‹ Lettres philosophiques. Éd. critique avec une introd. et un commentaireChapitre 112 sur 126 · A' ce mot ame · texte numérisé non relu

A' ce mot ame

196. [humain] demande [ce que] — 198. A-K omettent ua devant instinct. Je crois ma correction plus probable: l'omission de une dans la copie

âme dans l'homme, et un instinct dans la brute. Je satisferai à cette question quand les universités m'auront appris 200 ce que c'est que le mouvement, le son, la lumière, V espace, le corps, le tems. Je dirai, dans l'esprit du sage Mr. Locke: « La Philosophie consiste à s'arrêter quand le flambeau de la phisique nous manque. » J'observe les efî^ets de la nature, mais je vous avoue que je n'en conçois pas plus

20) que vous les premiers principes. Tout ce que je sai, c'est que je ne dois pas attribuer à plusieurs causes, surtout à des causes inconnues, ce que je puis attribuer à une cause connue : or, je puis attribuer à mon corps la faculté de penser et de sentir ; donc, je ne dois pas cher-

210 cher cette faculté dans un autre Etre appelé aw^, ou esprit, dont je ne puis avoir la moindre idée. Vous vous récrirez à cette proposition, vous trouverez de l'irréligion à oser dire que le corps peut penser. Mais que direz-vous, vous répondroit Mr. Locke, si c'est vous-même quiètes icicou-

21) pables d'irréligion, vous qui osez borner la puissance de Dieu ? Et quel est l'homme sur la terre qui peut assurer sans une impiété absurde qu'il est impossible à Dieu de donner à la matière le sentiment et la pensée ? Foible et hardy que vous êtes, vous avancez que la matière ne

220 pense point, parce que vous ne concevez pas qu'une

s'explique mieux que l'addition de un. — 199. A-H humanités K physiciens, kçon qui, avec celle de la ligne 116, ferait penser que K n'a pas corrigé les édilions antérieures sur un manuscrit de l'auteur, mais par conjecture. P oye:^ pourtant l. 2y^, et la note critique — 200. A-K omettent le mouvement.

204. A' ne conçois — 210. ^-A' [cette faculté] de penser et de sentir [dans] une autre appelée. Le ms. porte ou d'esprit non-sens que je rectifie selon le texte des éditions.

211. A-K récriez — 212. A-K [vous] trouvez donc — 215. ^-A' diriezvous, répondroit — 216. A-K omettent tl deiant quel. — 218. A-K le penser? Foibles et hardis

220-222. A-K [concevez pas qu'une] matière telle (A quelle) [qu'elle soit, pense].

substance étendue puisse penser, et concevez-vous mieux comme une substance, telle qu'elle soit, pense ?

Grands Philosophes qui décidez du pouvoir de Dieu et qui dites que Dieu peut d'une pierre faire un ange^,

225 ne voyez-vous pas que, selon vous-mêmes, Dieu ne feroit en ce cas que donner à une pierre la puissance de penser ? car, si la matière de la pierre ne restoit pas, ce ne seroit plus une pierre changée en ange, ce serait une pierre anéantie et un ange créé. De quelque côté que

230 vousvous tourniez, vous êtes forcé[s] d'avouer deux choses, votre ignorance et la puissance immense du Créateur : votre ignorance qui se révolte contre la matière pensante, et la puissance du Créateur à qui certes cela n'est pas impossible.

235 Vous qui savez que la matière ne périt pas, vous contesterez à Dieu le pouvoir de conserver, dans cette matière, la plus belle qualité dont il l'avoit ornée ! L'étendue subsiste bien sans corps par lui, puisqu'il y a des philosophes qui croient le vuide ; les accidens subsistent

2^0 bien sans substance parmi les chrétiens qui croient la transsubstantiation. Dieu, dites-vous, ne peut pas faire ce qui implique contradiction. Cela est vrai, mais pour savoir si la matière pensante est une chose contradictoire, il faudroit en savoir plus que vous n'en savez, vous aurez

2^5 beau faire, vous ne saurez jamais autre chose, sinon que vous êtes corps, et que vous pensez.

Bien des gens qui ont apris dans l'Ecole à ne douter de rien, qui prennent leurs silogismes pour des oracles et leur superstition pour de la religion, regardent Mr. Locke

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