pour en faire le plus cruel et le plus fantasque des êtres, ce christianismelà est d'invention humaine : le temps l'a apporté, le temps le remporte.
La mission de notre époque est de faire cesser ce long et désastreux divorce entre le ciel et la terre, la matière et l'esprit. Reconnaissons enfin que le Dieu adoré en dehors de nous est l'Infini réfléchi dans notre âme, la Loi vivaijte qui nous domine et que nous avons pour mission de découvrir et de réaliser. — La raison la trouva en nous; l'imagination religieuse la plaça hors de nous. Rétablissons-la dans sa véritable demreure, et cette vie sera réconciliée avec l'autre, la chair avec la pensée. L'imagination contemplative et stérile dans des cieux imaginaires cessera.
L'homme , véritable habitant de cet univers , vivant dans la nature , de la nature, avec la nature, réunira en elle toutes ses forces. Pour se sentir éternel, il n'aura qu'à développer en lui le sentiment et l'intelligence de l'Infini, qui est l'Eternel lui-même. L'Infini seul est impérissable , parce qu'il est immuable. Si donc l'Infini n'est pas dans l'homme, comment l'homme posséderaitil l'immortalité? Son immortalité est une participation à l'Être universel.
Que la religion de l'homme se transplante du ciel sur la terre, et qu'elle fixe son étendard au cœur de l'humanité. Que la théologie descende des hauteurs de l'imagination pour devenir l'anthropologie. Alors la religion , unissant l'homme à lui-même par le secours de Tldéal, deviendra réellement pratique, fertile, positive. — Vous pensez qu'il est indispensable d'effrayer le méchant par la crainte de l'enfer, et de soutenir le juste par l'espoir du paradis? — L'enfer et le paradis sont de cette terre : montrez-lui le premier dans la violation de la loi naturelle , et le second dans l'accomplissement de cette loi.
Ce n'est plus l'abnégation, c'est la jouissance qu'il faut prêcher, mais la jouissance dans l'humanité. Assez longtemps a retenti le cri lugubre :
« Souviens-toi qu'il faut mourir ! » — Avant tout aujourd'hui , souviens-toi de vivre. La vie est l'aliment du progrès et la condition indispensable du perfectionnement intérieur. Plus de lutte à outrance entre le corps et l'âme , c'est leur union fraternelle qu'il faut chercher pour servir le même but : la liberté et le développement. Ce n'est plus un Dieu extérieur, c'est un Dieu présent dans l'humanité et dans la nature ; c'est la Loi qu'il faut adorer. La Loi, je le répète, est le seul objet de la religion chez l'homme qui aspire à la liberté.
Ne repousse pas les jouissances qui fleurissent sur ton chemin; cueille-les : ce n'est pas un crime, c'est un devoir; si elles ont des parfums, c'est pour toi. Mais prends bien soin de connaître ton champ et d'y pouvoir distinguer les plantes vénéneuses qui te transforment en brute et sont ta mort, de celles qui nourrissent ton être, relèvent et l'épurent. Ta loi est amour: aime donc; enrichis ton cœur d'affections profondes et dignes de toi. Ta loi est vérité : apprends donc à connaître; livre ta pensée à la science et aux arts, afin qu'ils te donnent leurs trésors et que leur sève fasse épanouir ton âme dans des régions toujours plus élevées. — L'amour, la science et
les arts feront de toi un homme véritable , élargissant l'horizon de tes jouissances avec celui de ta vie. Qui n'aime ni ne sait, vit pauvrement: fais-toi riche. Il est en toi deux richesses : ton cœur et ton intelligence; ne pas les employer, ne pas les voir, c'est mourir de faim sur un trésor. Pour bien goûter la vie et n'en pas répandre la coupe vainement, souviens-toi que ton corps doit servir aux joies de ton esprit, et que tu es le seul être dans la nature qui puisse jouir de la matière dans V esprit, pour l'ennoblir. La pente est facile, glissante et prompte vers la brute. Combien la descendent aujourd'hui et ne la remontent plus ! Qu'il est peu d'hommes qui vivent humainement ! — Conserve ton corps et éloigne de lui les excès qui doivent tôt ou tard le briser sur recueil . de la souffrance et Se la maladie. C'est le vase précieux qui renferme l'essence divine ; ne le brise point, de crainte que le breuvage de la vie éternelle ne se répande dans la fange. — Jouis pleinement de ton être, mais pour l'esprit et par l'esprit. — En un mot, gardetoi d'arrêter ton cœur et ta pensée : ton bonheur ainsi que ta vie sont dans leur mouvement, et il est aisé de les noyer dans les jouissances brutales. — Le centre qui te fait homme est dans
l'équilibre de tes deux natures; elles se servent d'auxiliaires et de contre-poids. Si tu penches* trop d'un côté ou de l'autre , tu tomberas.
« Connais-toi, voilà la science universelle. Réalisè-toi, voilà le progrès.» Tout ce que tu feras contre la nature, tu le feras contre toi-même.
« Sois homme.» Toute la devise de l'humanité * est là. C'est la seule qui se puisse écrire sur tous les drapeaux ; c'est la seule qui puisse rallier toutes les nations, toutes les religions, toutes les puissances.
La politique est intime avec la morale d'un peuple. Quelle politique résultera donc de cette morale? Le devoir de former des hommes. L'obligation ^ue j'ai vis-à-vis de moi-même est, comme je l'ai dit, celle des autres vis-à-vis de mçi. A mes yeux, le gouvernement n'est pas dans un individu ou dans une assemblée. Il ne peut se confiner dans une assemblée, dans une tribune, dans une couronne : il est partout. Chacun est, dans une mesure diverse, gouverné et gouvernant, car chacun peut influer sur lui-même et sur autrui, lorsqu'il s'agit de faire des hommes, c'est-à-dire des êtres intelligents et aimants : des êtres libres. Mais plus la sphère de l'individu est restreinte, plus son action diminue. Il est des
hommes qui, par leurs moyens personnels ou par les circonstances qui les environnent, ont nécessairement une grande puissance. Ceux-là ont aussi une grande mission. Leur devoir se mesure à l'étendue de leur influence. Or, quels sont les véritables pouvoirs d'une société? Sontils là où il y a un nom, un titre? Non pas. Là est bien le nom , mais la chose est ailleurs. — Le pouvoir qui domine une nation , la maintient ou la ruine, l'agrandit ou l'abaisse avec lui, réside dans la science, dans l'art, dans la fortune. Pourquoi ? C'est que là est le véritable levier qui soulève les esprits. Le pouvoir nominal peut tout au plus se prêter à ce levier comme point d'appui ; il ne peut ni le remplacer, ni le détruire.*
A celui auquel il a été beaucoup donné, la société a droit de beaucoup redemander. Tout homme qui reçoit la puissance de la nature ou du sort a un mandat à remplir. Il doit ses forces à l'humanité.
Le moyen âge disait avec raison : « Noblesse oblige.» C'était sa devise. La chevalerie était pour les faibles une providence bardée de fer et la lance au poing. Mais aujourd'hui ce n'est plus la guerre, c'est la paix qu'il faut organiser. Une nouvelle Providence doit diriger et couvrir la
société de son bouclier. Ce n'est plus sur la matière, c'est sur les esprits qu'il s'agit d'agir. — Or, les puissances directrices de l'esprit sont la science et les arts, avec la richesse et l'industrie, leurs auxiliaires et leurs serviteurs. Que les arts et la science soient donc notre Providence. Qu'on ne dise plus : «Noblesse oblige,» mais talent oblige et richesse oblige. — Que la véritable aristocratie se montre dans les arts et la science. Ils peuvent tout pour le bien; hélas! nous le voyons aussi , ils peuvent tout pour le mal.
Une semblable noblesse, la noblesse intellectuelle n'est pas faite pour écraser la masse sous ses pieds orgueilleux et tyrans, mais pour l'élever dans ses bras. — Que ne peut-il pas celui qui est armé du génie! le monde lui appartient. Le génie est le roi de la terre ; le talent en est l'aristocratie. Ce que j'envie aux artistes et aux savants , ce n'est pas l'éclat qui jaillit sur leur nom, c'est tout le bien qu'ils peuvent faire.
Chaque homme, lors même qu'il serait infiniment petit, peut faire infiniment de bien, car il peut s'améliorer, et la moindre amélioration dans la partie est un immense bienfait pour le tout. La perfection de l'ensemble n'est-elle pas dans la perfection de ses parties? Que chaque
homme y songe, et nul ne se trouvera de trop dans la société.
Mais ceux qui occupent le sommet de cette société par l'intelligence ou la fortune sont les grands acteurs sur la scène. Ils jouent au pre-mier plan, le public a les yeux fixés sur leurs moindres gestes, et les oreilles tendues pour recueillir leur parole. Le succès de la pièce dépend donc de leurs efforts. Quel rôle et quelle responsabilité ! — Qu'ils y songent aussi. Qu'ils sachent que, s'ils ne font pas tout pour le bien, ils ne font rien qui ne soit pour le mal.
Le génie qui se manifeste dans la science et les arts est le véritable gouvernement des sociétés, il est celui de tout le genre humain. Mais le génie aujourd'hui s'est prostitué, et, tandis que la richesse devrait le servir, il sert la richesse et rampe à ses genoux. souverain du monde, pourquoi as-tu laissé tomber ton sceptre dans la boue? On ne saurait flétrir avec assez d'indignation ce marché infâme et honteux.
«Jls ne savent donc pas, ces vulgaires rimeurs, Quelle force ont les arts pour démolir les mœurs; Que Tencre dégouttant de leurs plumes grossières Renoircit tous les cœurs blanchis par les lumières; Combien il est affreux d'empoisonner le bien , Et de porter le nom de mauvais citoyen !
Ils ne savent donc pas la sanglante torture ,
De se dire, à part soi : j'ai fait une œuvre impure;
Et de voir ses enfants à la face du ciel
' Baisser l'œil et rougir du renom paternel ! Non , le gain les excite et l'argent les enfièvre ,
. L'argent leur clôt les yeux et leur salit la lèvre, L'argent, l'argent fatal , dernier dieu des humains , Les prend par les cheveux, les secoue à deux mains. Les pousse dans le mal , et pour un vil salaire Leur mettrait les deux pieds sur le corps de leur père. Honte à eux ! car, trop loin de l'atteinte des lois , L'honnête homme peut seul les flétrir de sa voix! Honte à eux! car leur main jamais ne s'est lassée De couvrir de laideur l'immortelle pensée I De l'art, de l'art divin , ce bel enfant des cieux, Créé pour enseigner la parole des dieux , Ils ont fait sur la terre un affreux cul-de-jatte , Tronçon d'homme manqué, marchant à quatre pattes , Et montrant aux passants des moignons tout sanglants , Et l'ulcère honteux qui lui ronge les flancs I »
Barbier. (ïambes,)
Oui, honte à eux! qu'ils portent la malédiction d'une société dont ils pourraient se faire bénir; c'est justice. Ils sont les nourriciers du genre humain, — et c'est de venin qu'ils emplissent leur sein !
Une alliance pourrait sauver notre société. Ce n'est pas celle de deux dynasties , vaine puérilité, — jouet politique! Non, il faut une union puissante et féconde qui descende jusqu'à la base de
l'édifice: celle du génie et de la fortune. Que ces deux pouvoirs se tendent la main; que la fortune consente à servir les efforts du génie, et ils en fauteront des prodiges.
Il est deux genres d'esclavage pour l'homme : la misère matérielle qui ne ruine pas seulement son corps, mais écrase son intelligence et aigrit son cœur; la misère intellectuelle et morale qui le dégrade à son tour, le plongeant dans l'ignorance et la haine. — Ce sont là les chaînes que vous devez rompre, vous qui avez la fortune et vous qui avez la pensée. — Unissez -vous, il en est temps encore, mais voyez l'orage qui avance à l'horizon : si vous tardez, la foudre vous frappera !
La science, les arts et la fortune, voilà les
trois piliers du bâtiment social; mais le ciment de l'édifice, c'est l'amoiir seul. S'il est absent, tout est perdu; c'est lui, lui seul, qui doit animer toutes les pensées, diriger tous les bras, être l'âme enfin de la société; richesse, talent, génie, sont bienfaisants quand l'amour les dirige. Tous sont funestes et s'enfoncent en mortelles blessures dans le sein de la société quand c'est la haine qui les emploie. Pour nous sauver, que faut-il? — Du cœur, encore du cœur et toujours du cœuri
?Oûf La religion, avec les promesses d'un autre
lafortiL monde , arrangeait fort bien ceux qui vivaient en rfifr^' bombance dans celui-ci. Le pauvre, quand la faim grondait en lui, se disait : attends le parahoiif dis ; tu y prendras ta revanche. Il ne s'insurgeait ukiB pas, car il espérait. Le riche dormait donc tranetaii quille sur son duvet : entre lui et le misérable lalei: en guenilles, il y avait une céleste promesse. — if Mais aujourd'hui le riche est inquiet. Il dort mal ]t5j depuis que le paradig^ne fait plus sentinelle à sa iific porte. Aussi lui qui donna toujours le signal du , il: scepticisme et en fît pour ainsi dire un article de luxe et d'aristocratie, se drape-t-il à cette heure dans la soutane : il se lamente, gémit sur l'im- :i I piété du temps et trempe ses doigts tremblants m bien bas dans le bénitier: ^Ora pro nobis.y> Il a peur : voilà le secret de son immense piété.
Le riche se trouve donc mis en demeure de faire du bien s'il veut éviter l'orage, et de gérer sa fortune comme un dépôt que l'humanité mit entre ses mains. Vous tous qui avez la fortune , la science ou le génie , élancez-vous noblement à la tête du progrès et montrez que , si vous êtes les plus puissants, c'est pour être les meilleurs. Le communisme est la plus folle utopie qui soit née dans la cervelle humaine. C'est un san-
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glant délire, mais c'est le délire d'un ventre creux. Depuis que le eiel a tort, le ventre a raison. Je ne sais , pour mon compte , qu'un moyen de faire respecter la propriété , c'est de la faire aimer et de consacrer par elle le grand principe dont vit la société : le travail. Ceux qui ont semé les gerbes sanglantes du communisme sont ceux qui ne se sont pas souvenus, dans leur égoïste folie, que richesse oblige. Le communisme vient d'en haut, et non pas d'en bas. — Aujourd'hui que l'opulence ne 'peut plus se rire de la misère derrière les remparts de la religion, il ne lui reste qu'un moyen, c'est de s'instituer le tuteur et le médecin de toutes les souffrances.
Les hommes n'attendent plus de miracle de la Providence; il faut donc qu'ils s'entr'aident mutuellement, et que le lien religieyx qui les unissait à Dieu devienne le lien de l'amour et de la justice: il faut enfin que l'humanité soit autre chose qu'une ironie.