‹ Lettres philosophiques:Chapitre 89 sur 108 · J4^-K Mr Locke — 118. ^.^'-A' [pourtant] pas · texte numérisé non relu

J4^-K Mr Locke — 118. ^.^'-A' [pourtant] pas

122. ^6-K et Dieu peut... (en rattachant ces mots au discours direct amcf lé par dirt), — 126. J/ croycnt ^6-K croyaicnx mauvaises leçons. — 130. }4^-K Mr Locke. (42' Mr. Locque.)

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fut battu +2; car il raisonnoit en Docteur, & Loke en Philosophe instruit de la force et de la foiblesse de l'esprit humain, & qui se battoit avec des armes dont il connoissoit la trempe. ^

5 Si j'osois parler après M^ Loke sur un sujet si délicat, je dirois, les hommes disputent depuis long-tems sur la nature & sur l'immortalité de l'ame. A l'égard de son immortalité, il est impossible de la démontrer, puisqu'on dispute encore sur sa nature & qu'assurément il faut

o connoître à fonds un être créé, pour décider s'il est immortel ou non. La raison humaine est si peu capable de I démontrer par elle-même l'immortalité de l'ame, que [131] la Religion a été obligée de nous la révéler ^î. Le bien commun de tous les hommes demande qu'on croie

5 l'ame immortelle, la foi nous l'ordonne, il n'en faut pas davantage 44j & la chose est décidée ; il n'en est pas de même de sa nature, il importe peu à la Religion de quelle substance soit l'ame pourvu qu'elle soit vertueuse ; c'est une horloge qu'on nous a donnée à gouverner ; mais

o l'ouvrier ne nous a pas dit de quoi le ressort de cet[te] horloge est composé -^5.

15 5. 4(S(co>T.) [délicat] voici comme je m'y prendrois. 'Puis viennent dix pages de cartons contenant deux morceaux intitulés Continuation du même sujet et Que les Philosophes ne peuvent jamais nuire, avec cet avis : N B. Les chapitres suivants sont nouveaux ; on les a insérez dans quelques exemplaires de cette édition, ji [délicat], voici ce que je dirois. J2 [délicat], voici à peu près comment je m'y prendrais, ji et ^2 coupent ici la lettre, et en remplacent la fin par les deux morceaux déjà donnés en cartons dans 48 (corr.). $6-y^^ coupent la lettre après les mots la trempe, suppriment la phrase de liaison de 48 {corr.y^2 Si j'osais... prendrais {pu dirais) et donnent les deux morceaux sous les titres Sur l'ame, et De la tolérance, ou que les philosophes... nuire. K coupe aussi Tarticle Locke après les )«o/5 la trempe, et fait des deux morceaux la section IX" de l'article Ame. On trouvera ces deux morceaux à la suite de cette lettre (Appendice II).

146. ^94-42^ presque [décidée] Dans 46, te texte primitif est rétabli, on lit pourtant aux fautes a corriger : « La chose est presque décidée, ôtei^ presque. » — 149. J4*, ?7*, 46, un [horloge]... — M^'4^ donné — 150. ^y, S9~4^ cette [horloge] (^7^ cet) J'établis dans mon texte Vuniformité négligée dans ^4.

172 TREIZIEME LEITRE

Je suis corps, (S: je pense ; je n'en sçai pas davantage . Irai-jc attribuer à une cause inconnue, ce que je puis si aisément attribuer à la seule cause seconde que je con-

155 nois-»^? I Ici tous les Philosophes dePEcole*" m'arrêtent en |r argumentant, & disent : « 11 n'y adans lecorpsqucde l'cienduc & de la solidité, & il ne peut avoir que du mouvement & de la fleure. Or du mouvementé: de la figure, de l'étendue & de la solidité ne peuvent faire une pensée,

160 donc l'amc ne peut pas être matière. » Tout ce grand raisonnement tant de fois répété se réduit uniquement à ceci : « Je ne connois point du tout la matière, j'en devine imparfaitement quelques propriétés ; or je ne sçai point du tout si ces propriétés peuvent être jointes à la

165 pensée-^s ; donc parce que je ne sçai rien du tout, j'assure positivement que la matière ne sçauroit penser. » \'oilà nettement la manière de raisonner | de l'Ecole. Loke I • diroit avec simplicité à ces Messieurs : <« Confessez du

153. ^9^-46 Si je ne consulte que mes foiblcs lumières, [irai-jc] — ISS- >9^~4^ [connois] un peu. — 159. ^9 ils [ne peuvent] (corrarlitm a imprimeur ifuijait coiitresetis).

161. SI'' '4^ rcpctc tant de fois — 162. j^-46 [connois] que très peu de chose de [la...] — 167. S4''4^ ^^' Locke — 168. J4'-)9 disoit C'est sans doute la vraie leçon de la c->pie envoyée à Londres. Angl. jj .M. Lx>cJce addrcssed thcse Gentlemen... — 152-167. ./<S a la plice du paragraphe Je suis corps... de V^co\t donne ceci :

Que suis-je ? un .issemblage d'organes. Je respire par les poumons, je prends avec les mains; je pense avec le cerveau : à: j'admire autant l'artifice par lequel mon cœur envoyé du sang dans mes artères, & par lequel l'homme consep.'e sa vie & la transmet, que le don que j'ai reçu d'avoir quelques foibles idées dans ma tête. Tout cela est également l'ouvrage d'un Dieu. N'a-t-il mis en moi qu'un principe; en a-t-il mis plusieurs? Je l'ignore. Je ne sai comment je vis, ni comment j'ai la force aaive, ni comment je pense.

Je sai seulement qu'il n'v a qu'un être tout puissant qui opère en moi ces mer\-eilles, soit qu'il les opère par un seul ressort, soit qu'il en fasse agir plusieurs ; je vois seulement mon corps et je ne vois pas le reste. Ici toute l'école m'arrête et me dit : « Il n'y a dans le corps que de l'étendue et de la solidité {cf. l. iS7)'t o^ l'étendue et la solidité ne peuvent faire une pensée. »

Mr. Locke répondroit : « Avouez [du moins...]

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moins que vous êtes aussi ignorans que moi, votre ima- 70 gination ni la mienne ne peuvent concevoir comment un è corps a des idées, & comprenez-vous mieux comment une substance, telle qu'elle soit, a des idées 49 ? Vous ne concevez ni la matière ni l'esprit, comment osez-vous assurer quelque chose ? »

75 Le supersticieux vient à son tour & dit, qu'il faut brûler pour le bien de leurs âmes, ceux qui soupçonnent qu'on peut penser avec la seule aide du corps. Mais que diroient-ils si c'étoient eux-mêmes qui fussent coupables d'irréligion ? En effet quel est l'homme qui osera assure 80 sans une impiété absurde, qu'il est impossible au | Créa [^4] teur de donner à la matière la pensée & le sentiment ! Voïez, je vous prie, à quel embaras vous êtes réduit, vous qui bornez ainsi la puissance du Créateur 5° ! Les bêtes ont les mêmes organes que nous, les mêmes senti- 85 mens, les mêmes perceptions ; elles ont de la mémoire, elles combinent quelques idées. Si Dieu n'a pas pu animer la matière & lui donner le sentiment, il faut de deux choses l'une, ou que les bêtes soient de pures machines, ou qu'elles aient une ame spirituelle s^ 90 II me paroit presque démontré que les bêtes ne peuvent

171. 48 reçoit [des idées] — 48 Eh, [comprenez-vous] — 173. 4^ om^/ comment... chose. — 174. ^9^-48 intercalent ici : Que vous importe que l'Ame (48 votre ame) soit un de ces Etres incompréhensibles qu'on (48 que l'on) appelle matière, ou un de ces Etres incompréhensibles qu'on appelle Esprit 5^? Quoi! Dieu, le créateur de tout, ne peut-il pas éterniser ou anéantir {48 anéantir ou éterniser) votre Ame à son gré, quelle que soit sa substance ? 48 continue par deux petits alinéas : Vous nevoyez dans le Corps qu'un Etre étendu, et de là vous assurez qu'il ne peut avoir un pouvoir immatériel, mais la force active qui est dans ce corps n'est-elle pas en effet un Etre métaphisique ?

O Mortels, que nous sommes loin de connaître les principes des choses; & qu'il nous appartient peu de décider!

— 178. JCJ4-48 [(\ut] diroit-il, si c'etoit lui même qui fût coupable

182. }<)^-48 réduits — 184. ^9^-48 omettent les mêmes sentiments. — 190. }4'-4S paroit démontré

cire tic simples machines ; voici ma preuve : Dieu leur a fait précisément les mêmes organes du sentiment que les nôtres, donc s'ils ne sentent point, | Dieu a fait [ i un ouvraf^c inutile. Or Dieu de votre aveu même ne

195 fait rien en vain, donc il n'a point fabrique tant d'organes de sentiment pour qu'il n'y eût point de sentiment, donc les bêtes ne sont point de pures machines s).

Les bêtes, selon vous, ne peuvent pas avoir une ame spirituelle, donc malgré vous il ne reste autre chose à

200 dire, sinon que Dieu, a donné aux organes des bêtes, qui sont matière, la faculté de sentir & d'apercevoir, laquelle vous apellez instinct dans elles.

Eh qui peut empêcher Dieu de communiquer à nos organes plus déliés cette faculté de sentir, d'apercevoir

205 & de penser, que nous apcllons raison humaine 5^ ? De quelque côté que vous vous tourniez, vous | êtes obligez f d'avouer votre ignorance & la puissance immense du Créateur : ne vous révoltez donc plus contre la sage &: modeste Philosophie de Loke ; loin d'être contraire à la

210 Religion, eflelui serviroit de preuve si la Religion en avoit besoin ; car quelle Philosophie plus religieuse que celle, qui n'affirmant que ce qu'elle conçoit clairement et sçachant avouer sa foiblesse, vous dit qu'il faut recourir à Dieu des qu'on examine les premiers principes >>.

215 D'ailleurs il ne faut jamais craindre qu'aucun sentiment philosophique puisse nuire à la Religion d'un Païs.

19 ?• 39*-4S [si] elles...

201. ^4^-48 que [vous apellez] — 205. ;^-j9* Et [qui] — 209. ^4*-)9 [de] M [Locke]

213. Je corrige d'après toutes les éd. (j4*-48) la faute typographique de )4 : en [sachant] — 21 > Ces trois alitùas ont été conservés dans 48 (corr.) et Sl-K, avec quelques changements, à la fin du second morceau quon trouvera à l'appendice IL Vûye\ aussi la fin de la première rédaction^ appendice I. — 216. ^4*-^9, d'accord sans doute axvc les mss., répétaient ne faut jamais, puisse jamais ; Voltaire a remédié dans ^4 à cette petite négligence.

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Nos Mistéres ont beau être contraires à nos démonstrations, ils n'en sont pas moins révérés | par les Philo- [137] sophes chrétiens qui sçavent que les objets de la raison & de la foi sont de différente nature s^ ; jamais les Philosophes ne feront une Secte de Religion. Pourquoi ? C'est qu'ils n'écrivent point pour le peuple ^7, & qu'ils sont sans entousiasme î^.

Divisez le genre humain en vingt parts. Il y en a 19. composées de ceux qui travaillent de leurs mains, & qui ne sçauront jamais s'il y a eu un Loke au monde ; dans la vingtième partie qui reste, combien trouve-t-on peu d'hommes qui lisent ! & parmi ceux qui lisent, il y en a vingt qui lisent des Romans contre un qui étudie la Philosophie ; le nombre de ceux qui pensent est excessivemeftt-peût, & cëux-Ia^ne s^avisent pas de trouBIérTe monde S9.

Ce n'est ni Montagne, ni Loke, ni Bayle, ni Spinosa, [138] ni Hobbes, ni Milord Shaftesbury, ni M"^ Colins, ni M"^ Toland, &c. qui ont porté le flambeau de la discorde dans leur Patrie ^° ; ce sont pour la plupart des Théolo-

218. J4*-K nos [philosophes] Angl. j j by our Christian philosophers

221-223. 48 (corr.), J2-À [Pourquoi ?J C'est qu'ils sont [sans enthousiasme] — 224. 46, 48 (corr.), ji-K [vingt] parties — 226. J4^-K [un] Mr. [Locke]

229. 42, 42*, 46 en [Philosophie] {42^^ Errata : en Philosophie, lis. la Philosophie). Kote:^^ que la leçon en est celle de la i' réd. dans la copie de V Arsenal {cf. appendice I, p. 202, ligne 287).

235. 34^ Mountagne ^ç^ corr. [Montagne] ni Lamothe Le Vayer /i->2 [Montagne] ni Le Vayer ni Descartes — 234. ^4'*-S2 Mylord — ^4 Shafterbury) /rtH/<7 d'impression que je corrige. ^4^-Si Shaftsbury {48 corr. Shaftbury) — i4^-K Collins — 23^. 42-48 [Toland], ni Flud (46-48 Fuld) ni Beker 48 {corr.), ^1-^2 [Toland (j2 Tolland)] ni Flud, ni Wolaston (;i Wolston), ni Becker (yi Beker) 42-^2 [Beker] ni {48 corr. Mr.) le comte de Boulainvilliers, ni l'auteur déguisé sous le nom de Jaques Macé, ni celui de VEspion Turc, ni celui des Lettres Persannes, des Lettres Juives, {48 corr. celui) des Pensées Philosophiques, etc. [qui..] — ^6-K changent le mouvtment de tout l'alinéa : Q.ui sont ceux [qui ont porté le flambeau de la discorde dans leur Patrie] ? Est-ce Pomponace, [Montagne, le Vayer, Descartes], Gassendi, [Bayle, Spinosa,

176 tri:izii'::me lbttkb

gicns, qui aiant eu d abord l'ambition d'ctrc chefs de Secte, ont eu bien-tôt celle d'être chefs de parti *'. Que dis-jc, tous les livres des Philosophes modernes mis 240 ensemble ne feront jamais dans le monde autant de bruit seulement qu'en a fait autrefois la dispute des Cordeliers, sur la forme de leur manclic et de leur capuchon*'.

COMMKNTAIRE

1. Le commentaire, en ce qui regarde les sources de celle leiirc, a été à peu près complètement établi par les recherches de M. Ascoli, alors élève de l'École Normale supérieure.

2. D'une lettre à Formoni, de novembre 1732 (XXXIII, 307), il résulte que Voltaire venait de refaire la lettre sur Locke : « Je suis obligé de changer tout ce que j'avais écrit à l'occasion de M. Locke, parce qu'après tout, je veux vivre en France, et qu'il ne m'est pas permis d'être aussi philosophe qu'un Anglais. Il me faut déguiser à Paris ce que je ne saurais dire trop fortement à Londres, u On trouvera en appendice (I) la première rédaction, qui était plus grave que la seconde. « Il n'y a qu'une Lettre touchant M. Locke. La seule matière philosophique que j'y traite est la petite bagatelle de rimmatérialité de l'âme; mais la chose est de trop de conséquence pour la traiter sérieusement. Il a fallu l'égayer pour ne pas heurter de front nos seigneurs les théologiens, gens qui voient si clairement la spirituahté de l'âme qu'ils feraient brûler, s'ils pouvaient, les corps de ceux qui en doutent » (A M. de Cideville, 15 déc. 1732, XXXIII, 311). L'abbé de Rothelin refusa son approbation même à cette forme égayée

Hobbes,] le lord Shaftsbury (7/* Shaftersbury), le comte de Boulainvilliers, le consul Maillet. Tolland (70-A' Toland), Collins, Flud (jo-K Fludd), Vholston (jo-K Wolston), Becker, l'auteur déguisé [/a suite comme dans les éd. 42-^2 jusqu'à Pensées phil. etc. en retranchant drux fois le mot ni]. Non, [ce sont]... — 2j8. ^4* secte... partis. ^/-^^ sectes... parlis. Mais 48 (cor r.) secte... parti. Angl. ^^ chiefs of a sect... at the head of a P.arty. 46-K [ont] bien-tôt eu — 259. ^4^-46 [Tous] ces [livres] — 48-K de Philosophie moderne

342, J4*-K leurs manches [et de] leurs capuchons.

SUR M^ LOKE 177

(XXXIII, 327). La 13e lettre, avec la précédente, fut pour beaucoup dans l'hésitation de Voltaire à publier son ouvrage. « J'ai quelques scrupules sur deux ou trois Lettres que je veux comrnuniquer à ceux qui savent mieux que moi à quel point il faut respecter ici les impertinences scolastiques ; et ce ne sera qu'après leur examen et leur décision que je hasarderai de faire paraître le livre » (A M. de Cideville, 3 juillet 1733, XXXIII, 357). En effet la lettre sur Locke eut, avec les Remarques sur Pascal, une part prépondérante dans la persécution que l'ouvrage essuya (XXXIII, 416, 426,427-8, et surtout 436).

3. Voyez l'éloge de Locke dans la lettre à Formont, août 1733 (XXXIII, 373) : « Ce qu'il n'a pas vu clairement, je désespère de le voir jamais. Il est le seul à mon avis qui ne suppose pas ce qui est en question. » — Locke était connu en France surtout par les traductions et les préfaces de Coste (cf. Quérard, art. Locke), par les Abrégés de VEssai sur Ventendement humain que donnèrent Leclerc (1688) et J. Wynne traduit par Bosset (1720), par les journaux : Bibliothèque universelle et historique, 1688, t. VIII, p. 49 (c'est l'abrégé àQhtclQxc); Nouvelles de la République des Lettres, août i'] 00 ; Mémoires de Trévoux, janvier 1701 ; Histoire des ouvrages des savants, juillet 1701 ; Nouv. de la Rép. des Lettres, février 1705 (lettre de Coste); Biblioth. choisie, 1705, t. VI, p. 376 ; Bibliothèque raisonnée, avril-juin 1730, t. IV, p. 343 ; par l'article du P. Niceron au t. I de ses Mémoires pour servir à la vie des Hommes illustres, etc. Il faut faire une mention particulière du P. Buffier, qui dans son traité des Vérités premières et dans les Remarques sur divers traités de Métaphysique imprimées à la suite de ce traité (1724) élève Locke par-dessus Descartes et Malebranche et s'en inspire. Aussi Voltaire l'a-t-il rapproché de Locke et appelé «le seul jésuite qui ait eu une philosophie raisonnable » (^Catalogue des écrivains du siècle de Louis XIV). Il avait connu personnellement le P. Buffier et se souvenait encore en 1778 de l'avoir rencontré à Maisons (XXXI, 3).

4. Les biographes de Locke, Coste, Leclerc, Niceron, ne disent rien sur ce sujet. Fox Bourne (^The life of J. L., 1876, I, 48) : « Though Locke never paid very much attention to the mathe-

Lett.phil. I. 12

178 TRRI/.lKMi: LETrKK

m.itical scicuccs... t(,licz ce biographe cl chez. \ oiiairc, ce n'est sans doute qu'une induction tirée du fait que Locke n'a rien publié sur les mathématiques, ce qui le distingue de Descartes et de Newton,

5. Cf. les jugements portés en 1739 dans une lettre à La Noue (XXXV, 2}6;, et en 1765 dans la Philosophie de Vhiitoire, ch. 24 (XI. 73).

6. Tout ce qui suit, sur les philosophes, vient du Dictionnaire de Baylc : voir l'art. Ame à la Table des matières de l'éd. de 1720 et des éd. suiv. (l'éd. princeps est bien moins complète).

7. Bayle, article Anaxagoras: <f Use signala par la nouveauté et par la singularité de ses dogmes. Il enseigna qu'il y avait des collines et des vallées et des habitants dans la lune, et qu£ le soleil était une masse de matière tout à fait en feu et plus grande que U Pi'Iopotnièse. Il disait que la neige est noire... Il disait aussi que les deux étaient de pierre (p. 219-220)... Du reste, quoiqu'il enseignât que Vdme de Vhonime est un être aérien, il la croyait immortelle (p. 232)... Il mourut à Lampsnque et y fut enterré honorablement et orné d'une épitaphe très glorieuse. On alla même jusquà lui bâtir un autel (p. 230)... » En lisant tout l'article, on verra que Voltaire élimine toutes les opinions d'Anaxagore sur la physique qui paraîtraient raisonnables.

8. Bayle, éd. 171s, art. Diogène, au début : « Il naquit à Sinope, ville du Pont, et en fut chassé pour le crime de fausse monnaie. »

9. Rien de tel dans Bayle, à l'art. Diogène d'Apollonie: mais à la Table des matières (1720), au mot A.me, on lit: « Elle est un être aérien selon Anaxagoras, 219, et selon Diogène le Physicien, II, 297a, et une portion de la substance de Dieu selon Cesalpin, 118 b. » Voltaire, par mégarde, a donné à Diogène ce qui appartenait à Cesalpini .

10. Bayle, Table des matières, A.me : « Etait composée de plusieurs parties selon la doctrine d'Epicure, III, ici a. »

11. Boutade suggérée peut-être par la note O de l'art. Aristote, où Bayle montre Pomponace et Niphus ne tombant pas d'accord si Aristote a reconnu l'immortalité de l'âme, ou par un passage de l'art. Perrot d'Ablancodrt où renvoie une ligne

SUR M^ LOKE 179

de la Table des matières au mot Ame (Pensées sur son immortalité) : Perrot accuse Aristote de confusion et d'obscurité sur l'immortalité de l'âme. Cf. fin de la note 12. Au total, je crois plutôt que la source de Voltaire est Malebranche {Rech. de la Ver., II, 11, 5), qui se moque des commentateurs appliqués à éclaircir l'obscurité du maître.

12. Bayle, art. Cratippe, note D : « Il se fondait sur une opinion d'Aristote qu'Averroes a développée pour en tirer la doctrine monstrueuse d'un intellect universel qui soit le même dans tous les hommes» ; ou plutôt Averroes, n. E, citation d'un passage des Jésuites de Coïmbre : « Occurrit alia sententia existimantium m disciplina Aristotelis ponendam esse unam duntaxat animamintellectricem, sive unum intellectuni qui omnibus honiinihus assistât, tit soîis lumen iiniversitati . Sic enim Aristotelem interprétât! sunt ejus discipulus et scholae successor Theophrastus, Themistius, Simplicius, Averroes, aliiquc non pauci, etsi onines non eodeni ynodo de hujus niodi intellectii locutifuerint. »

13. Rien dans le Dict. crit. de Bayle qui explique cette assertion sommaire de Voltaire. Eternelle représente assez grossièrement la théorie de la transmigration des âmes et les démonstrations du Phédon. Cependant Bayle (Œuvres div., III, 520) avait fait cette remarque : « On reconnaît que ses raisons tendent à prouver que notre âme est éternelle et ingénérable. » Pour corporelle, Voltaire a toujours pensé que le spirituel chez Platon n'était qu'une matière plus subtile et légère (XVII, 134 ; XXXI, 49). D'ailleurs Bayle avait noté : « La plupart des philosophes païens supposaient qu'elle est corporelle » {Dict. crit., Table des matières, au mot Ame). — Divin : Voltaire s'est souvent moqué de cette épithète : cf. plus loin, p. 191, et XXVII, 222. L'épithète de Platon est mentionnée par Cicéron, De divin., I, 36 ; elle a été rappelée par Montaigne, II, 12 (éd. Motheau et Jouaust, in-12, t. IV, p. 13) et par Malebranche avec ironie (Rech.de la Vér., II, 11, 6).

14. Assertion souvent reprise par Voltaire (XI, 179 ; XVII, 137 et 169 ; XIX, 222, 230 ;XX, 204), et dont l'origine peut être dans Daillé, Traité de Vemploi des saints Pères, 1632 (p. 354, 371, 392, 412, sur Tertullien, saint Hilaire, saint Augustin, saint

l80 TRKI/ltME LETTRE

Athannsc cl sninl Basile), ou dans Fllics Dupin, \ouf. Biblioth. dfsauletits ecck'siiiiliques, 1686 (Table des maiicrcs, aux mots Amf, Anges, Dieu : sentiments de TertuUien, Tatien, Origd-ne cl autres), ou encore dans une réplique à Jurieu, Avii sur U TableAH du soànianismf, lôçoCp.lJ, 40-42, sentiments de Terlullicn, Ircncc, Origcne, JuMin Martyr, etc.). Cf. aussi 5/x/im/5 0/7. dans Descaries, éd. Adam et Tannery, XI, 218 ; Furetière, Dict., au mot Ame ; et Le Gendre, marquis de Saint-Aubin, Traité de l'opinion y 1733, t. II, p. 96 : « Les anciens philosophes et presque tous les pères de l'Eglise tenaient les anges et les démons corporels. »

15. Bayle(D/V/. en/., éd. 1720, Tabledes matières, au mot A.xiE) renvoie à l'art. Saint Bernard où il parle ainsi des a doctes » préfaces de la 2^ édition du P. Mabillon : " Il y en a une où l'on reconnaît que saint Bernard a enseigné que l'àme des bienheureux est reçue au ciel et dans la société des anges, dès qu'elle est séparée du corps, mais qu'elle jouit seulement de la itte de l'humanité deJ.-C, et non de la vue de Dieu. »

16. Bayle (ihid.) : « Il attaqua ces derniers (les infidèles) nonseulement avec les armes ordinaires de son éloquence, mais avec les armes extraordinaires de h propJ)ètie. Il grossit par ce moyen les troupes de la croisade plus que Tonne saurait dire; mais toutes les promesses dont il les avait repues s'en allèrent en fumée ; et lorsqu'on voulut se plaindre qu'il avait mené à la boucherie, sans sortir de son pays, une infmité de chrétiens, il en fut quitte pour dire que les péchés des croisés avaient empêché l'effet de ses prophéties. «

17. Bayle (Dict. crit., au mot ScoLASTiauEs) : «... Leurs explications des mystères les ont plus embrouillés que débrouillés... Leurs réponses et solutions ne servent qu'à obscurcir les difficultés. » — Docteur irréfragable, Qtc.Th. Sprsil {Tl:e History cf the Royal Society, 3<ied. 1722, in-4*», p. 21) opposait avec dédain les scolastiques à la philosophie nouvelle, à la philosophie expérimentale. « We would permit them to be great and profound wits, as augelical and seraphical as they pleased. » Est-ce là la suggestion initiale ? "Voltaire alla sans doute s'informer des scolastiques chez Moreri (Dict. hist., 1674, art. Docteur), qui lui

SUR M^ LOKE i8r

fournit les quatre premiers surnoms. Le cinquième, pour lequel l'éd. de Londres n'a pas trouvé d'identification, n'est peut-être qu'une plaisanterie empruntée à Rabelais. M. Picavet m'a signalé au ch. VII de Pantagruel, dans le catalogue des livres de Saint- Victor, les qualifications suivantes : Pasquili,doctoris marmorei... Moillegroiiifdocloris Cheruhici... — Cf. XXII, 65 , l'opuscule Sottise des deux parts, évidemment contemporain de cette lettre.

18. Voltaire écrivait encore en 1728 : « Our Descartes whowas the greatest philosopher in Europe, before sir Isaac Newton appeared... » (Epitre dédie, de la Henriade à la reine d'Angleterre, VIII, 14). Mais il envoyait à Formont en mai 173 1 une lettre précédée de vers où l'on trouvait ceci sur Descartes :

Il a gravement débité Un tas brillant d'erreurs nouvelles Pour mettre à la place de celles De la bavarde antiquité. . . (X, 267).

C'est la pensée qu'il reprend ici en prose.

1 9 . L'objection du fœtus est partout depuis Gassendi (Cinquièmes ohj.y 4; éd. Adam et Tannery, VII, 264). Cf. Locke, Essai sur Vent, hum., tr. Coste, éd. 1774, II, i, 17 ; t. I, p. 164-165 : « C'est une chose bien surprenante que pendant la vie d'un homme son âme ne puisse pas rappeler une seule fois quelqu'une de ces pensées pures et naturelles. » Et Bolingbroke, Essay on human Knoiuledge, éd. 1844, t. III, p. 75. — « Je ne me persuade pas que l'esprit d'un petit enfant médite dans le ventre de sa mère sur les choses métaphysiques » (Descartes, cité par Bouillier, Hist. de la phil. cart., I, p. 98). Mais ailleurs, en sens inverse : « Il n'est pas étonnant que nous oubliions les pensées que nous avons eues dans le sein de nos mères ou pendant les léthargies, puisque nous ne nous souvenons pas d'un grand nombre de pensées de la veille et de l'âge mûr » {Cinq, rép., 4; VII, 356). Et dans la. Rép. aux quatr. ohj. : -« Je ne doute point que l'esprit, aussitôt qu'il est infus dans le corps d'un enfant, ne commence à penser, et que dès lors il ne sache qu'il pense, encore qu'il ne se ressouvienne pas par après de ce qu'il a pensé. » — Cf. la n. 29.

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20. Bayle, an. Ulmockiih: •«... Ya-t-illoin de cette pcuscc i dire que nos idées sont en Dieu, comme le P. Mallclranchc le dit... ?Nc s'ensuit-il pas de la que nos idJrs sont Dieu lui-nùme ?» — Voltaire a trouvé de In raison plus lard dans la viiion en DUu de Malebranche. Cf. XXVIII, 319, et surtout 91 et suiv.

21. Dans la lettre à Thieriot déjà mentionnée (XXXIII, 372) Malebranche est appelé un romancier. Cf. encore XIX, 601, XX, 420, et XXXVI, 92(10 août 1741). — Voltaire peut se souvenir du P. Bufficr : <' Il (Locke) est le premier de ce temps-ci qui ait entrepris de démêler les opérations de l'esprit humain immédiatement d'après la nature, sans se laisser conduire à des opinions appuyées plutôt sur des systèmes que sur des réalités, en quoi sa pbilosoj'hie semble être par rapport à celle de Descartes et de Mallehrunche ce qu' est Vhistoire par rapport aux ronians » (Rem. sur divers traites de wèlaph., au t. II des Vérités premières, éd. 1724, p. 253). — Locke suggérait le mot de roman comme aniithèscde cette « manière claire et historique » qu'il se vantait d'avoir employé le premier (Z:j5rt/ sur VE. /;., Avant-propos, tr. Coste, 1774, I, p. 3). Et ailleurs : « Voilà, en abrégé, une véritable histoire, si je ne me trompe, des premiers commencements des connaissances humaines » (II, xi, 15 ; t. I, p. 274). Je citerai partout, sauf indication contraire, léd.de 1774, Amsterdam, 4 vol. in-T2. La trad. de Coste parut en 1700, in-40, et a é:é souvent réimprimée. — Et Whiston (Histor. Memoirs of ihe Life of Dr. S. Clarke,2^ cd. 1730, p. 5) traitait la physique cartésienne de Rohault de « Philosopliical Romance ». Voyez encore la note 6 de la lettre XIV. — Cf. enfin Marivaux, dans le Miroir, cité par Larroumet, Marivaux, p. 523-524.

22. «Quandnousue pouvons nous aider du compas des mathématiques ni du flambeau de la physique, il est certain que nous ne pouvons faire un seul pas » (Voltaire, XXII, 204). Cf. cidessous, App. I, lignes 202-3.

23. Sur le mérite du doute en métaphysique, cf. XXII, 427. Et Locke, I, II, 25, 1. 1, p. 90.

24. a Je ne puis faire autre chose que de me servir de la voie de l'analyse qui est le bâton que la nature a donné aux aveugles; j'examine tout partie par partie^ et je vois si je puis ensuite juger du total » (Voltaire, XXII, 204).

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25. « Suivez un enfantdepuis sa naissance... » (Locke, Essai..., II, I, 22 ; 1. 1, p. 172 et suiv.).

26. Locke, JE"5sai..., II, IX, 11-12, p. 239-240 ; X, 10, p. 253; XI, 5, p. 259; 7, p, 262; 10, p. 268, etc.

27. «Je ne saurais parler... que de ce que je trouve en moimême » (Ibid., II, XI, 16, p. 274).

28. Locke, Essai..., II, i, 10, p. 150. Voltaire dégage et allège la traduction de Coste, surtout dans la première phrase.

29. Cf. la n. 19. — « Nous ne pouvons nous souvenir de ce qui s'est passé en nous, soit au temps d'un sommeil profond, soit au temps que nous avons été renfermés dans le ventre de notre mère. Nous ne sommes donc pas en état de nous rendre à nous mêmes le témoignage que nous avons pensé durant ce temps-là » (Le P. BufRer, Vèr. prem., III, 6, t. II, p. 44).

30. Locke, Essaij I, ch. 1-3. Bayle dit de son argumentation : « Je vous avoue qu'il m'a semblé victorieux, et qu'il faut donner à son combat la gloire du dehellatum est » (Œuvres, IV, 834).

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