S (corr.), S2-7S pris bien [des
50 famille, une fille en mouroit, une autre perdoit un œil, une troisième relevoit avec un gros nez, & les pauvres gens étoient ruinés sans ressource ; souvent même quand la petite vérole devenoit épidémique, le commerce étoit interrompu pour plusieurs années, ce qui causoit une
55 notable diminution dans les Sérails de Perse & de Turquie.
Une Nation commerçante est toujours fort alerte sur ses intérêts, & ne néglige rien des connoissances qui peuvent être utiles à son négoce. Les Circassiens s'aper-
éo curent que sur mille personnes il s'en trouvoit à peine une seule qui fût attaquée deux fois d'une | petite vérole [97J bien complette'^, qu'à la vérité on essuie quelquefois trois ou quatre petites véroles légères, mais jamais deux qui soient décidées & dangereuses, qu'en un mot jamais
65 on n'a véritablement cette maladie deux fois en sa vie ; ils remarquèrent encore que quand les petites véroles sont très-bénignes, & que leur éruption ne trouve à percer qu'une peau délicate & fine, elles ne laissent aucune impression sur le visage : de ces observations naturelles,
70 ils conclu[r]ent que si un enfant de six mois ou d'un an avoit une petite vérole bénigne, il n'en mour[r]oit pas, il n'en seroit pas marqué & seroit quitte de cette maladie pour le reste de sesjours'5.
Il restoit doncpour conserjver la vie & la beauté de leurs [98]
7) cnfans de leur donner la petite vérole de bonne heure;
c'est ce que l'on fit en insérant dans le corps d'un enfant un
bouton que l'on prit de la petite vérole la plus complette,
& en même tems la plus favorable qu'on pût trouver.
L'expérience ne pouvoit pas manquer de réussir. Les
70. J4 concluent C'est une faute typographique de l'éd. de Jore ; je la corrige selon la leçon dt toutes les autres éditions. De vtème (1. 71) mouroit, corrigé déjà en mourroit dans la contrefaçon ^4^.
80 Turcs qui sont gens sensés adoptèrent bien-tôt après cette coutume, & aujourd'hui il n'y a point de Bâcha dans Constantinople, qui ne donne la petite vérole à son fils & à sa fille en les faisant sevrer'4.
Il y a quelques gens qui prétendent que les Circassiens
85 prirent autrefois cette coutume des Arabes' > ; mais nous laissons ce point d'histoire à éclaircir par quelque sçavant Bé|nédictin, qui ne manquera pas de composer là- I99] dessus plusieurs volumes in folio avec les preuves. Tout ce que j'ai à dire sur cette matière, c'est que dans le com-
90 mencement du régne de Georges Premier Madame de Wortley-Montaigu une des femmes d'Angleterre qui a le plus d'esprit & le plus de force dans l'esprit, étant avec son Mari en ambassade à Constantinople, s'avisa de donner sans scrupule la petite vérole à un enfant'^ dont elle
95 étoit acouchée en ce païs'" ; son Chapelain eut beau lui dire que cette expérience n'étoit pas chrétienne, & ne pouvoit réussir que chez des Infidèles"**, le fils de Madame de Wortley s'en trouva à merveille'9. Cette dame de retour à Londres fit part de son expérience à la | Princesse de [ lool 100 Galles^o qui est aujourd'hui Reine. Il fixut avouer que Titres & Couronnes à part, cette Princesse est née pour encourager tous les arts & pour faire du bien aux hommes ; c'est un Philosophe aimable sur le Trône, elle n'a jamais perdu ni une occasion de s'instruire, ni une 105 occasion d'exercer sa générosité^' ; c'est elle qui aïant entendu dire qu'une fille de Milton vivoit encore, &
84. jé-À' Quelques gens prétendent — 87. "ji, jj, K omettent sçavant ji'^ le conserve.
91. Wostley (dans ^4,^4^, et ^4^) n'est qu'une faute d'impression ; elle se répète dans toute la lettre. Je la corrige partout. ^9, ji ont partout de Vortley-Montaigu. — qui .1 est l'unique leçon de ^4 à K et la seule conforme à l'usage grammatical de Voltaire. K en Errata (t. LXX, p. 100) coirige a ei> ont. — 96. 46, 4S, J2-K point — 98. 46-K Madame Wortley {sans de) La leçon semble venir des dérivés de fore, J4^, ^4^, ^4', jj^ .
134 oxzii-ME LiirrRE
vivoit dans la miscrc, lui envoïa sur le champ un présent considérable" ; c'est elle qui protège ce pauvre père Couraïer ; c'est elle qui daigna être la médiatrice entre le
no Docteur Clarck & M. Leibnitz. Dès qu'elle eut entendu parler de l'inoculation ou insertion de la petite vérole, elle en fit faire l'épreuve sur | quatre criminels^} condamnés à ["loi] mort à qui elle sauva doublement la vie, car non-seulement elle les tira de la potence, mais à la faveur de cette
11) petite vérole artificielle, elle prévint la naturelle qu'ils auroicnt probablement eue, & dont ils seroient morts peut-être dans un âge plus avancé.
La Princesse assurée de l'utilité de cette épreuve, fit inoculer ses enfans--f : l'Angleterre suivit son exemple^>,
120 & depuis ce tems dix mille enfans de famille au moins, doivent ainsi la vie à la Reine & à Madame Wortley- Montaigu, & autant de filles leur doivent leur beauté^^.
Sur cent personnes dans le monde soijxante au moins [102] ont la petite vérole, de ces soixante, vingt en meurent
125 dans les années les plus favorables^/, & vingt en conservent pour toujours de fâcheux restes : voilà donc la cinquième partie des hommes que cette maladie tue ou enlaidit sûrement. De tous ceux qui sont inoculés en Turquie ou en Angleterre, aucun ne meurt s'il n'est
130 infirme & condamné à mort^^ d'ailleurs, personne n'est marqué-^9, aucun n'a la petite vérole une seconde fois'", suposé que l'inoculation ait été parfaite. Il est donc cer-
108. J4'-K le sav.nnt [père] }4'-4S, S2-J0, ji" Le Courayer j/, 7/, 7J-A' Cour.ij'cr — 110. }4'-jçf, ^2, 42', ji Clark 46, 4S. /2, j6 Clarck 70, yi' Clarcke ji, 7/, A' Clarke
iiy. }4'-K omettent peut-être
121. 42, 42' de Wortlcy — 124. 'yo-K dix [en meurent]... [et] dix [en conservent] correction qui fait disparaître une inadvertance du texte : 20,+ 20 % ne fait pas le cinquième. — 130. ^9**- A' d'ailleurs. [Personne] 34^-}9 [^ mort]; d'ailleurs [personne...] d'accord avec Angl. }) : upon him. Besides, no onc is Jisiigured.
tain que si quelqu'Ambassadrice Française avoit raporté ce secret de Constantinople à Paris, elle auroit rendu un
135 service éternel à la nation''' ; le Duc de Villequier père du Duc d'Aumont d'aujourd'hui, l'homme de France le mieux constitué | & le plus sain, ne seroit pas mort à la [105] fleur de son âge.
Le Prince de Soubise qui avoit la santé la plus brillante,
140 n'auroit pas été emporté à l'âge de vingt-cinq ans, Monseigneur Grand-pere de Louis XV n'auroit pas été enterré dans sa cinquantième année, vingt mille personnes mortes à Paris de la petite vérole en 17235^ vivroient encore. Quoi donc ? est-ce que les Français n'aiment point la vie ?
145 est-ce que leurs femmes ne se soucient point de leur beauté ? en vérité nous sommes d'étranges gens. Peutêtre dans dix ans prendra-t-on cette méthode anglaise, si les Curez'J & les Médecins34 le permettent, ou bien les Français dans trois mois se serviront de l'inoculation
150 par fantaisie, si les Anglais | s'en dégoûtent par incons- [104] tance3>.
J'aprens que depuis cent ans les ChinoisB^ sont dans cet usage, c'est un grand préjugé que l'exemple d'une nation qui passe pour être la plus sage & la mieux poli-
155 cée37 de l'Univers. Il est vraique les Chinois s'y prennent d'une façon différente ; ils ne font point d'incision, ils font prendre la petite vérole par le nez comme du tabac en poudre ; cette façon est plus agréable, mais elle revient au même, 8c sert également à confirmer, que si
142. j4', jj, ;7-' [personnes] morts ^'^■^-K hommes morts correction sortie de la faute de ^4'.
151. ^S-y^ Note Ce chapitre est tiré d'une lettre écrite en 1727. Le reste a été ajouté depuis. K Jusqu'ici [ce chapitre...] La note a été mal placée. Le paragraphe suivant, J'aprens... d'hommes, était déjà dans les éditions de 17^4 et dans toutes les suivantes. — Cette note finale, dans 7J cart. et K, fait en partie double emploi avec la nouvelle note du début de la lettre.
i6o on avoit pratiqué l'inoculation en France, on auroit sauve la vie à des milliers d'hommes.
I. Fréron, en 1769, découvrit la brochure de La Coste dont on parlera plus loin. C'est à lui sans doute que répondit la note ajoutée en 1775 pour maintenir que Voltaire fut le premier avocat de l'inoculation. En réalité, il y avait eu en France, surtout de 1723 à 1725, tout un mouvement dont Fréron ne se doutait pas, ni sans doute Voltaire lui-même. La première mention de l'inoculation qui ait été faite en France, à ma connaissance, est de 1717. En cette année une thèse fut soutenue sur ce sujet à Montpellier par Boyer (Encych, art. Inoculation). La même année, la Bibï. Anglaise (t. I, p. 106 et 139), rendant compte des Philosophical Trutisactioits de la Société Ro^-ale, signala les lettres du D"" Emanuel Timone et du D^ Pvlarini,