‹ Lettres philosophiques:Chapitre 66 sur 108 · J9*-K suppriment soit en Espagne · texte numérisé non relu

J9*-K suppriment soit en Espagne

93. ^4*-K le tems détestable — i4'-A' de [Henri III] — 99, /r, ^6-K mal employé

X02, ^^-iC [Parlement] de Paris — 104. 46-$! [il menaçoit,] demandoit {sans il) ^2-K et [demandoit]

I ' Ce qu'on reproche le plus en IVance aux Anglais, c'est

]j}io le suplice de Charles Premier, qui fui traité par ses vainqueurs ^» comme il les eût traités s'il eût été heureux. Après tout regardez d'un côté Charles Premier vaincu bataille rangée, prisonnier, jugé, condamné dans \Vest|minster, & de l'autre l'Empereur Henri \'II [73] 115 empoisonné par son Chapelain en communiant, Henri IIl assassiné par un Moine ministre de la rage de tout un I Parti, trente assassinats médités contre Henri I\'', plusieurs

vy K^ j^n^écutés, & le dernier privant enfin la France de ce ^ ^ grand Roi. Pesez ces attentats et jugez.

COMMENTAIRE

I. Toute la littérature politique de l'Angleterre est pleine de raisonnements et d'exemples tirés des Romains. Voyez 77?^ sensé ûf the people concerning the présent stale of affairs. With remarks

lio. ^94 [fut] et avec raison [traité] E/ f« note, avec appel aux mots « Charles Premier » : Monarque digne d'un meilleur sort. Voltaire a protesté cotttre ces bévues (cf. Bengesco, t. IV p. 8, et Moland t. XXXVI, p. II 8) et les a réparées dans ^ç^ corr., en rétablissant à la pluitie les mots et avec raison après eu France, et en faisant rentrer la note Monarque... sort dans le texte, 40 et 42 reproduisent les fautes de ^p^. Elles sont rectifiées à partir de 42* ; cependant 46 qui réintègre, comme les autres éd., la note Monarque... sort dans le texte, conserve encore la leçonîut et avec raison {Cf. ht. IX, note à la ligne p^) — 42* [le plus] et avec raison [aux Anglais] ; 4^-i^ [en France aux Anglais] et avec raison.

III. 42* probablement [traités s'il] avoit vaincu. — ir j. jr Vestminster — ^4^K [Westminster] et décapité — 117. ^4*-K omettent ministre... Parti. Ces mots ne sont pas traduits dans Angl. jj. — 119. 42* ajoute après jugez ce passage : La France a sa S. Barthélémy, la Sicile ses Vêpres, la Hollande le massacre des Dewit, les Espagnols leurs barbaries Américaines. La fureur des Anglais est d'une autre espèce : ils égorgent avec le poignard de la loi : on a vu les femmes de Henri VHI, la Reine Marie Stuard, le roi Charles I envoyez sur l'échafFaut par des furieux tranquilles, revêtus du manteau de la Justice ; les crimes, comme les vertus, tiennent du terroir qui influe sur la nature humaine. {Addition non recueillie jusqu'à ce jour.)

upon sortie passages o/our own and the Roman history, in a letter to a Memberof Parîiament, London, 1726, in-80 ; Cato's Letters, 1722, t. I, 3'' coll., p. 87 ; t. II, S^^ coll., p. 52 ; Bolingbroke, Diss. upon parties, Works, t. II, p. 179. Les journaux reviennent constamment aux Romains (par ex. The Weekly Journal or the British Ga^^eteer^ Saturday June 11, 1726, no 59).

2. Le traducteur anglais a donné le nom exact de ce tory jacobite qui fut un des plus vigoureux adversaires de Walpole. « Mr. Shippen was calm, intrepid, shrewd and sarcastic » (ParL Hist. o/Engîand, 181 1, t. VIII, p. 588 n.). Voyez Coxe, Memoirs of the lifeof sir Robert Walpole, 1798, t. I, pp. 670-673, et les Extraits de Datigcau faits par Voltaire, t. XXVIII, p. 278.

3. Je n'ai pas trouvé trace de ces mots de Shippen dans les discours que donne la Parliamentary History, t. VI, VII, VIII : mais ces textes sont fort peu sûrs ; cf. Mantoux, Notes sur les c, r. des séances du Pari, angl., ch. i et 2, 1906. D'autre part, ni les journaux ni aucune des brochures du temps que j'ai vues n'y font allusion.

4. Cf. Sw^ift, An Account of the Court and Empire ofjapan, 1728 : satire de la méthode de corruption pratiquée par Walpole ; Bolingbroke, Diss. upon parties, Works, t. II, p. 29-30, et 239 sqq. Shippen, le 3 juillet 1726, lance une attaque au Parlement contre le gouvernement qui achète des votes et les députés qui se vendent (Pari. Hist., VIII, 603). La dénonciation violente de la méthode de corruption fait la base de la polémique du journal de Bolingbroke, TheCraftsman, contre le gouvernement de Walpole (cf. entre autres les nos 21, 31, 32, 43, 66, 76, 109, 123, 299^ etc.). « Corruption, disait un adversaire, is a never faihng Topick with the Craftsman... » The Gentleman s Magai^ine, 173 1, p. 346, extrait du London Journal, August 28, no 623). Voyez aussi Fog's Weekly Journal, no 13, Saturday December 21, 1728. Voltaire continua de lire le Craftsman après son retour d'Angleterre : il le recevait encore en 1752 (lettre du 13 mai, XXXIII, 264).

5. « Cependant je ne me souviens pas d'avoir lu qu'il y ait jamais eu de guerre de religion parmi les païens, si ce n'est contre des gens qui pillaient le trésor de Delphes. Mais de guerre faite à dessein de contraindre un peuple à quitter sa religion pour

en prendre une autre, je n'en vois point de mention chez les auteurs » (Bayle, Tréf. du Comm. phil.^ Œuv. div.^ t. II, p. 364). L'idée avait (itC* reprise par un journaliste anglais : « Différences in Religions Sentiments never once occasioned any Mischief in old Rome or Athens, or scarce anywhere elsc in Times enteccdent to Christianity » {The London Journal ^ no 439, Saturday Dec. 30, 1727).

6. « Car que de simples particuliers prennent les armes pour établir des articles de leur foi, c'est une chose, dites-vous, aussi opposée à l'Esprit de l'Evangile, que conforme à l'esprit de l'Alcoran » (Bayle, Rép. aux q. d'un Proi'. Œuv. div., i. III, p. 617).

7. « Ce sont ici les historiens d'Angleterre où Ton voit la liberté sortir sans cesse des feux de la discorde et de la sédition... » (Montesquieu, L. Persanes, 136).

8. « Whenever the fundamentals of a free gouvernement are attacked, or any other schemes, ruinons to the gênerai interest of a nation, are pursued, the best service that can be done to such a nation, and even to the prince, is to commence an early and

vigorous opposition to them A provoked people sought

their remedy in résistance. A civil war followed (sous Charles lei) » (Bolingbroke, Remarques sur Vhistoire d'Angleterre, publ. dans le Craftsman en 1730-173 1, Works, 1. 1, 491 et 493). « L'humeur impatiente des Anglais ne laisse guère à leur roi le temps d'appesantir son autorité. La soumission et l'obéissance sont les vertus dont ils se piquent le moins » (Montesquieu, L. Persanes, 104). Cf. James Tyrrell, Bibliotljeca politica or an Enquiry into the antient Constitution of the English Government .. y in fourteen Dialogues, 1718, Dial, 3, p. 103 : « Whether résistance to the suprême power by a whole nation or People in cases of the last extremity can be justified by the lawful nature or rule of the Gospel », et les dial. 9-13.

9. « Ces lois lient réciproquement le souverain et le sujet sans rien ôter à l'honneur du premier. Elles n'ont rien d'amer ni de dur pour un bon roi, et ne paraissent faites que pour ôter le pouvoir de faire du mal à celui qui n'est pas tel » (La Mottraye,

Voyages, I, 156). Lenglet-Dufresnoy écrit, mais après et peut-

être d'après Voltaire : « Les Rois en Angleterre sont les premiers membres de l'Etat ou de la République : s'ils sont bons, ils ont tout le pouvoir qu'ils peuvent souhaiter pour le bien, et rarement pour le mal» (Méthode pour étudier Vhtstoire, Supplément, 2^ Part., 1739, p. 191). Il est possible que Voltaire ,par les mots : le Prince aies mainsjliées pour faire le mal, croie traduire laTormùleanp^lai^e : our Kings can do no wrong (Bolingbroke, Diss. upon Parties, dédicace. Cf. Sichel, Bol. and his tintes, I, 255, et Bastide, John Locke, 124). « The law itself affirms the King can do no wrong» (English Liherties, p. 4). « It is a maxim in our Laws that the King can do no wrong » (Misl's JVeekly Journal, no 132, Saturday Oct. 28, 1727). Mais la maxime ne se rapporte pas à la limitation du pouvoir royal; elle définit l'irresponsabilité du roi (cf. pourtant, dans la note 10, la citation des English liberties). ^ifin il semble bien que Voltaire a, sciemment ou non, pris ses expressions dans le TèUmaque de Fénelon, où le vi.£ilkrd Cretois définit ainsi l'autQrité du roi : « Il peut \.q\\\ «^^i- 1^

ppnpip, mais 1pQ^Jr>i<i ppnv^nt ^'^"^ *^"'' 1"L -^^ ^ ^^"^ puisSOttCe

afsolue pour faire le bien, et les mains liées pour fairrië mal»iLiv . V). .Cette iormuie où hénelon ne niet rien (^p bien prt^rîsj signifie pour Voltaire la Constitution Anglaise .

10. « C'est un gouvernement mixte... Les prérogatives du souverain, des grands et du peuple y sont tellement tempérées les unes par les autres qu'elles se soutiennent mutuellement » (Rapin Thoyras, Diss. sur les wh. et les t., t. VIII, p. 626). « Le gouvernement d'Angleterre est aristocratico-démocratico-monarchique » (Misson, p. 232). « The Constitution of our English government (the best in the world) is.... a most excellently mixt or qualified Monarchy where the King is vested with large Prérogatives to support Majesty, and restrained only from the power of doing himself and People harm » (English liberties compiled by Henry Care, 1682, and continued.... by W. N. of Middle Temple, esq., 4e éd., 1719, in-80, p. i).

1 1 . Terme du vocabulaire politique des Anglais : « On the Ballance of Power », titre d'un art. du Free Briton, May 18, no 131, cité par The Gentleman's Maga:(ine, 1732, p. 748. « That ballance which has been so much talked of... » (Bolingbroke,

Remarks..., IVorks, I, 310; ibid.,282) : ces /?««û/-^w^5 avaient paru, je l'ai dit, dès 1730. D'ailleurs les écrits de Bolingbroke, quelle que soit leur date, peuvent nous donner une idée des impressions qu'il dut su^'gérer à Voltaire sur la politique de son pays.

12. Addison (Spectator, n" 287) préférait la Constituti(jn anglaise à la romaine, où les Consuls « were rather the chieJ body of the nobility or the first ministers o( state, than a distinct branch of the sovcrcignty ».

13. Sur les différents sens du nom de Roi, cf. Alg. Sidney. Discourses concerning Government, 1698, p. 404, sec. XXXII.

14. « Contre ces dissensions domestiques, le sénat ne trouvait point de meilleur remède que de faire naître continuellement des occasions de guerres étrangères » (Bossuet, Disc, sur THist. univ., III, 7).

15. Nombreux étaient les textes où des Anglais de tous partis exaltaient leur pays comme le champion de la liberté européenne. « Elle (l'Angleterre) combattait non seulement pour sa propre sûreté, mais encore pour celle de tout le monde, résolue de n'accepter jamais de paix, quelque avantageuse qu'elle pût être, jusqu'à ce que cette sûreté générale fût établi » (Réflexions sur l'humeur de la nation anglaise en matière de religion et de politique, tr. de l'angl., 171 3, p. 42). « Your unwearied endeavours were rather to make mankind free like yourselves than in the least to enslave them. — Every battle y ou won was only taking off the yoke from the neck of poor wretches which they were unable to bear and to establish their publick tranquillity » {A Journey through England, 1723, t. I, p. xiii : dédicace « to the young Nobility and Gentry »). Addison, t. I, p. 28, traduaion d'une lettre de l'abbé Ant. M. Salvini à lord Halifax :

*Tis liberty that crowns Britannia's isle... 'Tis Britain's care to watch o'er Europe's fate, And held in balance each contending state, To threaten bold, presumptuous Kings with war. And answer her afflicted neighbour's prayer.

oltaire a donc accejTté^ici un pgint de vue anglais. 15. Ce sont encore des sentiments anglaîTque Voltaire exprime

ici : aussi a-t-il été repris par Lecoq de Villeray (Réponse aux L. Ph., p. 39). Lorsque Guillaume III, en 1702, voulant la guerre contre la France, accusa Louis XIV d'ambition et d'infidélité, « les peuples d'Angleterre entrèrent dans ces sentiments, qui leur étaient devenus presque naturels, et pressèrent leur souverain de reprendre les armes pour les sauver de la tyrannie, de l'esclavage, et du papisme » (Rapin Thoyras, XI, 457-458). L'opinion anglaise était demeurée la même quand Voltaire vint en Angleterre. « Ail his aims(de Guillaume III) were pointed to the gênerai good of Mankind.... He was the great Champion ot the Liberty... He fought for Freedom, and he gave it wherever he came » (Ihe Weekly Journal, n° 59, Saturday June 11, 1726). Guillaume III, écrivait The Lan don Journal, ne voulait l'abaissement de la France que « as France was an enemy to the Liberties of Europe » (Extrait donné par The Gentlernan's Magasine, April 1732, p. 700).

17. Voltaire accepte ici le point de vue des tories qui, pour se justifier de vouloir la paix ou de l'avoir faite, disaient que l'Angleterre n'avait pas d'intérêt à la guerre. Ils soutenaient « that the ministry (le ministère whig) had not consulted the true interest of their Country in acquiescing so far with the allies, since King Lewis made no scruple in yielding to the specifick demands of Great Britain ; that the British nation had so great dépendance on her trade, it could not be lier duty or her interest to oblige the confederates to her own ruin by continuing the expense of a land war » (Memoirs of qiieen Ann, London, 1729, p. 81). C'est par Bolingbroke que cette idée encore a dû venir à Voltaire : il Ta exprimée plus d'une fois. Il montre l'Angleterre gardienne « of the whole interest of Europe », même contre son intérêt; et il s'en inquiète (Sichel, I, 263). Il la montre armée « to défend the liberties of Europe »; il reproche à ses compatriotes d'avoir fait les don Quichotte dans la guerre de la succession d'Espagne. « We neglected every thing and sacrificed evere thing in the prosecution of this quarrel » (The Occasional Writer, n» 2, 3 Février 1726-27, Works, t. I, p. 1 56 et 161). Ainsi les tories rappelaient leur pays à ce qu'ils esti- Lett. Phil., I. 7

98 HurriïiME lettre

niaient son vrai int<irét : ils blâmaient le désintéressement dont \'oltairc fait l'éloge. Et beaucoup de whigs n'acceptaient pas le compliment. Ils continuaient de penser avec Addison (77;^ présent state of the war, 1707): « We hâve indeed a much greater sharein the war thanany other part ofthe confederacy w (IVorks, t. I,p. 359). — Voltaire a atténué cette affirmation par la correction de 1739, et aussi dans le Siècle de Louis XIV (ch. 22, éd . Bourgeois, p. 415, et ch. 23, p. 423 et 426).

18. « We Britons hâve dearîy bought the Liberties we now possess ; what Strugglcs and Bloodshed has there been to secure this country free and happy? And now we reap the Fruits and enjoy the Advantages our great Forefathers toiled for m (The British Journal, r\° 36, Saturday Scptember 21, 1728).

19. Allusion sans doute à la révolte de la Catalogne sous Phil ppe V et au siège de Barcelone en 17 14 (cf. Siècle de Louis A7F, ch.23, p. 43 5)-

20. Les journaux anglais de 1 728-1 729 étaient pleins de détails gur les troubles du Maroc, le siège de Fez, etc. (The MonlhJy Chrofticle, 1729, p. 12, 36, 86, III, 197, 240; The Historical Register, t. XIV, 1729, pp. 85-90. Cf. The. History of the Révolution in the Empire of Morocco iipon the Death ofthe late Emperor Muley Ishmael, 1 728-1 729, by Captain Braithwaits). Il y eut égale, ment alors des révolutions en Turquie et en Perse : révolte à Smyrne {Mercure, mai 1728, p. 1033); soulèvement des Tartares de Crimée, de Casan et de la Bessarabie {Mercure, janv. 1727, p. 155); révolte en Egypte (Mercure, déc. 1726, p. 2404, 2617); révoltes aussi dans la régence de Tunis (Mercure, mai et juin 1728, p. 1033 et 1463). Les nouvelles de Perse elles-mêmes sont toujours données sous la rubrique Turquie dans le Mercure (1726, 1727, 1728). Cependant il y eut aussi une révolution à Constantinople même, en 1730 (déposition d'Achmet III). La date ne serait pas un obstacle (The Gentleman's Maga:(ine, 173 1, p. 38); mais l'événement concorde moins avec le texte de Voltaire.

21. « Altri assomigliano questo governo ad un mare agitato da continu! venti e tempeste » (Greg. Leti, Teatro Brit., p. il, 1. 5, t. II, p. 208). « ....Un royaume.... sujet à tant de révolu-

tions comme s'il tenait de l'inconstance de la mer qui l'environne » (Larrey, Hist. d'Angl., 1707, t. I, p. 482). La source probable de Voltaire est Bossuet qui avait montré l'Angleterre « plus agitée en sa terre et dans ses ports mêmes que l'océan qui l'environne » (Or. fun. de la reine d'Angl.).

22. Charles I, Jacques II ont attaqué les libertés anglaises : c'est la doctrine qu'on trouve partout. Cf. n. 8. « Et quand un roi a cherché à se rendre le maître et l'arbitre des lois, il a trouvé dans la fermeté de ses sujets une digue qu'il n'a pu surmonter » (Lenglet-Dufresnoy, Méthode pour et. Vhist., éd. 1729, t. II, p. 307). « Si l'on veut dire qu'ils changent souvent de conduite à l'égard de leurs princes, c'est peut-être qu'ils ont des princes qui, après s'être contenus dans les bornes réglées, viennent à changer de conduite, et qui par là les obligent à en changer à leur tour : de cette manière, ce pourrait quelquefois être bon sens » (Murait, lettre I, éd. Ritter, p. 20). Voltaire devait connaître la justification de la révolution de 1688 que Locke avait donnée dans son Essai sur le gouvernement civil (trad. par David Mazel, Genève, 1724) : mais rien n'indique qu'il y ait pensé ici plutôt qu'aux faits mêmes de l'histoire, ou aux sentiments généraux des Anglais au temps de sa visite sur leur gouvernement « whose fundamental Principle is Liberty and Right to oppose bad Princes luhen they endeavour to tnake themselves absolute » (The Craftsman, no 233, Saturday December 19, 1730).

23. Le Craftsman du 22 juillet 1732 (no 3 15) raisonne exactement comme Voltaire. Il rappelle « the late Révolutions in Turkey, Persia and Morocco ». Il remarque que dans ces pays, « the people seldom reap any other benefit from their Struggles than the Pleasure of being reveng'd on one Tyrant and making him give way to another. But thèse Discontents and Commotions hâve frequently had a différent Effect in Europe (Voltaire dira seulement « eti Angleterre ») and ended in the establishment of popular Liberty ». Le Craftsman, en Europe, distingue l'Angleterre et la Hollande comme ayant particulièrement réussi dans cette (' glorieuse entreprise ». Enfin il regarde la France et loue le Parlement d'avoir défendu la liberté. Il est vrai que le journal anglais fait allusion au Parlement janséniste et aux querelles de la

100 HUITIEME LEITRK

Bulle Unigcnitus : Voltaire mieux instruit de rîos affaires, remonte à la Fronde parlementaire. Si l'on songe qu'en juillet J732, Voltaire travaillait à finir la rédaction des Lettres philosophiques, que le 9 juillet il était occupé à la y» lettre (XXXIII, 276), il paraîtra vraisemblable que le numéro du Craftsman du 22 juillet (il recevait le journal, je l'ai dit,) a influencé la rédaction de la 8e lettre.

24. La pensée est déjà chez Montesquieu, avec moins de trait et plus enveloppée. « Le crime de lèse-majesté n'est autre chose selon eux (les Anglais) que le crime que le plus faible commet contre le plus fort en lui désobéissant, de quelque manière qu'il lui désobéisse. Aussi le peuple d'Angleterre qui se trouva le plus fort contre un de leurs rois, déclara-t-il que c'était un crime de

lèse-majesté à un prince de faire la guerre à ses sujets »

{Lettres Persanes, 104). — Lecoq de Villeray (p. 40), l'abbé Molinier (p. 17) dénoncèrent avec horreur dans leurs critiques le langage de Voltaire, qui crut prudent en 1739 de l'atténuer : cf. notes critiques, 1. 110,

Sur le Gouvernement.

Ce mélange» heureux dans le Gouvernement d'Angleterre, ce concert entre les Communes, les Lords & le 5 Roi n'a pas toujours subsisté. L'Angleterre a été longtems esclave, elle l'a été des Romains, des Saxons, des Danois, des Français 2. Guillaume le Conquérant sur-tout la gouverna avec un Sceptre de fer, il disposoit des biens & de la vie de ses nouveaux Sujets comme un Monarque

10 de l'Orient ; | il défendit sous peine de mort qu'aucun [75] Anglais osât avoir du feu & de la lumière chez lui passé huit heures du soir î, soit qu'il prétendit par là prévenir leurs assemblées nocturnes, soit qu'il voulut essaïer par une défense si bisare, jusqu'où peut aller le pouvoir d'un

15 homme sur d'autres hommes.

Il est vrai qu'avant & après Guillaume le Conquérant les Anglais ont eu des Parlemens 4, ils s'en vantent î, comme si ces Assemblées apellées alors Parlemens, composées de tirans eclésiastiques, & de pillards nommés

20 Barons 6, avoient été les gardiens de la liberté & de la félicité publique.

Les Barbares qui des bords de la mer Baltique fon-

Ligne 2. X section VII {art. Gouvernement (/u Dict. phil.) . — 5. )4^-K Ce mélange dans — 7-8. j4'-/if la gouverna sur- tout — ^. ^4^-48, ^2-K des biens, de la vie. Cependant 594 (corr.) réintroduit et [de la vie] ; cette correction n*a été reçue que dans ji.

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