s6 Perkin jo-K Perkins
SUR LE CHANCELIER BACON I59
COMMENTAIRE
I. Cette lettre dut être rédigée à la même époque que l'opuscule Sottise des deux parts, où Voltaire représente comme ici (p. 155,1. 75-76 et p. 156,1. io6)lascolastique p:ir les quiddités tt Vuniversel a parte rei. « C'est dommage pour la gloire d'Aristote qu'on n'ait pas fait la guerre civile et donné quelques batailles rangées en faveur des quiddités et de Vuniversel de la part de la chose » (XXII, 65). Par malheur on ne sait pas exactement la date de la composition de l'opuscule, qui ne paraît avoir été imprimé qu'en 1750. Duvernet (Vie de V,, éd. 1797, p. 74-75) le place à l'année 1728, après le retour d'Angleterre (il faudrait sans doute dire plutôt 1729). Rien, dans la lettre XII, ne contredit cette date. Il est vrai qu'il se pourrait que le rapprochement un peu inattendu de Bacon avec de Thou eût été suggéré à Voltaire par l'édition et la traduction que Chauvelin fit faire de VHistoire du président de Thou (cf. Voltaire à Formont, 8 sept. 173 1). Mais on peut aussi l'expliquer par l'apparition en 1728 d'une traduction anglaise de cet ouvrage. Il serait d'ailleurs étonnant que Voltaire eût inventé ce rapprochement, quoique je n'en aie pas trouvé trace dans les textes anglais que j'ai vus. — D'autre part l'opuscule Sottise des deux parts semble contemporain aussi de la lettre XIII (cf. n. 17), qui, dans la forme imprimée en 1733- 34, date de la fin de 1732. La lettre XII et l'opuscule seraient un peu antérieurs. — Pour les traductions françaises de Bacon antérieures à Voltaire, voyez le Catalogue imprimé de la Bibl. Nat., au mot François Bacon. Pour les jugements sur Bacon, voyez le Journal des Savants, 8 mars 1666, p. 1 18-120; Duhamel, De Mente hiimanu libri quatuor, Paris, 1672, notamment 1. III, ch. 7-9; Bibliothèque raisonnée, Juillet-Août 1730, t. V, p. I (compte rendu de l'édition d'Amsterdam, 1730), et p. 29 (abrégé de la vie de Bacon d'après la biographie écrite par le chapelain Rawley).
2. Compagnie célèbre semblerait désigner une académie, et faire
l6o DOUZIÈME LETTRB
allusion à quelque sujet de prix d'éloquence : je n'ai rien trouvé qui parût se rapporter à l'allusion de Voltaire ; l'Académie française n'a rien proposé de pareil. Le texte de Voltaire autorise d'ailleurs l'idée d'une simple conversation, et célihre i la rigueur peut, comme illustre, s'appliquer à une réunion sans caractère officiel. Il s'agirait d'une conversation de salon : mais est-ce à Paris, ou à Londres, que Voltaire la place ? Ou bien n'y a-t il ici qu'un souvenir livresque transformé et adapté ? On lit dans le Babillard, trad. de la Chapelle, 1725, t. I, p. 112 (22 avril 1709) : « Je me trouvai l'outre jour dans une compagnii où l'on ne s'entretint que du mérite de nos deux grands capitaines, le duc de Marlborough et le prince Eugène. Le sujet de cette conversation me conduisit naturellement à faire quelques réflexions sur Alexandre et sur César, Us deux plus grands lx)mnus qui aient paru avant notre siècle... »
3. Comparez la lettre à Thieriot, du 15 juillet 1735 (éd. Moland, XXXIII, 505).
4. Le Journal littéraire (\. XXII, p. 356) a relevé l'erreur de Voltaire sur le titre de Bacon. Voltaire corrigea en 1739 (cf. notes critiques).
5. « Nomen ejus magis foris et apud exteros quam domi inter populares suos celebratum est et inclaruit » (Rawley, Auctoris vita, non paginée, en tête des Opuscula varia posthuma, 1658 : cette vie, souvent réimprimée dans les éditions de Bacon, soit en latin, soit en anglais, se trouve notamment en tête de celles de Londres et d'Amsterdam, 1730). — Bacon avait dit dans son Testament : « Je laisse le soin de ma réputation aux étrangers', et après qu'il se sera passé quelque temps, à mes compatriotes » (Savérien, Hist. des phil. modernes, 1763, III, 73). Voltaire a-t-il jeté les yeux sur ce Testament ? L'emprunt à Rawley est plus probable.
6. « Inter caeteros Marchio Fiatus Nobilis Gallus, qui legatus in Angliam venerat anno primo Mariae reginai, Caroli régis nuptae, ingenti animi ardore eum invisendi captus est. Ad quam rem opportunitatem nactus et cubiculum ingressus, /?ra^ injirmitate in lectulo decumhentis, stylo aliquantum grandiore eum adortus est : Dominationem suam sibi semper Angelis simiUm fuisse.
SUR LE CHANCELIER BACON l6l
de quihus miilta ad illms aures perveneruni , et in libris similiter lectitavit^ sed e-os nunqiiam coram conspicere concessum est » (Rawley, ibid.). — Sur les relations du marquis d'Effiat et de Bacon, voyez Golefer, dédicace des Neuf livres de la dignité et de l'accroissevient des sciences..., traduits du latin en français, Paris, 1632, in-40.
7. L'amende fut de 40.000 livres (R. Stephens, Fr. Bacon^s Letters, memoirs, parlimnentary afaiî'S, state papers, etc., London, 1736, in-40, p. xxii); cf. aussi l'éd. de Londres, 1730, t. I, p. 141. Le Jonrnal littéraire (t. XXII, p. 359) et d'Argens (^Mém. secrets de la Rép. des lettres, 1. VIII, sect. II, p. 220) ont contesté à tort l'énormité du chiffre ; Voltaire au contraire a affaibli ce que ses sources lui donnaient : 40.000 1. anglaises ont un million de livres françaises. Mais Bacon perdit seulement son droit de séance au Parlement, non sa qualité de pair (Stephens, ibid.). Ici d'Argens rectifie avec raison.
8. Rushworth donna la note : « He treasured up nothing either for himself or his family... He was overindulgent to his servants » (Historical Collections, 1659, I, p. 31). Ces mots furent souvent cités ou paraphrasés depuis. Echard (Hist. of England, IV, i, 397) : « His crimes were Bribery and Extortion, yet more those of his servants and dépendants than his own... » Mais Voltaire songe peut-être surtout à R. Higgons {A short wiew of the English history, La Haye, 1727, in-80, p. 251): « This illustrions Person, having pass'd over ail the steps of his Profession to the dignity of Lord Chancellor and a Peer of the Realm, was attack'd with so much Fur}' by a Faction at Court, that no Innocence or Merit coiild protect hini from undergoing an infamous sentence, Fine and Imprisonment during Pleasure, being charge d with the faults of his servants for whom he was not answerable. » Cf. encore Peter Shaw, 77;e Philosophical Works of Francis Bacon... methodi:(ed and madc English, 1733, t. I, p. XLix.
9. Bolingbroke, vers 1728-17 30, se servait du talent et de la gloire de son ancien ennemi Marlborough, qui était mort, pour écraser un ennemi vivant, le ministre whig Walpole. Cf. The
Lett.phUA. II
i62 i>ouzi/:me lettre
Craftsmann, notamment le n» 252, May i" 1731. — D'Argcns (MeiH. secr. de la Rép. da Littres, 1. VIII, s. 2, p. 220) dit, après avoir cite la phrase Aujourd'hui la Au^laii... : « 11 avait ajouté ù CCS premiers mors : ses vertus ont fait oublier sesvicts ; mais il a retranclîé cette phrase dans une dernière édition, du moins elle n'est pas dans celle de Jacques Desbordes I73)- » Ni dans celles de 1734, ni dans aucune autre. D'Argens ne s'aperçoit pas qu'il ne fait que citer en l'altérant le mot prêté par Voltaire à Bolingbroke.
10. Je trouve dans l'éd. de Londres, 1730, t. I, p. 20, ces paroles extraites du Baconiana de Tenison : « He espied a ncv. and beticr and larger and safer way, and he joumeyed far in il himseir, and lie left a map of it for posterity who might fariher pursue it. And he has been happy in being foUow'd by men of the ablest understandings with singular success, and thc societics for improving natural knov-iedge do not at this day départ from his directions, though they travel farther than death would suffer him to adventure. «
11. Sur le mépris de Bacon pour les Universités et Collèges. Noi'um orgamim, I, 90, éd. Fowlcr, p. 287. Sur son mépris de la philosopliie aristotélicienne et scolastique, ihid.^ I, 54, p. 225; I, 63, p. 236-240 ; I, 78, p. 267 ; I, 121, p. 318, etc.
12. Bacon {Nov. org., I, 66; 11,8; II, 48) n'affirme pas le vide, et ne fait pas d'objection à l'horreur du vide.
13. Bacon, contre les fortues substantielles : « Formae enim commenta animi humani suni... » (Xov. org., I, 51, éd. Fowler, p. 224. Cf. I, 65, p. 241 ; II, 2, p. 340, etc.). — Cf. Locke, Ess. sur VEnt. /.'., III, x, 14 ; t. III, p. 233 : c'est peut-être de lui plutôt que de Bacon que vient ce passage.
14. C'est l'anecdote racontée par Gomara, Hist. ge'n. des Indes, 1, 13, qu'on trouvera dans Chaufepié, au mot Chr. Colomb, n. c. Mais Chaufepié ne parait qu'en 1750 et on peut tout au plus lui attribuer le scrupule qui a fait biffer le mot toujours à partir de 1756. Moreri, éd. 1718, faisait une allusion vague à ce pilote. Voltaire a pu trouver le fait dans Lenglet Dufresnoy, Méthode pour étudier Vhistoire, éd. 1729, in-40, t. II, p. 371.
SUR LE CHANCELIER BACON 163
15. Bacon avait écrit, dans une intention, il est vrai, un peu différente {Nov. organ.y Part. I, s. V, aph. 85 ; éd. Peler Shaw, t. II, p. 282) : « Yet ail the Discoverics now mentioned (notes de musique, lettres de l'alphabet, vin, bière, pain, etc.) are more ancient than Philosophy and the iîilelUctual Arts : so that, to say the Truth, when the rational and dogmatical arts came upon the stage, the invention of useful Works went oflf... »
16. « Alium errorem errant Peripatetici, credentes sphaeras coelestes esse simul solidas et pellucidas instar crystalli... » (Bayle, Œuvres diverses^ t. IV, p. 393). Cf. aussi Fontenelle, Pluralité des Mondes, V (éd. 1790, t. II, p. 24), et Fénelon, Abrégé des vies des anciens philosophes, 1726, Empédocle. Il pensait « que le ciel était fait d'une matière semblable à du cristal ».
17. Opinion d'Anaxagoras rapportée dans le Dict. de Bayle (éd. 1730).
18. « I shall only mention one great Man who had the true imagination of the whole Extent of this Enterprise, as it is now on foot ; and that is the lord Bacon ; in whose books there are everywhere scattered the best arguments that can be produced for the Defence of Expérimental Philosophy, and the best directions that are needful to promote it » (Th. Sprat, Hist. of the R. Society, 3^ éd., p. 35).
19. Sur les pressentiments de Bacon, voy. le bel éloge qui est dans le Spectalor, no 552. Voltaire ne paraît pas s'en être souvenu : il a pris une autre image, celle du trésor caché.
20. Sur l'élasticité de l'air, Nov. org., II, 48, 2, éd. Fowler, p. 523-524; n, 48, 3, p. 524-526; II, 50, p. 564. Sur les espèces de machines pneumatiques de Bacon, Nov. org., II, 50, i, p. 560. Voyez aussi A plan for the particular History of Condensation and Rarification in Natural Bodies, s. XI, par. 6 (éd. Peter Shaw, t. III, p. 550).
21. Cependant voyez Nov. org., II, 40, éd. Fowler, p. 493, et l'opuscule intitulé Historia densi et rari, où Bacon semble ne donner à l'air aucune pesanteur.
22. « Rursus, sisit aliqua vis magnetica qiiae operetiir per consensum inter glohum terrae et pondcrosa, aut inter globiun Lunae et
164 DOUZlè.ME LErrRE
aqtias maris..., aut inter coelum stclUtum et platutas, pcr quant cvoccntur et attollantur ad sua apogaca... » (Kov.org. , 11,45, éd. Fowler, p. 508).
23. « Similiter, sit natura inquisita, pondus, sivc grave. Bivium circa hanc naiuram taie est. Neuae at ut gravia et panderosa vel teiulant ex natura sua ad centrum terrât per proprium schcmatismum ; vcl ut a massa corporca ipsius terrae, tanquam a congrcgatiouc corporum connaluralium, atlrafxintur et rapiantur, et ad eam per consettsuni ferantur. At posterius hoc si in causa sit, sequitur, ut quo proprius graviora appropinquant ad terrant, eo fortius et majore cutn impetu ferantur ad eam ; quo longius ab ea absiDt, debilius et tardius (ut fit in attractionibus magneiicii»)... Itaque talis circa hanc rem poterit instantia crucis. Sumatur horologium ex iis quae moventur per pondéra plumbea et aliud ex iis quae moventur per compressionem laminae ferreae, atque vere probentur, ne alterum altero vclocius sit aut tardius : dcinde ponatur horologium illud moiens per pondéra super fastigium alicujus templi altissimum, altero illo infra detento ; et uotetur diligenter, si horologium in alto situm tardius moveatur quam solcbat, propter diminutam virtutem pondcrum. Idem fiât experiitientuvt in projundis minerarum alte sub terram depressarum : ut r uni horologium hujus modi non moi'eattir velocius quam olebat, propter auctam virtutem ponderum. Quod si inveniatur virtus ponderum viinui in sublimi, aggravari in subterraneis, recipialur pro causa attraclio a massa corporea terrae » {Xoi' . or g., II, dans l'éd. de Bacon, 1740, p. 355). Sur la valeur de ce passage, cf. Fowler, Noz\ org., II, p. 39-40, et p. 468, note 93.
24. Mallet, dans sa vie de Bacon (éd. 1740, en tête du t. I), traduit ce jugement de Voltaire comme « a Remark that does my Lord Bacon honour ».
25 . Le Daily Journal, n^ 2228, Monday March 4, 1728, annonce que la traduction anglaise de l'histoire de Thou est sous presse et sera incessamment publiée.
26. 77?^ history of t}}e reign of King Henry tJje sei'enth, éd. 1641, in-fol., p. 112. Le texte porte: the ghst 0/ Riclxird duke of York second son to King Edijard thc Fourth.
27. Ibid., p. 116. La fin de la phrase est dans le texte : « and
SUR LE CHANCELIER BACON I65
at v/hat tinte it must be upon the Horizon of Ireland; for there had the like Meteor strong influence before » .
28. On trouve dans The Guardian^ t. I, no 25, une critique du style de Bacon dans VHistoire de Henri VU, qui est analogue à celle de Voltaire. — Voyez, pour le jugement porté sur cette histoire, Chaufepié, Notiv. Dict. hist. et crit., 1750, art. Bacon, n. gg; mais il emploie d'autres citations de l'ouvrage.
TREIZILNŒ LETTRE' [12
Sur M\ Lok\
Jamais il ne fui pcut-circ un esprit plus sage, plus niétodique, un Logicien plus exact que M^ Loke ^ ; cepen- 5 dant il n'étoit pas grand Mathématicien •♦. Il n'avoit jamais pu se soumettre à la fatigue des calculs ni à la sécheresse des vérités Mathématiques qui ne présente d'abord rien de sensible à l'esprit, & personne n'a mieux prouvé que lui qu'on pouvoit avoir l'esprit géomètre sans le
10 secours de la Géométrie. Avant lui de grands Philosophes avoient décidé pojsitivement ce que c'est que [12 l'ame de l'homme ; mais puisqu'ils n'en sçavoient rien du tout, il est bien juste qu'ils aient tous été d'avis différens. ^
I ) Dans la Grèce, berceau des arts & des erreurs, & où
Vj^ l'on poussa si loin la grandeur & la sotise de l'esprit humain s, on raisonnoit comme chez nous sur l'ame. , /
Le Divin Anaxagoras^ à qui on dressa un Autel, pour avoir apris aux hommes que le Soleil étoit plus
21) grand que le Péloponése, que la neige étoit noire, & que les Cieux étoient de pierre, affirma que l'ame étoit un esprit aérien, mais cependant immortel 7.
Diogéne, un autre que celui qui devint cinique après
Ligne 2. 56-7/ Sur Locke. A' {Dict. pbil.) Locke. Section première. On trouvera à Vappciidice I la première réduction de cttte lettre. — 7. }9^K présentent (jj présente) Angl. ^) donne le pluriel. — 8. 46-A' éprouvé Angl, y j no oue lus given better proofs
SUR M^ LOKE 167
avoir été faux-monnoieur ^, assuroit que l'ame étoit une
23 port|ion de la substance même de Dieu?, & cette idée [122] au moins étoit brillante.
Epicure la composoit de parties comme le corps »» ; Aristote qu'on a expliqué de mille façons, parce qu'il étoit inintelligible ", croïoit, si l'on s'en raporte à
30 quelques uns de ses disciples, que l'entendement de tous les hommes étoit une seule & même substance '2.
Le divin Platon, maître du divin Aristote, & le divin Socrate, maître du divin Platon, disoient l'ame corporelle & éternelle ^3, le démon de Socrate lui avoit apris
55 sans doute ce qui en étoit. Il y a des gens à la vérité qui prétendent qu'un homme qui se vantoit d'avoir un génie familier, étoit indubitablement un fou ou un fripon; mais ces gens-là sont trop difficiles.
Quant à nos Pères de l'Eglise, plusieurs dans les pre- [123J
40 miers siècles ont cru l'ame humaine, les Anges & Dieu corporels h.
Le monde se rafine toujours. Saint Bernard, selon l'aveu du Père Mabillon, enseigna à propos de l'ame qu'après la mort, elle ne voïoit point Dieu dans le Ciel, mais
45 qu'elle conversoit seulement avec l'humanité de Jesus- Christ'î, on ne le crut pas cette fois sur sa parole. L'avanture de la Croisade avoit un peu décredité ses Oracles ^^. Mille Scolastiques sont venus ensuite, comme le Docteur iréfragable, le Docteur subtil, le Docteur angélique, le
50 Docteur séraphique, le Docteur chérubique, qui tous ont été bien sûrs de connoître l'ame très-clairement, mais
57. j6-A' [un] peu [fou ou un] peu [fripon] — 39. ji 11 est certain que plusieurs Pères de l'Eglise, [dans les...]
42. J4*'S9 l'avis Attgl. ^^ as Father Mabillon confesses — 44. J4'-K [voyoit] pas — 49-50. ^4^-K (notes) Haies. Scot. St. Thomas. St. Bonavanture.
l68 TREIZlt.MK LETTRE
qui n'ont | pas laisse d'en parler comme s'ils avoicni [12; voulu que personne n'y entendit ricn'i.
// Notre Descartes, né pour découvrir les erreurs de l'an-
5 iniquité, mais pour y substituer les siennes»**, & entraîné
' par cet esprit sistématique qui aveugle les plus j^rands
hommes, s'imaj^ina avoir démontré que l'ame étoit la
même chose que la pensée, comme la matière, selon lui,
est la même chose que l'étendue : il assura que l'on
(n) pense toujours, & que l'ame arrive dans le corps pourvue de toutes les notions métaphisiques, connoissant Dieu, l'espace, l'infini, aiant toutes les idées abstraites, remplie enfin de belles connoissances, qu'elle oublie malheureusement en sortant du ventre de sa mcrc '9,
f>5 M. Mallebranche de l'Oratoire dans ses illusions su- [125 blimes, non-seulement admit les idées innées; mais il ne doutoit pas que nous ne vissions tout en Dieu, & que Dieu pour ainsi dire ne fut notre amc=".
Tant de raisonneurs aïant fait le roman de l'ame, ud
70 sage est venu qui en [a] fait modestement l'histoire^' ; Loke a développé à l'homme la raison humaine, comme un excellent Anatomiste explique les ressorts du corps humain. Il s'aide partout du flambeau de la Phisique*-,
54. ^./^-/5, jf [ne] non [pour découvrir] Dans }^\ (corr.) non «/ hiff'é. Dans l'errata de ^2' : né non pour, lis. né pour. Àiigl. }i : born to discovcr the errors of antiquity .md at the same lime to substitute bis o^'n... : ce qui indique que la leçon icritahle de Voltaire était aussi dans la copie envoyée à Loiuircs cl justifie sa protestation contre la faute de j4* conservée dans jçx (Bengesco, t. IV, p. 8). La faute pourrait nêtre au une hévue de Tbicriot. — 55. 42, 42^ omettent y. — 59. J4'-K [assura] bien
62. ^4''-46 l'espace infini {faute évidente) — 64. ^4'-K [de] la [mère] — 6). J)-K Le P. Mallebranche C'est ici un cas très exceptionnel oii ^j s'écarte de j./* qui était conforme à ^4. — 66. i9*-A' [sublimes] n'admet point Angl. ^j not only admitted. ï'oltaire, en ijjS. a prétendu que son premier texte était une faute d'impression qui ne faisait pas de sens (Moland, XXII, 390); la bciue avait été reprise par Boullier datts la Bibl. franc., 1755, t. XX, 2, 195. — 70. a [fait] est le texte de toutes les éditions collationnèes de )4'- à K. en fait est une faute de ^4 qu'il faut évidemment avriger comme ont déjà fait ^4* et )j^, dérivés de ^ ;. — ;-/'-A' Mr. Locke
SUR M'. LOKE 169
il ose quelquefois parler affirmativement, mais il ose
75 aussi douter 23 ; au lieu de définir tout d'un coup ce que nous ne connoissons pas, il examine par degrés 24 ce que nous voulons connoître. Il | prend un enfant au moment [126] de sa naissance, il suit pas à pas les progrès de son entendement^î, il voit ce qu'il a de commun avec les bêtes, &
80 ce qu'il a au-dessus d'elles *^, il consulte sur tout son propre témoignage, la conscience de sa pensée 27.
» Je laisse, dit-il, à discuter à ceux qui en sçavent plus » que moi si notre ame existe avant ou après l'organi- » sation de notre corps; mais j'avoue qu'il m'est tombé
85 » en partage une de ces âmes grossières qui ne pensent » pas toujours, & j'ai même le malheur de ne pas con- » ce voir qu'il soit plus nécessaire à l'ame de penser tou- » jours qu'au corps d'être toujours en mouvement 2'. » Pour moi je me vante de | l'honneur d'être en ce point [127]
90 aussi stupide que Loke, personne ne me fera jamais croire que je pense toujours ; & je ne me sens pas plus disposé que lui à imaginer que quelques semaines après ma conception j'étois une fort sçavante ame, sçachant alors mille choses que j'ai oubliées en naissant, & aïant
95 fort inutilement possédé dans V utérus des connoissances qui m'ont échapé dès que j'ai pu en avoir besoin, & que je n'ai jamais bien pu r'aprendre depuis 29.
Loke après avoir ruiné les idées innées 3°^ après avoir bien renoncé à la vanité de croire qu'on pense toujours 3»,
00 établit que toutes nos idées nous viennent par les sens32, examine nos idées simples & celles qui sont composées 33,
85. $1 [qui ne] pense [pas] — 90. 71, K simple — 54"-^ Mr. Locke 97. y2, yo-K reprendre — 98. $4*-S2 Mr. Locke — 99. // omet bien loi. j4'^-K simples, celles — 100-106, Dans J4^^2 la phrase est ainsi modifiée :... ayant bien établi..., ayant examiné..., ayant suivi... ayantfait voir... à tous moments, [il vient...] Dans ^94 (jcorr.) il est biffé, ^6-K suivent j4^-)2 jusqu'aux mots à tous momens, et continuent ainsi : Locke, dis-je, considère enfin...
trkiziLmk lettre
suit l'esprit | de l'homnie dans toutes ses opi-raiiom h, | | fait voir combien les lan[(ues que les hommes parlent sont imparfaites, & quel abus nous faisons des tern'ies à
105 tous momens3;.
Il vient enfin à considérer l'étendue ou plutôt le néant des connoissanccs humaines j*. C'est dans ce chapitre qu'il ose avancer modestement ces paroles. Nous ne serons jamais peut-être capables de connoitre si un être purement
ito É)iatcricl pense ou non 37.
[j D Ce discours sage parut à plus d'un Théologien une if ifV déclaration scandaleuse, que l'ame est matérielle & mor-
telb
Quelques Anglais, dévots à leur manière, sonnèrent 1 5 l'alarme. Les superstitieux sont dans la société ce que les poltrons sont dans une armée, | ils ont, & donnent des [i terreurs paniques 5^. On cria que Loke vouloit renverser la Religion î'? : il ne s'agissoit pourtant point de Religion dans cette affaire ; c'étoit une question purement philo- 1 20 sophique, très-indépendante de la foi & de la révélation 40 ;
/l il ne falloit qu'examiner sans aigreur s'il v a de la contradiction à dire : la matière peut penser, & si Dieu peut ' communiquer la pensée à la matière. Mais les Théologiens commencent trop souvent par dire que Dieu est 2jjL/putragé quand on n'est pas de leur avis. C'est trop res- ' Sembler aux mauvais Poètes qui crioient que Despreaux v' parloit mal du Roi, parce qu'il se moquoit d'eux.
Le Docteur Stillingfleet s'est fait une réputation de Théollogien modéré pour n'avoir pas dit positivement [i 0 des injures à Loke 41. Il entra en lice contre lui, mais il