‹ Lettres philosophiques:Chapitre 76 sur 108 · Le terme sujet libre est à l'art. 2. (R. Th., II · texte numérisé non relu

Le terme sujet libre est à l'art. 2. (R. Th., II

27. Voltaire a dû s'embrouiller ici dans ses notes. Ce qu'il place à Vart. }2 est à Xart. 21 : a On ne saisira les meubles d'aucune personne pour l'obliger à raison de son fief à plus de service qu'il n'en doit naturellement ». Et là où il met article 21^ il faut lire s8. (Cf. R. Th., II, p. 295 et 297.)

28. « Par la lecture des deux Chartes qui seront insérées à la fin de ce régne, on pourra s'instruire des oppressions auxquelles les Anglais avaient été sujets depuis la Conquête » (R. Th., II, 281).

29. Art. XXXVIII : « Aucun shérif ou bailli ne prendra par force ni chariots ni chevaux pour porter aucun bagage, qu'en payant le prix ordonné par les anciens règlements, savoir dix sols par jour pour un chariot à deux chevaux et quatorze sols pour un à trois chevaux » (R. Th., II, 297).

30. « As for King Henry VII, a Politick Prince he was, if ever there were any » (Acherley, 693). «... The Politick Prince Henry VII... » (The hist.ofthe H.C. ofP., I, 181). « Henry VII, a thinking suscipious Prince » (Ibid., II, 346).

31. Rapin Thoyras ne dit rien de cette loi. Bacon en parlait, mais sans faire de réflexions sur la portée de ce statut qui faisait partie d'un ensemble de mesures relatives à la guerre contre la France et l'Ecosse : « ...The setting the gâte open and wide for men to sell or mortgage their land without fines for aliénation,

Il6 NEUVIÈME LETTRE

to furnish thcmsclves witli money for the war » (Hist. ofH. VII^ éd. 1676, iii-fol,, p. 58). Les considérations sur la portée de cette loi, se rencontrent à chaque instant chez les écrivains politiques de l'Angleterre au début du xviiic siècle. Cf. Swift, Of tU Contestsand Dissensions between the Nobles and Cotntnons in Athens and Renie etc., 1701 (cité dans The Gentleman' s Magaiine, mars 175 1 , p. 639), Echard, Hist. of I:ngl.,L. III,ch.i,p. 258. — « ...Those measures which the King took to lessen to power of his nobility.... : which by openini^ a way to the lords toaliemite their lands, opened a way to the Gommons 10 increase their property, and consequently thtÎT power in the state » (Bolingbroke, Remarks..., fVorks,l, 36)- — « Henry VII, a thinking suspicious prince, reflecting upon the over balance the nobility had been to former Kings, cast about him to lessen the power of the lords and enlarge that of the Gommons, and truly judging that power accompanied propertv, in order to lessen the power of the Lords, he set very low fines for license of aliénation of lands helden in capite, which in time lessened the power of the Lords and raised the Gommons whose power grew as their Property increased » (The Hist. of the H . G. of Parl.^ 1731, II, 346. C{. I, 181). — « Henry VII, a wise Prince, considering that the Danger of the Grown, formerly, was owing ta the strength of the Barons by the Dependancies of their large and unalienable Estâtes, laid hold of some incidents... to get... an Act luhereby the Lords shou'd be euabled to alienate their Estâtes... » {The London foiirtial, Nov, 20, no 647, extrait donné par The Gentleman's Magasine, November 173 1, p. 480).

32. « ...Then they wasted apace their ancient tenures, and the Gonmions not then grown luxurious, ivere ready to buy as sooit as the Lords were ready to sell » {The Hist. of the H. G. of Pari., I, 181). « So by their Industry and Frugality, they got the Lands which the Barons squander'd away in Architecture, extravagant living, etc.. » (The Londonfournal, extrait donné dans The Gentl.'s Mag., Nov. 175 1, p. 480).

33. « By ail which (les ventes qui furent l'eflfet de la loi) the Balance of the Nation was gradually alter'd, and Gommons obtain'd a greater poiver and figure than ever they had before » (Echard,. Hist. of Engl., p. 258). Gf. la note 31.

34. « Toutes ces dignités ou ces titres sont pris de quelque terre, et quelque province, ville ou bourg, comme duc de Norfolk, comte d'Oxford, vicomte de Montaigu, etc.. Cependant ces dignités ne sont que titulaires, et la plupart de ceux qui les possèdent n'ont rien à voir dans les terres dont ils portent le nom » (Beeverell, Les Délices de V Angleterre, V, 1055). Peut-être est-ce un souvenir littéraire qui suggère ici à Voltaire le nom de Dorset : cf. les lettres XXI (fig) et XXII (début).

3$. Cette remarque est partout. « Elle (la noblesse d'Angleterre) n'a pas encore le grand privilège dont la noblesse de France jouit, par lequel les domaines et les terres qu'ils tiennent par leurs mains sont exempts de toutes tailles et contributions... En Angleterre, le premier seigneur du royaume n'y a pas plus de privilège que le dernier laboureur» (Chamberla3'^ne, État présent, I, 303 ; cf. pour le clergé, p. 271). « Leurs domaines et leurs terres (des nobles) paient les tailles et les impôts comme celles des moindres laboureurs » (Beeverell, Les Délices de VAngl,, V, 1056).

36. « Tel est notre heureux gouvernement que la masse du peuple n'est obligée d'obéir qu'à ce qu'il a virtuellement approuvé, et que c'est lui-même qui a prescrit les lois qui doivent régler sa conduite » (Addison, Le Free-Holder, tr. franc., 1727, p. 3). « Il n'y a que le Parlement qui ait le droit d'imposer des taxes €t des impôts; ainsi on ne lève pas un sou, que la nation n'y ait consenti par des députés... Chacune des deux Chambres peut proposer tels Bills qu'elle juge à propos, mais les Bills des subsides commencent toujours par la Chambre des Communes parce que la plus grande partie des subsides est levée sur le peuple qu'elle représente » (Beeverell, Les Délices de VAngl., V, 1059 ^^ 1081). Cf. Misson, art. Impôts, p. 257, qui opposait au régime fiscal de l'Angleterre « les maltôtes infinies de notre malheureuse France ». — Voltaire a pu lire plus d'une fois dans les journaux anglais l'expression de la fierté que leur donnait le vote de l'impôt et de toutes les contributions par les Communes. « ... Our ancestors somehow or other resolved always to be présent at the shaving of their own beards » (The Weekly Journal or the British GaT^eteer, n° 117, Saturday August 5, 1727)»

Il8 KHUVIÉMR LETTRE

« Il is our pcculiar Felicity that we can only bc taxed by our owii Rcprescnlaiivcs in Parliamcnt » (The Daily Journal^ n' 2139, 1 luirsday Deccmbcr 14, 1727).

37. « Les grands du royaume en portent leur part (des taxes) proport ionnelUvient à leurs biens et à leur qualitti » (Misson, art. Impôts, p. 257).

j8. L'histoire de Rapin Tlioyras marque en 1692 l'établissement de la taxe de 4 sh. par livre (XI, 25). Cf. Stephcn Dowell, A Hislory of taxation and taxes in England, 1888, 4 vol. in- 8°. L'évaluation fut faite en 1692, et la taxe fixée à 4 sh. par livre. En 1698, elle fut mise à 3 sh. et alors « it was enactcd that every district and division should contribute the same proportion of the particular sum for the country or town, the same quota that he paid under the assessment for 1692, theyearwhen a new valuation was madc ».

39. « Cela se fait (les taxes extraordinaires pour la guerre) d'une manière si raisonnable et si douce que personne na sujet de se plaindre » (Misson, art. Impôts, p. 257). « Ce qui (l'impôt égal sur tous) est réglé avec bien de la justice, en sorte que le peuple n'est point foulé et na point sujet de se plaindre » (Beeverell, Lés Délices de l'AngL, V, 1056).

40. « Je ne connais les paysans anglais que par un endroit : je les vois tous à cheval en juste-au-corps de drap, et en culottes de peluche, bottés et éperonnés, et toujours au galop... Le peuple en général est ici bien habillé » (Murait, éd. Ritter, 1. I, p. 12).

41. « Il y a plus de gens qui tiennent leurs terres par leurs mains et de plus riches en Angleterre qu'en aucun autre pays de la même grandeur en Europe. Il est fort ordinaire d'v en voir qui ont 40 ou 50 livres sterling de revenu, et en quelques provinces il n'est pas rare d'y en trouver qui ont jusqu'à 100 et 200 1. st. de revenu » (Chamberlayne, État présent, tr. fr., i»"* éd., 1669, l, 338). La nouvelle édition de 1698 (II. 154) ajoute : « Et dans la province de Kent, il y en a qui ont jusqu'à 1200 et 1500 1. st. par an ». G. Leti dit : « Se ne trovano piu di deci mila che possedono una rendita di piu di due cento doppie ciascuno, ma un buon numéro piu di tre cento, che non è poco »

(P.II, L 3;t.ii, p. 115).

42. « Nous trouvons en arrivant ici que chaque Anglais est roi chez soi, et tranquille possesseur de son bien » (Misson, art. Impôts, p. 257). « E quai félicita maggiore che il poter dir sempre il mio é mio, che il viver sotto le leggi fatte da lui, che lo star sicuro di non esser aggravato di taglie, s'egli stesso non se ne aggrava? » (Greg. Leti, p. 11, 1. ^, t. II, p. 115).

Sur le commerce.

Le Commerce qui a enrichi les Citoïens en Angleterre, a contribue à les rendre libres, & cette liberté a 5 étendu le Commerce à son tour ; de-là s'est formée la grandeur de l'État ' ; c'est le Comrnérce qui a établi peu à 'peu les forces navales, par qui les Anglais sont les maîtres des mers ^. Ils ont à présent près de deux cent vaisseaux de guerre 5, la postérité aprendra peut-être IQ avec surprise qu'une petite Isle, qui n'a de soi-même

Ligne 2. K a;/. Commerce du D'\cX. phil. {A Ferraia dans Vèd. in- <V°, /, LXX, p. 492). — 3. $ 6- K remplacent le début juiquà Q.uand Louis XIV (/. J-18) par le morceau suivant :

Depuis le malheur de Cartage 4 aucun peuple ne fut puissant à la fois par le commerce et par les armes, jusqu'au temps où Venise donna cet exemple. Les Portugais pour avoir passé le Cap de Bonne-Espérance ont quelque temps été de Grands Seigneurs sur les Côtes de l'Inde, & jamais redoutables en Europe. Les Provinces-Unies n'ontété guerrières que malgré elles ; & ce n'est pas comme unies entre elles, mais comme unies avec l'Angleterre, qu'elles ont prêté la main pour tenir la balance de l'Europe au commencement du dix-huitième siècle.

Cartage, Venise et Amsterdam ont été puissantes S ; mais elles ont fait comme ceux qui parmi nous ayant amassé de l'argent par le négoce, en achètent des terres Seigneuriales. Ni Cartage, ni Venise, ni la Hollande, ni aucun peuple n'a commencé par être guerrier, & même conquérant, pour finir par être marchand. Les Anglais sont les seuls : ils se sont battus longtemps avant de savoir compter. Ils ne savaient pas, quand ils gagnaient les batailles d'Azincour, de Crecy, & de Poitiers qu'ils pouvaient vendre beaucoup de bled, & fabriquer de beaux draps qui leur vaudraient bien davantage ^ . Ces seules connaissances ont augmenté, enrichi, fortifié la nation. Londres était pauvre et agreste lors qu'Edouard III conquérait la moitié de la France. C'est uniquement parce que les Anglais sont devenus négotians que Londres l'emporte sur Paris par l'étendue de la ville et le nombre des Citoyens " ; qu'ils peuvent mettre

qu'un peu de plomb, de l'étain, de la terre | à foulon, & [88] de la laine grossière ^, est devenue par son Commerce assez puissante pour envoier en 1723 trois Flottes à la fois en trois extrémités du monde 9, Tune devant Gibral-

15 tar conquise & conservée par ses armes, l'autre à Portobello pour ôter au Roi d'Espagne la jouissance des trésors des Indes, & la troisième dans la Mer Baltique pour empêcher les Puissances du Nord de se battre.

Quand Louis XIV faisoit trembler l'Italie, & que ses

20 armées déjà maitresses de la Savoie & du Piedmont étoient prêtes de prendre Turin, il fallut que le Prince Eugène marchât du fond de l'Allemagne au secours du Duc de Savoie ; il n'avoit point d'argent sans quoi on ne prend ni ne défend les Villes, il eut recours | à des Mar- [89]

25 chands Anglais ; en une demie heure de tems on lui prêta cinquante millions, avec cela il délivra Turin, battit les Français, & écrivit à ceux qui avoient prêté cette somme, ce petit billet : » Messieurs, j'ai reçu votre argent & je » me flatte de l'avoir emploie à votre satisfaction '« » .

30 Tout cela donne un juste orgueil à un Marchand Anglais, & fait qu'il ose se comparer, non sans quelque raison, àjin Citoien Romain ", aussi le Cadet d'un Pair du Roiaume ne dédaigne point le Négoce ^^. Milord Toun-

en mer deux-cent vaisseaux de guerre, & soudoyer des Rois alliés. Les peuples d'Ecosse sont nés guerriers et spirituels. D'où vient que leur pays est devenu, sous le nom d'union, une Province d'Angleterre ? '5 C'est que l'Ecosse n'a que du charbon, & que l'Angleterre a de l'étain fin, de belles laines, d'excellents bleds, des manufactures et des compagnies de commerce.

II. 5^4-^2 de bled, [de plomb]. — 13. 1725 est probablement une faute d'impression pour 1726. Voye:(^ le Commentaire, n. 9.

26. ^4*~K cinq [millions] (nombre plus exact, cf. le Commentaire, n. 10). — 29. 46-48, ^2-K [l'avoir] bien [employé].

52. 54* quelques raisons — 33. ^4''-'/S Mylord — ^4 donne Toumsond forme inadmissible, et faute d'impression évidente, d'où je tire par conjecture Tonwstwà comme la leçon probable du manuscrit. ^4''-4S, ^2, j6 Townshend {forme correcte) SI T^ovnshend jo-K Townshend

Sftid Ministre d'I^tal a un frcrc qui se contente d'ôlre Mar- 3) chand dans la Cité '». Dans le temps que Milord Oxford i(Ouvernoil l'Angleterre, son cadet étoit Facteur à Alep, d'où il ne voulut pas revenir, & où il est mort 'î.

Cette coutume, qui pourtant commence trop à se pas-

ser'6, paroit monstrueuse à des Allemands entêtés de leur[sj

40 (jnartierls \,iU ne sçauroient concevoir que le fils d'un Pair

d'Angleterre ne soit qu'un riche & puissant Bourgeois,

au lieu qu'en Allemagne tout est Prince ; on a vu jus-

y qu'à trente Altesses du même nom '", n'aiant pour tout

' bien que des armoiries & de l'orgueil.

En France est Marquis qui veut '8, & quiconque arrive à Paris du fond d'une Province avec de l'argent à dépenser & un nom en Ac ou en Ille, peut dire « un homme comme moi, un homme de ma qualité '9 », & mépriser souverainement un Nég^ociant ,; le Négociant entend lui-même parler si souvent avec dédain de sa profession, | qu'il est 'assez sot pour en rougir; je ne sçais pourtant lequel est le plus utile à un Etat, ou un Seigneur bien poudré qui sçait précisément à quelle heure le Roi se lève, à quelle heure il se couche, & qui se donne des airs de Grandeur en jouant le rôle d'esclave dans l'antichambre d'un Ministre, ou un Négociant qui enrichit son Païs^o, donne de son Cabinet des ordres à Suratte & au Caire, & contribue au bonheur du monde 21.

35. Oxford «/ la seule leçon correcte, donnée par ^4-^6. jo-K donneut Milord Orford (leçon impossible, Robert IValpole n étant dei'enu comte iVOrford qu'après ij^4). 7J (cart.) rétablit Oxford. — 40. f introduis dans mon texte la leçon de j9^~K leurs quartiers. — 44. j6-K"[etl une noble fierté.

COMMENTAIRE

I. Cette idée a pu être suggérée à Voltaire autant par l'opinion anglaise que par l'observation des faits. Bolingbroke l'a exprimée : « By trade and commerce we grew a rich and powerful nation » (Patriot King, 1749, dans Sichel, Bol. andhis titues, t. I, p. 273). De même Addison : «Trade... is absolutely necessary and essential to the safety, strength and prosperity of our nation » (The Freeholder, no 42). Cf. aussi l'essai du Spectateur sur le commerce (tr. franc., dise. 56, 1. 1, p. 366) : «... Je goûte un plaisir merveilleux à voir cette foule de négociants qui s'enrichissent euxmêmes et qui travaillent à grossir le capital de la nation ». Les journaux anglais de 1726-32 sont pleins d'éloges du commerc^^;'} et du négociant : il s'y mêle d'ailleurs plus d'une fois uneU arrière-pensée politique et électorale. « The navy of England is the proper Strength and Glory of England... This Nation owes ail its wealth to its foreign Trade and Commerce » (The London Journal^ n» 370, Saturday August 27, 1726). Cf. encore la note 19. En 1758, à l'occasion d'une loi faite pour encourager les enrôlements volontaires dans la marine (cf. le Commentaire du Fragment d'une lettre anglaise, à la fin du second volume), Young publia une ode intitulée Océan (annoncée dans le Daily Post, no 2722, Wednesday June 12, 1728). Le même Young en 1729, dans son Imper ium pelagi, ode the Jirst, the Mer chant, 1729 (Poems, 18 10, t. XIII de la coll. des English Poets, p. 520 et suiv.), écrivait :

Commerce brings riches, riches crown

Pair virtue with the first renown...

. . . Oihers may traffic, if they please :

Britain, fair daughter of the seas,

Is boni for trade. , .

Accomplish'd mcrchants are accomplish'd men. . .

Trade's the source, sinew, soûl of ail,

'Twas trade at Blenheim fought and clos'd thewar.

Tradii springs from pcace, andwcalth from trade.

And poiver Jfrom wealth...

Voltaire connaissait Young qu'il avait rencontré chez Doding-

DIXII^ME LETTRE

ton à lùislbury en Dorsctshirc (Ballantync, p. 54 et 94). Cf. Young, la d(idicacc maligne de Sea-piece à Voltaire (éd. 1810, p. 219).

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