K Les [maudits] — 67. }ç*-K suppriment plutôt
64 CINaUlÉME LETrRH
services dans l'Eglise aussi bien que dans l'Armée ; on
80 n'y voit point de jeunes gens Evoques ou Colonels au sortir du Collège. De plus les Prêtres sont presque tous mariés, la mauvaise grâce contractée dans l'Université, & le peu de commerce qu'on a ici avec les femmes^?, font que d'ordinaire un Evoque est forcé de se contenter de
85 la sienne. Les Prêtres vont quelquefois au cabaret, parce que l'usage le leur permet, & s'ils s'cnyvrent, c'est sérieusement et sans scandale î°.
Cet estre indéfinissable qui n'est ni Eclesiastique ni Sécu|lier, en un mot, ce que l'on apelle un Abbé?', est [51]
90 une espèce inconnue en Angleterre ; les Eclésiastiques sont tous ici réservés & presque tous pédans. Quand ils aprennent qu'en France de jeunes gens connus par leurs débauches, et élevés à la Prélature par des intrigues de femmes, font publiquement l'amour, s'égaient à composer
95 des chansons tendres, donnent tous les jours des soupers délicats & longs, & de-là vont implorer les lumières du S. Esprit, & se nomment hardiment les successeurs des Apôtres ; ils remercient Dieu d'être Protestans. Mais ce sont de vilains hérétiques, à brûler à tous les diables, 100 comme dit Maître François Rabelais32 ^ ^'q^i pourquoi je ne me mêle de leurs affaires.
I . Les sources livresques, ici, ne marquent souvent que les courants de sentiments et d'idées où Voltaire a puisé. J'ai
80. S4'-K [on n'y voit] pas 46-K p.is des [jeunes gens] (sauf j/, ji, 71" qui conservent pas de)
92. 46-K des jeunes gens — 99. 46-/) des vilains (51, 7/', A' de vilains)
loi. ? '-K [mêle] point
essayé de les préciser davantage à l'aide des journaux. Mais il faut dans toutes les lettres V-X réserver une grande place aux impressions directes de Voltaire, aux conversations et sources orales.
2. « Great Britain is particularly fruitful in religions, that shoot up and flourish in this climate more than in any other. » (The Tatler, n» 257.)
3. « Ils (les whigs) disent que dans une nation libre comme est r Anglaise, chacun doit avoir la liberté de rendre à Dieu le culte que lui dicte sa Conscience, par le même droit que chacun jouit de sa maison, de son champ et de son pré. » (De Cize, cy devant officier au service d'Angleterre, Histoire du ivhiggistne et du toristne, La Haye, 1718, in- 12.) — « They (les gens de Clèves) quietly permit one another to choose their way to Heaveii. » (Locke, Lettre à Bayle du 12 déc. 1665, cité par Bastide, John Locke, p. 30.) — Cf. l'abbé Prévost, Mc'in. d'un H. de qualité, 1. XII, début, éd. 1803, t. III, p. 146.
4. Bill contre la conformité occasionnelle, pour exclure plus rigoureusement les non-conformistes de tous les emplois, 171 1 : le comte d'Oxford le laissa passer (Rapiu Thoyras, XII, 379 ; De Cize, 341).
5 . «... L'Église Catholique dont ils retinrent les Évéques et la plupart des cérémonies » (Le P. D'Orléans, Histoire des Révolutions d'Angleterre, éd. de 1724, t. 3, p. 225). Il n'est pas sûr que Voltaire ait utilisé cet ouvrage, malgré l'analogie des expressions.
6. Sur les diverses dîmes payées au clergé anglican, cf. Chamberlayne, 1,274-275.
7. L'auteur àes Réflexions sur l'humeur de la nation anglaise en matière de religion et de politique (traduit de l'Anglais, Londres, 171 3, in-i 2) s'élève contre les tracasseries et amendes infligées aux dissidents. « Le principe de tant de violences, c'est le désir de régler les autres et de commander » (p. 22).
8 . Cette accusation est dans Rapin Thoyras, Diss. sur les whigs et snrlestorys (t. VIII de VHist. d'Angh, p. 642).
9. « La populace n'avait garde de ne pas suivre un parti o^ Lett. phil. I. 5
Gd CINaUlÉME LETTRE
elle voyait les ecclésiastiques. (Après le succès des tories aux élections de 1710), elle caaa les vitres de tous ceux qui n'avaient pas illuminé leurs fenêtres. » (RapinThoyras, 2^ éd., XII, 312.) — En 1712, à l'occasion d'une fête en mémoire de Guillaume III, " on s'injuria, on se battit, on cassa les vitres du traiteur » (Ibid., XII, 456). En 1715, sous George I'', le jour anniversaire du couronnement de Jacques II et de la reine Anne, les maisons des tories furent illuminées ; « on cassa les w/zw de celles qui ne l'étaient pas ». La même année, au jour de naissance du duc d'Ormond, « on brisa les vitres de celles qui n'étaient pas illuminées » (Ibid., XIII, p. 42). En général ce sont des vitres de particuliers et de cabarets qui sont cassées. Les temples non -conformistes sont plutôt saccagés et abattus : Rapin Thoyras, XIII, 42 ; An Epistle to IV. S. esq. (Shippen) containing some Polit i cal Remaries QIC, by a Meiiiber of Parlianieiit, London, 1728, in-80 (p. 20 : licensed Meetinghouses pulled down or burnt). — ^iigl- 33 renforce ici le texte : « the breaking the Windows of some Meeting-houses and the dcmolishing o( afeu! of them. »
10. La comparaison est dans Gregorio Leti (IV, 158) et dans son abréviateur Vanel (t. I, p. 53). Voltaire l'a plutôt prise d'Addison (The Spectator, n» 12) ou reçue de Bolingbroke qui l'emploiera plus tard (A Diss. upon parties, Works, II, 85); mais avait-il besoin ici d'une suggestion?
11. Rapin Thoyras nie ces mauvais desseins des whigs (Diss. sur les wh. et les t., t. VIII, p. 652-654). Mais il accorde qu'on les leur prête. « Ce ne sont pas les étrangers seuls qui ont sur ce sujet des idées confuses... Les Anglais même n'en sont pas exempts. Rien n'est plus ordinaire que ...d'entendre un tory accuser tous les whigs sans distinction (et non les whigs presbytériens seulement) de vouloir abolir... la Hiérarchie. « (Ibid., 648.) Voltaire dut lire cette accusation dans les journaux, la recueillir chez Bolingbroke, Peterborough ou Swift. Il est de sa méthode de se renseigner chez les ennemis des whigs sur leur véritable esprit. Et puis, il ne croit pas leur faire un mauvais compliment en accueillant ce bruit . — D'ailleurs V Histoire de Rapin Thoyras admet que les Parlements
wlùgs sont disposés à u humilier les ecclésiastiques » (XII, 75 ; 1706).
12. Boire la santé est peut-être suggéré par les banquets d'anniversaires qui donnèrent occasion de casser tant de vitres. Cf. n. 9.
13. Ce rapprochement est partout : dans Rapin Thoyras, t. XII,"p. 74 ; dans Moreri, art. Angleterre (État ecclésiastique).
14. « This représentation (de la Chambre de Convocation en 171 1) was very long and contaiued a grcat deal concerning the Atheism and Irreligion of the times, which they ascribed chiefly to the late growth of Heresy and Schism, and by the printing of wicked and Atheistical books... » (Memoirs of Queen Ann, 1729, Supplément, p. 107). — Cf. Rapin Thoyras, XII, 326- 327 (censure d'un livre de Whiston en février 171 1).
15. « On sait assez par expérience que ces Examinateurs (des livres nouveaux) appellent impiétés et blasphèmes tout ce qui ne favorise pas leur parti. » (Lesage, Remarques sur V Angleterre, p. 13.) Aucune probabilité d'emprunt direct.
16. Les journaux de 1726- 1729 signalent bien quelques réunions de la Convocation, mais le compte rendu qu'ils en font est complètement insignifiant; et ils en annoncent surtout la prorogation : c'est ce fait qui a dû frapper Voltaire.
17. Misson, art. Eveq.ues, Noblesse ; Chamberlayne, t. I, pp. 248 et 2)8. — « Dans les Parlements, ih ont séance à la Chambre Haute, en qualité de barons aussi bien que comme évêques » (Chamberlayne, I, 258). La. Bibl. Britannique (pct.-àéc. 1733) et {^Journal littéraire (x. XXII), dans leurs comptes rendus des Lettres philosophiques critiquèrent le mot d'abus : c'est peutêtre ce qui décida Voltaire à l'atténuer plus tard (cf . notes critiques, 1. 47).
18. ht Gentleman s Magasine àt 1735, p. 545, rappelle le mot de Locke sur les évêques, « that they were the dead weight of the House ».
19. «Je ne me rétracte point sur nos seigneurs les Évêques ; s'ils ont leur voix au Parlement, aussi ont nos pairs. Il y a bien delà différence entre avoir sa voix et avoir du crédit. Je croirai, de plus, toute ma vie, que saint Pierre et saint Jacques n'ont
jamais été comtes et barons. » (Voltaire à Thieriot, 24 février 1733; XXXIII, 327.) Thieriot a tenu bon, et a retranché la phrase de son édition ; cf. notes critiques, 1. 48.
20, Voyez les serments de suprématie et d'allégeance dans Rapin Thoyras, VI, 135, et VII, 43; H. Gee, Tlu Eli{jbethait Clergy and the settleinent of religion, Oxford, 1898, in-80, pp. 15 et 22 ; Prothero, Select Statules and other Constitutional Documents, Oxford, 1894, p, 7 et 259. La formule comme elle est établie par la loi que je ne trouve pas dans ces serments se trouve dans les Canons de 1604 (hy laiu established, Prothero, 445), et dans la formule de serment votée sous Charles II en 1675 (« I. A. B. do swear that I will not endeavour to alter the Protestant religion no%v by law established in the Church of England », dans A Letter froni a person of quality qui fait partie du recueil A Collection ofseveral pièces of Mr. John Locke, p. 124). Voltaire a peut-être simplement pris sou information dans Chamberlayne, qui dit que tout prêtre, avant d'être pourvu d'un bénéfice, doit souscrire la déclaration suivante : « I. A. B. Do déclare that no foreign Prince, Person, Prelate, State or Potentate hath or ought to hâve any Jurisdiction, Power, Superiority, Prééminence or Authority Ecclesiastical or Spiritual, within thisRealm, and that I will conform to the Liturgy of the Church of England as it is now hy Law established » (Éd. 1727, p. 143). Cependant l'expression de Voltaire me paraît faire allusion plutôt à la loi votée pendant la 10* année du règne de la reine Anne, « for preserving the Protestant religion bybetter securing the Churchof England iU by laiv established » (Cobbett, Pari. Hist., VI, Appendix CCXXXVII). Le IVeckly Misccllanv, Jan. 13, n» 5 (cité par The G.'s Mag., Jan. ^733) P- ^7)> parlant des droits « of civil Power in Matters of religion as by laiu established », renvoie à cette loi (Stat. 10 Annse, cap. 2.) Cf. encore Rapin-Thoyras, XII, 380 (ou 430, selon les tirages de la 2eéd.)
21. Archiprêlre n'est pas un degré distinct de la Hiérarchie anglicane. C'était ainsi, dit Chamberlayne (I, 247) que l'on appelait autrefois le doyen rural. Mais puisque Voltaire nomme les doyens, il est probable qu'il a écrit par inadvertance d;r/;;/;r«'7;ï' pour arc/;/diacre qui est le nom d'une dignité importante. La traduction anglaise dit simplement» bishops, deans, or other dignitaries. »
22. Cf, Leslie Stephen, English Thougbl in the iS^^ Century, 1881, t. 2, notamment pp. 152-166; Sichel, BolinghroHe and Jhs tintes, I, 257-258; Bastide, John Locke, 1906, pp. 349-358.
23. Dissertation sur la validité des ordinations Anglicanes et sur la succession des Evesques de l'Eglise Anglicane, 2 parties, Bruxelles, 1723, in-12. Le scandale en France fut énorme, et le bruit se prolongea jusqu'à l'époque de la rédaction des Lettres Anglaises (Journal des Savants, i'j2^, mars et septembre; 1725, pp. 158,546,640; 1726, pp. 114, 436, 473 ; 1727, p. 67 ; 1728, pp. 697, 707 ; 1730, pp. 513, 582. — Mémoires dcTrévoux: 1722, p. 708 ; 1724, p. 1349 ; 1727, p. 797. — Bibliothèque raisonnée, 1728, t. I, p. 88; 1729, t. 3, p. 87 ; 1730, t. 5, p. 282 ; 1731, t. 7, p. 3 5 5 . — The Présent State of the Repuhlich of Letters, t. 1 et 2 passini, et notamment I, 135 et 173. — The London Journal, n° 465, Saturdav June 29, 1728).
24. La Dissertation et la Défense du P. Couraver furent supprimées par un arrêt du Conseil du 7 septembre 1727 (Rocquain, p. 493-494). C'est alors que Courayer partit pour l'Angleterre : il arriva à Greenwich au début de février 1728, et Voltaire put être témoin de l'accueil qui lui fut fait. (Tiie Daily Journal, n0 22o6, Wednesday February 7, 1728).
25. Le P. Courayer, en tête de S2i Dissertation, reproduit un mémoire (attribué à l'abbé Renaudot) qui avait paru d'abord dans un livre de l'abbé Gould, La véritable croyance de V Eglise Catholique, nouv. éd. 1720. Renaudot disait (e, iiii) : « Celle (l'ordination) de Parker fut contestée d'abord par les Catholiques qui en prouvèrent la nullité par de puissantes raisons, et quelques-uns comme témoins oculaires soutinrent qu'elle avait été faite furtivement dans un Cabaret. » Courayer lui-même n'employé que le mot auberge. Mais le mot « cabaret » se trouve souvent dans les journaux qui rendent compte de la controverse (/. des Sav., 1725, p. 560; 1727, p. 70; Tréivux, ij 22, p. 708; 1724, p. 1350; 1727, p. 800; La Chapelle, Bibliothèque Anglaise, 1726, t. 3., p. 328 et suiv., etc). — Il ne s'agit pas, comme le dit l'éd. Moland, de Samuel Parker, évêque d'Oxford au xviie siècle, mais de Mathieu Parker
(1504-1575), archevêque de Cantorbéry, ordonné le 6 déc. 1559.
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26. « Ils (les whigs) ne croyent pas l'Épiscopat d'institution
divine Ils mettent l'État au-dessus de l'Église, et ils croyent
qu'il est à propos de la tenir dans la dépendance. » (De Cize, Hist. du lub. et du tor., p. 13.) — Cf. Leslie Stephen, Englis^ Thûiight in the iS^'^ Century, surtout t. II, p. 156 et suiv., Bastide, John Locke, p. 349 et suiv. — Voltaire a recueilli les échos des grandes controverses politico-théologiques qui s'engagèrent en Angleterre au début du xviiie siècle sur les rapports de l'Église et de l'État (Locke, Tindal, Hoadly et la controverse de Bangor, etc.). Tindal appelait l'Église une « création parfaite du pouvoir civil » (Bastide, 351). Et Warburton qui cherche une conciliation, arrivera à écrire dans sa Divine Légation of Moses : « The true end for which religion is established (est établie au sens anglais = est religion d'État), is not to provide for the true faith, but for civil utility In a word an established religion witli a test lavv, is the universal voice of nature. » (Bastide, 357, n. 3 ; L. Stephen, II, 166.)
27. C'étaient bien là les idées de Bolingbroke, tout tory qu'il était. « A bishop, in short, as Bolingbroke more frankly spoke, is nothing but a Liynian with a crosier in his hand » (L. Stephen, II, 160, avec réfcrenceà Bolingbroke's U'^orks, II, 188). On peut lire encore le quatrième Essai, adressé à Pope, sur l'autorité en matière de religion (/ForA'i, t. IV). « The establishment
a religions of order subject to the civil magistrate and subservient to the civil power, not that of a religious societv pretending to be the allies and aiming to be the masters of the civil », voilà sa doctrine. Voltaire, plus tard, résumera bien ce point de vue anglais dans les Diiilogues d'A. B. C, en faisant dire par A : a Une bonne religion honnête, mort de ma vie! bien établie par acte du Parlement, bien dépendante du souverain, voilà ce qu'il nous faut, et tolérons toutes les autres. »
28. On pouvait être évéque à 30 ans (Misson, art. Clergé, p. 59). Mais c'était la théologie, non la naissance qui menait aux dignités : or « pour pouvoir être reçu docteur en théologiel il faut avoir fait pour le moins 18 ans de séjour à l'Université... I y a peu de docteurs en théologie qui aient moins de quarante ans » (Lcsage, pp. 29 et 50). Cf. Misson. art. Cambridge, p. 38. Sur
l'avarice du clergé, Beeverell qui la signale (Délices de V Angleterre, 1727,1. V, p. 1034) se fâche contre «un certain François qui a publié un Voyage d'Angleterre » et qui « a eu la hardiesse d'écrire que les évèques anglais arrivant fort tard à cette haute dignité, et n'ayant pas le temps de travailler à enrichir leurs familles, prenaient le parti d'engager tout d'un coup leur temporel en le donnant à ferme pour trente ans à moitié rente, en telle sorte que les successeurs n'ont que la moitié des revenus jusqu'à ce que les trente ans soient écoulés ».
29. « Les femmes... sont... peu gâtées parles douceurs des hommes, qui ne leur donnent que la moindre partie de leur temps. » (Murait, 1. III, p. 43 ; cf. ihid., p. 38.)
30. « On en trouve dans les cafés la pipe à la main, et souvent dans les cabarets. » (Murait, 1. I, p. 8.) « La curiosità havendomi mosso a visitar qualche Caffeo e Cabaretto, non sono stato mai senza trovar vi qualche Robba Pastorale... // maggior loro scandalo pero consiste ad andar fumando tabacco, bevendo, mangiando, et informandosi di novelle con questo e queir altro... «(G. Leti, t. I, p. 420). Et il conclut que de tous les clergés d'Europe, protestants et catholiques « non ve n'è alcuno che sia meno scaitdaloso dell' Inglese... ». — Pour l'ivrognerie du clergé, cf. Swift cité par Bastide, John Locke, p. 331.
3 I . Sur les abbés français, cf. La Bruyère, De quelques usages ; Bayle, Œuvres diverses, t. II, p. 39: « Qu'y a-t-il de plus galant et de plus coquet que cette multitude d'abbés dont la ville de Paris abonde, qui vont aussi à découvert à l'attaque d'une femme que sauraient faire les jeunes Marquis ? »
32. Libre réminiscence de Rabelais: « Il est par la vertus Dieu, hœreticque ; je diz ha^reticque formé, hîereticque clavelé, hxreticquebruslable, comme une belle petite horologe. Son anie s'en va à trente mille charretées de Diables » (III, 22). Cf. aussi 1,20, IV, 53, etc. — Voltaire, à cette date, n'aimait guère Rabelais (cf. lettre XXII, et Correspondance, t. XL, 192 et 350). Il s'en souviendra pourtant encore dans la lettre XIII.
Sur les Prcsbiteriens.
La Religion Anglicane ne s'étend qu'en Angleterre & en Irlande. Le Presbiteranisme est la Religion domi- 5 nante en Ecosse. Ce Presbiteranisme n'est autre chose que le Calvinisme pur, tel qu'il avoit été établi en France & qu'il subsiste à Genève. Comme les Prêtres de cette Secte ne reçoivent de leurs Eo^lises aue des S'ages très-médiocres, & que par conséquent ils ne peuvent
10 vivre dans le même luxe que les Evêques, ils ont pris le par|ti naturel de crier' contre des honneurs où ils ne [53] peuvent atteindre. Figurez-vous l'orgueilleux Diogéne qui fouloit aux pieds l'orgueil de Platon : les Prcsbiteriens d'Ecosse ne ressemblent pas mal à ce fier & gueux
15 raisonneur. Ils traitèrent le Roi Charles II avec bien moins d'égards que Diogéne n'avoit traité Alexandre. Car lorsqu'ils prirent les armes pour lui contre Cromwel qui les avoit trompés, ils firent essuyer à ce pauvre Roi quatre sermons par jour, ils lui dcfendoient de jouer, ils
20 le mettoient en pénitence, si bien que Charles se lassa
Ligne 2. ^<^*-yi [Des] Presbytériens. A' Presbytériens (Dict. phil.) — l- K [ne] régne... — 4 et 5. j2-K Presbytéri.inisnie — 8. ^4* dans [leurs Kglises] }i-46, jj dans les Eglises {46, aux Fautes à corriger, porte : dans les Eglises, lis. de leurs Eglises) 4S omet dans devant les Eglises
II. 46-K les [honneurs] — 15. )4''-K [traitèrent] Charles second (ou II) — 16. 42-^2 égard
SUR LES PRESBITERIKKS 73
bien-tôt d'être Roi de ces pédans, & s'échapa de leurs mains comme un Ecolier se sauve du Collège.*
Devant un jeune et vif Bachelier [français] criaillant le matin dans les | Écoles de Théologie', & le soir chantant L54j
2) avec les Dames, un Théologien Anglican est un Caton ; mais ce Caton paroit un galant devant un Presbiterien d'Ecosse. Ce dernier affecte une démarche grave, un air fâché +, porte un vaste chapeau, un long manteau pardessus un habit court 5, prêche du nez & donne le nom de lapros-
30 tituée de Babilone '^ à toutes les Eglises, où quelques Ecclésiastiques sont assez heureux pour avoir cinquante milles livres de rente, & où le Peuple est assez bon pour le souff"rir, & pour les appeller Monseigneur, votre Grandeur, votre Eminencev.
35 Ces Messieurs qui ont aussi quelques Eglises en Angleterre, ont mis les airs graves & sévères à la mode en ce Pays. C'est à eux qu'on doit la sanctifica|tion du [)3] Dimanche dans les trois Royaumes s ; il est défendu ce jour-là de travailler & de se divertir, ce qui est le double
40 de la sévérité des Eglises Catholiques ; point d'Opéra, point de Comédies, point de Concerts à Londres le Dimanche 9 ; les cartes même y sont si expressément défendues, qu'il n'y a que les personnes de qualité & ce qu'on apelle les honnêtes gens qui jouent ce jour-là. Le
45 reste de la Nation va au Sermon, au Cabaret et chez les Filles de joie.
23. Je reçois de ^4'^-K le mot français omis par ^4 et indispensable au sens.
24. ^4^-48, ^2-K omettent et. — 28. }4'-K omettent porte. — 29. 46-^' de prostituée sans la (71'' prostituées)
31. S4'~4^ [heureux]d' [avoir] Dans ^94 (corr.) d'avoir est barré et remplace par pour avoir, dans 46, aux Fautes à corriger; d'.ivoir, lis. pour avoir — 33. ^4', ^7-' Monsieur, [Votre Grandeur...] — 34. )4''-4S, ^2-K et [Votre Éminence] — 36. 42, 42" leurs [airs]
41. 46-K Comédie, leçon meilleure. — 70-A' concert — 45. j^^'-jcj-», 46, 48, S2-K des [filles] (42, 42^ ji gardent les)
Quoique la Secte Episcopale & la Presbiterienne soient les deux dominantes dans la Grande Bretagne, toutes les autres y sont bien venues et vivent (toutes) assez bien 50 ensemble, pendant que la plupart de leurs prédicants se détestent rc'ci|proquement avec presque autant de cordia- [56] lité qu'un Janséniste damne un Jésuite.
Entrez dans la Bourse de Londres'", cette Place plus respectable que bien des Cours, vous y voïez rassemblés
55 les députés de toutes les Nations pour l'utilité des hommes " ; là le Juif, le Mahométan & le Chrétien traitent l'un avec l'autre comme s'ils étoient de la même Religion, & ne donnent le nom d'infidèles qu'à ceux qui font banqueroute ; là le Presbiterien se fie à l'Ana-
60 batiste, & l'Anglican reçoit la promesse du Quaker. Au sortir de ces pacifiques & libres assemblées, les uns vont à la Sinagogue, les autres vont boire, celui-ci va se faire baptiser dans une grande cuve au nom du Père par le Fils au Saint | Esprit : celui-là fait couper le prépuce de son [57]
65 fils & fait marmoter sur l'Enfant des paroles hébraïques qu'il n'entend point : ces autres vont dans leur Eglise attendre l'inspiration de Dieu leur chapeau sur la tête, & tous sont contens.
S'il n'y avoit en Angleterre qu'une Religion, le despo-
70 tisme"^ seroit à craindre, s'il y en avoit deux, elles se couperoient la gorge ; mais il y en a trente, & elles vivent en paix heureuses'5.
49. Le mot toutes fait ici pléonasme, il ne se retrouve pas dans }4'-K ; j'indique le retranchement nécessaire.