‹ Lettres philosophiques. Éd. critique avec une introd. et un commentaireChapitre 79 sur 126 · K il [seroit] ;i, j6-K [un simple] citoyen · texte numérisé non relu

K il [seroit] ;i, j6-K [un simple] citoyen

Lett.phil.l. 6

l'Eucliaristie, uon pas à la relation du Père et du Fils dans la Trinité.

4. Le récit est dans Théodoret (V, 16) qui nomme l'évêque saint Amphiloque, et dans Sozomène (VII, 6) qui ne le nomme pas. Voltaire est plus près de Sozomène que de Théodoret dans tout son récit (t(j) oa^TÛÀu) ax;vojv...i/.ÇiX£aOai tôv -Oc^ÇjTrjV uSoti- Ttxôjç I/AXeuiiv). Quel est l'intermédiaire entre Sozomène et Voltaire ? Ce n'est pas Bayle. Ce n'est peut-être pas Maimbourg {Histoire de Varianisiiie, 1683, in-40, t. I, p. 61 1-612). Est-ce Tillemont (Mnnoires pour servir à Vhist. ecclés., t. VI, 2* éd., 1704, p. 620 : les Ariens, 3 139)? Est-ce Flcury {Histoire ecclésiastique, t. IV, p. 478 de l'éd. de 1740)? L'accent voltairien dérobe ici la source ; mais il est probable qu'elle est anglaise. George Bull {Opéra, 1703, p. 235 ; TbeWorks... Translated... by Fr. Holland, 1725, t. II, p. 56), dans sa Defeusio fidei Nicxiix, sec. IV, cli. 2, § 12, raconte l'anecdote d'après Sozomène. (A certain old Man, the Bishop of an obscure city... began to stroke him with his hand..., etc.) Je n'ai pas pu, ou pas su, la retrouver dans Clarke ou Whiston.La réflexion de Voltaire, d'apparence si personnelle, est bien dans l'esprit des ariens anglais, comme le prouve le passage suivant de J. Jackson {A collection of Qiieries, U'herein the viost material objections... alledged against Dr. Clarke' s Scripture-Doctrine oj the Trinity. . are... ansivered..., 1716, p. 123): « It is no detraction from the honour of the Prince of Wales, to déclare He is not the King of Great Britaiu... It may well beconie serious aud sincère Christians to consider, whether it is not possible that... they may dishonour the Father..., attributing even to the beloved son that which is incommunicable and peculiar to the Father. » Voltaire a pu ignorer Bull et Jackson, et tenir l'anecdote avec le commentaire de la conversation de Clarke ou d'autres ariens.

5. Voltaire confond le mouvement antitrinitaire avec le socinianisme qui depuis longtemps s'était répandu en Pologne

et en Hollande : c'est pourquoi il associe ces deux pays à l'Angleterre.

6. « M. de Voltaire dans ses Lettres s'est avisé aussi de mettre M. Newton au rang des antitrinitaires, on ne sait pas sur quel

fondeinent, car cet illustre savant n'a rien publié en faveur de l'arianisme. » (Chauffepié, art. Newton, II, 63.) Mais Chauffepié lui-même constate que Newton a été accusé d'arianisme par Gray. Brewster (II, 337, 342) montre que Newton était peu favorable à Athanase, et qu'on peut le soupçonner d'avoir été peu orthodoxe sur la Trinité. Il ne publia rien sur ce sujet de son vivant ; mais il laissa des manuscrits, dont l'un, Historical account of tivo notable Corruptions of the Scripture, avait été écrit en 1691, et rerais par Locke à Leclerc en 1 691 : il ne fut imprimé qu'en 1754, et l'on v voit que Newton rejetait l'authenticité du fameux verset des Trois témoins célestes. Voltaire put recueillir de divers côtés en Angleterre des soupçons sur l'orthodoxie de Newton. Il lut aussi JVhiston's Historical Memoirs of the Life of Dr. Samuel Clarke (2e éd., London, 1730). Etait-ce cet ouvrage qu'il réclamait à Thieriot en 1732 (t. XXXIII, p. 277) ? Whiston se demande (p. 8) si c'est Newton qui donna à Clarke ses idées sur la Trinité, ou si Clarke y vint de lui-même : « Whether Mr. Newton had given Mr. Clarke yet any intimations of that Nature, for he knew it long before this Time, or whether it arose from some Enquiries of his own, I do not directly know, though I incline to the latter. » Il dit encore un peu plus loin (p. 9 : « I met with the account of a private Tutor to a Nobleman in King's Collège whose name I hâve forgot, that was at first inclinable to Socinianism, but upon a Conférence with Mr. Newton, returned to what has been of late càlled Arianism. » Cf. sur l'accord de Newton et de Clarke, Sovie brief critical Remarks on Dr. Clarke's last Papers, by JohnEdwards, D. D., 1714 (p. 36). 7. La Bibliothèque française, (t. XX, part. 2, art. i), et Chauffepié, art. Clarke (t. II, p. 92) ont vivement relevé l'irrévérence de ces expressions et du jugement qui suit sur les livres de Clarke. Voltaire avait connu Clarke en Angleterre et causé avec lui (cf. Métaphysique de Newton, t. XXII, p. 403 ; Courte réponse aux longs discours d'un docteur allemand, t. XXIII, p. 194). Clarke s'était fait attaquer de deux côtés, par les orthodoxes comme socinien et déiste déguisé, et par les déistes comme gardant trop de la phraséologie orthodoxe et des éléments historiques de la croyance : c'est ce qui explique le ton

de Voltaire, sympathique à la liberté hérétique, et hostile à ce qui reste de dogmatisme théologique et d'enthousiasme mystique chez Clarke comme chez les quakers. Thieriot ayant contesté ce passage. Voltaire lui répondit : « Vous me dites que le Dr. Clarke n'a pas été soupçonné de vouloir faire une nouvelle secte. Il en a été convaincu, et la secte subsiste quoique le troupeau soit petit. Le Docteur Clarke ne chantait jamais le credo d'Athanase.»(24 février 1733, t. XXXIII, p. 327.) Cette dernière phrase prouve que Voltaire s'est servi des Mémoires de Whiston sur le docteur Clarke, où on lit : « Voici seulement ce que je soutiens de lui avoir ouï dire : qu'il n'avait jamais lu le symbole d'Athanase dans sa paroisse soit à Norwich, soit dans le voisinage, si ce n'est une seule fois.... » (cité par Chauffepié, art. Cl.\rke), « et cela seulement par méprise «, ajoute le texte de Whiston (p. 9).

8. A discourse coiiceniing the beitig and attrihutes oj God. Le sujet avait d'abord été exposé par Clarke dans les Boyle Lectures en 1704- 1705 ; de là étaient sortis deux volumes imprimés en 1705-1706, et réimprimés ensuite sous le titre que j'ai donné, Whiston cite (p. 8) l'opinion d'un théologien anglais, qui disait que « it was the best book on those subjects that had been written in any Language ».

9. TJje Verity and Certitude of natural and reveahd Religion,

10. Voltaire n'aurait aucune raison de taire ici le nom de Rabelais (cf. notes critiques, p. 79, 1. 41). Il tait le nom d'un vivant. Est-ce Bolingbroke ? mais Bolingbroke n'était pas Vanii de Thieriot Notre ami semble désigner un ami commun de Thieriot et de Voltaire : serait-ce Voltaire lui-même qui se cacherait sous ce masque?

11. The scripture Doctrine of the Trinity, in three Parts, by Samuel Clarke, London, 1712, in-80 : la première partie contient les textes; la deuxième en dégage le sens et le formule en propositions accompagnées de références aux textes ; la troisième donne les passages de la liturgie d'Angleterre qui sont relatifs i\ la Trinité. — Le Dr Bennct répondit à Clarke : A Discourse of tl.'e Trinity, 17 18, in-80.

12. L'anecdote introduite en 1759 (cf. noies critiques,]. 4j) est très suspecte. Cependant Voltaire y croyait puisqu'il l'impliquait sans la conter dans sa rédaction de 1734 : ce n'est donc pas le désir de débiter une anecdote piquante qui à cette date lui faisait écrire que les idées de Clarke sur la Trinité lui avaient fait manquer l'archevêché de Cantorbéry. Je n'ai trouvé le fait nulle part. Le Dict. of Naf. Biogr. le donne, mais sans autre référence que Voltaire. Il y a de grandes difficultés dans le récit de l'éd. de 1739. L'archevêque Tenison succéda à Tillotson en décembre 1694-janvier 1695, donc sous Guillaume III : son seul concurrent fut Stillingfleet. Il mourut le 14 décembre 1715, et fut remplacé par le Dr. Wake. Donc le siège de Cantorbéry ne fut pas vacant sous la reine Anne. Est-ce de cette nomination de 171 5, que Voltaire veut parler? Gibson avait peut-être intérêt à écarter les concurrents du Dr Wake, qui, en passant à Cantorbéry, laissa vacant l'évêché de Lincoln où Gibson fut en effet promu. Mais je ne trouve trace d'aucune manoeuvre de Gibson contre Clarke à aucun moment. Il fut à coup sûr très animé contre les déistes et libres penseurs, et très en crédit auprès de Robert Walpole qui le consultait sur les affaires ecclésiastiques : « Gibson's influence was sufficient to prevent the consécration of Bundle to the see of Gloucester, as he was believed to hold deistical opinions. » (JDict. of Nat. hiogr., art. Gibson.) Le fait est de 1734, donc postérieur à la première rédaction des Lettres anglaises, mais antérieur au récit qui met Gibson en cause. Est-ce ce fait qui fut raconté à Voltaire et devint l'origine du développement de 1739? En tout cas il était bien informé en choisissant Gibson comme le type de l'orthodoxie intolérante. Il semble, d'autre part, que Clarke ait refusé d'être évêque : en 1727 la reine Caroline (et non la reine Anne) désirait son élévation, et Walpole essaya, à sa prière, de décider Clarke; il ne voulut pas(Coxe, Metnoirs of the life... of Robert Walpole, t. I, p. 275-276). Enfin voici une anecdote qui, par le tour, est identique à celle que conte Voltaire : « La reine Anne lui destinait (à Swift) un évêché en Angleterre et c'était là l'objet de son ambition ; mais le docteur Sharp, archevêque d'York, le dépeignit à cette princesse comme un homme qui

n était pas chrclien, et une certaine dame appuya cette accusation, de sorte que la reine donna l'évéché à un autre. » (Chauffepié, 175 1, art. Swift.) Faut-il penser que l'anecdote sur Clarke est le résultat d'une série de confusions qui se firent dans la mémoire de Voltaire, ou bien qu'ici encore nous sommes en présence d'un arrangement artistique, dont la vérité est symbolique, et non historique ?

13. Bayle, art. Arius, note F, dit « que l'arianisme subsista avec éclat plus de 300 ans ». Dans ses Œuvres (II, 840), il le fait naître en 320; ce qui, si on compte 300 ans d'éclat, justifie les douie siècles de Voltaire, mais on:ye serait plus exact.

14. La dispute sur l'opinion des antitrinitaires fut très violente, et l'était encore au temps où Voltaire écrivait (cf. n. i). Mais elle ne sortit guère du milieu ecclésiastique des Universités. C'est sans doute ce que Voltaire veut dire. Bayle donnait une autre raison, plus générale : « Les mystères spéculatifs de la religion n'incommodent pas les peuples... On serait donc presque visionnaire si l'on se persuadait que le bourgeois et le paysan, l'homme de guerre, le gentilhomme seraient délivrés d'un pesant joug, pourvu qu'on les dispensât de croire la Trinité et l'union hypostatique. » (Art. Socin, note H.)

15. Montesquieu avait constaté la même indifférence en 1730: « Point de religion en Angleterre : quatre ou cinq de la Chambre des Communes vont à la messe ou au sermon de la Chambre, excepté dans les grandes occasions où l'on arrive de bonne heure. Si quelqu'un parle de religion, tout le monde se met à rire. Un homme ayant dit de mon temps : Je crois cela countie article de foi, tout le monde se mit à rire. » (Éd. Laboulaye, VII, 195.) Un futur archevêque de Cantorbéry, Secker, écrivait en 1738 : « Christianity is now railed at and ridiculed with very little reserve, and the teachers ofit without any at ail. » (Cité par Bastide, /o/;« Locke, p. 333.) « La cour, la ville et la campagne, tout est rempli d'incrédules... A présent, les femmes, le peuple même se mêle d'imiter les philosophes : c'est un fait. » (Bibliothèque française, 1735, t. XXII, ne part., p. 61.) Voyez aussi la Lettre de Saint-Hyacinthe à un ami touchant le progrès du déisme en Angleterre dans les Mémoires concernant la théologie et

Ja morale, Amsterdam, 1732, in-12. — C'est le moment où, avant le mouvement wesleyen, les sectes dissidentes sont le plus affaiblies, et l'esprit religieux au plus bas dans l'église établie. Cf. lettre IV, n. 49.

16. Mahomet « ne savait ni lire ni écrire » (Vertot, Diss. sur Tiiuteur de VAlcoran lue à l'Acad. des Inscr., Mercure, Aéc. 1724, p. 2577). C'est l'opinion commune que Voltaire a suivie longtemps. Il s'est rétracté dans VEssai sur les Mœurs, ch. vi.

17. Locke, Le Christia}iisme raisonnable, 1695. John Edwards attaqua le livre dans un ouvrage intitulé Sonie thoughts concerning the several causes and origines of Atheism, 1695, et dans Socinianisni unmasked, 16^6. Bayle aussi l'interprétait dans le même sens (Lettre à Coste, 27 déc. 1703 ; Œuv. div., IV, 838).

18. Leclerc avait manifesté des sentiments unitaires et sociniens dans ses Liberil de Sancto Amore Epistolae theoJogicae, Irenopoli, 1679 (postérieur réellement à 1680). Sa Version du Nouveau Testament, 1703, le fit accuser d'être socinien par Phil. Méiiard, Essai sur le socinianisme. Il protesta vaguement d'être « du sentiment commun de tous les chrétiens sur la matière de la sainte Trinité » (cf. Bibliothèque choisie, t. XVIII, p. 401). Bayle l'estimait socinien {Œuv. div., III, 990; IV, 12 et 623), Dubos également (Corr. inêd. de Bayle, p. p. Gigas, p. 31Î).

19. Voyez lan. 7. La critique de Thieriot se rapportait sans doute à ce terme de troupeau. Clarke et les antitrinitaires faisaient secte en ce sens qu'ils professaient une opinion contraire à l'orthodoxie de l'Église établie ; mais ils ne se séparaient pas de cette Eglise, ils ne fondaient point un culte dissident.

20. Ce déterminisme historique se retrouve à la même époque chez Montesquieu qui écrit vers 1723-1725 son opuscule de la

Politique (impr. dans les Mélanges inédits, 1892) : il y développe l'idée que le succès ou l'échec, dans les affaires, ne dépendent pas du mérite des hommes, mais de la force des circonstances.

21. D'après les lignes 27-31, cette lettre aurait été composée après la mort de Newton (20 mars 1727) et avant la mort de Clarke (17 mai 1729) : mais ou ce n'est qu'une fiction d'auteur, ou la lettre a été retouchée après 1730, puisque Voltaire s'est servi des Mémoires de Whiston sur Clarke (cf. notes 6 et 7).

Sur le Parlement.

Les Membres du Parlement d'Angleterre aiment à se comparer aux anciens Romains autant qu'ils le peuvent'. 5 II n'y a pas long-tems que M. Shipping^ dans la Chambre des Communes commença son discours par ces mots : la Majesté du Peuple Anglais 3 serait blessée Sec. La singularité de l'expression causa un grand éclat de rire ; mais sans se déconcerter il répéta les mêmes

10 paroles d'un air ferme, & on ne rit plus. J'avoue que je ne vois rien de commun entre la majesté du peuple rfe^l Anglais, & celle du peuple Romain, encore moins entre leurs gouvernemens ; il y a un Sénat à Londres dont quelques Membres sont soupçonnés, quoi qu'à tort

15 sans doute, de vendre leurs voix dans l'occasion -♦, comme on faisoit à Rome. Voilà toute la ressemblance, d'ailleurs les deux Nations me paroissent entièrement diiTérentes, soit en bien, soit en mal. On n'a jamais connu chez les Romains la folie horrible des inierres de Rcliç^ion >,

20 cette abomination étoit réservée à des Dévots prêcheurs d'humilité & de patience ^. Marins & Sylla, Pompée & César, Antoine & Auguste ne se battoient point pour décider si le Flameii devoit porter sa chemise par-dessus

Ligne 2. }'/'■/) Du [Parlement]. A' (Dict. phil.) [P.irlemeiu] d'Angleterre. El fil note : Cet .irticle a été écrit vers 1751. — 5. AngU }j Shippen )9^-y^ Scliipping — 7. ^4'-K omettent etc.

^5- i4'')9 '«^u"" [voix]

sa robe, ou sa | robe par-dessus sa chemise, & si les ^(,(,']

2) poulets sacrez dévoient manger & boire, ou bien manger seulement pour qu'on prit les Augures. Les Anglais se sont fait pendre réciproquement à leurs Assises, & se sont détruits en bataille rangée pour des querelles de pareille espèce ; la Secte des Episcopaux , & le Presbite-

30 ranisme ont tourné pour un tems ces têtes sérieuses. Je m'imagine que pareille sottise ne leur arrivera plus, ils me paroissent devenir sages à leurs dépens, & je ne leur vois nulle envie de s'égorger dorénavant pour des Sillogismes.

3 ) Voici une difterence plus essentielle entre Rome &. l'Angleterre, qui met tout l'avantage du côté de la dernière, c'est que le fruit des guerres civiles | à Rome a [gj] été l'esclavage, & celui des troubles d'Angleterre la liberté 7, La Nation Anglaise est la seule de la terre, qui

40 soit parvenue à régler le pouvoir des Rois en leur résistant s, & qui d'efforts en efforts ait enfin établi ce Gouvernement sage, où le Prince tout puissant pour faire du bien, a les mains liées pour faire le mal?, où les Seigneurs sont Grands sans insolence & sans Vassaux, & où le

45 peuple partage le gouvernement sans confusion.

La Chambre des Pairs & celle des Communes sont les Arbitres de la Nation'o, le Roi est le Sur-Arbitre. Cette balance" manquoit aux Romains'-, les Grands et le

24. S4'-}p [ou] k [robe] — 27. ^^^-A' [pendre] autrefois [réc] — 29. ^4^-^g, ^i pareilles espèces — S4^'^ presbj'terianisme {)i presbitérauisme) — 30. jg^-K [ces tètes] mélancoliques

34. ^9+-A' [sillogismes]. Toutefois qui peut répondre des hommes ? — jy.j2-K de [Rome]

43. A' du [mal] — 45. J94-j2 (note) Il faut ici bien soigneusement peser les termes. Le mot de Roi ne signifie point par-tout la même chose. Eu France, eu Espagne, il signifie un homme qui par les droits du sang est le Juge souverain et sans apel (jr omet et) de toute la Nation. En Angleterre, en Suède, en Pologne, il signifie le premier Magistrat 'J.

Peuple étoient toujours en division à Rome, sans qu'il y

50 eût un pouvoir miitoïen, qui put les accorder. Le Sénat [68] de Rome, qui avoit l'injuste & punissable orgueil de ne vouloir rien partager avec les Plébéiens, ne connoissoit d'autre secret pour les éloigner du gouvernement que de les occuper toujours dans les guerres étrangères' K

5 5 Ils regardoient le Peuple comme une bête féroce qu'il falloit lâcher sur leurs voisins de peur qu'elle ne dévorât ses Maîtres ; ainsi le plus grand défaut du gouvernement des Romains en fit des Conquérans, c'est parce qu'ils étoient malheureux chez eux, qu'ils devinrent les maîtres

éo du monde, jusqu'à ce qu'enfin leurs divisions les rendirent esclaves.

Le gouvernement d'Angleterre n'est point fait pour un si grand éclat, ni pour une ! fin si funeste, son [69J but n'est point la brillante folie de faire des conquêtes,

65 mais d'empêcher que ses voisins n'en fassent; ce peuple n'est pas seulement jaloux de sa liberté, il l'est encore de celle des autres'5. Les Anglais étoient acharnés contre Louis XIV, uniquement parce qu'ils lui croïoient de l'ambition'*^. Ils lui ont fait la soierre de

70 gaieté de cœur, assurément sans aucun intérêt'".

Il en a coûté sans doute pour établir la liberté en Angleterre ; c'est dans des mers de sang qu'on a noïé l'Idole du pouvoir despotique ; mais les Anglais ne croient point avoir acheté trop cher de bonnes loix'S. Les

7) autres Nations n'ont pas eu moins de troubles, n'ont pas versé moins de sang qu'eux ; | mais ce sang qu'elles r-ol ont répandu pour la cause de leur liberté n'a fait que cimenter leur servitude.

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