‹ Lettres philosophiques. Éd. critique avec une introd. et un commentaireChapitre 101 sur 126 · j./^-;<; [et où] on · texte numérisé non relu

j./^-;<; [et où] on

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avoir étc faux-monuoieur ^, assuroit que l'anie étoit une

25 por|tion de la substance même de Dieu 9, & cette idée L^--J au moins étoit brillante.

Epicure la composoit de parties comme le corps'° ; Aristote qu'on a expliqué de mille façons, parce qu'il étoit inintelligible", croïoit, si l'on s'en raporte à

]o quelques uns de ses disciples, que l'entendement de tous les hommes étoit une seule & même substance'^.

Le divin Platon, maître du divin Aristote, & le divin Socrate, maître du divin Platon, disoient l'ame corporelle & éternelle' 3, le démon de Socrate lui avoit apris

5 5 sans doute ce qui en étoit. II y a des gens à la vérité qui prétendent qu'un homme qui se vantoit d'avoir un génie familier, étoit indubitablement un fou ou un fripon ; mais ces gens-là sont trop difficiles.

Quant à nos Pères de l'Eglise, plusieurs dans les pre- [125]

40 miers siècles ont cru l'ame humaine, les Anges & Dieu corporels'^.

Le monde se rafine toujours. Saint Bernard, selon l'aveu du Père Mabillon, enseigna à propos de l'ame qu'après la mort, elle ne voïoit point Dieu dans le Ciel, mais

45 qu'elle conversoit seulement avec l'humanité de Jesus- Christ'>, on ne le crut pas cette fois sur sa parole. L'avanture de la Croisade avoit un peu décredité ses Oracles'^. Mille Scolastiques sont venus ensuite, comme le Docteur iréfragable, le Docteur subtil, le Docteur angélique, le

50 Docteur séraphique, le Docteur chérubique, qui tous ont été bien sûrs de connoître l'ame très-clairement, mais

57. j6-À' [un] peu [fou ou un] peu [fripon] — 59. ji II est certain que plusieurs Pères de l'Eglise, [dans les ...]

42. S4''-)9 l'avis Aiigl. 55 as Father Mabillon confesses — 44. J4'-K [voyoit] pas — 49-50. ).f-K (notes) Haies. Scot. St. Thomas. St. Bonavanture.

l68 TR}.IZll-.\iE LKTTRE

qui n'ont | pas laisse d'en parler comme s'ils avoient [124 | voulu que personne n'y entendit rien'".

Notre Descartes, né pour découvrir les erreurs de l'an-

5) tiquité, mais pour y substituer les siennes'^, & entraîné par cet esprit sistématique qui aveugle les plus grands hommes, s'imagina avoir démontré que l'ame étoit la même chose que la pensée, comme la matière, selon lui, est la même chose que l'étendue : il assura que l'on

60 pense toujours, & que l'ame arrive dans le corps pourvue de toutes les notions métaphisiques, connoissant Dieu, l'espace, l'infini, aiant toutes les idées abstraites, remplie enfin de belles connoissances, qu'elle oublie malheureusement en sortant du ventre de sa mere'9.

6) M. Mallcbranche de l'Oratoire dans ses illusions su- [125] blimes, non-seulement admit les idées innées ; mais il

ne doutoit pas que nous ne vissions tout en Dieu, & que Dieu pour ainsi dire ne fut notre an"ie^°.

Tant de raisonneurs aïant fait le roman de l'ame, un

70 sage est venu qui en [a] fait modestement l'histoire-' ; Loke

a dévclopé à l'homme la raison humaine, comme un

excellent Anatomiste explique les ressorts du corps

humain. Il s'aide partout du flambeau de la Phisique--,

54. )4'-46, ji [né] non [pour découvrir] Daiis J94 (corr.) non eii biffé. Dans Tcirata de 42'' : ne non pour, lis. ne pour. Aiigl. ^j : born Xo discover tlie errors of antiquity and at the sanie time to substitute his own.. : ce qui indique que la leçon véritable de Foliaire était aussi dans la copie envoyée à Londres et justifie sa protestation contre la faute de j 4* conservée dans 594 (Bengesco, t. IV, p. 8). La faute pourrait n'être qu'une bévue de Tbicriot. — 55. 42, 42' omettent y. — 59. )4'-K [assura] bien

62. )4'-46 l'espace infini (faute évidente) — 64. J./'-A' [de] la [mère] — ■ 65. })-K Le P. Mallebranche C'est ici nii cas très exceptionnel ou ^y s'écarte de 54-^ qui était conforme à ^4. — 66. }9*-K [sublimes] n'admet point Angl. }j net only admittcd. Voltaire, en IJ^S, a prétendu que son premier texte était une faute d'impression qui ne faisait pas de sens (Moland, XXII, 590) ; la bévue avait été reprise par Boiillier dans la Bibl. franc, 1755, t. XX, 2, 195. — 70. a [fait] est le texte de toutes les éditions collationnées de ^4' à K. en fait est une faute de ^4 qu'il faut évidemment corriger comme ont déjéi fait ^4' et }j^, dérivés de J4. — S4''^ ^^^- Locke

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il ose quelquefois parler affirmativement, mais il ose

75 aussi douter-23 ; au lieu de définir tout d'un coup ce que nous ne connoissons pas, il examine par degrés^-^ ce que nous voulons connoître. Il | prend un enfant au moment [i-26J de sa naissance, il suit pas à pas les progrès de son entendement*>, il voit ce qu'il a de commun avec les bêtes, &

80 ce qu'il a au-dessus d'elles-*^, il consulte sur tout son propre témoignage, la conscience de sa pensée^?.

» Je laisse, dit-il, à discuter à ceux qui en sçavent plus » que moi si notre ame existe avant ou après l'organi- » sation de notre corps ; mais j'avoue qu'il m'est tombé

85 » en partage une de ces âmes grossières qui ne pensent » pas toujours, & j'ai même le malheur de ne pas con- » cevoir qu'il soit plus nécessaire à l'ame de penser tou- » jours qu'au corps d'être toujours en mouvementés. »

Pour moi je me vante de | l'honneur d'être en ce point [127]

90 aussi stupide que Loke, personne ne me fera jamais croire que je pense toujours; & je ne me sens pas plus disposé que lui à imaginer que quelques semaines après ma conception j'étois une fort sçavante ame, sçachant alors mille choses que j'ai oubliées en naissant, & aiant

5)) fort inutilement possédé dans Y utérus des connoissances qui m'ont échapé dès que j'ai pu en avoir besoin, & que je n'ai jamais bien pu r'aprendre depuis-9,

Loke après avoir ruiné les idées innées^o, après avoir

bien renoncé à la vanité de croire qu'on pense toujours3',

100 établit que toutes nos idées nous viennent par les sensj^,

examine nos idées simples & celles qui sont composées35,

85. ^i [qui ne] pense [pas] — 90. ys, K simple — i^'-A' Mr. Locke 97. J2, "jo-K reprendre — 98. ^4^-j2 Mr. Locke — 99. ji omet bien loi. }4''-K simples, celles — 100-106. Diii/s J4"-J2 la phrase est ainsi modifiée :... ayant bien établi..., ayant examiné..., ayant suivi... ayant fait voir... à tous moments, [il vient...] Dans ^ç* (corr.) il est biffé, fé-K suivent J4'-S2 jusquaux mots à tous momens, et continuent ainsi : Locke, dis-je, considère enfin...

lyO TREIZIÈME LETIKE

suit l'esprit | de l'homme dans toutes ses op(frations>+, [128] fait voir combien les langues que les hommes parlent sont imparfaites, & quel abus nous faisons des termes à

11^) tous momens'î.

Il vient enfin à considérer l'étendue ou plutôt le néant des connoissances humaines'*'. C'est dans ce chapitre qu'il ose avancer modestement ces paroles. Nous fie serons jamais peut-être capables de cotnioître si un être purement

iio matériel pense on non"!.

Ce discours sage parut à plus d'un Théologien une déclaration scandaleuse, que l'ame est matérielle & mortelle.

Quelques Anglais, dévots à leur manière, sonnèrent

I I ) l'alarme. Les superstitieux sont dans la société ce que les

poltrons sont dans une armée, | ils ont, & donnent des [129] terreurs paniques'**. On cria que Loke vouloit renverser la Religion59 : il ne s'agissoit pourtant point de Religion dans cette affaire ; c'étoit une question purement philo-

] 20 sophique, très-indépendante de la foi & de la rèvélation40; il ne falloit qu'examiner sans aigreur s'il y a de la contradiction à dire: la matière peut penser, & si Dieu peut communiquer la pensée à la matière. Mais les Théologiens commencent trop souvent par dire que Dieu est

12) outragé quand on n'est pas de leur avis. C'est trop ressembler aux mauvais Poètes qui crioient que Despreaux parloit mal du Roi, parce qu'il se moquoit d'eux.

Le Docteur Stillingfleet s'est fait une réputation de Theo|logien modéré pour n'avoir pas dit positivement [15^]

150 des injures à Lokct". Il entra en lice contre lui, mais il

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