‹ Lettres philosophiques:Chapitre 106 sur 108 · corr.), S2-K\es [opinions · texte numérisé non relu

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excepté des Rôtisseurs & de ceux qui avoicnt des fèves à vendre.

185 Les Stoïciens reconnaissoient un Dieu, à-peu-près tel que celui qui a été si témérairement admis depuis par les spinosistes »o ; le Stoïcisme cependant fut la Secte la plus yjjll féconde en vertus héroïques & la plus accréditée.

Les Epicuriens faisoient leurs dieux ressemblans à nos

190 Chanoines, dont l'indolent embonpoint soutient la divinité, &qui prennent en paix leur nectar & leur ambroisie •^llll en ne se mêlant de rien. Ces Épicuriens enseignoient

hardiment la matérialité & la mortalité de l'ame. Ils n'en furent pas moins considérés. On les admettoit dans tous

195 les emplois, & leurs atomes crochus ne firent jamais aucun mal au monde".

Les Platoniciens, à l'exemple des Gimnosophistes '^^ ne nous faisoient pas l'honneur de penser que Dieu eût daigné nous former lui-même. 11 avoit, selon eux, laissé

200 ce soin à ses Officiers, à des Génies, qui firent dans leur besogne beaucoup de balourdises. Le Dieu des Platoniciens étoit un Ouvrier excellent, qui employa ici-bas des élèves assez médiocres '3. Les hommes n'en révèrent pas moins l'école de Platon.

205 En un mot, chez les Grecs & chez les Romains, autant de Sectes, autant de manières de penser sur Dieu, sur l'ame, sur le passé, et sur l'avenir : aucune de ces Sectes ne fut persécutante. Toutes se trompoient, & nous en sommes bien fâchés ; mais toutes étoient paisibles, &

210 c'est ce qui nous confond; c'est ce qui nous condamne ; c'est ce qui nous fait voir que la plupart des raisonneurs d'aujourd'hui sont des monstres, & que ceux de l'antiquité étoient des hommes.

190. j2-iiCleur [divinité] — 48(corr.) un [indolent embonpoint] soutenoit leur [divinité], ils buvoient [en paix leur nectarj en ne 20?. "^48 (corr.)y ^2-K révérèrent 211. ^5 (forr.) beaucoup de

On chantoit publiquement sur le théâtre de Rome, Post

215 mortem nihil est ; ipsaque mors nihil « Rien n'est après la mort; la mort même n'est rien »h. Ces sentimensne rendoient les hommes ni meilleurs ni pires ; tout se gouvernoit, tout alloit à l'ordinaire; & les Titus, les Trajans, les Marc-Aureles gouvernèrent la terre en Dieux bienfaisans.

220 Si nous passons des Grecs & des Romains aux nations Barbares, arrêtons-nous seulement aux Juifs. Tout superstitieux, tout cruel & tout ignorant qu'étoit ce misérable peuple, il honoroit cependant les Pharisiens qui admettoient la fatalité de la destinée & la métempsicose ; il

225 portoit aussi respect aux Saducéens, qui nioient absolument l'immortalité de l'ame & l'existence des Esprits, & qui se fondoient sur la loi de Moïse, laquelle n'avoit jamais parlé de peine ni de récompense après la mort. Les Esséniens, qui croyoient aussi la fatalité, & qui ne

230 sacrifioient jamais de victimes dans le Temple, étoient encore plus révérés que les Pharisiens & les Saducéens. Aucune de leurs opinions ne troubla jamais le gouvernement 'î. Il y avoit pourtant là de quoi s'égorger, se brûler, s'exterminer réciproquement, si on Tavait voulu. O misé-

235 râbles hommes, profitez de ces exemples ! Pensez & laissez penser. C'est la consolation de nos faibles esprits dans cette courte vie. Quoi ! vous recevez avec politesse un Turc qui croit que Mahomet a voyagé dans la lune '6; vous vous garderez bien de déplaire au Bâcha Bonneval'7,

240 & vous voudrez mettre en quartiers votre frère, parce qu'il croit que Dieu pourrait donner l'intelligence à toute créature ? » C'est ainsi que parla un des Philosophes ; un autre ajouta : « Croyez-moi, [il ne faut...] »

243. Le morceau se tenuiue dans 48 (corr.)-K par les trois alinéas qui sont à la fin de la lettre XIII (1, 215 sqq.) ; on trouvera à cet endroit les variantes de 4S (corr.)-K. Voyei aussi la fin de l'appendice I (p. 202-203).

2I.J tri-izi/:me lettre

COMMENTAIRE

1. Idée de Hartsoekcr, qui donnait une dwe vt'gélative aux plantes pour y faire « tout ce que le micaniime n^explique pas comwodémeui « (Fontenelle, VU, 230).

2. Tout ce début semble le développement d'un raisonnement de Locke, dans Coste (Essai, III, 323-324 ; cf. 1. XIII, n. 46, 51 et 52). — Il convient de noter que le tour nouveau donné ici à l'exposé (les Philosophes dans une ile) est à peu près contemporain de l'invention des premiers contes de Voltaire.

3. Cf. les Singularités de la Sature et les Colimaçons du R. P. UEscarhotier, 1768, et plus tard les Q. sur VEiu. {Dict. phil.y art. Polypes et Serpent). Voici la première fois, à ma connaissance, que cette question d'histoire naturelle paraît chez Voltaire. Son attention a pu être attirée de ce côté, directement ou indirectement, par les expériences fameuses de Trembley (Hist. de YAc. R. des Sciences^ année 1741, in-40, 1744, p. 33-35, et Mémoires pour seii.'ir à F Histoire des polypes d'eau douce, 1744. Cf. Journal des Savants, 1744, p. 736; La Mettrie, V Homme-machine, 1748, p. 29et 74 ; Maupertuis, Vénus physique (1745, l'-eP., ch. XI; 6«éd., I75i,p. 95-97), etc.

4. Cf. un passage de la Philos, de Keiuton, II, 13 (XXII, 507), dont ce morceau n'est qu'une nouvelle rédaction.

5. Cf. Locke, III, VI, 12 (t. III, 127). — Le vers cité est une sorte de pastiche de Lucrèce, qu'Ovide a mis au 1. VI, v. 67, de ses Métamorphoses.

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